‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 18 sur 110 · Mémoires, liv. II · texte numérisé non relu

Mémoires, liv. II

'. Description du Louvre et des Tuileries, par le comte de Clarac , p. .;;'.

3. Histoire des plus célèbres amateurs français, par Dumesnilj t. II; J.-B. Colbert, p.Mli.

même désir, fut pris au mot et partit vers le commencement de novembre. C'est ce que voulait Colbert. Une l'ois débarrassé de lui, il revint aux plans de Claude Perrault, quil avait toujours préférés, et les fit approuver par Louis XIV. De nouvelles fondations furent bientôt jetées, et dix ans après, en 1676, la magnifique colonnade du Louvre excitait une admiration que deux siècles n'ont pas épuisée '.

Ce n'est pas la faute de Colbert si le monument ne fut pas acbevé du vivant de Louis XIV. Qu'eût-il fallu pour cela ? Que Versailles restât ce qu'en avait fait Louis XIII, un rendez-vous de chasse, une maison de

1. On trouve dans un manuscrit de Charles Perrault, que je crois inédit, un curieux passage sur la décoration intérieure du Louvre et sur les fêtes de la cour.

« Comme il y aura lieu de faire un grand nombre de beaux appartemens dans toute l'étendue du grand dessin du Louvre, je proposai à M. Colbert d'en faire à la manière de toutes les nations célèbres qui sont au monde : à l'italienne., à l'allemande, à la turque, à la persane, à la manière du Mogol, du roi de Siam, de la Chine, etc., nonseulement à cause de la beauté que causeroit cette diversité si curieuse et si étrange, mais afin que, quand il viendroit des ambassadeurs de tous ces pays-là, ils vissent que la France est comme l'abrégé du monde, et qu'ils se trouvassent en quelque façon chez eux, après s'en être éloignés de tant de lieues. Il trouva cette pensée digne d'être exécutée, comme aussi une autre pensée à peu près semblable, que le roi eût, dans ses divertissemens, des danses, des musiques, etc., telles qu'on en donne au Grand Seigneur, au Sophi, au Mogol, au roi de Siam. Dans cette vue, M. de La Croix (Pétis de La Croix), que M. Colbert avoit envoyé dans tous ces pays en apprendre les langues, et dont il est revenu le plus habile interprète qu'il y ait eu il y a trèslongtemps, en a apporté quantités d'airs, avec les instrumens particuliers à ces pays-là. » (Bibl. du Louvre : Mss. in-fol. Notes et dessins d< Claude Perrault, recueillis et annotés par Charles Perrault.)

On a le chiffre exact de la dépense du Louvre et des Tuileries, de 1G64 à 1679, époque où les travaux furent interrompus; elle s'éleva à plus de 10,000,000 livres, environ 40 à [10 millions de nos jours.

VERSAILLES ET PARIS sols LOUIS XIV.

plaisance. Combien de lois le judicieux ministre dut combattre les désirs du jeune roi, el opposer les dépenses nécessaires el politiques aux constructions rastueuses, improductives! Rien n'y lit. La fantaisie, l'irréflexion, l'amour du grandiose, la satisfaction de Résidera quelques lieues de Paris, dans une ville à lui, où il n'auliiii rien à redouter de la surveillance el de la turbulence des Parisiens, quisait? les souvenirs de la Fronde, toutes ces raisons l'emportèrent, el Colberl fui vaincu. Nous savons aujourd'hui par lui-même 1»' chagrin qu'il en ressentit. Une note de sa main expose les motifs qui devaient arrêter le roi el le mettre en garde contre certains conseils. C'était an moment où, après avoir beaucoup hésité sur les plans, après avoir fait faire et défaire, il fallail se décider, (i II restera donc à prendre le parti, disail Cotbert, ou de'ne rien faire qui vaille en conservanl ce qui est fait, ou de ne rien faire que de petit en le rasant. En l'un el en l'autre, la mémoire éternelle qui restera du roi par ce bâ* Liment sera pitoyable. Ilseroità souhaiter que le bâtiment tombât quand le plaisir du mi situ satisfait1. » Évidemment, Colberl ne supposait pas alors qu'on donnerail aux constructions de Versailles les développements qu'elles reçurenl : il fui bientôt détrompé. Une lettre à Louis XIV, du -ix septembre 1665, nous découvre, sur ce point important, le fond de sa pensée.

