SUITE DE L'HISTOIRE DES SEIGNEURS ET HISTOIRE LOCALE. STATISTIQUE
La paroisse de Clichy semble avoir acquis de l'importance sous l'administration des derniers seigneurs de la maison de Beaumont, et sous celle de Pierre de Giac. Elle est presque
toujours désignée dans les actes de cette épo-
que par le nom de la ville de Clichy, notamment dans ceux du cartulaire du chapitre de Saint-Benoît, qui y possédait quelques parcelles de terrain et plusieurs parties de rentes. Nous avons vu à Clichy un maire du nom de Nicolas de Provins, en 1379, ce qui suppose alors une police municipale. Nous avons vu cette police établie d'une manière certaine en 1400, sous l'administration d'un autre maire, dont le nom est inconnu. Nicolas de Provins mourut en 1379. La pierre tumulaire qui recouvrait ses restes et ceux d'OElips, sa femme, décédée douze ans auparavant, se voyait encore dans la chapelle de la Vierge au commencement du dix-neuvième siècle.
l*e maire était à cette époque un officier municipal procédant de l'élection, qui n'ap^ paraît que de loin en loin dans l'histoire administrative de nos aïeux. Il y avait donc alors à Clichy une corporation municipale,
dont les membres ne relevaient que d'euxmêmes et du roi, une corporation luttant d'autorité avec la seigneurie, existant en dehors de la seigneurie, portant des ordonnances et veillant à leur exécution; ce qui explique le mot de confrérie de Clichy, ou confrérie des habitants de Clichy, qu'on lit si fréquemment dans les actes des seizième et dix-septième siècles.
Il n'est pas douteux que la ville de Clichy n'ait eu à supporter sa part des douleurs auxquelles les environs de la capitale furent en proie pendant l'emprisonnement du roi Jean, Le dauphin ayant été obligé de quitter Paris le 25 mars 1358, le roi de Navarre y fut proclamé gouverneur, et de ce moment la banlieue devint le théâtre de la guerre la plus désastreuse : t Ci fut tout le pays gasté jusqu'à huit à dix lieues, disent les Grandes Chroniques de France, et coururent le pays,
et ardirent les villes. » La désolation fut plus longue et plus grande encore pendant la guerre civile des Bourguignons et des Armagnacs. Ce fut au point qu'en 1421, les paysans cessèrent de labourer et de semer, dit le Journal et un Bourgeois de Paris; ils avaient tout abandonné de désespoir, résolus de faire du pis qu'ils pourraient, ajoute le même journal. Il est vrai que la faction qui portait ainsi le fer et le feu dans les environs, afin d'affamer la ville, en la privant des aliments qu'elle aurait pu tirer de la banlieue, était celle des Armagnacs, ou du dauphin. Il est donc permis de croire que la paroisse de Clichy, dont le seigneur était lui-même un des armagnacs les plus fervents, se trouva épargnée ou du moins eut à souffrir à un moindre degré.
Le pont d'Asnières fut à cette époque le théâtre d'un combat, ou bien le bac, s'il n'y avait alors qu'un bateau de passage, ce qui
est plus probable, s'engloutit sous le poids de gens armés; car en cherchant du sable au fond de la rivière, sur le lieu qu'il occupait, les pêcheurs ramènent quelquefois des armes, des vases en fonte 1 et des pièces de harnais. L'absence des armes à feu, l'état de conservation des objets, la forme des épées, la présence d'une arbalète encore armée de son dard, tout concourt à fixer pour époque à cet événement la fin du "quatorzième siècle, ou le commencement du quinzième au plus tard.
La paroisse de Clichy fut aussi le théâtre de la guerre pendant le siège de Paris par l'armée de Charles VII. Jeanne d'Arc vint camper à Monceaux,
M. Fouquet, maire de Clichy, a déjà pu recueillir une douzaine de ces pièces ; mais, avant son administration , un grand nombre avaient été vendues aux marchands de vieux fer.
De lost des francois à monceaulx sen vindrent faire ung assaillie jusquau marchie des pourceaux soubs la montagne 1 sembuscherent pour illec estre a couvert et de la gaigner sen allèrent dassault ung petit boilevert 2 .
L'auteur ne dit rien de plus.
