‹ Histoire de Clichy La GarenneChapitre 6 sur 14 · IK · texte numérisé non relu

IK

est que l'oriflamme fût la bannière de Saint- Denis, et que les rois allassent la recevoir en qualité de vassaux ; nous voyons Louis-le- Grosetla reine Adélaïde, en fondant l'abbaye de Montmartre, en 1134, sur un terrain qu'ils avaient acquis des religieux de Saint-Martindes-Champs, lui donner un moulin avec ses écluses situé à Clichy, et le droit de mouture pour toute la paroisse, cim moliturâ tôt tus villa; or le droit de mouture est un des droits les plus inhérents à la seigneurie ; il n'y avait donc pas alors d'autre seigneur à Clichy que le roi.

Depuis que cette paroisse a cessé d'être le séjour des monarques, jusqu'au moment de son érection en seigneurie particulière , elle a perdu toute son importance ; l'histoire garde en ce qui la concerne au silence presque absolu. Les moines ont fondé des villages , érigé des paroisses dans les terrains qui leur avaient

été cédés : ainsi se sont élevés Saint-Denis, Saint-Ouen,Neuilly, Villiers-la-Garenne; l'acte de Louis-le-Gros qui vient d'être indiqué, nous apprend qu'il existait un village à Clichy, mais rien ne nous annonce qu'il y eût une église. Les anciens palais des rois, ou du moins l'un d'eux en contenait une, nous en avons eu la preuve par les consécrations d'évêques et les mariages de rois qui y ont été célébrés pendant la durée de la première race. Cette chapelle était sans doute commune au prince et à tous ses serviteurs ainsi qu'à ses serfs, selon les mœurs du temps ; mais il ne paraît pas qu'elle ait survécu au palais. Un seul fait, pendant ce long intervalle, mérite d'être cité : c'est le campement de l'empereur Charles-le-Gros sur la butte de Monceaux, en l'année 885 ; car ce fut bien à Monceaux, et non à Montmartre, que ce prince établit son camp. La relation du moine Abbon ne laisse

aucun doute à cet égard 1 : Il ficha, dit-il, ses tentes au pied de la montagne de Mars, sur le sommet du second regard :

Sub Martii pedibus rnontis speculumque secundum \

On appelait alors du nom de regard un lieu d'où la vue embrassait un grand espace ; plus tard on donna le même nom à une fontaine ou une nappe d'eau limpide, dans laquelle on se mirait.

On connaît assez les résultats déplorables de l'expédition de Charles-le-Gros, pour qu'il suffise de les rappeler ici. Les Normands, campés sur Tune et l'autre rive du fleuve, tenaient la ville étroitement bloquée, lorsque l'empereur parut avec une armée formidable.

A son approche , les ennemis abandonnèrent

1 De Bellis Parisiacis, vers 330.

2 Dom Bouquet a imprimé, sans doute par inadvertance, sp&cnlamque secimdùm, ce qui ne présente aueua sent.

la rive droite, et concentrèrent toutes leurs forces de l'autre côté. Dans le temps même où l'on croyait Charles occupé à faire ses préparatifs pour les écraser, il négociait avec eux, leur comptait une grosse somme d'argent, et leur concédait le pillage des provinces, pourvu qu'ils levassent le siège de la capitale. Ce fut un des premiers actes de cettë folie, qui devait provoquer, deux ans plus tard, sa dégradation de l'empire *.

Comme toutes les autres localités des environs de Paris, Clichy eut à souffrir des maux inouïs par le fait des invasions des Normands, qui se renouvelèrent à tant de reprises pendant la durée du neuvième siècle, et plus qu'aucune d'elles peut-être, à cause des splendides palais qui couvraient son territoire.

1 V. Annal. Vedastin. , p. 87. CollecU de dora Bouquet,

t. vni.

Alors, sans doute, fut renversé, pour ne plus se relever, le palais de Dagobert. L'historien Aimoin dit, en parlant de l'expédition de 849, que les terribles pirates trouvèrent la ville presque abandonnée, les environs déserts, et qu'ils se répandirent dans les campagnes, incendiant et massacrant tout ce qui tombait sous leur main 4 . Gomme tous les environs, Clichy eut à subir cette peste qui suivit de près le passage de l'impétueux ouragan qui détruisit l'église de Montmartre en 944, selon le récit de Frodoard ; celle qui désola le centre du royaume en 1133, après les guerres civiles suscitées entre Henri I et le duc Robert , son frère, par les intrigues de l'ambitieuse Constance de Provence. Mais l'histoire ne marquant rien de particulier clans aucune de ces circonstances relativement au village de Cli-

1 V. Dom Bouquet, t. VII, p. 348.

chy, qui devait alors être d'une bien minime importance, nous ne pouvons entrer dans aucuns détails.

Vers 1193 commence une ère nouvelle avec la fondation de la seigneurie.

ÇIttPITÏUÏ QUATRIÈME.

FONDATION DE LA SEIGNEURIE ET HISTOIRE DES PREMIÈRES FAMILLES SEIGNEURIALES.

Le roi Philippe-Auguste désirant réunir à son domaine le château-fort de Pierrefants, situé dans le voisinage de Soissons et appartenant à Gaucher de Châtillon, lui donna en échange, par un traité conclu à Mantes, le do-

maine de Clichy-la-Garenne, valant quatrevingts livres de rente, et assigna pour hypothèque la terre de Montreuil près Paris, en cas de moindre valeur de Clichy. Cette dernière paroisse avait alors accepté définitivement le nom qu'elle a conservé depuis, car la charte porte en toutes lettres le mot de Clichiacum.

