‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 25 sur 110 · Voir le-; Lettres, t. II. Finances, pages 17 à · texte numérisé non relu

Voir le-; Lettres, t. II. Finances, pages 17 à

auprès de Colbert '. Le 1er février 1663, ils furent convoqués chez le ministre, qui leur recommanda le secret et leur annonça qu'il les réunirait chez lui deux fois par semaine pour les consulter sur toutes les affaires concernant les bâtiments et sur les choses d'esprit et d'érudition. L'académie fondée pour arrêter les légendes des médailles que le roi se proposait de faire exécuter, devait nécessairement avoir la sienne. Elle fut frappée avec ces simples mots : <; Academia régia Inscriptionum et Numismatum imtiiuta. MDCLXIII. — Rerum gesfarum fuies. » Réorganisée par Pontchartrain en 1701, avec des attributions plus larges, et portée à quarante membres, comme l'Académie française, elle entreprit ensuite, et elle continue depuis un siècle et demi la publication des collections les plus précieuses pour l'histoire nationale. La Petite académie avait bientôt grandi et conquis ses grades2.

Une intolérable prétention des maîtres h arts de peinture et sculpture, ne tendant à rien moins qu'à mettre en interdit tous ceux qui ne faisaient pas partie de la corporation, avait motivé en 1648 la fondation de l'Académie royale de peinture et de sculpture, dont Cbarles Le Brun, un fils de maître pourtant, semble avoir suggéré l'idée. Les artistes avaient acclamé cette mesure comme une

1. Pourquoi Louis Douvrier n'en fut-il point ? On ne sait. Il continua, dans tous les cas, à travailler pour Colbert, et figura sur la liste des gratifications des gens de lettres jusqu'en 1680, époque de sa mort. La fameuse devise : Nec pluribus impar, ornée d'un soleil dardant ses rayons, lui est attribuée, et fut frappée en 1663. On la trouve, à cette date, dans l'Histoire tir Louis XIV par Bruzen de La Martinière, t. III, p. tli.

2. Il ancienne Académie 'les insaHptions et belles-lettres, par M. A. Maury, passim.

véritable émancipation. Sj libérale el si bien réglée pourlani que fui l'organisation de la nouvelle académie, elle rencontra des difficultés sans nombre. Après quinze annéesde tiraillements occasionnés en partie par La rivalité de Mignard el de Le Brun, après l'insuccès d'un projel de fusion avec 1rs maîtres, que prônâil le doux Lesueur el que L'impétueux Le Brun repoussai! absolument, après des embarras de toute sorte donl Le protectorat de Mazarin el du chancelier Séguier n'avail pu la préserver, l'Académie de peinture et de sculpture, entraînée par Le Brun, pria Colberl d'être son vice-protecteur. Le ministre accepta, lit de sérieuses promesses, el déclara que cette dignité lui serait une obligation de travailler sans relâche à L'accroissemeni el à raffermissement des privilèges académiques. A partir de ce jour, l'Académie s'étail donné, dans Charles Le Brun, le plus despotique «les maîtres. Le 1"'' .janvier L664, Colbert, à peine investi uY lacharge de surintendanl des bâtiments, s'empressa de le nommer premier peintre du roi et directeur de l'Académie. L'ancienne corporation des maîtres es arts de peinture el de sculpture, qui datail d'Etienne Boileau, lit l'impossible auprès du parlement de Paris pour empêcher l'enregistremenl de statuts destructifs de ses privilèges surannés. Peine inutile ! l'enregistrement eut lieu.

De son côté, Mignard vaincu, mais i soumis, quitta la

place : Le Brun triomphait. Pendant vingt ans, c'est lui qui va donner les plans el les modèles de toul ce qui se fera a Paris, a \ ersailles, à Saint-Germain, à Fontainebleau. « Composant, dessinant comme on parle el comme on écrit : traçant du malin au soir aussi bien des formes de meubles, des broderies, des ornements, des moulures, des arabesques, que des pages d'histoire, ou profane ou sacrée,