Au commencement du seizième siècle, la seigneurie de Clichy était possédée par la famille Aligret. En 1509, Guillemette L'Huillier était dame de Clichy 3 ; or, il paraît qu'alors elle était veuve de Jean Aligret, seigneur de Clichy et du Plessis-Challan , lieutenant civil au Châtelet de Paris. Guillemette était fille de Philippe L'Huillier, conseiller et avocat général du roi en cour de parlement , décédé en
* Cette montagne était une butte artiûcielle , qui s'étendait entre l'église Saint-Rock et la rue des Moulins.
* V. Vigiles de Charles VIL 3 Dit l'abbé Lebeuf.
1492 , et de Henriette Hennequin de Lentai gues.
Leur fils, Olivier Aligret, avocat au parlement de Paris, seigneur de Clichy et de Chaton tonneau, épousa Claire Legendre, dont il eut trois fils, Pierre, François et Jean, et deux filles, Marie et Jeanne. Il mourut le 23 septembre 1535. François, seigneur de Charantonneau, fut reçu conseiller au parlement le 9 juin 1544, et mourut en 1556, laissant de sa veuve , Louise Charlet, Louise Aligret, dame de Charantonneau.
Jean Aligret II, seigneur de Clichy, ne paraît pas avoir été marié. Il mourut le 2 juillet 1583.
Marie Aligret épousa en premières noces Jean Hennequin, sieur de Bernonville, conseiller du roi, auditeur en la chambre des comptes, qui mourut en 1543 , laissant Anne Hennequin , femme de Robert Leclerc, et en
deuxièmes noces Guillaume de Marillac, seigneur de Ferrières.
Anne Aligret épousa Louis Hennequin, sieur de Mathau et de la Bazinière, conseiller du roi, procureur général en ia cour des monnaies, qui devint possesseur de la moitié de la seigneurie , moyennant une somme de 5,600 livres au profit de son beau-frère, Tan 1562. Il en jouissait encore en 1575 , mais il mourut peu après , car sa veuve comparut en la coutume Tan 1580.
Jean et Louis Hennequin étaient fils de Pierre Hennequin, sieur de Mathau, Bernonville, Blines et Scavières, décédé en septembre 1553, et de Marguerite Lotin.
Louis Hennequin eut d'Anne Aligret deux fils : Louis et Pierre.
Louis Hennequin II, seigneur de Clichy, ne fut pas marié.
Pierre Hennequin, sieur de Mathau , né en
1545, marié en 1579 à Anne du Breuil , fut père de Judith Hennequin, qui épousa Antoine de Joyeuse, baron de Yerpel et de Montgobert, et d'Alexandre Hennequin, sieur de Mathau, qui eut la seigneurie de Clichy par héritage de son oncle.
Alexandre Hennequin , né en 1583 , épousa Marie Richer de Lobinière, dont il eut Michel Hennequin.
En 1595, Alexandre Hennequin et un sieur de la Bazinière, co-seigneurs de Clichy, étaient sous la tutelle de Louis de Marillac , seigneur de Farinvilliers , fils de Guillaume de Marillac et de Marie Aligret.
Ce sieur de la Bazinière , qui devait bientôt réunir la totalité de la seigneurie, ne peut être que Macé Bertrand, parent d'Alexandre Hennequin , comme le prouve la communauté de leurs intérêts et l'unité de la tutelle. Dès Tan 1580, un autre démembrement du même do-
maine était possédé par un sieur Claude du Croc, écuyer, qui se qualifie également de seigneur de Clichy sur le procès-verbal de la Coutume de Paris.
Les familles Aligret et Hennequin ont donné à la magistrature et aux finances un grand nombre d'hommes éminents par leur savoir et leur intégrité *.
La paroisse de Clichy se divisait alors en deux villages, qui prenaient chaque jour plus d'importance : le village de Clichy proprement dit, et le village de Monceaux. Celui-ci possédait, depuis longtemps déjà, une église ou chapelle qui dépendait , comme succursale , de l'église de la paroisse, et qui était desservie par un
1 La famille Aligret portait d'azur à trois aigrettes d'argent, 2 et 1.
La famille Hennequin, vairé d'or et d'azur, à la bordure engrêlée de sinople, au chef de gueules, au lion léopardé d'argent.
prêtre ayant le titre de vicaire. Il avait aussi sa seigneurie et son château, nommé château du Bel-Air. La chapelle fut reconstruite en 1529, par Etienne des Friches, seigneur de Monceaux, dédiée sous le vocable de saint Etienne, patron du fondateur, et bénite, le 26 mars, par Guy, évêque de Mégare in partibus infidelium. Germain des Friches , successeur d'Etienne , vendit la seigneurie , Tan 1569 , à Jean de Charron , valet de chambre du roi.
