‹ Histoire de Clichy La GarenneChapitre 8 sur 14 · SAINT VINCENT DE PAUL · texte numérisé non relu

SAINT VINCENT DE PAUL

Tous les biographes, les anciens aussi bien que les modernes, se sont trompés sur la durée du temps pendant lequel Vincent de Paul a été curé de Clichy-la-Garenne, en la fixant à une année. Ce qui les a induits en e rreur, c'est une

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lettre dans laquelle il raconte, longtemps après, comment il transféra ses meubles du presbytère de Clichy dans la maison du marquis de Gondi, lorsqu'il eut accepté le préceptorat de ses enfants. Ses paroissiens, dit-il, le suivaient les larmes aux yeux , en voyant cette séparation; mais il ne devait pas cesser pour cela d'être curé , ni de s'occuper de l'administration de sa paroisse. C'était un fardeau de plus qu'il assumait sur ses épaules , et il laissait pour le remplacer, pendant ses jours d'absence, un ecclésiastique vertueux et digne de sa confiance.

La résignation de Nicolas Bourgoing est du 13 octobre 1611; elle fut admise en cour de Rome le 12 novembre suivant. Vincent de Paul prit possession le 2 mai 1612. 11 semble que Vincent, qui sentait au fond de son cœur les élans d'une charité universelle, ait hésité à emprisonner son action dans un si petit espace; il est difficile d'expliquer autrement ce

long délai. Il entra , par manière d'essai dans la maison de Gondi, comme dit Collet, son historien, en 1613 : On avait fait briller à ses yeux, non seulement le service qu'il rendrait à la société, en élevant dans les principes de la religion déjeunes seigneurs destinés à remplir dans le monde un rôle important , mais encore le bien qu'il pourrait opérer parmi les colons si nombreux des domaines du marquis de Gondi. Les sentiments religieux de ce seigneur, aidés de la piété fervente de sa femme, devaient lui faciliter les moyens de faire de grandes choses. Enfin , à la distance où il se plaçait de son troupeau, il viendrait encore le visiter souvent, célébrer l'office toutes les fois qu'il en serait besoin ; il pourrait, en un mot, s'acquitter des devoirs qui incombent à la charge d'un pasteur

1 Alors les pasteurs du premier et du second ordre se cou-

Vincent de Paul était encore curé en 162o, et en remplissait les fonctions, comme le prouve le testament d'un curé de Montmartre, transcrit sur les registres de la paroisse ; voici les termes de ce document important : « Je, soussigné, Claude Gilbert, prêtre, protonotaire apostolique, curé de Saint-Pierre-et-Saint-Denis de Montmartre, fils de feu Etienne Gilbert, natif de Clichy-la-Garenne, âgé de soixantedouze ans , ayant esté baptise le neuf octobre mil six cent vingt-trois, pardeffuntM. Vincent, général et premier instituteur supérieur de la compagnie et société des prêtres de la Mission et maison de Saint-Lazare, pour lors curé dudit Glichy. »

Le testateur fait ensuite une longue his-

sidéraient comme dispensés de la résidence, autant qu'ils pouvaient se faire remplacer dans leurs fonctions , en se réservant la surveillance et la direction générale des affaires.

toire de sa vie, de laquelle il résulte qu'il avait été ordonné prêtre le jour saint Thomas, apôtre, Tan 1G47, qu'il avait rempli pendant trois ans les fonctiôns de vicaire à Clichy, tant sous la direction de maître Jean Souillard, successeur de saint Vincent de Paul, que sous celle de maître Antoine Galet, docteur de Sorbonne ; qu'il avait ensuite abandonné cet emploi, afin de mettre sa conscience en repos à l'égard des membres de sa nombreuse famille, auxquels il était obligé d'administrer les choses saintes, et envers lesquels il craignait de ne pas avoir la liberté convenable, ou de le paraître ; qu'il avait ensuite été onze ans vicaire de Montmartre, à commencer de 1651, et puis curé du même lieu par résignation. En souvenir de son baptême, le testateur lègue a l'église de Clichy une croix d'argent, doré, remplie de reliques, et qui devait être suspendue au reliquaire de

saint Médard; nous allons dire comment des reliques de ce saint étaient échues à l'église de Glichy ; le testateur en fait ici une longue histoire, qui est conforme en tout point aux actes du temps.

