‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 22 sur 110 · Germain Brice, t. II, p · texte numérisé non relu

Germain Brice, t. II, p

tous autres, même aux doyen et docteurs de la Faculté de médecine de Paris, nonobstant tous privilèges contraires, et ensuite alternativement, à la charge que les leçons et démonstrations seroient faites par les professeurs du Jardin royal gratuitement, en manière accoutumée. » C'était, on le voit, la fondation en France, malgré les résistances ordinaires de la routine, d'un enseignement dont les conséquences devaient être particulièrement utiles à l'humanité, et ce n'est pas un des moindres titres de gloire de Colbert d'y avoir attaché son nom.

Vers le même temps, tout en faisant élever l'Observatoire et en réformant l'administration du Jardin des Plantes, Colbert commença à doter Paris de monuments, de quais, de promenades, de quartiers nouveaux, qui mirent la vieille cité du moyen âge en harmonie avec les exigences de la civilisation renaissante. Hélas ! tout ne fut pas profit. D'après les descriptions des quatorzième et quinzième siècles, la capitale du royaume était merveilleusement belle, populeuse, ornée de somptueux édifices, et aucune ville en France ne lui était comparable. L'antipathie de Colbert pour l'architecture ogivale (les plus grands esprits de son temps la partageaient) fit perdre à Paris son cachet d'originalité. Que sont devenus ces magnifiques hôtels, ces cloîtres, ces clochetons, ces tours innombrables, toutes ces merveilles de l'art gothique qu'une école moins dédaigneuse des vieux chefs-d'œuvre aurait pu conserver en partie? Si l'on excepte le Louvre et les Invalides, les monuments construits pendant ce ministère dédommagent faiblement de ceux qui durent être sacrifiés. Deux architectes célèbres, Perrault et Blondel, dirigeaient pourtant les travaux du nouveau Paris. En 1670, Perrault

donna le plan, et l'on posa la première pierre de l'are de triomphe (|ui (levait s'élever à l'extrémité du faubourg Saint-Antoine, en souvenir de l'entrée solennelle de Marie- Thérèse el de Louis XIV. S'il eûl été achevé, ce monument serait peut-être son chef-d'œuvre; mais il fut abandonné à partir de 1681, bien qu'on > eût déjà dépensé plus de 500,000 livres, el il n'en reste que la gravure. Une ancienne porte, bâtie sous Henri II, près delà Bastille, et menaçanl ruine, fut habilement restaurée en liiTl par Hlondel et couverte d'inscriptions en l'honneur de LouisXTV el de Vfazarin. Deux ans après, l'are de triomphe de la porte Saint-Denis, construit égalemenl par Blondel, chantait à sa manière le passage du Rhin et la prise de Maastricht. En 167 i enfin, un troisième arc, élevé «sur remplacement de l'ancienne porte Saint-Martin, célébra les nouvelles conquêtes.

Mais, outre les ares de triomphe, le Louvre et les Tuileries, des embellissements vraiment utiles occupèrent aussi Colbert. Tels furent, en 1667, le nivellement, bien imparfait cependant, de la hutte des Moulins, el l'ouverture, dans ce quartier seul, de douze nouvelles rues. En même temps, les environs de Saint-Germainl'Auxerrois sont dégagés el facilitent l'achèvement du Louvre; de grandes avenues réunissent les Tuileries à Ghaillol et le Cours-la-Reine au quartier du Houle, avec

défense de lai vr el d'ensemencer dans ces limites.

Les années d'après, on plante les Tuileries, on comble par mesure d'hygiène un liras de la Lièvre sous les Gobelins, on s'occupe d'un canal de Sainl-Maur à la porte Saint-Antoine el d'un autre pour amener à Paris les eaux de l'Ourcq; on construit plusieurs mes nouvelles, et on en élargit dix-neuf. Pourquoi ces élargissements furent-

ils faits dans des proportions si restreintes ? L'air et le soleil, distribués plus libéralement dans les quartiers nouveaux ou rectifiés, auraient épargné aux générations suivantes d'onéreux remaniements. Mais, d'autre part, les fontaines publiques, les ports, les ponts et les bacs se multipliaient, et deux lignes de quais construits à grands Irais mettaient en communication directe, sur la rive droite, l'Arsenal et le Gours-la-Reine; sur la rive gauche, l'ancien quartier du Pré-aux-Clercs et celai de la Basse- Seine. La place des Victoires et la place Vendôme, postérieures de quelques années à la mort de Colbert, furent conçues dans des vues plus grandioses que celles qui venaient de présider à l'embellissement de Paris. Par malheur, la guerre se ralluma bientôt, absorba toutes les ressources, et si, depuis, d'autres améliorations furent réalisées, on peut en mesurer la portée par l'étendue de ce qu'elles avaient laissé à faire au temps présent1. On est trop enclin de nos jours à croire que la prépondérance politique de Paris est un fait moderne. Les guerres civiles du quinzième siècle, les guerres religieuses du seizième prouvent suffisamment le contraire. Colbert, qui avait vu la Fronde à l'œuvre, disait en 1671 à son fils que la capitale donnait le branle au royaume, que toutes les affaires y aboutissaient et s'y dénouaient, que les difficultés suscitées au gouvernement avaient

