‹ Histoire de Clichy La GarenneChapitre 9 sur 14 · HY · texte numérisé non relu

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moyen d'apprendre en même temps quel langage il faut parler au cœur des riches pour l'attendrir sur les souffrances du pauvre.

Pendant cet intervalle , il logeait dans une hôtellerie, et fut accusé par un compagnon de chambre d'être l'auteur d'un vol important commis à son préjudice. Le véritable auteur devait se faire connaître de lui-même plus tard; en attendant, Vincent ne s'abaissa point à protester de son innocence ou à chercher à l'établir ; il méprisa l'accusation.

Il devait toujours accueillir avec un pareil dédain les imputations dirigées contre lui.

Ses panégyristes disent que c'était par humilité; nous croyons, nous, que c'était encore plus par grandeur d'âme, et ces deux sentiments ne sont pas exclusifs. D'après les mêmes écrivains, l'humble prêtre aurait quitté vers cette époque son nom , qui lui semblait trop aristocratique, pour se faire appeler sim-

plement Monsieur Vincent. Il est vrai qu'il ne fut guère connu dans le monde autrement que sous le nom de M. Vincent; mais il n'est pas moins vrai qu'il ne conçut jamais la pensée puérile de quitter son nom, car il continua pendant toute sa vie de signer Vincent de Paul, ainsi que de nombreuses lettres de sa main en rendent témoignage. Il ne doit pas y avoir de doute à cet égard, pas plus que sur la véritable orthographe du nom. C'est dommage que les hagiographes croient devoir si souvent embellir la sainteté par des mérites imaginaires. Les saints sont bien mieux et bien plus admirables tels que Dieu et leurs vertus les ont formés, qu'avec l'habit d'emprunt sous lequel on nous les présente parfois. Disons-le hardiment ; le monde ne se réconciliera avec la sainteté, qu'en la voyant telle qu'elle est : c'est à dire l'accomplissement de tous les devoirs, l'absence de tous les vices,

et la pratique éminente d'une ou plusieurs vertus.

Promu à la cure de Clichy, Vincent de Paul ne tarda pas à devenir la seconde providence de ses paroissiens et l'oracle de ses confrères ; mais Clichy ne pouvait suffire à son ardeur.

C'était pour lui fournir un aliment que le cardinal de Bérulle l'engagea d'entrer en qualité de précepteur dans la maison de Gondi; position qu'il accepta enfin à la suite de longues réflexions et avec hésitation, car elle ne comblait pas toute l'étendue de ses désirs.

Après l'accomplissement de ses devoirs envers ses jeunes élèves, Vincent se livrait à la prédication et à l'administration des sacrements parmi les populations dépendantes des seigneuries de la maison de Gondi. Ces sortes de retraites ou de missions produisaient des fruits abondants. Il revenait ensuite se délasser avec son troupeau. C'est pendant le cours

de ces pérégrinations que son vicaire lui écrivait : « Messieurs les curés vos voisins désirent votre retour. Tous les bourgeois et les habitants le désirent pour le moins autant.

Venez donc tenir votre troupeau dans le bon chemin où vous l'avez mis, car il a un grand désir de votre présence. » Cette lettre prouverait à elle seule, que Vincent n'avait pas cessé d être curé, en entrant dans la maison de Gondi.

Il passa trois années de la sorte ; niais se sentant appelé à de plus grandes œuvres, il se demandait comment il romprait ses chaînes, et quel prétexte il emploierait pour s'arracher au respectueux attachement dont il était l'objet. Il en était ià, lorsque son ami, le cardinal de Bérulle, lui en offrit les moyens.

La ville de Chatillon-les-Dombes était réduite à l'état les plus déplorable sous le rap-

port do la religion. L'hérésie de Calvin y avait jeté de profondes racines, à cause du voisinage de Genève; les prédicateurs de cette ville [l'y fomentaient de tout leur pouvoir. Les chanoines, comtes de Lyon, desquels la cure dépendait, voyaient avec douleur cet état de choses ; les six prêtres qu'ils entretenaient pour la desserte étaient vieux, peu instruits, encore moins zélés, et par conséquent incapables de remédier au mal. Il s'adressèrent donc au père Bence, supérieur de la maison de l'Oratoire de Lyon, qui référa le choix au cardinal de Bérulle ; celui-ci jeta les yeux sur Vincent de Paul.