Gaucher était fils de Guy de Châtillon et d'Alix de Dreux, fille de Robert de France et d'Harvise d'Evreux, et petit-fils de Hugues, comte de Saint-Paul et de Biois, seigneur de Châtillon, de Montjay et de Saint-Aignan.

La seigneurie de Montjay était entrée dans la famille de Châtillon par le mariage d'Ermengarde de Montjay, fille d'Albéric Payen, seigneur de Montjay, avec Henri de Châtillon, vers l'an 4130. Celle de Pierrefonts, par le mariage d'un autre Gaucher, vers la même époque, avec Adeline de Pierrefonts, fille de

Dreux de Pierrefonts et de Béatrix de Rochefort. Le nom de la famille remonte à la construction du château de Châtillon, à cinq lieues de Reims, par le comte Hérivée, en Tan 9/|().

Il est peu de maisons d'une plus grande illustration que celle-ci ; il en est peu qui puissent se glorifier de plus grandes alliances ; car, outre celle que nous venons d'indiquer avec la famille royale, et en vertu de laquelle Philippe-Auguste donnait au seigneur de Glichy le titre de son cousin, cognatus noster, il faut remarquer encore celle de Jeanne de Châtillon , comtesse de Blois et de Chartres, fille de Jean de Châtillon et d'Alix de Bretagne, avec Pierre de France, comte d'Alençon, fils du roi saint Louis, en 1272.

Gaucher de Châtillon, époux d'Adeline de Pierrefonts, mourut a Laodicéeen 1147, pendant la seconde croisade. Son fils, Guy de Châtillon, le père de celui qui obtint la sei-

gneurie de Clichy, fut le protecteur des gen* de lettres. Guyot de Provins ea fait Félpge dans sa Bible en vers. Il attira à sa cour, entre autres savants personnages, Gauthier de File, qui y composa son A lexandrétde. Ce poème n'ayant été achevé qu'après la mort de Guy, Fauteur le dédia à Guillaume de Champagne, archevêque de Reims, membre de la même famille, ainsi que l'indiquent les armes des comtes de Champagne, alors écartelées de celles de Châtillon 4 .

Guillaume, comte de Champagne et de Blois, dit aux bluta- kcs mains, archevêque de Sens et ensuite de Reims, cardinal légat dans les Gaules et en Allemagne, était fils du comte Thibault-le-Grand, et frère d'Alix de Champagne, mère de Philippe-Auguste. Lorsque ce

1 Armes de Châtillon : De gueules, à trois pals de vair, au

jeune prince s'embarqua pour la croisade, il laissa la régence du royaume à sa mère et à son oncle, dans lequel il eut toujours la plus grande confiance, et qui fut son principal ministre jusqu'en 1202, époque de la mort de ce prélat. Les lettres et les arts perdirent en lui un protecteur aussi généreux qu'éclairé.

Le seigneur de Clichy-la-Garenne et Guy, son frère, s'embarquèrent avec leur souverain pour la Terre-Sainte, et y signalèrent leur valeur et leurs talents. Gaucher se distingua particulièrement au siège d'Acre, en 1191. A son retour, il fut fait sénéchal de Bourgogne et bouteiller de Champagne. 11 accompagna de nouveau Philippe-Auguste, en 1203 et 1206, à la conquête du duché de Normandie. Il prit ensuite le titre de comte de Saint-Paul, sa femme ayant hérité de ce comté. Il suivit le comte de Montfort en Languedoc. Il commanda l'armée de Flandre, prit Tournay, combattit

valeureusement à Bouvines, se croisa de rechef contre les Albigeois en 1219, et mourut au mois d'octobre de la même année.

Le connétable de Châtillon, son petit-fils, se distingua davantage encore. Créé connétable de Champagne en Tan 1297, après avoir vaillamment défendu cette province contre les Anglais, il reçut Tépée de connétable de France à la mort de Raoul de Clermont, tué à la bataille de Courtray. Il contribua puissamment au gain de celle de Mons-en-Puelle, en 1304, et commanda encore à celle de Cassel, en 1328, quoique âgé de quatre-vingts ans. Il mourut Tannée suivante.

Gaucher de Châtillon ne conserva que peu de temps la seigneurie de Clichy ; il fut obligé, à la demande du roi, de la céder en dot, dès Tan 1193, à sa sœur, Alix de Châtillon, en la mariant à Guillaume de Garlande. Philippe- Auguste, dont Guillaume de Garlande parait

avoir été l'un des principaux favoris, voulait le récompenser de ses bons et loyaux services.

Rien n'est plus flatteur que les termes du contrat dans lequel il règle lui-même cet arrangement de famille : « Guillaume de Garlande est, dit-il, un des hommes d'armes qui nous sont le plus chers, et auxquels nous avons le plus de confiance. » Puis il ajoute : « Et pour preuve de l'amour que nous lui portons, à cause des nombreux services qu'il nous a rendus, et qu'il ne cesse de nous rendre chaque jour, nous lui donnons Montreuil, près Paris, avec toutes ses dépendances. » Cette charte 1 est le plus ancien monument relatif à la seigneurie de Glichy, et c'est elle qui nous apprend que Gaucherde Châtillon l'avait reçue

1 L'autographe est aux Archives générales. Elle se trouve imprimée dans rhistoire de la maison de Chûtillon par Duchesne, et ailleurs.

peu auparavant en échange de celle de Pierrefonts.