\ c majesté retourne de Versailles. Je la supplie de me permettre de lui dire sur ce sujet deux mots de réflexion

l. J'ai classé cette pièce, qui n'est pas datée, à L'année 1663 ; il pourrait bien se faire qu'elle fût de 1662 oh de 1663. Les détails de la note sont cux-mêmes^in peu obscurs.

que je fais souvent et qu'elle parJonnera, s'il lui plaît, à mon zèle.

Cette maison regarde bien davantage le plaisir et le divertissement de votre majesté que sa gloire. . .

Cependant, si votre majesté veut bien chercher dans Versailles où sont plus de 500,000 écus qui y ont été dépensés depuis deux ans, elle aura assurément peine à les trouver. . . Pendant le temps qu'elle a dépensé de si grandes sommes en cette maison, elle a négligé le Louvre, qui est as-urément le plus superbe palais qu'il y ait au monde et le plus digne de la grandeur de votre majesté. Et Dieu veuille que tant d'occasions qui la peuvent nécessiter d'entrer dans quelque grande guerre, en lui ôtant les moyens d'achever ce superbe bâtiment, ne lui donnent pas longtemps le déplaisir d'en avoir perdu le temps et l'occasion!

O quelle pitié, que le plus grand roi et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fût mesuré à l'aune de Versailles! Et toutefois, il y a lieu de craindre ce malheur.

Pour moi, j'avoue à votre majesté que, nonobstant la répugnance qu'elle a d'augmenter les comptans, si j'avois pu prévoir que cette dépense eût été si grande, j'aurois été d'avis de l'employer en des ordonnances de comptant, afin d'en ôter la eonnoissance . . .

Pour concilier toute- cfloses^ c'est-à-dire pour donner à la gloire de votre majesté ce qui doit lui appartenir, et à ses divertissemens de même, elle pourroit faire terminer promptement tous les comptes de Versailles, fixer une somme pour y employer tous les ans: peut-être même seroit-il bon delà séparer entièrement des autres fonds des bâtimens, et ensuite s'appliquer tout de bon à achever le Louvre, et, si la paix dure encore longtemps, élever des monumens publics qui portent la gloire et la grandeur de votre majesté plus loin que ceux que les Romains ont autrefois élevés.

Ainsi, modérer les dépenses de Versailles et terminer le Louvre, tel était le vœu formel du ministre. Mais le roi persista dans ses projets, et il fallut plier. Non-seulement

de 1,500,000 livres des années 1664el 1663 ne firenl pas reculer, mais la dépense s'éleva en ltrro à près de S millions de livres1; elle dépassa même 5 millions el demi en 1679; puis, en 1685, quand Lou vois, devenu surintendant des bâtiments, n'eul plus de contre-poids, elle fui de 11,314,284 livres, nue pouvail Colberl devant une volonté inflexible? Après avoir plaidé, jusqu'au risque de déplaire, la cause du Louvre, il l'avait enfin perdue, el il cherchait à suffire, par tousles moyens possibles el malgré 1rs guerres ruineuses, aux folles dépenses qu'occasionnaient à la luis Versailles, cet olympe du roi, Trianon, celui de la reine, Claui iy, celui de Mme de Montespan, sans parler de Marly, triste el dernier caprice d'une volonté trop absolue, qui ne coûta pas moins de 1,501,279 livres, environ 22 millions d'aujourd'hui, et donl quelques ruines à l'horizon nous rappellent seules l'existence -.

L'élan était donné, et, à Paris comme à Versailles, à Trianon, à Clagny, à Saint-Germain, à Marly, une armée d'architectes, de sculpteurs, d'artistes el d'ouvriers de toutes sortes étaient à l'œuvre. A partir de 1669, les papiers du minisire sonl pleins de noies, d'ordres el

1. D'après un mémoire de Colbert, que j'ai publié dans le t. II de ses Lettres, lreparlie, Finances, p. 61, au lieu de 7 à 8,000 li\

- avant 1662 aux bâtiments, on aurai! dépensé, a partir (le cette époque., au Louvre, a Versailles, a Fontainebleau', jusqu'à 2,400,000 livres. Il esl difficile, en ce- matières, d'avoir, même dans le- documents officiels, des chiffres concordants, ce- documents ne s'appliquanl pas toujours au même ensemble d'obji