toujours prêt et suffisant à tout ; splendide, harmonieux, intarissable dans l'uniformité, il était, a-t-on dit avec raison, le seul homme peut-être qui pût sauver les vices «lu système et en soutenir le fardeau l. » Le ministre qui allait à l'Académie française pour hâter l'achèvement du Dictionnaire devait, à plus forte raison, s'intéresser aux travaux de la compagnie dont le concours lui était directement utile. On a le curieux récit d'une de ses visites. C'était le 10 octobre 1682, onze mois avant sa mort, à l'occasion d'une distribution de prix. Après avoir vu les ouvrages exposés, il entendit le résumé d'une discussion qui avait eu lieu dans l'Académie, en 1668, entre Philippe de Champagne et Le Brun, au sujet du tableau où le Poussin a représenté Rébecca offrant à boire au serviteur d'Isaac et aux chameaux de sa suite. La lecture achevée, un académicien demanda si, à l'exemple du Poussin, un peintre pouvait retrancher d'un lableau les circonstances bizarres ou embarrassantes que lui fournissent l'histoire ou la fable. Colbert, prié de se prononcer, s'en étant défendu par le motif que ces questions étaient du ressort des académiciens, un débat s'engagea entre Coypel et Le Brun, le premier faisant remarquer que, dans un lableau de la Nativité, le Carrache avait mis sur le premier plan un bœuf et un âne et laissé dans le fond ou sur les côtés les principales figures ; le second soutenant que le Carrache n'avait pas mieux fait pour cela, et qu'il avait péché contre les règles de la composition qui s'opposent à ce que les plus vils objets d'un tableau dominent les plus nobles, les uns et les autres fussent-ils également nécessaires à l'explication du sujet. Obligé enfin de s'expli-

.1 M. Vitet, V Académie royale de peinture et >/>■ sculpture^ p. 178.

ijii.T el adoptant l'avis de Le Brun, Colberl dit que, « sans prétendre donner aucune décision sur cette matière, su pensée étoit que Ie peintre doil consulter le bon sens h demeurer en liberté de supprimer dans un tableau le* moindres circonstances du sujel qu'il traite, pourvu que les principales y soient expliquées suffisamment. » — a L'Académie , ajoute le peintre contemporain qui raconte

ces détails, de ura pleinemenl persuadée de la force el de

l'autorité d'un sentiment si judicieux, et, y déférant avec autanl de joie que de respect, elle a voulu qu'il soit pris à l'avenir pour un précepte positif, et s'est fait un plaisir el un honneur de signer ce résultat1.»

La création de l'Académie des sciences suivit celle de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Nous attribuons volontiers au dix-neuvième siècle le mérite exclusif des grandes découvertes scientifiques. Les noms de Galilée, de Pascal, de Kepler, de Huygens, d'Harvey, de Pecquet, donl les immortels travaux illustrèrent le dixseptième, devraienl nous rendre plus modestes. Le voile qui cache à l'homme les vérités naturelles était dès lors soulevé ; la lumière se faisait. Dès le milieu du siècle, la Société royale d'Oxford, l'Académie des Curieux de la nature en Bavière, l'Académie del Cimento à Florence, cherchaient la solution des problèmes que l'homme el l'univers 'dirent à l'esprit d'investigation. En France, deréunions privées dont Descartes, Gassendi, Pascal firenl successivement partie, donnèrent à Colberl l'idée de fon-

;. Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de V Académie royale de peinture et de sculpture, publiés par MM. Duasieux, Soulié, Mr., U Ier : Philippe de Champagne, p. 247.

(1er une académie spéciale pour l'avancement des sciences. Comme pour l'Académie des inscriptions, il demanda l'avis de plusieurs personnes. L'une d'elles (on regrette d'ignorer son nom) adressa une réponse renfermant des pensées originales et d'utiles vérités.

Je crois, disait l'auteur de la note, qu'il faut bien consulter sur le choix des savans qui doivent composer cette illustre assemblée, et prendre garde que ceux qui ont le plus de réputation à la cour ne sont pas toujours les meilleurs sujets. Pour peu d'habitude qu'on ait avec les savans, on en sait la raison: mais les personnes qui sont fort occupées aux affaires publiques ne peuvent pas savoir ce secret; cependant il importe, en une occasion comme celle-ci, de le découvrir et de faire observer à monseigneur Golbert qu'il y a dans le monde des savans de deux sortes : les uns s'adonnent aux sciences, parce qu'elles leur plaisent; ils se contentent, pour tout fruit de leurs travaux, des connoissances qu'ils acquièrent, sans affecter de les publier, et, s'ils sont connus, ce n'est que des personnes avec qui ils conversent sans ambition et pour s'instruire mutuellement. Ceux-là sont des savans de bonne foi et des gens dont on ne saurait se passer dans un dessein aussi grand que celui de l'Académie royale. Il y en a d'autres qui ne cultivent les sciences que comme un champ qui les doit nourrir; et comme ils voient par expérience que les grandes rétributions ne se donnent qu'à ceux qui font le plus de bruit dans le monde, ils s'appliquent particulièrement, non pas à faire de nouvelles découvertes, car jusqu'ici cela n'a pas été récompensé, mais à tout ce qui les peut faire paroître; ils affectent surtout d'être connus à la cour; ils font des cabales pour cela, dans lesquelles on est de complot de ne dire que du bien de certaines gens, et de parler toujours mal ou du moins froidement de tous ceux qui n'ont point de part à ces sociétés ambitieuses. Ceux-là sont les savans du beau monde et ceux que l'on connoit le plus. . . Il ne faut pas que de petits intérêts et de petites vanités de savant empêchent que tous ceux qui sont propres à cette assemblée n'y soit appelés; et il semble que le mieux qu'on