Guillaume de Garlande, seigneur de Livry et de Crussy, fut comblé de biens à l'occasion de son mariage avec Alix de Châtillon : Philippe-Auguste ajouta aux domaines de Clichy et de Montreuil, ceux de Neuchâtel en Vexin et d'Ons-en-Bray ; Pierre de Courtenay, comte de Nevers, y joignit la terre de Saint-Cyr en foi et hommage, Gaucher donna en propre à sa sœur la terre de Wiarmes. Guillaume constitua en hoirie à sa femme le château de Livry, et la moitié des terres qui en dépendaient. Clichy, placé sous la mouvance de la seigneurie de Montjay, devait y rester jusqu'à la fin. Alix de Châtillon mourut en 1208, le premier octobre.

La famille de Garlande, inférieure en richesse et en puissance à celle de Ghâtillon, compte pourtant de grandes illustrations.

Gilbert de Garlande accompagna Godefroy de Bouillon à la première croisade et se signala au siège de Nicée 1 . Ses deux frères, Anseau et Guillaume, furent successivement sénéchaux de France. Le premier fut tué d'un coup de lance au siège du Puiset en 1117; le second commandait l'année royale à la bataille de Brenneville en 1119. Le fameux Etienne de Garlande* évêque élu de Beauvais, plus célèbre par ses grandes dignités et par ses défauts que par des actions recommandablés, était leur frère. Il fut successivement chancelier et sénéchal de France. Il eut le maniement des affaires du royaume pendant neuf années, et porta les armes contre son souverain en 1130. Son neveu, Manassès, évêque d'Orléans, sacré en 1146, n'est guère moins fameux ; une des rues de Paris porte

i Guillaume tle Tyr et Albert (i'Aix le nomment Gauthier.

encore le nom de cette illustre et noble famille.

Guillaume V de Garlande, époux d'Alix de Châtillon, était arrière petit-fils du sénéchal Guillaume II e du nom. Il se conduisit avec une rare intrépidité au siège de Rouen en 1204; à Bouvines, il combattit aux côtés du monarque avec la fleur de la chevalerie française 1 ; les historiens Rigord et Guillaume le Breton en parlent avec les plus grands éloges. Phi-

1 Ou milieu de ceste disposition estoit li Rois ou premier front de sa bataille : si li cstoient joint ou costé Guillaume des Barres, la flor des chevaliers; Bartholemius de Roie, anciens bons et sages ; Gauthiers li jones chambellans, sages hons et bons chevaliers et de meur conseil ; Pierre Mauveisins, Gérard Lalruie, Estienne de Long-Champ, Guillaume de Mortemer, Jehans de Roboroi, Guillaume de Gallande, Herris li cuens de Bar... Tui cist furent mis en la bataille le Roi par grant spécialité, pour son corps garder, pour lor grant loyauté, et pour l'opinion de leur souveraine prouesse. {Gestes de Philippe- Auguste, liv. m, n° 11, apud Bouquet, t. XVII. V. ibid. n- 14.)

lippe-Auguste le choisit pour exécuteur testamentaire. Il n'eut de son mariage avec la dame de Clichy que trois filles, Jeanne, Marie et Elisabeth 1 .

Tels sont les premiers seigneurs de Cliehyla-Gareune, nonobstant ce qu'en a pensé le savant historiographe 2 qui place en 1145 un seigneur du nom de Hugues de Gomme. Hugues de Clichy, et non de Comme, est connu par un acte du cartulaire de Saint-Lazare 3 , par lequel les frères Dedo et Baudouin, de Gonesse, donnent à l'hospice des lépreux tout ce qu'ils possèdent à Sevran. Hugues de Clichy, du fief duquel la totalité des biens donnés par cet acte relevait, apparaît pour confirmer la donation, avec la sanction de Guillaume,

1 II portait pour armes deux fasces de gueules sur un champ d'or.

2 L'abbé Lebeuf.

5 V. Cart. S* Lazar,, fol. 3.

bouteiller du roi, duquel le fief de Hugues relevait lui-même en pleine seigneurie. Ce bouteiller est Guillaume de Senlis, surnommé le Loup, qui fut échanson depuis 1131 jusqu'en 1147.

Il ne peut-être question ici que de Clichyen-Launois ; le voisinage de Gonesse, de Sevran et de Senlis l'indique suffisamment, et c'est une rectification de plus à faire aux ouvrages de ceux qui ont confondu cette paroisse avec le palais du vieux Clichy, et écrit, par suite de la même erreur, que Dagobert avait donné aux moines de Saint-Denis la seigneurie de Clichy-en-Launois.

Jeanne de Garlande épousa Jean, comte de Beaumont-sur-Oise, Marie fut mariée en premières noces à Henri V, comte de Grand-Pré, en secondes noces à Geffroy de Joinville, seigneur de Montesclair, et après divorce, en troisièmes noces, à Anseric IV de Montréal,

seigneur de Pontoise. Elisabeth épousa on premières noces Guy de Senlis, seigneur

de Chantilly et d'Ermenonville, bouteiller de France après son père, Guillaume de Senlis; en secondes noces, Jean de Beaumont,' chambrier de France, dont la posté-

rite posséda pendant longtemps la seigneurie de Clichy. Le comte de Beaumont-sur- Oise mourut en 1222, sans laisser d'enfants de Jeanne de Garlande.