■j. Les registres des Bâtiments constatent qu'eu 1664 en dépensa,

pour Marly, 171, Ilivres.De I66i a 1680, pas de constructions; c'esl

L'époque des grandes folies de Versailles. A partir de L680 jusqu'à 1690, 1 - <j,e Marly recommencent .-uns interruption.

de comptes rendus concernant ces travaux. Le 9 mai 1G70, il écrit au roi : « Je fus hier à Versailles et à Trianon, où tous les ouvrages s'avancent, en sorte que j'espère que votre majesté en aura satisfaction... Les figures du bassin du Dragon sont rétablies, et l'on commencera à dorer lundi prochain- Les ornemens des autres fontaines s'avancent avec la même diligence. Il est vrai que la prodigieuse quantité d'ouvrages de sculpture empêchera peutêtre qu'ils ne soient tous aussi beaux qu'il seroit à souhaiter. » — « Je suis satisfait, répondit le roi, de ce que vous me mandez de Versailles. Faites qu'on ne se relâche point, et parlez toujours aux ouvriers de mon retour. » Cette hâte d'en finir faisait prendre parfois des mesures que la stricte justice n'eût pas sanctionnées, mais un ordre d'en haut arrangeait tout. C'est ainsi qu'au mois de juin 1670 on interdit aux ouvriers de plusieurs carrières de quitter leur travail pour la moisson, « ce qui eût retardé les bàtimens de sa majesté et empêché l'exécution de ce qu'elle avoil ordonné être fait en la présente année. » En 1673, Louis XIV était allé en Lorraine; Colbert, qui avait fini par se résigner, l'informait, avec sa précision ordinaire, de la situation des travaux. Le 19 septembre, le roi lui répondit : « J'ai vu l'état que vous m'avez envoyé des ouvrages de Versailles, dont je suis très-content. Je me prépare à sentir quelque plaisir quand j'y arriverai; ce ne sera pas encore sitôt. » Enfin, le 1er mars 1678, Colbert écrit : « Je fus hier le jour entier à Versailles. Les étangs sont en trèsbon état... Le réservoir de Satory sera bientôt achevé... L'on travaille aux fontaines de la Renommée et de l'Arc de Triomphe pour les achever. Les nouveaux bàtimens s'avancent beaucoup ; je crois pouvoir assurer à votre majesté qu'ils seront au premier étage à Pâques, et ache-

tés au temps qu'elle les a demandés... J'espère, sire, que inui ce que votre majesté a ordonné sera prêt pour lui donner quelque plaisir el quelque relâche après ses grandes .M glorieuses conquêtes. » El Le roi, qui était alors devanl

la citadelle <!<■ Gand, met en marge <!•• la lettre : « .le suis bien aise du compte que vous me rendez de l'étal de Versailles. Ce que je recommande le plus, c'est ce qui regarde les étangs et les rigoles qui doivenl > amener l'eau : c'esl à ([uni vous ferez travailler sans relâche. 11 faut encore l'ivsser les nouveaux bâtimens, afin qu'ils soient laits dans \r moment que j'ai dit. » On serait charmé de voir une lettre où Louis XIV parlât avec cet intérêt des travaux du Louvre, de l'Observatoire, des Invalides, des quais el des embellissements de Paris '. Nous n'en connaissons pas.

1. Quand ki mort frappa Colbert, il riait depuis trois ans à charge an roi, à cause de ses objections toujours renaissantes sur les bâtiments, et celle Lmportunité était telle, que Louis XIV aurait dit un jour à son premier architecte : « Mansart, je ne veux plus bâtir; on me donne trop de dégoût. » [Œuvres de Racine, édit. Geoffroy, t. VI, p. :!:;.">.) On a vu qu'à partir de 1683, les dépenses de Versailles aug mentèrenl encore et qu'elles s'élevèrent, en 1685, a plus de tl millions, 2 millions seulement de moins que celles de la marine dans L'année 1670. Le contrôleur général alors chargé d'y subvenir était i lande Le Peletier, véritable commis de Louvois, qui, en 1689, premier symptôme de guerre . se hâta de faire retraite, tant il avait laissr épuiser le Trési r. Lors de ta nomination di' Louvois à la surintendance de- bâtiments, Versailles seul avait déjà i plu- de ;;0 millions. En 1690, lorsqu'il disparut à son tour, les dépenses de toute sorte s'élevaient, eu y comprenant Trianôn, Clagny et ses dépendance^, à 101 millions ; la chapelle, les frais d'amcu-

