‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 29 sur 110 · Lettres, t. I; Introduction, note de la page xcvi · texte numérisé non relu

Lettres, t. I; Introduction, note de la page xcvi

3. Un contemporain du peintre Errard, qui fut aussi son collèges à l'Académie de peinture, dit à ce sujet :

« Dansée temps-là (vers 1662), M. Colbert, qui a été le protecteiii de l'Académie , étant entré dans le ministère;, établit un conseil des Bâtiments, où il appela M. Le Brun, pour contribuer à une partie des ouvrages qui dépendent du dessin. M. Errard, voyant que M. Colbert lui donnait un compétiteur, fit la proposition de l'établissement de la nouvelle Académie de Borne, projetée en laveur des é'tudians français

français, catholiques, donl six peintres, quatre sculpteurs el deux architectes, placés sous la direction d'un peintre du roi qui aurail le titre de recteur. Levés à cinq heures en été, à six en hiver, se couchant à dix heures, ils devaient s-' rendre matin el soir auprès du recteur pour faire la prière en commun. L'arithmétique, la géométrie, la perspective, l'anatomie leur seraienl enseignées dans Pêcote. D'après les statuts, «l'expérience faisoil connoître

qui vonl se p évaloir de ce que l'Ilali nserve de plus remarquable

pour la peinture ri la sculpture. M. Colbert agréa la proposition de M. Errard, lui donna la conduite de cel établissement ci l'y envoya. » [Mémoires inédits sur les membres de VAcadèmie de peinturent. Irr. p. 81, cités dans un intéressant travail de M. A. Lecoy de La Marche, publié par la Gazette des Beaux-Arts, dans les numéros du février, avril, mai et suivants de l'année 1869/

■ De cet état de choses, ajoute M. Lecoy de La Marche, à la création d'une école permanente el régulière, il n'y avait qu'un pas. Colbert le franchit, en donnanl du même coup satisfaction à un artiste qu'il estimait. M; il lui laissa l'honneur d'une proposition dont

l'adoption était résolue d'avance dans son espril . il se réserva un rôle plus important. Durant les dix-huit années qu'il demeura encore à la tête des affaires, ce vaste génie fut l'âme de l'Académie de Rome. Étudiez sa cor espondance : les soins vigilants, les instructions prati- 5, ne viennent pas du chef qu'il a établi, mais de lui-même. »

(in lit, en effet, dans lettre que le peintre Poersoo, directeur de i \

■■. écrivit , le 21 juillet i . direi leur gé-

- bâtiments- J'ai à feu u. Colbert que, ['intention de sa

étanl de se procurer dans toutes < el le- arts les plus

monde, il avoil résolu l'établissement d'une académie de peinture, de sculpture

ci architecture dans la ville 'le t: cou les fa a\ oivraue- de Michel-Ange de

i. i s, iiu Dominiquin et de plusieurs autres pouvoient être d'une

grande utilité pour l'avancement de la jeunesse... Sa m jesti désirant que le directeur fût un homme qui put faire quelque ûgure parmi

pension a 100 écus par mois, oulre -.i nourriture ;chaq 100 livres.

De plus isires travaillent pnur le roi, eu leur fournit tuiles,

couleurs et autres choses nécessaires. — Il y avoit, oulre cela, un maître de i ^L'anatomie qui, avoienl chacun '>"> livres; mais je ne sais pour quelle , eie négligé depuis plus» .. »

<|iie la plupart de ceux qui alloient à Hume n'en reveuuieut pas plus savans qu'il n'y étoient allés, ce qui pri>venoit de leurs débauches ou de ce qu'au lieu d'étudier d'après les bonnes choses qui devroient former leur génie, ils s'amusoient à travailler pour les uns et pour les autres et perdoient absolument leur temps et leur fortune pour un gain de rien, qui ne leur faisoit aucun profit. » Par suite, il leur était interdit de travailler pour d'autres que pour le roi. Un prix décerné tous les ans, le jour de la Saint-Louis, signalerait l'élève le plus méritant. Ces rerommandations paternelles indiquent la vigilante attention du ministre. Pendant dix-sept ans entiers, elle ne se relâcha pas. Le 15 juillet 1666, il prie le duc de Chaulnes. ambassadeur à Piome, d'aller quelquefois voir les élèves avec la duchesse. « Cela donneroit, dit-il, beaucoup d'émulation à nus jeunes étudians et contribuerait à leur acquérir de l'estime. » Même invitation au cavalier Bernin, occupé alors de la statue équestre de Louis XIV. Celui qui exerça au début les fonctions de recteur, Cbarles Errard, premier peintre du roi, recevait fréquemment les instructions les plus pressantes : il fallait surveiller les académistes, les exciter à mieux faire, développer leur génie naturel. Au mois de septembre 1669, le ministre, a décidé, lui disait-il, à fortifier autant qu'il se pourroit l'établissement de l'Académie, l'engage à l'informer de tout ce qui seroit de nature à y contribuer. » Par malheur, Errard n'exerçait pas sur les élèves l'autorité que Colbert avait entendu mettre entré ses mains. I>h là. ces reproches assez vifs (16 juillet 1671) :