Le dernier héritier de cette famille , originaire de la Grèce, et venue en France à la suite de Philippe-le-Hardi, au service duquel s'était mis son auteur, revendit en 1746 au fermier général Grimod de la Reynière.
La seigneurie appartenait en 1612 à Jacques de Charron; en 1629, à Charles de Charron, héraut d'armes de la compagnie de Monsieur, frère unique du roi, lequel avait épousé
Anne de Charnphuon; en 1680, à Pierre-Gilles- Odo de Charron, écuyer, cocher-écuyer de la grande écurie , valet de chambre ordinaire du roi, ancien capitaine du régiment du roi. Il mourut en cette même année. Anne de Champhuon mourut le 25 mars 1689 ; l'acte de ses funérailles nous apprend que le titre de valet de chambre ordinaire du roi était héréditaire dans la famille, et que son noble époux, le seigneur de Monceaux, était en outre seigneur de Liancour et de Rucour.
Tout cela est déjà loin de nos mœurs, et si dès maintenant nous avons peine à comprendre comment les seigneurs de tant de seigneuries s'honoraient du titre de valet de chambre, même d'un roi, dans un siècle d'ici on ne le comprendra plus du tout. A quel degré d'abaissement étaient donc descendus les vassaux, relégués aussi loin de leur seigneur, que le valet de chambre l'était lui-même de
son maître? En quelle estime était donc auprès du roi, et sa garde, commandée par un valet de chambre, et sa noblesse, dégradée jusqu'à de pareils titres, sinon à de pareilles fonctions? Aujourd'hui les hommes valent nécessairement mieux, parcequ'ils s'estiment davantage. Le peuple, au reste, se vengeait de son humiliation par des sobriquets et des injures envers ceux qui avaient gagné leur anoblissement d'une manière abjecte ; c'était la seule vengeance alors possible. Il savait distinguer la véritable noblesse, acquise au prix d'une grande illustration et de grands services rendus à la patrie, de cette noblesse de bas-aloi ramassée dans les écuries des princes ou dans leurs cabinets de toilette ; il était impitoyable pour les gentilshommes de paille et les porteurs de coton.
A la place de l'ancienne église de Clichy, devenue trop petite, ou tombée de vétusté,
une nouvelle avait été élevée ; elle fut bénite le dimanche 1 er octobre 1525, par François de Poncher, évôque de Paris, et dédiée sous le vocable de saint Médard ; l'évêque en consacra en môme temps les cinq autels. Cette dernière circonstance prouve que l'église était alors plus grande qu'elle ne Ta été depuis, et conséquemment, la population plus considérable ; car cinq autels supposent presque nécessairement quatre chapelles outre le chœur. Le nom de saint Médard n' apparaît pas ici pour la première fois, puisque déjà nous avons vu la fête de ce saint notée comme patronale au siècle précédent, à l'occasion d'une rixe sanglante à laquelle elle donna lieu. Cependant, il y a lieu également de penser, et c'est une tradition constante, que le vocable de la plus ancienne église était Saint-Sauveur. On voit dans presque tous les titres postérieurs à cette époque, les noms de saint Médard et de saint
Sauveur associés. On célébrait encore au dernier siècle toutes les fêtes du Sauveur du rite solennel. Une ordonnance épiscopale de 1733, transféra au dimanche suivant la fête de la Transfiguration, afin qu'elle pût avoir lieu avec plus de solennité, et que tous les paroissiens y assistassent, parceque saint Sauveur était le second patron de la paroisse. En 1734, le curé fit célébrer cette même fête avec une solennité extraordinaire, ayant profité de la présence à Paris des députés du clergé de France, réunis en assemblée générale, pour y inviter un grand nombre de prélats et de dignitaires de Tordre. Or, il n'est pas possible que le rang de premier patron ait été donné d'abord à un évêque, et le second rang réservé pour le Sauveur. 11 n'est pas même possible que le Sauveur et un saint de quelque ordre que ce soit, aient été associés dans l'origine. Le Sauveur a dû être le patron du plus ancien
édifice; saint Médard est devenu le patron d'un autre plus moderne.