* Il existe au* archives du Dépdl île la guerre de nombreuses et curieuses lettres de Louvois à Louis XIV mit les travaux de Versailles, avec les réponses lia Roi en marge. Il y pêne un \if désir d'être agréable et une activité vraiment fébrile. M. Paul Boiteau d'Ambly en a public des extraits dans le Moniteur universel des 3 et 1 1 janvier 1855.

Une note autographe de Colbert précise ce qu'il se proposait de faire en 1669 pour les bâtiments. Il voulait achever le quai des Tuileries, depuis le pavillon jusqu'à la porte de la Conférence, faire la terrasse du bord de l'eau, achever les plantations du jardin *, élever le corps de logis double du Louvre du côté de la rivière, résoudre tout ce qui regardait le grand escalier, le péristyle, l'attique, acheter diverses maisons contiguës, et continuer à donner des ordres pour faire venir des marbres de toutes parts. C'était ensuite Versailles, où il fallait arrêter définitivement les plans, dessins et élévations des nouveaux bâtiments ; Saint-Germain, où il ne restait qu'à finir les arrangements commencés - ; l'arc de triomphe du faubourg Saint-Antoine, dont il se proposait de soumettre les plans, bas-reliefs, figures, devises, inscriptions et autres ornements, à

Memenl, l'argenterie et les bronzes en portèrent le total à îlC millions. (CoupcFœil sur l'ouvrage de M. Vatout intitulé : Souvenirs historiques du palais de Versailles , par l'auteur des Recherches historiques su- Versailles. [Eckard], p. 30.) — D'après Eckard, qui a écrit sur les documents officiels, la dépense exacte serait de 116,238,893 livres, qu'il estimait représenter, en 1834, 500 millions. C'est l'échelle que j'avais adoptéejen 1SG0, avant de connaître ce travail. (Voir t. Ier des Lettres, p. ci.i, Note sur la valeur comparative de Vargent au temps </<■ < 'olbert et au temps actuel.)

Colbert avait-il tort de dissuader Louis XIV d'entreprendre ces constructions ruineuses, et n'eût-il pas mieux valu cent fois pour sa gloire et pour le bonheur de son peuple qu'il eût achevé le Louvre ?

1. On peut dire que le jardin actuel est son ouvrage. Voir, dans les Arehires curieuses de ïhistoire de France, 2e série, t. IX, Vie de J.-li. Colbert, p. 27.

2. «Il fit faire à Saint-Germain quatre grands pavillons qui rendent ce château beaucoup plus logeable : il se servit aussi du chevalier Alorland, mathématicien anglois, pour y faire faire des jets d'eau d'une hauteur extraordinaire : le principal s'élève à 30 pieds par-dessus le dôme où est la cloche. .» {Vie de J.-B. Colbert, p. 28, lac. cit.)

Messieurs de V Académie; le cours de Vincennes. La nota se terminai! comme il suit : « Examiner toul ce qui iresfi

a faire à Fontainebleau. Faire achever les douze ligures. Savoir *i les tablettes du grand canal sonl achevées; en quel état est le pavillon de L'étang. Au Palais-Royal, faire achever le cabinet de Madame. Il faut taire le calcul général de tous ces ouvrages. Continuer à faire travailler promptemenl à tous les ornemens des fontaines de Versailles, ensemble de l'allée d'eau. »