Il y avait alors une église paroissiale à Clichy, car elle se trouve mentionnée parmi celles à la nomination du chapitre de Saint-Benoît, sur un pouillé du diocèse de Paris du commencement du treizième siècle *.

Ce chapitre, dont aucun monument ne révèle l'existence avant la fin du douzième siècle, c'est à dire avant l'an 1180, desservait

1 V. Cartul. Paris., p. 15, aux Archive» Nationales.

l'église de Saint-Benoît *, dite d'abord le mal tourné , à cause de sa position inverse , et ensuite le bétourné, lorsqu'on eut reporté Tautel à l'extrémité orientale, Il nommait à plusieurs cures et avait juridiction sur toute l'étendue de la paroisse de Saint-Benoît, avec des officiers et des prisons. Nous ne connaîtrons que plus tard les noms des curés dont il fit choix pour administrer la paroisse de Ciichy.

11 est vraisemblable que l'érection d'une église paroissiale est d'une date postérieure à la fondation de la seigneurie. En effet, l'emplacement de cette église au centre des terrains réservés pour les accompagnements du château, et sa proximité du château même, semblent l'indiquer. Or, il est au moins dou-

1 Située rue Saint-Jacques, n* 96. Elle sert maintenant de dépôt aux farines.

teux que les Châtilion et les Garlande aient habité Clichy; il n'en est pas de môme des Beaumont ; ce serait donc à ces derniers qu'il faudrait attribuer la fondation de l'église et du château.

Le temps n'était plus où les seigneurs, surtout ceux des environs de Paris, pouvaient élever des châteaux forts avec pont-levis et créneaux ; espèces de citadelles aux murs de six à huit pieds d'épaisseur, bâties sur des monticules, environnées de fossés et flanquées de donjons, du haut desquels les nobles maîtres, en regardant leurs serfs penchés sur la houe, s'imaginaient les voir ramper à leurs pieds. Louis-le-Gros avait commencé une guerre de démolition , que Louis-le- Jeune , son successeur, auquel l'histoire reproche une grande faute suivie de grands malheurs , continua avec persévérance ; et Philippe-Auguste, qui n'entendait à aucun accommodement sur

l'article de son autorité, était moins d'humeur encore à laisser croître auprès de lui une puissance qui semblât défier la sienne. Les nouveaux propriétaires de Clichy-la-Garenne furent donc obligés de se contenter d'un plus humble manoir. Us choisirent pour l'édifier le centre de leur propriété, en se rapprochant des bords de la Seine et du village déjà existant ; si toutefois la fondation du château ne fournit pas plutôt aux serfs l'occasion de transporter leur habitation près de celle du seigneur suzerain, protecteur né de leurs biens et de leurs personnes.

Jean de Beauniont, qui reçut de son mariage avec Elisabeth de Garlande la seigneurie de Clichy, ne tirait point son nom d'un lieu dit Beaumont-le-Dérainé, comme tant d'auteurs l'ont cru 1 , en voyant quelques-uns des

1 L'abbé Lebeul a été l'auteur de cette méprise, en ne fai-

seigneurs de Clichy porter ce surnom ; mais il est douteux qu'il appartînt à la puissante maison des comtes de Beaumont-sur-Oise, dont plusieurs membres avaient été honorés du titre de chambriers de France ; fonction d'autant plus importante, qu'elle conférait à celui qui en était revêtu et à ses lieutenants toute juridiction sur les marchands et sur les artisans du royaume, et qu'elle ne relevait que du grand conseil. Les ducs de Bourgogne, de Bourbon , d'Orléans devaient dans la suite ambitionner à l'envi l'honneur d'un pareil titre.

Le seigneur de Clichy, Jean de Beaumont, en fut honoré lui-même aprcs Barthélémy de Roye, décédé en 122S, lequel avait succédé à Mathieu III, comte de Beaumont-sur-Oise. Le

sant pas attention que le surnom de Desramë n'a jamais été appliqué qu'au quatrième des Beaumont et à ses descendant!.

choix de Jean de Beauinont après trois autres personnages du même nom, dans l'espace d'un siècle, semblerait indiquer une communauté d'origine, surtout à une époque où les grandes dignités, sans être hériditaires, se conservaient cependant, autant qu'il était possible, dans les mêmes familles, si la différence absolue des armes, ne nuisait à cette supposition f . Les Beaumont de Clichy-la-Garenne, à en juger par cet indice, étaient de la même famille que les Beaumont de Saint-Geneviève, dont plusieurs servirent en qualité de maîtres d'hôtel dans les palais de Louis de Navarre, de Jean, duc de Normandie, de Philippe-Auguste et de Philippe-le-Long. L'un d'eux est même qualifié de chambellan du roi dans un acte de

1 Les comtes de Beaumont portaient d'azur au lion d'or, et les Beaumont de Clichy-la-Garenne, aussi bien que les Beaumont de Sainte-Geneviève, gironné d'or et de gueules de huit pièces.

1349, un second prend le titre de maréchal de France dans un acte de Tan 1250.