Saint Médard a perdu lui-même son rang , lorsqu'en 1842 l'église a été mise sous le vocable de saint Vincent 'de Paul ; ce qui était tout à la fois une convenance et une justice : une convenance, parceque Vincent de Paul vit encore dans nos souvenirs; une justice, parcequ'il a été le pasteur du troupeau, et probablement le fondateur de l'église.
Enfin, l'année 1526 nous fournit le nom de deux curés : Antoine Embleur résigne la cure en faveur d'un sieur Montanel, avec l'assentiment du chapitre canonial de l'église collégiale de Saint-Benoît, patron présentateur; c'est tout ce que nous savons de leur histoire. Les noms qui viennent ensuite sont ceux de Michel Bazanier , Philippe Bazanier et Thomas Blin; mais nous ne pouvons pas même y joindre une date. A Thomas Blin succéda
le fameux François Bourgoing, célèbre par sa science et sa piété, qui résignala cure en 1612, pour entrer dans la congrégation de l'Oratoire, dont il fut le troisième général. Il avait dû être pourvu aussitôt après son ordination, peut-être même avant, puisqu'il n'avait encore que vingt-sept ans, lorsqu'il donna sa démission.
Issu d'une famille originaire du Nivernais, mais établie depuis plus d'un siècle à Paris, où elle avait acquis une grande considération dans la magistrature, François Bourgoing, né le 18 mars 1585, ne devait pas dégénérer de la vertu de ses aïeux. L'un des élèves et bientôt des docteurs les plus distingués de la Sorbonne, qui était le séminaire de la science réelle et de la pure doctrine, Bourgoing fut un des six premiers prêtres de la congrégation de l'Oratoire, dont il devint un des plus illustres ornements. Après avoir beaucoup
travaillé à la propagation de l'institut en France et dans les Pays-Bas, il succéda en qualité de supérieur général au père Charles de Gondren, dont il avait été vicaire général. Il gouverna avec une grande sagesse, et mourut en odeur de sainteté le 26 septembre 1662, après avoir publié divers ouvrages, qui respirent la piété la plus tendre, et mis en lumière les œuvres du cardinal de Bérulle, fondateur et premier général de l'ordre. Son père, Jacques Bourgoing, conseiller en la cour des Aides, était « docte ès langues et bien versé dans la poésie latine, » au rapport de La-Croix-du-Maine, qui entait réloge. Son aïeul, Guillaume Bourgoing, avait rempli honorablement les fonctions de conseiller au parlement
A un prêtre docte et pieux devait succéder un grand homme, un saint, le héros de l'humanité, l'honneur du christianisme, Vin-
cent de PauU Mais avant de raconter ce qui lui est nriâtil, nous reprendrons le récit des événements qui ont rapport & l'histoire ci* vile.
M*cé Bertrand de la Bannière, secrétaire du roi et trésorier de son épargne, devint seul seigneur de Ciichy, connue il a été dit précédemment Il épousa Marguerite de Vertiiamon, veuve de Daniel Voisin, seigneur de la Nomye et de Villelxrorg, secrétaire du roi, greffier criminel au parlement de Paris, et mourut avant 1643. Sa veuve géra la tutelle de leur fils, et mourut en 1660, après avnir légué à l'église de la paroisse un somme de deux mille livres, à charge de services religieux.
Macé Bertrand II de la Bazinière, seigneur de dichy , baron de Vouvant, de Mervant, etc. , trésorier de l'épargne, prévôt et maître des cérémonies des ordres du roi, épousa en 1645
Françoise de Barbezières, fille d'honneur de la reine, dont il eut plusieurs enfants, auxquels il paraît avoir survécu, ainsi qu'à sa femme, morte le 3 janvier 1679.