Les châteaux de Saint-Germain, de Fontainebleau el de Chambord, Tare de triomphe du faubourg Saint-Antoine, coûtèrent, de 1664 à I»J!>(), près de onze millions de livres. La correspondance de Colberl est à peu près muette sur ces travaux, pour lesquels il se bornait sans doute à dicter ses ordres à Charles Perrault. Huant à Louis XIV, on peut dire que Versailles et ses jardins, Clagny; Trianon, Marly, furent pendant trente ans sans cesse présents à son esprit. Que de fois, au milieu de son armée, en Flandre, en Franche-Comté, en Lorraine, il les rappelle à Colbert! « Mandez-moi, lui écrit-il le 18 mai 1G75. de Besançon, l'effet que les orangers Ion: à Versailles dans le lieu où ils doivent être. Continuez à faire tout réparer, -l'oubliai, en passant à Fontainebleau, de vous mander que j'avois trouvé toutes choses en très-bon état, hormis le jardin de Diane, qui n'étoit pas planté, .le dis à Petit (Fintendant du château de vous mander qu'il le falloil achever. C'est mon intention... » C'était le moment où, d'après ses ordres, Mansarl préparait pour la maîtresse régnante les plans d'un temple digne d'elle. Tout rempli de ce projet de construction, qui l'intéresse doublement, Louis XIV écrit le 12 juin à Colbert : « .l'ai ordonné à votre fils de vous envoyer le plan de la maison de Clagny,

et de vous dire qu'après l'avoir vu avec Mme de Montespan, nous l'approuvons tous deux, et qu'il falloit commencer à y travailler... Mme de Montespau a grande envie que le jardin soit en état d'être planté cet automne ; faites tout ce qui sera nécessaire pour qu'elle ait cette satisfaction, et me mandez les mesures que vous aurez prises pour cela. » Bien d'autres lettres sont relatives aux orangers, aux travaux, à la dépense de Clagny. En 1G79, le roi doit aller à Fontainebleau. « Ne manquez pas, écrit Colbert à l'intendant, de faire une revue générale de tout le château et de tous les jardins, parcs et maisons qui en dépendent, et d'y faire travailler incessamment pour mettre toutes choses en tel état que sa majesté en soit satisfaite, et moi aussi, lorsque j'arriverai, qui sera un jour avant le roi. » Trois ans plus tard, à l'occasion d'un nouveau voyage de la cour, il signale le mauvais état des chemins de la forêt. Mêmes recommandations pour Ghambord, où la troupe de Molière joua pour la première fois Powceaugnac et le Bourgeois gentilhomme. Reconnaissant que la cour y était mal logée, il s'était informé (août 1669) de ce qu'il faudrait faire pour rendre le château plus commode. Cette année et les deux suivantes, on y dépensa 152,000 livres. Dix ans après, les plaintes recommencèrent, et c'est du duc d'Orléans qu'elles vinrent. Il dit au roi (nous rapprenons par une lettre de Colbert) « que le château de Chambord étoit dans un pitoyable état, sans portes, sans fenêtres, sans vitres, qu'il pleuvoit partout, que les carreaux des chambres étoient ruinés, en un mot, qu'il n'avoit pas trouvé une seule chambre où il pût coucher à couvert et sans incommodité. » Le ministre pouvait-il ignorer cet état de choses, quand, depuis 1672, on ne dépensait à Chambord que 3,000 livres par an ? Ce-

pendant il se plaignil de n'avoir pas été averti, et il chargea son fils d'Ormoy1, qui avail la surveillance des bâtiments, d'aller à Chambord, à Blois, el de faire restaurer ces châteauxjou toul au moins d'empêcher de nouveaux dégâts8.

Les manufactures royales des Gobelinset de la Savonnerie, portées à un poinl de perfection qu'elles n'ont jamais dépassé, l'achèvement du Val-de-Grâce, la construction de l'Observatoire el dès portss Saint-Antoine el Saint-Denis, la réorganisation du Jardin des Plantes, l'adoption d'un plan d'ensemble destiné à régulariser les améliorations ultérieures de la capitale, de nouveaux quais, d'innombrables rues percées ou élargies, les fontaines publiques multipliées, tels furent, seulement en ce qui concerne Paris, les bienfaits de la première partie du règne. Le privilège pour la fabrication des tapisseries de luxe en France datait de 1607 : il fut étendu el fortifié daprès les niées du temps. En 1662, Colberl avait l'ait acheter le local des Gobelins, agrandi ensuite par d'autres acquisitions, lu édit du mois de novembre ldt>7 exposa clairement ses vues. 11 ne s'agissait plus seulement de fabriquer des tapisseries à sujets; mais de faire exécuter tous les meubles nécessaires aux palais de la couronne. Le surinfendant des bâtiments fui chargé d'j réunir el d'y comme dans un couvent industriel, des peintres,

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