Delamare, foc. cit., p
2. Il est à remarquer que le quartier du faubourg Saint-Germain s'est plaint bien longtemps d'être sacrifié à la rive droite. D'après Germain Brice (Nouvelle description de la ville de Paris, t. III, p. 2'i2), on n'y comptait encore vers 1725 qu'une seule place et deux fontaines. Germain Brice regrettait, en outre, qu'on n'eût pas donné des abords plus faciles aux rues du Colombier et du Four, « qui en avoient cependant extrêmement besoin. »
3. Bibl. du Louvre; Mss. Notes et dessins de Claude Perrault.
VERSAILLES ET PARIS sors LOUIS XIV. 22S
priété du sol, des prétentions qui troublaient quantité de familles. Par suite, l'inquiétude était grande [-seulement à Paris, mais encore dans plusieurs provinces où les revendications analogues étaient formées. L'affaire, débattue pendant quatre mois, arriva enfin au Conseil. Dix heures durant, on lil valoir, d'une part, les anciennes lois et les déclarations nouvelles qui établissaient les droits du Trésor: d'autre paft, une longue possession bien favorable aux particuliers. « Le roi, dit l'écrivain officiel qui fait connaître ces détails, décida contre ses propres intérêts en faveur de ses peuples, et ordonna qu'on rendît aux traitants toul l'argent qu'ils avoient avancé fut le sujet d'une des médailles de l'année JiiS2. Elle représentait la Justice tenant d'une main le plan des anciennes fortifications, et de l'autre offrant la balance, que Louis XIV faisait pencher du côté opposé au sien2. Colberl avait-il approuvé cette résolution/ Il est permis d'eu douter; mais, une lois prise, il sut en profiter pour rehausser aux yeux des peuples le prestige du souverain. C'est vraisemblablement lui qui suggéra l'idée de la médaille dont l'histoire a conservé le souvenir. Rien en effet n'était plus politique et plus habile, après avoir perdu son procès connue contrôleur général, que de consacrer d'une manière visible à tous le désintéressement de Louis XIV et de faire publiquement honneur il la royauté du sacrifice auquel elle avait cru devoir consentir.
1. Médailles mr les principaux événements du règne entier de Louis le Grand. Imprimerie royale, L723.
-2. La légende de la médaille élail : sEquitas optimi principis ; et l'exi'i 682.
CIIAPITKK WVI
Colbert réorganise l'Académie de peinture et de sculpture. — Il est nommé ruenibre de l'Académie française et 5 prononce un discours de réception. — H obtient du roi qu'elle se réunisse an Louvre. — Réponse aux remerciaient* qu'elle lui adresse. — Il établit des jetons de présence pour l'achèvement du Dictionnaire, et assiste a a discussion du mot ami. — il encourage les acadi nies de |'i'i\ ince — Projet d'une Académie des inscriptions et des médailles.— Lourde Batterie de Chapelain. — Fondation de la Petite académie. — Colbert vice-protecteur de l'Académie de peinture ei de sculpture. — Mignard et Charles Le Brun. —Discussion sui les arts entre Cojpel et Le Brun, et opinion dèColberl
ijet. — Création de l'Académie des sciences. — Elle se réunit a la Bibl i thëque du Roi. — Voyages scientifiques de Jean Richer a Cayenne et de l'abbé Picard dans le nord de l'Europe. — Colbert commande a Pâme des lunettes pour l'Observatoire. — 11 - 1 resse a 1 histoire nature. le. — \ isite de Louis \i\
idémie des sciences. — Fondation de L'Académie de France à Rome. — Règlements sévères adoptés par Colbert; ses reproches au directeur, Charles Errard, et aux élèves. — Fondation de l'Académie royale d'architecture; ses travaux. — Colbert offre - un prii pour l'invention d'un ordre
d'architecture français. — Le privilège de l'Académie royale de musique est donne à Luliy, au détriment de L'abbé Perrin. — L'Académie royale des spec tarif-. — Lully met opposition a cette fondation et l'emporte sur Colbert. — Celui-ci avait eu te projet de fonder une Académie universelle.
Les institutions académiques onl de toul temps soulevé
de vives critiques. On leur a reproché d'imposer des fermes convenues et trop régulières; on a soutenu qu'avec moins de ^préoccupations intéressées dans cer-
taines questions esthétiques ou philosophiques, on aurait pour contre-partie plus d'originalité. Cela dit, et sans parler des émulations généreuses, il faut bien reconnaître cependant que l'originalité a ses excès, qui sont la bizarrerie, l'excentricité, et qu'après tout, les entraves dont on se plaint n'ont guère gêné l'art et l'esprit français dans leurs allures.
La création de l'Académie des inscriptions et médailles, de l'Académie des sciences, de l'Académie de France à Rome, de l'Académie d'architecture, de l'Académie de musique, fut, si l'on examine l'influence de Colbert au point de vue des arts libéraux, son œuvre la plus considérable et la plus féconde. Ce n'est pas tout. L'Académie de peinture et de sculpture, fondée en 1648 par Mazarin, languissait; elle fut réorganisée sur de nouvelles bases. Enfin, des lettres patentes de 1676 autorisèrent l'établisse1 ment dans toutes les villes d'écoles spéciales. Admirateur passionné et parfois excessif de Richelieu, Colbert prit évidemment pour modèle l'Académie française déjà florissante, et qu'il combla de faveurs. Celle-ci. reconnaissante de la protection qu'il accordait aux lettres et aux lettrés, lui ouvrit ses rangs. Le registre des séances de l'année où il y fut admis étant perdu, on ignore les détails de sa réception. L'abbé d'Olivet a prétendu qu'on l'avait exempté, par une faveur unique, du discours obligatoire ; mais la Gazette de France du 30 avril 1667 permet de rétablir les faits : « Le 21 du courant, dit-elle, le due de Saint-Aignan ayant été prendre le sieur Colbert en son logis, le conduisit en l'Académie françoise, établie chez le chancelier de France, laquelle l'avoit depuis longtemps invité à lui faire l'honneur d'être un de ses membres : et après y avoir été reçu avec les cérémonies ordinaires, il
lii un discours à la louange du roi avec tanl de grâce el de succès, qu'il en fui admiré de toute cette savante compagnie, o Un autre contemporain ccrivail l'année d'après^ •■il parlant de la céré nie : « Il j voulut même prononcer une harangue fort étudiée le jour qu'il fut reçu : toutefois, quelques personnes s'imaginèrent nialieieiiseiuen! que Chapelain j avoil eu quelque pari1. » Enfin, un riini'iir du temps, digne continuateur de Loret, dit au sujet de cette réception, qui fut un événement :
Le duc de Saint-Aignan, qui joint de bonne grâce Aux beaux lauriers de .Mars les lauriers du Parnasse, Et sort aux courtisans de modèle aujourd'hui., l>r la part de ce corps, l'alla prendre chez lui,
El le mena dans l'assemblée,
Qui d'allégresse fut comblée
De se voir un si grand appui.
Il y montra qu'en nuire langue
Il savoit taire une harangue,
Et du beau style et du bel air,
Et prenanl notre charmant sire
Pour le sujet de son bien dire.
Dessus un si beau texte on le vit triompher. . . 2
•le demande pardon pour ces méchants vers: ils prouvenl du moins «pie Colbert, homme de la règle eu toutes choses, ne sollicita dans celle circonstance ni faveur ni privilège, et qu'il prononça la harangue dont la solennité faisait, à cette époque même, reculer Larochefoucauld. .Mais quel dommage que ce discours de réception ne nous SOil pas parvenu !