Jean I de Beaumont, auquel la plupart des historiens donnent mal-à-propos le titre de chambellan, différent de celui de chambrier, eut une grande part dans les bonnes grâces de Louis IX; Guillaume de Nangis l'appelle le fidèle du roi. Ce prince, encore mineur, mais sur le point d'atteindre sa majorité, montra en quelle estime il l'avait, lorsqu'il le chargea d'aller réprimer une révolte générale des Albigeois. Jean de Beaumont, ajoute le chroniqueur, remplit sa mission avec une étonnante célérité ; arrivé sur les lieux avant d'être attendu, il ouvrit la compagne par le siège de Montréal, et le poussa avec tant de vigueur, que la ville, prétendue inexpugnable, fut obligée de se rendre à discrétion an bout de quelques jours. Après l'avoir remise en état de défense, il enleva de même une à une

les autres places fortifiées; sa marche, à travers la province insurgée, fut un enchaînement de combats, de travaux et de périls, c'est à dire de triomphes. Quand tout le pays se fut incliné devant la puissance des armes du roi, le général ramena une année victorieuse au jeune monarque, qui fit rendre à Dieu de solennelles actions de grâces, pour un succès si prompt et si décisif *.

Le sire de Beaumont survécut peu de temps à son triomphe *, car sa seconde femme, du nom de Jeanne, donnait en mariage, en qualité de dame de Clichy-la-Garenne, et avant

* V. Gesta Sancti Ludovici, pcr Guillelm. de Nang. ,cap. 13, apud Duchesne, in Collect. Script., t V.

2 V. Laroque, GénéaL dllarcourt, et le P. Anselme, Génial* de Beaumont, Jean de Beaumont, chambrier dès le régne de Louis Vin, était mort avant l'an 1240, quoiqu'en dise le P. Anselme, en contradiction avec lui-même sur ce point, puisqu'à cette époque il était remplacé par Jean de Nanteuil, qui remplit les fonctions de cette charge jusqu'en 1248.

Fan 1240, sa fille, Alix de Beaumont, à Jean I, sire d'Harcourt, Elbeuf, Auvers, Nehou et autres lieux, vicomte de Saint-Sauveur . Cette alliance avec une des plus riches et des plus puissantes familles de Normandie, indique suffisamment de quelle illustration était la famille de Beaumont elle-même. La dame d'Harcourt mourut en 1275, et fut enterrée au prieuré du Parc.

Jean de Beaumont avait eu de son mariage avec Elisabeth de Garlande, outre Thibault de Beaumont, qui ne laissa en mourant que des filles, et Nicolas de Beaumont, chanoine de Paris, Jean II de Beaumont qui lui succéda dans les seigneuries de Clichy et d'Ons-en- Bray. Celui-ci vivait encore en 1271. Il avait épousé Jeanne de Roye, et fut père de Jean III de Beaumont, mari de Jeanne de Gondreville, laquelle vendit,, pendant son veuvage, sa terre et sa seigneurie (te Gondreville à « son chiçr

seigneur monsieur Monseigneur Charles de Valois, » ainsi que le porte le contrat 1 ; vente confirmée en 1315 par ladite dame et par son fils, Jean IV de Beaumont, dit le Dcsramé* , seigneur de Clichy et] de Courcelles-la-Garenne.

Cette seconde seigneurie , dont il est question ici pour la première fois, et qui devait rester sous la mouvance de celle de Clichy, était une fondation récente faite en faveur de quelqu'un des membres de la famille de Beaumont.

Jean IV de Beaumont fut honoré des premières charges de l'Etat, et rendit a la France

1 V. aux Archives générales, carton de Valois.

2 II nous semble probable que ce surnom lui vint de ce que, en aliénant la terre de Gondreville, qui contenait une forêt magnifique, sa mère l'avait en effet déramé, parce qu'il ne lui restait plus de bois dans ses autres propriétés.

des services signalés. Admis dès sa jeunesse aux conseils du roi, il fut promu à la dignité de maréchal de France en 1315, après la démission de Miles VI, seigneur de Noyers; ensuite, nommé gouverneur de la province d'Artois, et chargé de l'exécution des conventions conclues entre la comtesse Mahaud et la noblesse artésienne; mission d'autant plus difficile, que la politique était encore une science toute nouvelle, et que cette affaire de succession faisait grand bruit en Europe. Il s'agissait de faire admettre les droits d'une femme dans l'Artois, au moment même où Philippe-le-Long venait de faire exclure les femmes du trône de France, en vertu d'un article de la loi salique qui n'existait nulle part. L'intérêt du roi et de la monarchie voulaient que Jeanne de Navarre cédât le trône de France à son oncle, et que Robert d'Artois cédât le duché à sa tante ; il n'était besoin

que de trôuver des raisons et des différences, et de les faire valoir.

Jean de Beaumont rendit de plus grands services encore dans la guerre de Flandre ; malheureusement il y reçut la mort après deux années de travaux et de fatigues, au mois de juillet 1318. Il laissait de sa veuve, nommée Jeanne, qui se remaria à Jean de Férières, Jean V de Beaumont, dit aussi le Desramé, seigneur de Clichy et de Courcelles.

Jean V employa l'intervention de Guy de Beaumont, son oncle *, et le compagnon d'armes de son père, afin de rentrer dans les sommes que l'État devait à celui-ci pour ses gages.