J'ai été surpris de ce que mon fils m'a dit que vous n'étiei pas content du travail et de l'application des académistes. ni de leurs mœurs, et encore moins de l'obéissance qu'ils v

doivenl rendre, d'autant que vous o.e m'en avez jamais rien t'ait -avoir. Ne manquez pas de m'écrire en détail tout ce qui se passe sur ce sujet, et. comme il n'y a rien île si uécessaire pour le bien île l'Académie que d'établir la subordination et la rléférence que tous ceux qui \ sont envoyés doivenl avoirpour vous, en casque vous ayez, besoin île quelque ordre pour cela,

ne manquez pas de m'en avertir, parce que î intention esl

que vous ayez une autorité entière et absolue pour chasse] ceux qui manqueroient à ce principe.

I. 'année d'après, le nombre des élèves diminuant, Colberl en envoie de nouveaux, malgré lu guerre : « Sa majesté, dit-il. aimant autant les beaux-arts qu'elle Fait, les cultivera encore avec «raillant plus de soin qu'ils pourront servir à éterniser ses grandes et glorieuses actions; »> Il veut donc qu'on fasse copier tout ce qu'il y a de plus beau à Rome, en l'ail de tableaux et de statues. Il veui aussi qu'Errard ait soin de sa santé, « pour bien établir cette académie, qui sera éternelle dans Rome, si Dieu donne aux rois, successeurs dé sa majesté, le même amour qu'elle a pour les beaux-arts. »

Remplacé un instant, en itiT.i, par Noël Coypel, Charles Errard repril bientôl son emploi de recteur, qu'il exerça jusqu'en 1685, époque de sa mort. Dans l'intervalle. Colberl avait envoyé Girardon à Rome pour lui rendre compte de lasituation de l'Académie. Une lettre du 17 février n;7'.> explique encore mieux, s'il es! possible, que les précédentes ses sentiments sur l'institution : «Je suis surpris que vous ne m'ayez point encore envoyé aucune étude des élevés, et particulièrement des peintres, élaul impossible qu'Us ne s'appliquent à dessiner continuellement. Dites tous que je veux qu'ils me fassenl des dessins de leur génie, tous les trois mois, et que je ferai mettre hors de l'Académie tous ceux qui y*manquerout... Ayez toujours soin que les

sculpteurs et peintres travaillent avec soin, application et amour aux ouvrages qu'ils ont entrepris. » Il avait chargé Le Nôtre d'aller étudier en Italie les embellissements des jardins. Peu satisfait des résultats obtenus jusque-là de l'Académie de Rome, il lui écrivit, le 2 août 1679 : a Vous avez raison de dire que le génie et le bon goût viennent de Dieu, et qu'il est très-difficile de les donner aux hommes. Mais, quoique nous ne tirions pas de grands sujets de ces académies, elles ne laissent pas de servir à perfectionner les ouvriers et à nous en donner de meilleurs qu'il n'y en a jamais eu en France. » Ces découragements étaient d'ailleurs passagers. Les années suivantes, il se préoccupe de faire acheter une maison pour l'Académie, dont l'installation lui paraissait insuffisante. D'autres lettres sont relatives à la dépense, qui s'élevait tous les ans à 20,000 livres environ1. Inflexible à l'égard des élèves insubordonnés ou débauchés, il ordonne de les renvoyer impitoyablement. « Faites en sorte, écrit-il le 18 juin 1682, que ces exemples d'autorité obligent les élèves d'être obéissans, sages, modestes et appliqués à leur travail, et faites-leur connoître que je ne veux point qu'ils portent l'épée, et qu'au premier témoignage que vous me rendrez qu'ils la portent ou qu'ils ne vous obéissent pas, je vous enverrai les ordres pour les mettre hors de l'Académie. ■> Les dernières lettres de Colbert sont empreintes du même cachet de sévérité paternelle : faire recommencer toute copie médiocre, exiger que les élèves partagent leur temps entre les travaux destinés au roi et leurs compositions personnelles ,

i. D'après un mémoire sur les dépenses des bâtiments et des beaux.arls, écrit vers 1095, la dépense annuelle serait montée à cette époque à 60,000 livre-.