Il était à la Bastille en 1663, nous ne savons pour quel motif. On lit à son sujet les lignes suivantes dans l'ouvrage intitulé la Bastille dévoilée: « Année 1663. Prisonnier, le sieur de la Bazinière, trésorier de l'épargne. On conjecture, sans en avoir la certitude, que ce prisonnier a donné son nom à une des tours de la Bastille. 1 »
Sa sœur, Marie Bertrand, avait épousé Guillaume Bautru, conseiller du roi, chancelier du duc d'Orléans, comte de Sérant, fils de l'académicien Bautru, si fameux par ses sail-
1 Armes ; Ecartelé d'or et d'argent; au 1 er au croissant montant de sable, au 2 et au 3 à deux lions passants de gueules, au l\ à une étoile de sable au chef de gueules et la pointe de l'écu ondée d'azur.
lies tant admirées de Ménage, et qui le seraient moins de notre temps, auquel la seigneurie de Glichy revint ainsi par héritage de sa femme.
Guillaume Bautru ne laissa que deux filles :
Marguerite et Marie-Madeleine, mariées, la première à Nicolas Bautru, marquis de Vaubrun, neveu de Guillaume Bautru l'académicien, qui se trouvait'ainsi être l'oncle de Marguerite à la mode de Bretagne ; et la seconde à Edouard-François Colbert, comte de Maulevrier, seigneur de Vendières, chevalier des ordres du roi et lieutenant-général de ses armeés, frère du ministre Golbert. Marie-Madeleine Bautru mourut le 10 mars 1700.
Le marquis de Vaubrun et le comte de Maulevrier, également remarquables par leur bravoure et par leurs talents militaires, possédèrent temporairement en commun la seigneurie de Clichy.
Le comte de Maulevrier, nommé commandant de Philisbourg en 1661, capitaine aux gardes en 1662, lieutenant de la première compagnie de mousquetaire en 1665, se signala en 1669 au siège de Candie, et à la campagne de Hollande en 1672. Il fut, en récompense de ses bons services, nommé lieutenant général des armées du roi en 1676, et gouverneur de la ville et de la citadelle de Tournay en 1682. Il mourut le 31 mai 1693.
Ses deux fils, François-Edouard et Jean-Baptiste, suivirent également la carrière des armes. L'aîné, qui était colonel du régiment de Navarre, fut tué en défendant Namur le 18 juillet 1695.
Nicolas Bautru, lieutenant-général des armées du roi, gouverneur de Philippeville, officier de la plus brillante valeur et d'une grande capacité, commandait sous les ordres de Turenne, en qualité de mestre de camp des
carabiniers pendant la campagne d'Alsace, en 1675. Il avait commandé seul pendant les premiers mois de l'année v en l'absence du général en chef, enlevé aux confédéré* les places de Dachatein, de Moisheim et de Mutzig, et achevé de nettoyer le Brisgaw, tandis que la garnison de Philisbourg complétait la ruine du Palatinat. Ses discussions avec le comte de Lorges, qui prétendait au commandement suprême de l'armée après la mort du maréchal, pensèrent être funestes à l'armée et à la France ; mais le marquis de Vaubrun ayant été tué au combat d'Altenheim, le 1" août suivant, le comte de Lorges se trouva sans concurrent.
Par [suite d'arrangements de famille, Marguerite Bautru, veuve du marquis de Vaubrun, devint seule propriétaire de la seigneurie de Clichy. Elle fit les plus grandes dépenses pour l'embellissement de son ma-
noir, dans lequel elle résida le plus ordinairement, et ne négligea rien de ce qui pouvait être avantageux au village, Une grande partie du château fut reconstruite à neuf, avec des parcs et des jardins d'une grande étendue, dessinés dans le goût de ceux de Versailles.
En 1702, le cimetière de la paroisse, situé du côté méridional de l'église, et qui était plutôt une place publique qu'un cimetière , fut transféré du côté opposé, en vertu d'un accord passé avec le curé et les paroissiens, et consenti par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris. L'ancien cimetière, planté en ormes, devint une promenade, qui servit en même temps d'ornement au village et au château 1 . Des moulins à pompe foulante, établis
i Le terrain cédé par la marquise de Vaubrun servit de lieu de sépulture jusqu'en 1806, qu'il fut abandonne, contre le gré des paroissiens, et nonobstant leurs réclamations, pour le cimetière actuel, situé dans un lieu isolé.
sur la Seine, élevèrent les eaux du fleuve, qui jaillirent en cascades dans les parcs et dans les jardins.