Son fils, Thibault de Beaumont, dit le Desramé, épousa Catherine de Courtremblay, qui

1 Gui de Beaumont est la tige d'une troisième famille : celle des seigneurs d'Onz-en-Bray.

était en 1369 gardienne, c'est à dire tutrice, de son fils, Jean VI de Beaumont, le Desramé, seigneur de Clichy et de Courcelles, et qui s'était remariée à Jean de Mousoult. Jean VI de Beaumont vivait en 1387 ; il ne laissa en mourant que des filles ; l'aînée, Isabelle, qui fut daine de Clichy et de Courcelles après son père, avait épousé Louis de Chaources, seigneur de Carrières ; la seconde, nommée Marguerite, fut mariée à Pierre d'Hargeville, et Perron nel le, la troisième, à Robert de Verneuil, seigneur de Drocourt.

Louis de Chaources eut de son mariage avec ' Isabelle de Beaumont, Jean de Chaources, seigneur de Malicome, et Jeanne de Chaources, qui porta la seigneurie de Clichy-la-Garenne en mariage à Gui de Craon , chambellan de Charles VI, quatrième fils de Guillaume de Craon, seigneur de la Ferte-Bernard et de Sainte-Maure, favori de Louis I d'Anjou.

Gui de Craon mourut sans laisser de postérité, et légua à sa femme, par acte testamentaire daté de Loudun le 14 octobre 1401, ses terres de Sainte-Julitte, Chaumuçay, Neumanoir et la Lombarderie, en place de la seigneurie de Clichy, qu'il avait aliénée lors de son mariage pour une somme de cinq mille livres, employée à acquitter ses dettes ».

i . . . . Item pour ce que je estois tenu envers plusieurs personnes en grandes sommes de deniers par avant que je espousasse ma très chère et bien aimée espouse dameJehanne de Choucres et pour moi acquitter dicelles sommes je eusse vendu son hostel de Clici en la Garenne appartenances ap« pendances despendances dicelui quelconques parts et héritages délie pour la somme de V L en deniers que je eu et reçu et baille a ma descharge et acquit voulant et désirant a la descharge de mon ame rescompenser ma dicte espouse non en tout au moins en partie je aussi baille quitte et deslaisse et transporte a tous joi s mais a ma dicte espouse et a ses hoirs par héritage mes terres et biens de Saincte Julitte Chumucay Neuf manoir < i la Lombarderie avec les appartenances

appendances despe;idances dicelles (V. Test, de Gui de

Craon, aux Arch. Nat, registre des Testaments.)

Cet acte n'indique pas, il est vrai, en faveur de qui l'aliénation avait été faite ; mais il semble l que ce dut être en faveur de Pierre de Giac, lequel est qualifié de seigneur de Clichy dès Tan 1389, dans la procédure dont il a été question. Pierre de Giac apparaît encore en une autre affaire, dix années plus tard ; voici dans quelles circonstances : En 1399 , le jour de la fête saint Médard, qui rassemblait une foule d'étrangers à Clichy, un sergent, nommé Conteville, ayant désarmé un étudiant, venu à la fête avec une épée, nonobstant les défenses du maire d'y porter des armes d'aucune espèce, il en résulta un grand mécontentement parmi la jeunesse des écoles, alors débauchée, mutine, querelleuse , enhardie par le nombre et protégée par les privilèges exorbitants dont la faveur des rois avait comblé l'Université. L'étudiant revint donc à la saint Martin suivante, accompagné d'une foule de camarades

et de qwlqws régents, tous arp^s et disposés à tirer une vengeance terrible de ce qu'ils regardaient comme un affront. L'étudiant reconnut le sergent qui l'avait désarmé, se précipita sur lui et le blessa. Les habitants sonnèrent le tocsin ; il y eut une terrible mêjtée , et bientôt quatre &»|iers furent laissés pour morts sur la place ; les autres prirent la fuite. Il en résulta un procès au civil et au criminel , dans lequel Pierre de Giac intervint l .

Cette transroàssian rapide de la seigneurie, ômi ii est déjà si difficile de se rendre compte, se cosmique encore d'un nom étranger à tous ceux qui précèdent, comme à ceux qui doivent suivre : on le trouve eu lâ79 sur içs registres du p*rle^ent de Paris, à une occasion semblable. Lfcl" mai 1379, Jour de saint Jacques et saint Philippe, patrons de la léproserie du

* V. Megi&t. du Parlement criminel, jeudi M février 4400.

Boule, U y eut dan» la chapelle, qui était en ce jour le lieu d'une grande réunion de promeneurs et de pèlerins, une émeute accompagnée d'effusion de sang, et par suite une procédure, dans laquelle figurent messire Pierre de Bournazel, chevalier, conseiller du roi, seigneur de Clichy-la-Garenne, Jacques Petit, curé de Lirichant, Nicolas de Provins, maire de Clichy, et autres personnages »,

Cette perturbation, du moins apparente, de l'ordre héréditaire dans la seigneurie, pourrait provenir d'une confiscation momentanée K En 1378 avait été fait le procès des complices du roi de Navarre , accusé d'une tentative d'empoisonnement sur la personne de Charles V,

*v. Jugés, xxx, 54, v.

1 Un membre de celte même famille, Jean de Beaumoat, frère de mère de Louis de Saneerre, et fils, par conséquent, de Béatrix de Roucy, avait subi en 1367 une confiscation générale de ses biens.

et en 1379 la guerre entre les deux rois n'était pas terminée. Ou peut-être Bournazel était-il acquéreur d'une partie de la seigneurie ; mais alors nous ne saurions dire ce que devint cette portion détachée.