LEâ ACADÉMIES. 231

dre compte exactement, tous les mois, des uns el des autres, ne payer ni le traitement ni la subsistance des élèves qui ne vonl pas travailler à l'Académie. Le 27aoûl 1682, il s'en remel à Errard pour le choix des plus belles figures de l'antique à faire copier, toul en laissanl cependaiii aux élèves le temps nécessaire pour ce qu'il appelle les œuvres il*1 leur génie. Enfin, une lettre du 28 juillet ION.-!, in dernière qu'il ail dûécrire à ce sujet, porte : « Continuez toujours de maintenir l'Académie dans un bon ordre. Je vous envoie à cel effel un ordre pour licencier le sieur Bruand. •> El cel ordre, signé de lui, était ainsi conçu : « Etant mal satisfait de la conduite du sieur Bruand, qui esl à présent dans l'Académie établie par le roi à Rome, le sieur Errard ne manquera pas de le congédier pour revenir eu France, ou lui permettre d'aller partout où il voudra. » Qui ne voit, dans cette sévérité même, la preuve du profond Intérêt que portait Colbert à 'Âcadémiede Home, don! la direction devait être, s'il faul en juger par le nombre e! le ton de ses lettres, la plus douce diversion à ses immenses travaux?

L'architecture, aujourd'hui fondue dans l'Académie des beaux-arts, avec la peinture, la sculpture, la gravure et la composition musicale, eut son tour, êl une académie spéciale, la quatrième duc à l'initiative du ministre, fui fondée pour elle. Il y avait eu en 1663 un conseil do l!àliments, dont Le Vau, Claude Perrault et Le Brun firenl partie, avec Charles Perraull pour secrétaire. Six après. Le 31 décembre 1671, l'Académie royale d'architecture ouvrait ses séances dans une galerie du Palais-Royal, sniis la présidence de Colbert. Elle devait se réunir deux fois par semafne. Un ancien secrétaire d'ambassade,

-r.,1 CHAPITRE XXVI.

doiïf le séjour à Rome avait fortifié et mûri le goût; André Félibien, déjà historiographe des bâtiments du roi, en fut le secrétaire1. L'année suivante, Colbert offrait un prix de 1 ,000 écus pour l'invention d'un ordre d'architecture français. Des lettres à Errard parlent de dessins envoyés de Rome. De son côté, Claude Perrault raconte qu'il en vint de partout, et, dans le nombre, de très-extravagants. Il concourut, et, suivant lui, son projet était le meilleur ; mais le prix ne fut pas donné -. Placée à côté même et sous la main de Colbert, l'Académie d'architecture n'apparaît pas dans la correspondance ; mais on a les procès- verbaux 3, et l'on y trouve de nombreuses preuves des services qu'elle rendit. Le 12 juillet 1678, Perrault, contrôleur des bâtiments, l'invite, de la part expresse de Colbert, à « visiter promptement toutes les anciennes églises et les anciens bâtimens de Paris et même des environs, pour voir si les pierres sont de bonne ou de mauvaise qualité ; si elles ont subsisté en leur entier, ou si elles ont été endommagées par l'air, l'humidité, la lune ou le soleil; de quelles carrières elles ont été tirées; si ces carrières subsistent ou non. » L'Académie s'empressa

1. Elle se composa d'abord de huit membres, tous architectes du roi, désignés par lui sur la présentation de Colbert.

C'étaient Blondel, Le Vau, Libéral Bruand, Daniel Gittard, Antoine Le Pautre, Pierre Mignord (neveu du peintre Mignard, dit le Romain. et peintre lui-même), d'Orbay et Félibien.

Colbert leur adjoignit, en 1672, Claude Perrault; en 1675 , Jules- Haraouin Mansart (neveu de François Mansart); en 1678, La Mottc- Coquart.