Vincent, auquel cette tâche plut d'autant mieux qu'elle était plus difficile, était arrivé à Châtillon avant que le marquis et la marquise de Gondi connussent son départ; il le leur apprit, en leur écrivant du lieu même, pour les prévenir de sa détermination, et les prier

de lui donner un remplaçant auprès de leurs enfants.

Les chanoines, comtes de Lyon, à la vue de de tout le bien qu'il opéra dès l'abord, et peut-être aussi pour l'attacher en ce lieu, lui conférèrent le titre de curé de Châtillon, par lettres du l eï août 1017. Mais telle n'était pas la pensée de Vincent; il n'entendait y demeurer qu'un temps limité. 11 se prodigua sans réserve : calvinistes et catholiques , tous furent égaux à ses yeux; il logeait dans la maison d'un calviniste. Les besoins temporels du troupeau ne lui étaient pas plus indifférents que les besoins spirituels; les pauvres, les malades, les enfants, les hérétiques, les pécheurs, les chrétiens fervents, les grands du monde, tous se trouvèrent forcément en contact avec lui ; aucun n'échappa à sa charité, et un petit nombre purent se soustraire à l'influence de son zèle et de sa vertu.

Vincent de Paul jeta àCiuttillon-lcs-Dombes les premiers fondements de cet ordre admirable des Sœurs de Charité, qui devait répandre sur le monde tant de bienfaits, et l'exemple de tant de vertus. Deux dames du rang le plus élevé, et aussi des plus mondaines avant l'arrivée du missionnaire, mesdames de la Chassaigne et de Brunaud, se dévouèrent les premières, et furent longtemps seules. Leur persévérance ne tarda pas à être mise à de rudes épreuves ; car, après le départ de Vincent , la famine et la contagion vinrent en même temps porter la désolation dans le pays. Vincent ne cessa de veiller sur les nouveaux convertis, de leur envoyer des consolations et des secours, et de diriger les efforts de ses deux admirables néophytes, dont le zèle grandit en raison des obstacles.

Vincent de Paul avait quitté Châtillon au bout de cinq mois, laissant son œuvre en voie

de prospérité, et croyant avoir rempli sa tâche. Son troupeau de Clicliy le rappelait, et il n'entendait pas plus qu'à l'ordinaire emprisonner son zèle dans une seule localité. Le marquis de Gondi fit tous ses efforts pour le déterminer du moins à accepter la surveillance de l'éducation de ses enfants; il le lui imposa presque, et afin de le retenir désormais attaché à sa personne par des liens qu'il aimât, en fournissant un ample aliment à sa charité et à son zèle, il lui fit ouvrir les portes des prisons, en qualité de général des galères de France, et lui obtint, au mois de février 1619, un brevet d'aumônier. Déjà Vincent, de retour à peine depuis quelques mois, avait repris le cours de ses missions dans les campagnes, et s'était chargé de la direction de l'ordre de la Visitation, que venait de fonder l'évêque de Genève.

Le général des galères ne s'était pas trompé;

l'entreprise était immense, mais c'est par son immensité même qu'elle plut à Vincent de Paul. Avant leur départ pour les bagnes , les galériens languissaient pendant longtemps dans les cachots des diverses prisons de Paris, abandonnés à tous les excès du vice et de la misère, abhorrés et craints, en proie au désespoir et à une haine violente contre la société. Leur aumônier comprit dès l'abord que l'état des choses apportait le plus grand de tous les obstacles a la régénération morale des détenus, et que le bien matériel qu'il pourrait faire à chacun d'eux en particulier n'aboutirait qu'à des résultats hors de proportion avec les sacrifices. 11 obtint donc la permission de les réunir, et il loua à ses frais un local, en attendant que le gouvernement songeât à en construire un plus convenable. 11 atteignit promptement son but. Les forçats redevinrent des hommes, quand ils s'aperçurent qu'on les considérait

encore comme tels. La résignation prit dans leur âme la place du désespoir; plus d'un accepta son sort comme une expiation de ses crimes, versa des larmes sincères de componction, et se promit à lui-même de ne plus s'écarter des sentiers de la probité. Plus d'un se dit intérieurement , en admirant une religion qui lui était si éloquemment prêchée par la parole et l'exemple : Que ne l'ai-je connue plus tôt ?