1. Diverses médailles furent frappées à l'occasion de ces travaux. En voici l'indication :

1° 1666. —Règlement pour les boues et lanternes de Paris, avec cette légende : Vrbs mandata et nocturnis foc/bus illustrata.

2° 1667. — Nouveau pavé de Paris, avec cette légende : Urbs novo lapide strata.

3» 1670. — L'embellissement et l'agrandissement de Paris, avec cette légende : Ornata et ampli ficuta vrhe.

VERSAILLES ET PARIS sols LOUIS XIV. 223

leur point de dépari dans les grandes compagnies dont elle était le siège, el que, du moraenl où la volonté du

roi y ('-tait exécutée, un la reconnaissait partout. En présence iln développemenl inouï des constructions el de la population, on se demanda si l'administration el la police conserveraient une action suffisante; le conseil délibéra, cl. le 26 avril 1072, des lettres patentes défendirent de bâtir an delà des nouveaux faubourgs. « 11 étoil à craindre, disaient-elles, que la ville de Paris, parvenue à celle excessive grandeur environ 500,000 âmes), n'eût le sort des plus puissantes villes de l'antiquité, qui avoient trouvé en elles-mêmes le principe de leur ruine, étant très-difficile que l'ordre et la police se distribuassent commodément dans toutes les parties d'un si grand corps '. » La même année, le conseil décidai! que les propriétaires des maisons situées dans les rues élargies contribueraient à la dépense -. A ce compte, il oui fallu, pour être juste, indemniser ceux dont une rue nouvelle, un pont déplacé, dépréciaient les propriétés. Enfin, quatre ans après, le prévôt des marchands eut

1. Delamare, Traité de la Police, t. Ier , liv. Ier, titre vn . p. Lût. — Lettres de Colberi, t. V: Appendice, pièce xi.viii. p. 537 : Déclaration au sujet des maisons bâties au-delà des bornes posées par Louis XIII, et swr lu reconstruction </" Châtelei <-t <lrs halles. — Cette déclaration était complexe : elle obligeait ceux qui avaient liàti au delà des bornes posées en 1638, a payer an Trésor le' dixième de la valeur des niaison- ces terrains, et ordonnait de tracer les limites d'une nouvelle enceinte, en dehors de laquelle il sérail interdit de construire. En même temps, elle dreidaii, a raison du défaul d'espace et de l'insalubrité des prisons, que le Châtelei serait réédifié, et que la halle aux draps et aux toiles serait, pour éviter l'encombrement, séparée des autres halles.

2. Arrêts du 31 décembre \<~<2 et du 27 mai 1G78. Voir la Police sous Louis XI]', chap? v.

22 i CHAPITRE XXV.

ordre de faire dresser un nouveau plan d'ensemble de la ville, avec l'indication des améliorations projetées. C'est encore à Golbert que remonte la pensée d'entourer Paris d'un boulevard planté qui eût fait une ceinture non interrompue de verdure. Sur la rive droite de la Seine, l'entreprise était heureusement commencée. Le boulevard de la rive gauche avait même été ouvert de son vivant, à l'est du Jardin des Plantes; il devait être continué sur la limite méridionale des faubourgs Saint- Victor, Saint-Michel, Saint-Germain, pour ne s'arrêter qu'à la Seine, en face du boulevard Saint-IIonoré '. Il fut ajourné avec beaucoup d'autres projets non moins utiles, que la guerre fit avorter2. Citons, parmi ceux qui ne purent être réalisés, une colonne qui eût servi de phare au milieu du Pont-Neuf. Cette idée avait séduit Colbert et La Revoie : par malheur, l'Académie des sciences ne put trouver, malgré des expériences répétées, une matière combustible que la pluie et le vent n'éteignissent point, ni un moyen d'abriter le feu sans le masquer 3 .

Dans un de ces moments de pénurie financière que la guerre de Hollande fit connaître à Colbert, Louis XIV avait aliéné à des traitants ses droits sur les terrains des anciennes fortifications de Paris. Ces terrains ayant été couverts de maisons, les traitants élevaient, sur la pro-

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