En 1705, elle conclut des échanges de terrains avec les abbayes de Saint-Denis et de Montmartre, pour arriver au redressement et à Télargissement du chemin du Coq , dit aussi de la Grande-Pinte, et la belle rue de Clichy fut ainsi tracée, en môme temps que la grande rue de Batignolles, qui en est la prolongation. Elle fit planter l'avenue de Clichy depuis l'entrée du château jusqu'au sommet de la butle de Batignolles. Louis XV compléta lui-même, pour ainsi dire, cet ouvrage en 1745, lorsqu'il fit ouvrir la superbe aven ue de Saint-Denis à Neuilly, dans le dessein d'éviter Paris en se rendant de Saint-Denis à Saint-Cloud.
Le jeune sardanapale, qui, jusque là , avait donné les plus douces espérances, et que ses sujets entouraient d'un amour et d'un culte
presque idolâtriques, était alors dans la ferveur de sa première passion pour l'infâme marquise de Pompadour. Les Parisiens prirent fait et cause pour la belle et vertueuse Marie Lekzinska ; ils laissèrent éclater leurs plaintes et leur mécontentement. Louis XV, paraissant è POpéra, et s' attendant à recevoir les hommages et les acclamations accoutumées, ne recueillit que les marques les moins équivoques de la désapprobation et des murmures peu flatteurs.
Au lieu de profiter de la leçon, le monarque s'irrita, et le peuple devint bientôt indifférent pour celui qu'il avait tant aimé, et qu'il ne devait pas tarder à mépriser, en attendant que la postérité le flétrit.
L'avenue royale coupait en plusieurs points un ancien chemin, nommé chemin de la Révolte dans sa partie la plus voisine de Neuilly, et qui passait à l'extrémité des jardins du cbé-
teau de Clichy. Le chemin des Cailloux, au haut du village, en est un tronçon ».
Le château, avec ses parcs et ses jardins, occupait tout l'espace compris entre la rue Marthe et la rue de Paris, la rue du Guichet et la rue de l'Abreuvoir ; depuis la rivière jusqu'à l'avenue de Saint-Denis. Mais entre cette avenue et le haut des jardins, marqué antérieurement parla rue des Cailloux, il resta un espace dont on fit une esplanade consacrée aux ébats de la population du village, et qu'on appela le Paradis.
La rue de Paris n'était alors qu'un sentier
1 Cette partie du chemin de Saint-Denis à Saint-Cloud s'appelait de la sorte , parcequ'eile traversait un champ nommé chantier du Tas de Cailloux, ou encore chantier des Cailloux de Charonne. L'appellation de chemin de la Révolte est antérieure à la plantation de l'avenue de Saint-Denis à Neuilly, et ne lui a point été donnée, par conséquent, à l'occasion d'une révolte des ouvriers occupés à la confection de la route, ainsi qu'on se plaît à le dire.
établi près du revers des fossés du jardin seigneurial, et s'appelait chemin de Monceaux; la rue Marthe, bordée d'un côté par l'autre clôture du même jardin , et du côté opposé par une grange de dîmes appartenant à l'abbaye de Saint-Denis et par quelques rares maisons, se nommait chemin de Montmartre, ou rue Montmartre. Le village proprement dit consistait dans la seule rue de l'Eglise, qui n'avait pas plus de longueur que le travers du parc , c'est à dire depuis l'extrémité de la rue de Paris jusqu'au bout de la rue Marthe. Ici commençait la rue Royale, appelée maintenant rue du Landy ; de son extrémité, un chemin se dirigeait vers Saint-Denis et se nommait chemin du Landit, à cause de la célèbre foire du même nom qui se tenait à Saint-Denis, et commençait le mercredi le plus proche de la Saint-Barnabé ; un second se dirigeait vers Saint-Ouen, et se nommait chemin des Couronnes ; un troi-
sième, plus voisin de la rivière, s'appelait chemin du Clos-du-Bout.