2. Lettres, t. V, pièce n° 79 et notes. — Bibl. du Louvre; Mss. Nota <■/ dessins de Claude Perrault.

?>. Aux archives de l'École des beaux-arts. Leur publication, faile, sir.on en entier, tout au moins sommairement et par voie d'analyse, n& pourrait manquer d'intéresser.

d'obéir aux volontés du ministre, et, dans l'espace de ueul mois, elle visita, lani à Paris qu'aux environs, quatrevingt-quinze monuments el trente carrières '. Ses observations motivées remplissent de longues pages de ses procès-verbaux; mais d'autres travaux très-différents l'occupèrent aussi. Tantôt, elle soumel à un examen raisonné 1rs œuvres de Vitruve, deVignole,de Philibert de Lorrae, de Du Cerceau. Tantôt, à la suite de plusieurs conférences sur le bon goût, elle exprime l'avis qu'il y a en architecture une beauté positive, el elle se propose d'exposer ses raisons i à Monseigneur Colbert, lorsqu il lui plaira (V honorer lu compagnie de sa personne. » Plus tard , le is août 1681, la discussion est reprise en présence d'un dés fils de Colbert, d'Ormoy, à qui il avait t'ait donnei l'année précédente la surintendance des bâtiments. L'esthétique était alors bien peu fixée, et la critique artistique naissait à peine. La décision adoptée par l'Académie mérite cependant d'être connue. « Il y a, dit-elle, dans l'architecture, un certain arrangement, nombre, disposition, grandeur et proportion de parties, qui produisent cette union d'harmonie qu'un appelle beauté, qui t'ait qu'elle nous plaît, et qu'elle n'est peut-être pas inu'm> naturelle que le nombre, la disposition et l'arrangement (\r> sons qui produit celte union harmonique qui nous plaît dans la musique. » Comparaison fine, ingénieuse, que Mme de

I. Je ne serai que juste en constatant, après M. le marquis de Laborde, qui a publié ces procès-verbaux dans la Revue de FArchitecdes Travam publics de M. César Daly, année 1852, t. X . p. J 94 et suiv., que, par un arrêté du 29 janvier 1852, M. Magne, ministre des travaux publics, chargea M. Michelot, ingénieur des ponts e a, d'une mission celle donl il s'agit ici,

qu'on ignorait alors complètement, et dont les traces n'onl été retrouvées que plus» tard, par M. do Laborde.

Staël ignorait certainement quand, à son tour, elle a défini l'architecture une musique fixe l".

L'Académie royale de musique (la transition est toute faite) suivit de près. Un faux abbé, Pierre Perrin, introducteur des ambassadeurs auprès du duc d'Orléans, avait obtenu au mois de juin 16G9 un privilège pour faire jouer à Paris et dans tout le royaume des pièces françaises dans le genre des opéras italiens. Par un contraste étrange avec les mœurs actuelles, ce privilège portait que les gentilshommes, dames et demoiselles pourraient chanter l'opéra sans déroger. L'entreprise mal engagée allait sombrer, quand Lully y vit un moyen de fortune, sollicita de Louis XIV un privilège annulant celui de Perrin, et l'emporta de haute lutte contre Colbert, qui, d'après Charles Perrault, soutenait son concurrent. C'était au mois de mars 1672. L'Académie de musique date véritablement de là. « Les sciences et les arts, disent les lettres patentes, étant les ornemens les plus considérables des États, nous n'avons point eu de plus agréables divertissemens, depuis que nous avons donné la paix à nos peuples, que de les faire revivre en appelant auprès de nous tous ceux qui se sont acquis la réputation d'y exceller, non-seulemenl dans l'étendue de notre royaume, mais aussi dans les pays étrangers. » Le 24 avril, Colbert, docile à la volonté royale, intervenait auprès des chefs du parlement pour hâter l'enregistrement des lettres patentes. « Sa majesté, leur disait-il, vous a fait savoir qu'elle avoit voulu mettre ce privilège entre les mains du sieur Lully, afin

i. Dictionnaire de l'Académie des beaux-arts, article Académie d'architecture

que, ses ouvrages étanl en meilleures mains qu'ils n'ont été jusqu'à présent, elle pûl en tirer du secours pour ses divertissemens el pour ceux du public. » L'enregistrement eut donc lieu. Nous n'avons pas à entrer dans les démêlés de Lully avec ses associés. Merveilleusemenl secondé par Quinault, rejetant les formules italiennes, il créa un genre essentiellement français. Cependant, deux ans après aoûl 1674 , un privilège uouveau, motiv< sur les considérants les plus curieux, venail porter ombrage à Lully.