L'autorité de cette pièce, dont les dates et les faits concordent entre eux et avec l'histoire, ne saurait être contestée ; elle est d'ailleurs corroborée par un autre document, cité par l'abbé Lebeuf, qui prouve que saint Vincent de Paul était encore curé de Glichy deux ans plus tard, c'est à dire en 1625 : ce dernier est une autorisation qui lui est donnée le 14 avril de cette même année par l'archevêque de Paris, de faire des missions dans toute l'étendue du diocèse, avec les prêtres qu'il s'était adjoint à cet effet : dilecto twstro venerabili viro Vinceniio Paul, presbylero, juris licentiato, ecclesiœ parochialis Clichiaci in Garennd curalo....

Si les premiers biographes de Vincent de Paul avaient connu ces documents, et quelques autres que nous aurons occasion d'indiquer ; si les modernes, au lieu d'analyser le travail de leurs devanciers, étaient allés à ïa recherche des preuves, ils ne seraient pas tombés dans une pareille erreur.

Ce point une ibis mis hors de doute, il ne nous reste plus qu'à aborder la véritable histoire de Vincent de Paul. Nous aurons encore quelques faits à rétablir, mais peu de laits nouveaux à ajouter.

Vincent de Paul, né le 24 avril 157G à Pouy, diocèse de Dax, au sein d'une famille de cultivateurs, étudia le latin au collège de Dax, et la théologie au séminaire de Toulouse. Il prit les degrés de bachelier et de licencié en droit canon, et fut ordonné prêtre le w 23 octobre 1600. Déjà il avait fait preuve de talents si distingués et d'un mérite si supé-

rieur, que les grands vicaires de Dax le promurent,, sede vacante, à une cure du diocèse, qui lui fut enlevée par un prêtre étranger, pourvu, sans doute, en vertu de ses grades.

Le duc d'Epernon pensa alors a le faire élever, comme par dédommagement, à l'épiscopat; mais Vincent de Paul avait trop de modestie pour accepter un pareil honneur.

Une affaire d'intérêt l'ayant conduit peu après à Marseille, il voulut opérer son retour par mer, fut pris par des corsaires barbaresques, et vendu comme esclave. Trois ans plus tard, il revint accompagné de son maître, qu'il avait converti, et avec lequel il s'était enfui ; fut emmené à Rome par le vice-légat d'Avignon, et rentra de nouveau en France au bout d'une année, chargé d'une mission secrète pour le roi, de la part du cardinal d'Ossat, ambassadeur près le Saint-Siège.

C'était en 1609.

Henri IV, si juste appréciateur des hommes, n'eut pas de peine à reconnaître le mérite du jeune prêtre; il lui offrit L'abbaye de Saint- Léonard-de-Chaulme, que Vincent n'accepta pas ; nous ignorons le motif de son refus, mais il accepta le titre d'aumônier de la reine Marguerite de Valois.

Il avait dès lors contracté d'intimes liaisons avec le cardinal de Bérulle et avec la nouvelle congrégation de l'Oratoire; c'était dans la maison des oratoriens qu'il allait prendre ses délassements, après avoir rempli ses fonctions à la cour, et visité les malades des hôpitaux, auxquels il portait des aumônes, des consolations, et donnait lui-même des soins. Il étudiait dans ces repaires de l'indigence et de la douleur les causes des malheurs de l'humanité, afin de pouvoir plus efficacement les soulager un jour. Ses relations avec les personnes de la classe la plus élevée, lui donnaient le

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