FONDATIONS LITTÉRAIRES
Colbert a, comme Richelieu ei Mazarin. le goût il>-s choses de l'esprit. — Soins qu'il prend de la Bibliothèque du roi. — Legsde livres et achats de bibliothèques. — Il cherche à augmenter le nombre des manuscrits ; missions données aux savants et moyens arbitraires employés à crue intention. — Protection accordée au savant Baluze. — Colberf fait faire des inventaires des archives des Chambres des comptes et de l'hôtel de Jacques Cœur. — Sa passion éclairée pour les médailles. — Création du cabinet des Estampes. — Première exposition de peinture. — Achats de tableaux et d'objets d'art en Italie. — Tous les pays étrangers s<> nt nos a contribution pour orner les palais. — Journal des Savants, fond.' par Denisde Sallo. —Opposition qu'il ire parmi les gens de lettres. — Institution des Jennes de langue. — Monopole universitaire.— Plan d'études pratiques tracé par Colbert. — 11 veut l'aire faire on manuel des eaux minérales. — Il encourage les jeunes gens > écrire des histoires provinciales.— Pensions données aux littérateurs et aux savants français ou étrangers. —Motifs de ces gratifications. — Zèle excessif de Chapelain. — Déception que cause la statue du roi faite par le Bern n. — Colbèrl empêche Edelinck de quitter la France. — Difficultés avec Pierre Pu- . il est chargé de diriger les embellissements de Marseille. — Dont Manillon, Henri Sauvai el Ducange. — Pension accordée ;i Molière; -on épltre en faveur de Hignard. — Les gen> de finance ménagés par tons les auteurs comiques de l'époque. — Influence de Louis \IV sur Colbert, au point de vue des lettres et des beaux-arts.
Les deux prédécesseurs immédiats de Colbert avaient aimé la littérature, les choses de l'esprit, les arts, et ils le prouvèrent bien, Richelieu en fondant l'Académie fran-
çaise et en s'occupant de compositions dramatiques au milieu des plus grandes difficultés ; Mazarin en formant un merveilleux cabinet de curiosités et la plus belle bibliothèque qu'un particulier eût encore possédée. Colbert, qui fut aussi pendant quelques années, mais sans le paraître, un ministre dirigeant, hérita des goûts élevés de Piichelieu, et il surpassa de beaucoup Mazarin, car celui-ci, en achetant dans les Flandres, en Angleterre, en Italie, tant de beaux tableaux, d'admirables statues, de riches tapisseries et de livres rares, n'avait guère songé qu'à lui '.
Nous venons de le voir créant cinq académies qui sont restées florissantes ; en même temps, il réorganisait la Bibliothèque royale, fondait les cabinets des Médailles et des Estampes, la galerie de tableaux du Louvre, le Journal des Savants, l'École des langues; il ne se bornait pas enfin à protéger les lettrés, les savants, les artistes, à les encourager de toutes les manières, à faire venir de toutes parts les plus purs chefs-d'œuvre pour exciter leur émulation, on sait encore qu'il les aimait et s'en entourait. Ses formes rudes, sa sévère physionomie, si redoutée des solliciteurs, semblaient s'adoucir pour eux seuls, et, soit à Paris, soit au milieu des splendides jardins de Sceaux, il en avait toujours quelques-uns dans son intimité.
Des bibliophiles et des érudits renommés, les Bignon.
1. Il avait poiirtmt, de? 1650, ouvert sa bibliothèque au public -< avec une libéralité dont peu d"établissements,dit M. Léopuld Delisle, donnaient alors 1 exemple. Il la laissa au collège des Quatre-Nations fondé par lui. Il avait, dès 1648, fait préparer l'inscription ci-après : Bibliothecam hanc... publiée patere voluit , censu dotavit, posteritati cornmendavit.» (Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque Impérial?, t. Ier, p. 280.)
les frères Dupuy, le fameux Naudé, bibliothécaire de .M a/a ri n. lui avaient vraisemblablement inspiré Le goût
qu'il conserva toujours pour les livres, [tour les documents diplomatiques, les titres authentiques, les correspondances officielles, seuls matériaux irréprochables de L'histoire. Il était encore intendanl de Mazarin quand la place de garde de la librairie du roi devint vacante, il y (il nommer [20 novembre 1656) sou frère .Nicolas, qui lui plus laid évêque de Luçon. Reléguée, lorsqu'il vinl au pouvoir, dans un obscur local de la rue de la Harpe, elle ne comptait que 16,746 volumes imprimés ou manuscrits ; à sa mort, ce nombre se trouvait quadruplé, el la Bibliothèque du roi était installée dans lis magnifiques galeries que .Mazarin avait fait construire à grands frais.
Des dons importants el divers achats heureux n'avaient pas en effet lardé à l'accroître Dès 1656, Jacques Dupuj offrait à Louis XIV 9,000 volumes imprimés el 200 manuscrits. Un legs de livres provenant de Gaston d'Orléans suivit de près, et Colbert écrivit à Mazarin que leur vraie place était à la Bibliothèque du roi '. Une immense collection de lettres ri de pièces originales était alors célèbre. Désireuse de la posséder, la reine Christine en donnait 100,000 écus; mais le comte de liélhune refusa de la vendre, et, en 1663, il L'offrit tout entière à Louis XIV, noble exemple que Cassini suivit à son tour, el qui a trouvé de nos jouis dans le duc t\t' Luynes un si généreux imitateur! Colberl avail en outre fait acheter en 1662 les manuscrits de I'.rienne. Lutin, d'autres bi-