Les spectacles publics, > disait-on, ayant toujours fa.il les divertissemens les plus ordinaires des peuples et pouvant servir à leur félicité aussi bien que le repos et l'abondance, nous ne nous contentons pas de veiller à la tranquillité de nos sujets par nos travaux et nos soins continuels, nous voulons bien y contribuer encore par des. divertissemens publics. C'esl pourquoi nous avons agréé la très-humble supplication qui nous a été l'aile par notre cher el bien amé Henri Guichard, intendant des bâtimens et jardins de notre irès-eher et très-amé frère unique le due d'Orléans, de lui permettre de faire construire des cirques el «les amphithéâtres pour y faire des carrousels, des tournois, des courses, des joules, des luttes, *\r< combats d'animaux, *\i'> illuminations, des feux d'artifice, et généralement tout ce nui />'■,// imiter les anciens jeux des Grecs et des Romains. » C'esl d'après ces motifs qu'on

résolu! de fonder i icadémie royale des spectacles. .Mais

Lully, qui avail si bien supplanté Perrin, se fâcha, el fil de nouveau intervenir le roi; cette fois encore, Colbert, sur la proposition duquel le privilège de Guichard avail été accordé, dut, après quatre années de lutte, écrire à M. de llarlay que le roi ne voulait pas (pie les lettres pa-

tentes de 1071 fussent enregistrées. Ainsi, Ton a beau, ministre tout-puissant, gouverner en quelque sorte le royaume, relever les finances, créer les arsenaux, dirige r les flottes, fonder des colonies ; il faut toujours compter avec quelqu'un. Ici, celui qui tenait en échec Colbert, c'était l'entrepreneur des plaisirs du public, surintendant de la musique du roi, c'était Lully.

Le créateur de tant d'académies célèbres auxquelles la France a dû la plus pure partie de son influence et. qui subsistent encore après deux siècles, n'était pas seulement doué du génie d'organisation. Tout en cherchant, il n'en faisait pas mystère, à rehausser la gloire du roi, il obéissait d'instinct à un vif sentiment des arts. N'était-ce pas une heureuse pensée de vouloir qu'outre l'enseignement du professeur aux élèves, il y eût entre les membres de l'Académie de peinture et de sculpture des dissertations sur le goût, le beau, les qualités et les défauts des maîtres ? S'il y a un reproche à lui faire, c'est d'avoir, avec Le Brun, trop sacrifié le simple au grandiose, l'idéal à l'effet. Ses encouragements à l'Académie française au sujet du Dictionnaire , sa sollicitude incessante pour l'avancement des sciences, les soins paternels qu'il ne cessa de donner à l'Académie de Rome, montrent suffisamment qu'il agissait par goût autant que par devoir; le devoir seul n'eût pas maintenu sa vigilance au même degré pendant vingt-trois ans. Les jours où, s'arrachant au courant des affaires sérieuses, il allait présider une des académies qu'il eût pu appeler ses filles, étaient ses jouis les meilleurs. Connaissant, pour les avoir proposés au choix du roi, tous ceux qui en faisaient partie, il les réunissait fréquemment chez lui. Au mois de septembre 1677. il donna une fête aux membres de l'Académie française.

dans son château de Sceaux, « Pour aimer les gensd'es-1 prit, dit à ce sujet le Mercure galant, il t'aui être parfaitement bonnête homme. Il faut se détacher de la grandeur et du bien pour se regarder en philosophe el chercher la véritable solidité dans les sciences II est certain qu'on ne peut les aimer davantage que M. Colberl. Il ne se contente pas d'être de l'Académie françoise, il y a un nombre de ces messieurs qui composent uneautre petite académie qui s'assemble toutes les semaines sous son nom. C'est avec eux qu'il s'entretient fort souvent sur les plus hautes matières. »

On a la preuve qu'il avait eu dès 1G6G l'idée d'une Académie universelle. Fontenelle raconte en effet que son projet était de fondre dans nu corps unique les littérateurs, les historiens, les poêles, les philosophes, les savants les plus renommés. Divisés en trois sections, ils auraient siège deux fois par semaine à la Bibliothèque du roi. « Et afin, dit-il, qu'il y eût quelque chose de commun qui liât ces différentes compagnies, on avoit résolu d'en faire, ttfUS les premiers du mois, une assemblée générale où les secrétaires auroient rapporté les jugemens et les décisions de leurs assemblées particulières.» — « Ce projet, a dit M. Flourens,. n'eut point d'exécution. On s'en tint aux académies distinctes. » Et l'illustre académicien ajoute : « L'Institut actuel a résolu le problème que s'était proposé Colbert '. »

l. Fontenelle, ou Application de laphilosophie moderne aux sciences physiques, p. 3G.

Page 1