LES ACADÉMIES. ji!

puisse l'aire pour les connoitre, est de s'en rapporter à des perles d'une qualité assez éminente pour être au-dessus de toutes ces faiblesses, et en même temps d'un savoir assez profond pour pouvoir bien distinguer les différens génies de ceux qui sont propres à faire une expérience, ou de ceux qui en savent tiret toutes les utilités, de ceux qui onl assez de netteté d'esprit pour les bien recueillir, et enfin de tous ceux qui ont les différens talens dont l'assortiment pourroit rendre l'Académie royale aussi belle qu'utile. .Vu lieu que, si on s'en rapporte à îles savans de profession, il arrivera indubitable ni

que, par intérèl el par prévention, ils excluront tous ceux donl ils appréhendent Is capacité ou qui ne sont pas de leur opinion ; tellemenl qu'une entreprise, la plus illustre qui fût jamais, demeurera sans obtenir le principal effet pour lequel on y a dû penser, qui est de bannir des sciences tous les préjugés, en ne s'appuyanl que sur des expériences, d'y trouver quelque chose de certain, d'en écarter toutes les chimères e1 d'ouvrir à ceux qui les cultiveront à l'avenir un chemin aisé â la vérité, autant que Dieu a donné aux hommes de la conimitre pour leur utilité. Quelle gloire au roi et quel honneur pour monseigneur Colbert, si cela peut être.' .Mais quel malheur sera-ce si, trompant la générosité du prince et les si du ministre, on exclut par cabale la plupart des meilleurs sujet- de cette compagnie ! \u lieu de réformer les sciences, dont les abus sont peut-être plus importons, quoiqu'on ne se l'imagine pas ordinairemenl ainsi, que ceux de la justice et definances, et au lieu de trouver des choses nouvelles, on demeurera dans tes iennes erreurs. Cependant la destruction

de l'ignorance n'esl pas une victoire moins glorieuse que celle de la chicane et celle de la maltôte; el comme le roi a déjà étouffé deux monstres, il semble que la défaite du troisième lui soit réservée. Ainsi, j'espère qu'on y prendra garde de près, et que, n'admettant dans cette illustre académie que des génies dignes d'elle, on verra bientôt les sciences e1 les arts au point de leur perfection.

Ouel que soit l'auteur de ces sages conseils, on ne pouvait mieux trlre. La difficulté était de choisir, mais

elle n'arrêta pas Colbert. Le ±2 décembre 1G66, huit savants désignés par lui, sur l'indication de l'abbé Gallois, son commensal et son ami1, se réunirent pour la première fois dans une salle de la Bibliothèque du roi, récemment transférée rue Vivienne. La médaille frappée à cette occasion portait pour exergue : Regia scientiamm Academia instituta. La légende : 'Xaturie investigandse et perficiendis artibus, déterminait les attributions de la nouvelle académie. Renforcée bientôt de quelques membres adjoints, elle siégea deux fois la semaine, avec ordre de tenir ses travaux secrets, pour que d'autres ne s'en attribuassent pas l'honneur. La correspondance de Colberl prouve l'intérêt qu'il portait à cette création. Un des membres fondateurs, Jean nicher, étant ailé aux Indes, et plus tard à Cayenne, pour des observations astronomiques, il le recommanda à ses agents « comme un homme de mérite s'appliquant à des choses fort curieuses, et à qui il falloit donner toutes les assistances dont il pourroit avoir besoin.) Les voyages de nicher sont demeurés célèbres, car il reconnut que le pendule bat plus lentement à Cayenne qu'à Paris, d'où il résulte que la pesanteur est moindre sous l'équateur qu'au pôle -. Un autre astronome, l'abbé

1. Jean Gallois, né à Paris en 1G32, mort en 1707; l'un des précepteurs des enfants de Colbert. Son nom figure sur tous les étals d<9 gratifications accordées aux gens de lettres de 1664 à 1683. — Les huit premiers membres de l'Académie des sciences furent : le médecin du roi, Cureau de La Chambre, qui était déjà de l'Académie française; Claude Perrault, médecin et auteur des plans du Louvre: Pecquet, physiologiste; Louis Gayant , chirurgien; Claude Bourdelin r chimiste; Du Clos, également chimiste: Nicolas Marchand, botaniste; Mariotte, ingénieur physicien. Quanta l'abbé Gallois, il ne fut adjoint à la nouvelle académie qu'en 1668.

Page 1