Pierre I de Giac, chevalier, seigneur de Clichy-la-Garenne , de Soupy , de Josserand, de Saint-Germain-du-Bois-Rémy, de Châteaugay, etc. , premier chambellan du roi , chancelier du duc de Berry , et ensuite chancelier de France et conseiller maître des requêtes du duc de Berry , fut un des hommes les plus remarquables de son temps pour ses rares qualités, ou l'un des courtisans les plus éhontés et les plus cupides qu'il y ait jamais eu. Il fut comblé de toutes les faveurs de la cour ; dons gratuits , émoluments , pensions ordinaires et extraordinaires, titres et honneurs, rien ne lui manqua. Il était attaché d'une manière spéciale à la personne du duc de Berry , qui lui

confia le commandement de sa garde particulière, composée de trente hommes d'armes.

Les ducs de Bourbon, de Bourgogne, Charles VI lui-même, l'accablèrent de présents. On peut noter comme une singularité qu'il se fit donner les murs et tourelles de Paris depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à la porte Saint-Paul; le roi lui donna de plus, en 1384, l'hôtel de Hugues Àubriot, dont il avait fait récemment l'acquisition, et lui concéda une prise d'eau, grosse comme le gros bout d'un fuseau , sur les fontaines publiques.

Il mourut en 1407 , et fut enterré dans l'église des Cordeliers de Riom, où il avait fondé une chapelle et fait construire un tombeau.

Il avait eu de sa femme, Marguerite de Campendu, un fils nommé Louis de Giac, seigneur de Châteaugay, qui fut, comme son père, comblé de richesses et d'honneurs. Il eut les titres de chambellan des ducs de Berry et de Bour-

gogne, celui de grand-échanson de fcraûce depuis 1386 jusqu'en 1396; cependant il préféra la carrière des armes aux intrigues de cour.

11 assista à la bataille de Rosebec. Il accompagna Charles VI dans son expédition aux pays de Gueldres et de Juliers, et demeura prisonnier. La taxé de sa rançon, estimée à la somme énorme de vingt-quatre mille livres, démontre la grandeur présumée de Ses richesses, ou du moins des richesses de sa famille. Cependant le roi ne vouittt pais qu'il la payât seul, et lui fit don de dix mille livres ; auxquelles le duc de Bourgogne en ajouta deux mille autres.

S'il n'y a rien à dire des succès^ militaires de Louis de Giac, il faut au moins tenir un grand compte de sa bravoure. Lorsque nul intérôt ne le rappelait sur les champs de bataille, si ce n'est le seul amour de la gloire, il se laissa séduire au chevaleresque entraînement qui précipitait la fleur de la noblesse

française, au nombre de deux mille fctbifcës, sur les pas du comte de Nevers, éxx sècbtii-s de Sigismond, roi de Hongrie; et ^artagëâ, avec cette poignée de braves, l'hotmeur d'offrir la bataille au redoutable Bajàzet, empereur dtes Turcs. 11 Succomba sous le nëttibre avèfe général et avec les comtes de la Marthe et d'Eu , avec Etiguerrànd de Coucy et le maréchal de Boucicault ; défaite glorieuse, puisque le triomphe était impossible, et pourtant probable , sans la défection des Hongrois , jaloux de tant de lauriers déjà moissonnés. G'était en 1395; le kan dé Samarkaride, Timur dévait venger la France en 1402 à Àngoury.

On ignore ce que devint Louis de Giac après la funeste bataille de Nicopolis ; on crut qu'il était demeuré parmi les prisonniers ; c'est du moins l'opinion t[ui se trouve exprimée; mais avec hésitation, dans un codicille de soi] pèi e, à la date du 23 août 1407. Pins heureux que

lui, son beau-frère, Jacques de Tournon, époux de Catherine de Giac, avait rencontré la mort sur le champ de bataille.

Louis de Giac ne revint point en France. Il avait laissé sa femme , Jeanne de Peschelin, dame de Bréon, mère de deux filles, nommées Jeanne et Marguerite, qui épousèrent, la première, Louis des Barres, et la seconde, Philibert de Saint-Palais, et d'un fils, nommé Pierre, qui fut élevé sous la tutelle de son aïeul.

Le cours des faveurs royales et des dons gratuits, qui avaient si constamment accompagné son père et son aïeul , ne se détourna pas de Pierre II de Giac, homme aussi médiocre qu'ambitieux, et qui ne rachetait ses vices par aucunes vertus. Il fit périr par le poison sa première femme, Jeanne de Naillac, pour épouser Catherine d'Islebouchard , veuve du comte de Tonnerre, l'une des femmes les plus

belles et les plus spirituelles de son temps, mais aussi des plus dépravées. En contractant ce mariage, il se proposait pour but de monter aux plus hautes dignités par l'intermédiaire du président Louvet, amant de Catherine d'Islebouchard ; déterminé d'avance à tous les sacrifices, et spéculant sur celui de son propre honneur. Le prix de ses coupables complaisances fut son élévation au ministère, après la retraite du président et sur sa recommandation. De conseiller de Charles VII, il devint son chambellan, ou plutôt son favori, et le directeur des finances de l'Etat. 11 abusa de sa position de la manière le plus indigne.