A l'autre extrémité de la rue de l'Eglise était le chemin de la Planchette, maintenant rue de Neuilly , l'une des principales du village. Un chemin, nommé chemin de la Procession, servant aux grandes processions, faisait le tour du village, à une certaine distance dans la campagne. Il coupait le jardin seigneurial vis-à-vis la rue du Bois , suivait celle-ci , traversait les jardins, se rejoignait à la rue Jeanne-d'Asnières, et revenait, après avoir presque touché la rivière, joindre le bout de la rue encore nommée maintenant rue de Procession *.
De somptueuses maisons de campagne s'éle-
1 Ce serait une curieuse histoire que celle de la rue de Procession : En 1780, la fabrique échangea avec le sieur de Piles un demi-arpent de terrain situé sur cette voie, à condition qu'il la laisserait subsister dans une largeur de quatorze pieds. Il la supprima, afin de clore de murs le beau parc qui est
vaient sur différents points du territoire : à
la Planchette , aux Thernes , à Coureelfes, à Monceaux, et principalement autour do riflage le long du chemin de la Planchette, de la rue Royale et de la rue des Couronnes. Clichy était alors le lieu de plaisance cPune partie de fa population aisée de la capitale. Le duc cFOrfeanrs
maintenant la propriété de M. Marjolin , et offrit Une indemnité de 3,000 francs à la commune. Une assemblée de parois* siens, formée d'une imperceptible minorité, accepta l'offre; mais une seconde assemblée plus nombreuse, dirigée par les riverains intéressés au maintien de la voie ,. protester énergiquement contre l'usurpation. Le sieur de Piles fut remplacé comme propriétaire par un sieur Btigny, qui soutint non moins énergiquement sa cause devant Tadministfatibn supérieure. La révolution française interrompit à peine la contestation, qui fut portée ensuite devant les tribunaux, où elle était pendante en 1806 et 4807. Elle flirt reportée de nouveau devant l'administration, et s'agitait en 1811, 1813 et année* suivantes. Le fait a enfin, comme toujours, prévalu sur lédroit. Nous ne croyons pas qtfil y ait eu jugement définitif? On ferait un gros volume des pièces de là procédure.
avait une maison de campagne à Monceaux.
Il fit édifier une chapelle à côté du chœur de l'église paroissiale. Mais son fils, le duc de Chartres, exclusivement attaché à son château, dont il fit un palais élégant , qu'on appela les Folies de Clmrtres, et qu'il accompagna d'un parc admirable et de jardins presque féeriques S abandonna la chapelle, et la céda, par acte du 13 février 1761, a une dame Lebas de Courmont, qui la fit reconstruire, et éleva en même temps la petite sacristie qui est de l'autre côté. La famille Boileau avait aux Thèmes
1 Delillc parla ainsi 4e Monceaux dans son poème des Jardins :
J'en atteste, ô Monceaux, tes jardins toujours verts; Là, des arbres absents les tiges imitées, Les magiques berceaux, les grottes enchantées, Tout vous charme à la fois. Là, bravant les saisons, La rose apprend à naître au milieu des glaçons ; Et les temps, les climats, vaincus par des prodiges, Semblent de ta féerie épuiser les prestiges.
une maison de campagne, dans laquelle mourut, le 14 avril 1696, Gilles Boileau, greffier de la grand' chambre du Parlement , père du célèbre Despréaux. Il fut inhumé dans l'église paroissiale. Les comtes de Canillac avaient auprès du village une maison, avec chapelle domestique, bénite le 25 juin 1631 ; la famille Crozat de Tugny, une maison avec chapelle domestique, bénite le 5 juillet suivant. Le président de Crozat fit percer dans son parc un des premiers puits forés qu'on ait vu dans le pays, et obtint des eaux jaillissantes à quatre pieds au dessus du niveau de la Seine ; résultat qui fut alors considéré comme merveilleux. La famille de Versoris avait une maison avec chapelle domestique, autorisée le 28 juillet 1623, à la demande de saint Vincent de Paul, alors curé de Clichy. Les comtes de Lannion avaient une maison avec chapelle domestique, bénite le 1 er octobre 1743 ; le duc de la
Force, une maison avec chapelle domestique, bénite le 3 avril 1745.