Après que Vincent eut accompli parmi les forçats de la capitale l'œuvre qu'il avait entreprise, il alla visiter les galères de Marseille. Là encore il y avait immensément à faire, et le but était d'autant plus difficile à atteindre, que les galériens , répartis en un grand nombre de chiourmes, ne pouvaient être réunis. Il changea du moins la discipline, modifia les règlements, obtint la création d'un hospice pour les malades, et retrancha tout ce qui lui sem-

blait arbitraire ou inutile dans les rigueurs exercées envers les condamnés. Il donna une mission sur les galères; afin de consacrer par le sceau de la religion le bien qu'il avait fait, et de le rendre plus durable.

C'est dans cette circonstance que Vincent de Paul échangea, dit-on, sa liberté contre celle d'une forçat, et se mit lui-même les fers aux pieds, avec l'assentiment du capitaine garde-chiourme, afin de rendre à sa famille un malheureux contrebandier, inconsolable de sa détention. L'on ajoute qu'ayant porté les fers pendant plusieurs semaines, il lui resta aux jambes une enflure qui ne guérit jamais , et qui devait aboutir à la mort.

Ce fait, rejeté au nombre des fables par les meilleurs auteurs, nous semble apocryphe :

Vincent de Paul avait de bien plus grandes et de meilleures œuvres à opérer, parmi tant de centaines de galériens, que de prendre indéfi-

niment la place de l'un d'eux, pour le délivrer subrepticement , en abandonnant tous les autres, ïl avait des moyens plus légitimes de faire rendre justice à l'innocence, ou de provoquer l'indulgence en faveur d'une faute expiée par le repentir. On convient d'ailleurs que ce récit n'est appuyé que d'un seul témoignage, et qu'il n'obtenait pas de créance du vivant même de celui qui devait en être le héros.

En revenant de cette mission, Vincent de Paul se vit accueilli dans la ville de Maçon d'un si grand nombre de mendiants, que son cœur en fut profondément ému. Il s'inspira de son émotion, et lui demanda le remède à une plaie si touchante ; disposé à vaincre toutes les résistances, à surmonter tous les obstacles, à faire disparaître toutes les impossibilités. 11 séjourna trois semaines à Maçon, où il ne devait pas même s'arrêter en passant. Il y organisa la bienfaisance publique, y institua deux congré-

gâtions laïques, Tune d'hommes, l'autre de femmes, sous l'invocation de saint Charles Borromée, les chargea de recueillir des secours et de les distribuer ; mais de les distribuer avec intelligence et au profit de la morale, de manière à faire naître dans la classe indigente les idées d'ordre, d'économie, de sobriété, l'amour du travail. Cette institution obtint de si heureux résultats, elle fut trouvée si belle, que plusieurs assemblées successives du clergé de France s'empressèrent de la recommander , et qu'elle fut adoptée aussitôt dans plusieurs diocèses.

Cependant ce n'était encore qu'un premier pas, un essai, pour ainsi dire. Vincent de Paul devait, quelques années plus tard , faire produire à cette idée féconde des fruits plus abondants, lorsqu'il entreprendrait d'éteindre la mendicité dans Paris même, qui comptait quarante mille mendiants.

Au seul exposé de ce dernier dessein , chacun se récria : Quoi de plus impossible pour une seule ville, que de fournir des aliments, des vêtements, des médicaments, un asile à quarante mille indigents! et ce bienfait n'allaitil pas attirer vers la capitale tous les mendiants du reste de la France ? L'entreprise ne seraitelle pas devenue impossible, avant même d'être tentée ?

Vincentde Paul prévoyait le contraire. Ses calculs étaient bien établis. Il savait quel nombre de mendiants quitteraient Paris, loin que les autres s'empressassent d'y venir, lorsque ses mesures seraient mises à exécution. La Salpêtrière fut fondée, et y on recueillit tous les indigents invalides, en prenant soin de les occuper suivant leur aptitude et leur genre d'industrie ; des secours furent distribués à domicile aux indigents valides, beaucoup plus en raison de leur bonne conduite que de

leurs besoins apparents. Les mendiants disparurent , et si quelques pauvres , parmi ceux qui restèrent, ne furent pas secourus selon la mesure de leur indigence, ils ne durent s'en prendre qu'à eux-mêmes.