Le connétable de Richemont avait levé à grande peine une armée, pour achever de chasser les Anglais du sol de la France. 11 faisait son entrée en campagne par la Normandie; mais bientôt ses soldats manquant des objets les plus nécessaires» par la trahison de

Pierre de Giac, qui , sur ttnstigatioft de Louvet, ennemi du connétable, détournait les sommes destinées à l'entretien de l'armée, ils se débandèrent. Obligé ainsi de lever le siège de Saint* James de Beuvron, dans le pays d'Àvranches, le connétable jura de se défaire du perfide ministre. Il arriva à l'improviste à Chinon, au moment où le roi était absent, fit enfoncer les portes de la maison de Giac , pendant la nuit, l'enleva des bras de sa femme, qui, dégoûtée elle-même de son ignoble époux, était du complot, institua une commission pour le juger, et le fit appliquer à la question.

Déchu des grandeurs, et lâche dans le danger, comme l'est toujours celui qui use sa bravoure contre le mépris public , le chambellan offrit de racheter sa vie à prix de l'or, et fit à la torture les plus étranges aveux. 11 dit, entre autres choses, qu'il avait consacré sa main droite au diable, afin de réussir dans

ses projets ambitieux ; il priait qu'on la lûi

coupât, de crainte, disait-il, que, pour avoir la main, le démon ne s'emparât de tout le corps. Il eut la tête tranchée, selon quelques historiens, dont le rapport paraît le plus vraisemblable; selon les autres, il fut jeté pieds et poings liés dans la rivière, à Dun-le-Roi, en 1426.

Son fils, nommé Louis de Giac, essaya inutilement de faire réhabiliter sa mémoire; il ne poursuivit pas moins inutilement au criminel, en 1445, Catherine d'Islebouchard et Georges de la Trémoille, l'un des complices de l'arrestation. Le jugement, la condamnation, le supplice, tout avait été illégal, mais les crimes bien avérés du coupable étaient la sauvegarde des juges.

Afin qu'il ne manquât aucune ignominie dans Tliistoire de sa vie, Pierre de Giac négocia en 1419 les préliminaires de l'entrevue du pont de Montereau, pendant laquelle fut jx>i-

gnardé le duc de Bourgogne. Il est permis de croire cependant qu'il ne soupçonnait pas le but ou plutôt le dénouement de la négociation, puisqu'il est douteux que le dauphin luimôme l'eût en vue.

S'il reste au chambellan un seul mérite dont l'histoire puisse lui tenir compte , c'est de ne pas s'être rendu plus coupable encore en désertant le parti de la France.

£ Aussi le gouvernement étranger qui s'établit à Paris après la mort de Charles VI lui fit-il expier sa fidélité au dauphin , en confisquant ses propriétés, « La terre et seigneurie de Clichy emprès Paris en tant qu'elle se comportait en maisons, manoirs, villages, hommes, justices et sens, » fut donnée, par acte du du 26 juin 1423, à Jehan de Saint- Yon, trésorier et général gouverneur des finances de France, jusqu'à concurrence de trois cents livres, en place de cinquante livres de rentes à

prendre sur des biens confisqués précédemment, et qui n'avaient pu être assises. Mais comme la terre de Clichy valait quarante-neuf sous et six deniers de plus que trois cents livres, Henri de Lancaster faisait don du surplus au nouveau propriétaire, afin que le domaine ne fût pas démembré

1 II nous est impossible de dire si ce Jean de Saint-Yon est le même que Denis ou Jean de Saint-Yon, élu échevin en 1412 avec Jean de Troye, Jean de l'Olive et Robert du Belloy ; le même que Jean de Saint- Yon, qualifié de boucher, qui fut excepté nommément avec Caboche et autres séditieux du temps, de l'amnistie accordée par le roi en 1415 ; le même que Jean de Saint-Yon, maître des requêtes et grand partisan des Anglais, qui sista à l'assemblée du 11 janvier 1436, après la prise du pont de Charenton par les troupes de Charles vu, aux fins de délibérer sur les moyens de défendre la capitale contre le roi. La grande boucherie de Paris, charge municipale des plus importantes, était encore tenue en 1642 par les Saint-Yon, les Dauverne, les Thibert et les Ladehors, comme on le voit par un acte d'opposition de leur part au projet du roi de construire un quai entre le pont Notre-Dame et le pont au Change. (V. D. Lobineau, uist. de Paris.)

Il est probable que ce domaine fut repris à Jean de Saint-Yon ou à ses héritiers, en même temps que tous ceux que le gouvernement étranger avait distribué de la même manière, et qu'il fut rendu à Louis de Giac, lorsque le roi légitime 1 fut rentré en possession du royaume. Mais il nous devient impossible, faute de documents, de donner des détails sur la transmission du titre et delà propriété jusqu'au commencement du seizième siècle, où elle se trouve appartenir à la famille Aligret. On indique 2 , dans l'intervalle, une Jeanne de Villiers-Àdam , dame de Villacoublay et de Clichy, qui épousa, en 1478, Jean de Mon-

1 Par un édit daté de Compiègne au mois d'août 1429, Charles VII rendit à leurs légitimes propriétaires tous les biens précédemment confisqués. V. aux Àrch. Nat., Ord. Barbinœ, cet. D, fol. 137.

2 L'abbé Lebeuf.

ceaux, chevalier, seigneur de Monceaux, maître d'hôtel de Louis XI.

Louis II de Giac avait épousé Alips de la Roche-Tornoélle ; il vivait encore en 1472; il est incertain s'il laissa des descendants f .

* Les armes de Giac étaient d'or, à la bande d'azur , accompagnée de six merlettes de sable, trois en chef et trois en pointe.

Page 1