Les familles de Pontchâteau , de Roissy, de Beauchamps, de Yarennes, de la Fresnaye, l'abbé d'Alby, l'archevêque de Cambray, et un certain prince Charles, qui n'est pas autrement désigné, possédaient près du village de Clichy de belles maisons de campagne , suivant une délibération des paroissiens, datée du 25 novembre 1753, relative au pavage du village, dont il est ici question pour la première fois. Cette pièce contient de curieuses particularités. La maison de M. Beauchamps 1 était louée à un certain marquis de Saint- Rémy, dont la veuve, morte longtemps après,
1 >ious croyons que ce M. de Beauchamps est le même que Pierre-François Godard de Beauchamps, décédé en 1761, auteur des Recherches sur les Théâtres , de quelques drames, de plusieurs romans et de diverses traductions.
a donné son nom à une des rues du village *.
Il y avait au devant de la maison du prince Charles une mare profonde, qui nuisait tellement à la circulation, que les voyageurs et les rouliers ne pouvaient pas toujours la franchir. Alors la route du Landit, par Clichy et par Courcclles, était la seule voie entre Saint-Denis et le pont de Neuilly. M. le curé lui-même, lorsqu'il était obligé de porter les sacrements à des personnes qui demeuraient au-delà, ne pouvait y passer. Tels sont les considérants de la requête présentée au gouvernement à l'occasion du pavage.
Cette marc nous en rappelle une autre plus
\ os ancêtres étaient plus polis et plus libéraux que leurs drs/endanls : ils n'excluaient pas les femmes des délibérations municipales. Plusieurs , entre autres cette marquise de Saini- Rémy, ont donné leur avis sur les affaires du temps. V. aux arcli. de 1 h<Vid-de-vii!c de Paris une délibération de 1770 relative à la rcronstruciion du presbytère de Clirby.
fameuse et plus dangereuse encore, car ses eaux fétides causaient la mort aux animaux qui y buvaient, Pasphyxie aux gens qui y tombaient, et infectaient l'air alentour. Elle existait près du village de Monceaux. Quand il fut question de la supprimer en 1777, il surgit de grands débats; la cour et les princes, notamment le duc de Chartres, furent obligés d'intervenir; les habitants de Monceaux demeurèrent sourds à toutes les raisons et à toutes les injonctions. Lorsqu'enfin l'autorité prit le parti de faire ouvrir une tranchée , il y eut une émeute , et Ton vit, comme autrefois à Jérusalem , quand les Juifs , de retour de la captivité , entreprirent de fermer les brèches de leurs murailles, les ouvriers occupés à combler le fossé, la pelle dans une main et la hallebarde dans l'autre.
La population de Clichy, y compris celle de tous les villages de la paroisse, était de huit à neuf cents âmes à la fin du dix-septième siècle.
à en juger par le nombre des naissances, qui varie de trente- cinq à quarante-cinq ». Les habitants avaient des mœurs excellentes, si on s'en rapporte aux registres publics, qui ne présentent que de loin en loin , après un espace de plusieurs années, la naissance d'un enfant illégitime.
Depuis la fin du seizième siècle, le chiffre de la population va croissant d'une manière constante. Il se forme un nouveau quartier, dit de la Pologne , peuplé presque entièrement par ceux des militaires d'un régiment de gardesfrançaises, caserne à Monceaux, qui se marient avant la fin de leur temps de service. Une fa-
1 11 no paraît pas qu'il y eût alors (Vautre population aux Thèmes, à Courcelles et à la Planchette , que celle des gens de service attaches aux maisons de campagne qui y existaient. Il n'y avait pas encore d'habitations au pont d'Asnières. Le village de Champerré ne devait être fond*'' qu'en 1822, le village Cavé en 18/|3, et le village Levallois en 1846.
mille Mayeux, qui se révèle pour la première fois en 1662, forme un second village au dessous de celui de Monceaux , le long de la rue du Bac-d'Asnières. Cependant il ne se fait encore aucun commerce dans la paroisse, sauf à la Pologne, où sont établis de nombreux marchands de vin. Les maraîchers ne sont pas arrivés; les blanchisseurs de linge ne paraîtront qu'en 1751. Un acte de baptême du 3 mars de cette année en contient la première mention, et indique déjà trois familles de blanchisseurs : celles des Raffard, des Trouillet et des Chevillard. Mais revenons à Vincent de Paul.