De retour au sein de son troupeau, Vincent prit à peine quelque repos ; l'audition des confessions, la visite des forçats de la capitale, la direction des Visitandines, le travail démissions et de retraites réclamées de tous côtés, la surveillance de tant d'œuvres de bienfaisance organisées par lui-môme ou avec son concours ; les soins à donner aux serfs de la maison de Gondi, qu'il n'avait cessé de mettre sur la même ligne que ses paroissiens, la visite des hospices de Paris , les catéchismes de sa paroisse ; car, à l'exemple du Sauveur, il aimait à assembler au tour de lui les petits enfants, à les bénir, à les instruire : toutes ces occupations ne lui laissaient pas un jour, pas un instant libre;

mais par son zèle, sa charité, son ardeur, il suffisait à tout.

Cependant ces soins assidus , cette tension continuelle de toutes ses facultés, avait influé d'une manière fâcheuse sur son caractère naturellement doux et affable. Ses manières étaient devenues sèches, sa parole brève, son regard austère. On le lui dit; il alla se prosterner au pied de l'autel, et demander à Dieu cette mansuétude dont il ne devait plus s'écarter désormais.

Vincent ne tarda pas à s'arracher de nouveau h ses paroissiens, pour aller donner une mission aux forçats des galères de Bordeaux.

11 agit là comme il avait fait à Marseille, et profita ensuite du voisinage du pays qui l'avait vu naître pour rendre une visite à sa famille, qui désirait ce moment avec impatience, dans l'espoir que Vincent allait la combler de richesses. Le pieux missionnaire était toujours

assez riche pour verser d' abondantes aumônes dans le sein des pauvres, mais il était trop pauvre lui-même pour enrichir sa famille. Après avoir obéi aux élans de son cœur, il songea à laisser un monument de son passage, en faisant ériger de nouveau une statue de la mère de Dieu, jadis en grande vénération parmi le peuple, alors soustraite aux insultes des calvinistes et oubliée; il construisit un petit oratoire pour la recevoir, et planta à Fentour quelques chênes, que les pèlerins vénèrent encore avec un profond respect.

Vincent recevait d'un grand nombre de diocèses des demandes pressantes, relativement à de nouvelles missions. Il se rendait sur les lieux, rassemblait quelques ecclésiastiques de bonne volonté , et commençait aussitôt les exercices. Il avait compris depuis longtemps les vices de cette méthode, sans pouvoir encore y remédier; mais enfin, ne pouvant plus

suffire à tanl d'ouvrage, il résolut, après son retour de Bordeaux, de s'associer à demeure des collègues capables de le seconder, ou même de le remplacer au besoin, appliquant à cet usage un fonds de six mille livres établi par la marquise de Gondi pour un pareil objet, et qui restait depuis plusieurs années sans emploi, faute d'ouvriers ; le marquis et la marquise de Gondi l'augmentèrent bientôt d'une manière considérable. Le premier compagnon de Vincent dans l'œuvre des missions, Antoine Portail, fut encore son premier associé; quelques autres prêtres, remplis du zèle du salut des âmes, s'adjoignirent à eux presque aussitôt. Vincent obtint pour loger sa petite troupe d'ouvriers évangéliques le collège des Bons- Enfants, alors sans destination, et dont les bâtiments tombaient en ruine.

Une nouvelle œuvre fut ainsi fondée ; l'archevêque de Paris l'autorisa en 1626; le roi,

Tannée suivante, et enfin le Souverain-Pontife en 1632.

Cette œuvre enleva définitivement Vincent de Paul à sa paroisse. Nous ne pouvons assigner l'instant précis auquel il donna sa démission. Il était encore curé le 14 avril 1625, comme le porte la permission qui lui fut délivrée en ce jour par l'archevêque, de faire des missions avec ses collègues dans tout le diocèse de Paris ; le 17 du même mois, sur l'acte relatif à la cession du collège des Bons-Enfants, il ne prend plus que le titre de prêtre du diocèse de Dax. 11 se retira avec les siens dans sa nouvelle maison au mois de juillet suivant, après la mort de la marquise de Gondi, arrivée le 23 juin.

De ce moment, l'histoire de Vincent de Paul ne nous appartient plus. Tous les témoignages contemporains sont d'accord sur l'état florissant de sa paroisse, sous le rapport des bonnes

mœurs et de la ferveur. Il laissait, pour y perpétuer son esprit de charité , une association pieuse, fondée en vue de l'édification mutuelle et des bonnes œuvres. Cette association, réunie par le fondateur à une confrérie du Rosaire, précédemment existante, avait été autorisée par ordonnance archiépiscopale du 27 septembre 1623.

Avant de quitter Clichy, Vincent de Paul avait entrepris de reconstruire l'église ; mais cette œuvre demeurainachevée,quoiqu'en aient dit ses biographes. Ils prétendent, en vertu de la môme erreur, qu'il s'était imposé à lui seul toute la dépense; or voici ce qu'on lit à ce sujet sur les registres de la paroisse : « Bastiment de l'Eglise acheué. Aujourd'hui jeudi sainct de l'année 1630 a esté baptisée Catherine Barbier.... Celle-ci est la première qui a esté tenue et baptisée sur les fonts nouueaux faicts en l'église de Clichy , l'église estant pa-

racheuéc en mesnic jour ou du moins ceste semaine. » Un acte du 23 mars 1629, par lequel l'archevêque, Jean-François de Gondi, autorise la fabrique à vendre huit arpents de terrain, pour arriver à Yachèvément de l'édifice , vient prouver ensuite que Vincent de Paul n'avait point pourvu aux frais de construction. Cependant on ne saurait révoquer en doute sa participation à l'entreprise *, car une tradition constante lui en attribue le commencement

1 Cet édifice fui orné de vitraux peinte, qui étaient, dit-on. d'une grande richesse ; mais un orage mêlé de grêle y causa «les dégâts le 11 juillet 1823, et, ni la fabrique ni la paroisse ne voulant faire la dépense d'une restauration, Ton se décida a enlever ce qui restait , afin de remplacer le tout par des verres blancs, qui donneraient plus de jour dans l'église. (Délibération du U janvier 1824.)

2 En comparant les termes du registre de la paroisse avec ceux de la permission de l'archevêque, il en résulte que la partie de l'édifice élevée par Vincent de Paul est le chœur de

Si on demandait comment les historiens de saint Vincent de Paul ont ignoré des circonstantes si importantes de sa vie, la réponse serait facile : Abély, le premier de tous, a écrit sept ans après la mort de son héros , et n'a consulté que les notes incomplètes de la maison de Saint-Lazare, où il s'était retiré, et les souvenirs des prêtres de la mission, dont aucun n'avait été témoin de la jeunesse de Vincent. Collet a écrit plus tard encore, et n'est pas mieux remonté aux sources. Ceux qui sont venus après se sont contentés d'abréger le récit de leurs prédécesseurs, sans s'enquérir de la vérité des allégations.

De sorte que l'histoire réelle de Vincent de

l'église ; eu effet, s'il avait fallu construire des fonts nouveaux, c'est sans doute parceque ces fonts étaient placés dans la partie qui venait d'être achevée nouvellement ; or, les fonts baptismaux ont partout et toujours été placés dans la partie inférieure, dans un lieu voisin de la porte principale.

Paul est encore à faire. Il n'est pas non plus suffisamment vengé des sarcasmes et des injures des jansénistes.

Gomme il repoussait leurs doctrines avec dédain, et comme il tint leurs candidats constamment éloignés des emplois pendant les dix années qu'il présida le Conseil de conscience de la régente; ils l'accusèrent de ne pas se connaître en hommes et de ne rien entendre aux affaires : « Monsieur Vincent , disaient-ils, était un homme plein de bonté de cœur, mais a courtes vues, et d'un petit esprit.

Ce n'est pas ainsi qu'en ont parlé les plus grands écrivains et tous ceux qui l'ont jugé sans passion ; ce n'est pas ainsi qu'en a parlé l'immortel Bossuet, son élève et son admirateur : « Combien de fois, écrivait-il au pape Clément XI, à l'occasion de la canonisation de Vincent de Paul, combien de fois et avec quelle

édification nous n'avons pas contemplé à loisir les vertus de cet homme apostolique, son admirable charité, la gravité de ses mœurs, sa prudence extraordinaire jointe à la plus parfaite simplicité, son application aux affaires ecclésiastiques, son zèle pour le salut des âmes, la constance et le courage invincibles avec lesquels il s'opposait aux abus et au relâche^ ment »

Il y a, sans doute, dans les biographies de Vincent de Paul un aliment abondant pour la piété ; mais qui donc, après que le saint est si bien connu, nous représentera le héros de la bienfaisance, l'homme éminent et sage, le génie vaste et puissant qui, le premier, dans les sociétés modernes, sut organiser la charité, en devançant son époque de plus d'un siècle et demi, obtenir des résultats que nos écono-

1 V. rte Bausset, Ilist. de Bossue t, t. I, p. 66.

mistes cherchent encore; créer, pour recevoir l'enfance abandonnée, des asiles que les richesses de notre budget, quinze cents fois millionnaire, peuvent à peine soutenir ; propager par l'univers les deux instituts des Lazaristes et des Sœurs de charité, que les révolutions laissent debout, que l'impiété respecte, et que les malheureux bénissent ; le prêtre qui était également à sa place dans le conseil des rois, au chevet des malades, à côté des galériens, à la tête d'une mission évangélique, dans le cercle des grands du monde et parmi des villageois; le citoyen qui, né pauvre, vivant et mourant pauvre, sut trouver des millions à dépenser en bonnes œuvres, et d'autres millions a envoyer à des provinces ruinées par l'inclémence du ciel , ou par les malheurs de la guerre ?

Car il nous resterait à retracer les plus belles pages de la vie de Vincent de Paul ; nous au-

rions à raconter en outre la fondation des retraites ecclésiastiques et des conférences de Saint-Lazare, la création des grands séminaires en France , la réforme de l' Hôtel-Dieu de Paris, rétablissement des hôpitaux de Sainte- Reine et du Saint-Nom-de-Jésus, de la maison de la Pénitence; les secours distribués pendant plusieurs années aux réfugiés politiques, sans distinction de croyance; la réforme de Grammont, de Prémontré, de l'abbaye de Sainte- Geneviève, et tant d'autres œuvres dont il fut le premier auteur, ou auxquelles il prit une part active.

Vincent de Paul mourut le 27 septembre 1660 ; il fut béatifié le 13 août 1723 par le pape Benoît XIII, et canonisé le 7 juin 1737 par Clément XII. La vénération des peuples pour la mémoire de l'homme de Dieu avait précédé le jugement du souverain pontife, et l'avait rendu nécessaire. Le décret de béatification

autorisait l'église de Paris, et spécialement celles de Pouy, de CMtillon, de Clichy-la-Garenne, à rendre un culte public au saint confesseur de la foi même avant sa canonisation.

Ses dépouilles mortelles reposèrent dans l'église de Saint-Lazare jusqu'en 1792. Enlevées alors et cachées pendant plusieurs années, elles furent rendues ensuite , puis transférées en 1830, par l'archevêque et le clergé de Paris, dans la nouvelle maison des Lazaristes, et enfermées dans une châsse d'argent du plus

grand prix.

L'archevêque remit à l'abbé Heuqueville, curé de Clichy, un fragment de l'os du bras droit du saint corps, et vint faire lui-même la translation le dimanche suivant dans l'église paroissiale. Cette relique , soustraite aux profanations par le même pasteur , quand il fut obligé de prendre la fuite en 1831, fut replacée avec solennité par le prélat le 20 juillet 1834.

Outre ce précieux souvenir, et une tradition ineffaçable gravée dans la mémoire du peuple, il reste de Vincent de Paul un crucifix, devant lequel il a souvent prié 1 ; un arbre, qu'il a planté lui-même *, à ce que Ton croit, dans le jardin du presbytère, et l'église qu'il a construite en partie. Beaucoup de familles encore existantes, telles que les familles Compoint. Adam, Lambert, Lefébure, Charles, Cornille, Dumur, Soret, Dcsgrais, Leroy, Dubois, Chevallier, ont été bénites de sa main dans la personne de leurs auteurs, ainsi que plusieurs autres dont les noms se lisent sur les actes de l'époque, à côté de ceux de quelques-unes qui se sont éteintes.

? 1 Ce crucifix est exposé dans l'église, en face de la chaire.

2 Un arbre de Judée ; nécessairement Tun des premiers qui aient été apportés en France. Peut-être le pieux Vincent y attachait-il une valeur religieuse, à cause des souvenirs que ce pays rappelle.

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