‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 3 sur 110 · Œuvres de Louis XIV, l. I, p. 1ÏJ · texte numérisé non relu

Œuvres de Louis XIV, l. I, p. 1ÏJ

2. Depping, Correspondance adtninistrative, I. IV, p. 665. Lettre de septembre 1G62.,

lais. Pour les aider à se libérer, le ministre autorisa 'juillet 1663) la continuation d'un impôt sur les farines. Sept ans après, il écrit encore aux intendants «qu'il n'y a rien à quoi ils doivent donner, plus de soins et d'application qu'à la liquidation des dettes communales. » Homme Marseille, Toulouse cherchait des faux-fuyants ; une contribution de 36.000 livres y fut établie d'autorité, pour l'acquittement des dettes. La guerre de Hollande ayant interrompu l'opération, le ministre y revint à la paix de Ximègue, et des circulaires très-pressantes furent adressées aux intendants, prévenus de nouveau que le roi voulait en finir. On avait érigé en principe que le bien général devait l'emporter, que les résistances particulières seraient brisées, et qu'il ne fallait pas s'inquiéter de la question de savoir si les communautés trouveraient à emprunter. On alla plus loin. « A l'égard des paroissede la campagne, écrivait Golberl à L'intendant de Metz, il a été clairement reconnu qu'elles étoient tellement surcbargées de dettes et qu'il y avoil si peu de peuple, qu'il n'y avoil d'autre parti à prendre qu'une abolition générale de toutes les dettes, ou, pour parler plus véritablement, une banqueroute universelle... »

L'intérêt des communes et le soulagement des contribuables étaient-ils. comme il le disait, ses seuls mobiles .' Hélas! non; il y en avait un autre, moins désintéressé. « A l'égard des dettes des communautés, disait-il à l'intendant de Rouen, c'est un travail auquel le roi désire que tous les commissaires départis s'appliquent, pour délivrer toutes celles de son royaume de cette vermine qui les ronge continuellement et les mettre enfin en état de n'avoir point à se consommer en frais de justice, et de pouvoir par conséquent porter plus facilement les ebarges de

l'État...n Une autre fois, il recommande de ménager, dans les impositions que nécessite L'acquittemenl des dettes, les contribuables aux tailles. Si zélé que fût l'administrateur, le contrôleur général domine toujowrs. Cependant la liquidation marchai! lentement. Commencée m 1661, elle n'était, au bout de vingt-deux ans, réalisée que sur un petil nombre de points. Grâce à la fermeté de l'intendanl Bouchu, la ville de Dijon avait, au moyen ^économies sévères el en retranchant toutes dépenses superflues, payé '.>^l .s;».! livres. Mais il ne suffisait pas (l'éteindre les vieilles délies, il fallait en prévenir de nouvelles et déraciner les anciens abus. « Toutes les villes, écrivait l'intendanl de Languedoc, me sont venues demander la permission d'emprunter, soil pour des témoignages de leur joie à l'occasion de la naissance de Monseigneur le duc de Bourgogne, sud pour l'entrée de M. le duc de Xoailles et pour lui envoyer des députés; mais j'ai refusé. toutes ces permissions, parce que, outre que le dernier règlement du conseil sur cette matière ne m'en donne pas le pouvoir dans l'un ni dans l'autre cas, il n'y a pas de communauté qui n'ait de fonds pour ces sortes de dépenses, quand elles voudront ne pas faire de dissipation. .Mais les consuls el autres qui gouvernent les communautés ne cherchent que des prétextes pour augmenter leur maniement et pour taire une plus grande consommation de deniers '...»

Si les communes du Languedoc parlaient d'emprunter pour fêter la naissance des princes ou l'entrée des gouverneurs, c'est qu'elles étaient apparemment drbarrassées

1. Arcli. Nal.. Papiers du contrôle général des finances. — Intendance de Langnedut, 29 septembre ltis^.

de leurs dettes. Il n'en était pas de même en Provence, et plusieurs lettres de Colbert, de l'année 1682, contiennent de singuliers aveux. « Je dois vous dire, écrit le ministre à l'intendant, que le bien général doit l'emporter sur l'intérêt particulier, et qu'il est même très à propos que les créanciers perdent quelque chose de considérable sur les dettes, pour empêcher que les communautés ne trouvent autant de facilité qu'elles en ont eu par le passé à s'endetter1... » Colbert ajoute que, dans quelques provinces, les créanciers ont perdu tout l'intérêt de leur argent, ce qui, vu la diminution de leur crédit, empêchera les communautés de retomber dans le même désordre. Une autre fois, il presse l'intendant d'achever ce travail, que le roi a maintenu contre tout le inonde. Enfin, six mois avant sa mort, le 26 mars I)iS:{, le ministre gourmande l'intendant de Bordeaux sur ce que, malgré les impositions extraordinaires dont elles sont frappées, les communautés de la province n'ont pas payé leurs dettes. Il ne veut plus, sous aucun prétexte, que les consuls touchent les deniers de ces impositions. C'est aux créanciers de désigner à cet effet l'un d'entre eux, unique moyen, suivant lui, de s'assurer que les paroisses seront entièrement libérées dans un nombre d'années déterminé.

1. D'autres mesures, beaucoup plus justes, avaient été prises dans l'intérêt des communes. Un édit du mois d'avril 1667 avait consacré le principe de l'inaliénabilité des biens communaux, autorisé les habitants à rentrer, sans aucune formalité, dans la possession des fonds, prés, terres, etc., aliénés, affermés ou donnés à cens depuis 1620. et décidé que les sommes affectées au remboursement des dettes communales seraient imposées sur tous les habitants, au prorata de leurs biens. (Leber, Histoire (tu pouvoir tnunicipal, p. 147. ; — L'édil de 1667 est resté, sur certains points importants, la charte des communes.

lies prescriptions si rigoureuses, tant et de si constants efforts pour arriver à des résultats partiels, contestés h peu solides, prouvent combien les plus utiles réformes étaient, malgré l'essence despotique, du gouvernement, difficiles à réaliser. On serait parfois tenté de croire que, sous l'ancienne monarchie, même pendant la période la plus brillante et la plus autocratique du règne de Louis XIV, la centralisation était en quelque sorte nominale et fictive. Sauf pour des cas particuliers, par exemple, quand il s'agissait de mettre quelques révoltés à la raison, le rouage existait, mais il fonctionnait mal: l'ordre était transmis, mais, le plus souvent, l'exécution était tardive, incomplète. Les ministres les |dus énergiques échouaient devant la force d'inertie des pays d'états, des communes, quelquefois même des gouverneurs ou des intendants que protégeaient, tantôt des liens de famille ou des personnages tout-puissants, tantôt les dislances décuplées par les mauvais chemins et parla lenteur à peine croyable des communications.

Un dernier exemple des sentiments libéraux qu'inspirait à Colberl l'oppression des faibles ressorts de la vivacité avec laquelle il combattit, contre l'avis du parlement et de l'intendant de Provence, l'abus qu'on y faisait des colombiers. Les principes invoqués à ce sujet dans sa correspondance n'auraient pas été démentis par les publicistes qui, un siècle après, ont fondé le droit civil moderne. A l'occasion de la perception des droits de franc-fief par les traitants, L'intendant avait écrit que l'usage du pays autorisai! Ions les propriétaires, uobles ou non, à établir <\r^, colombiers. S élevant avec force contre cette doctrine, le contrôleur général répondit (2o décembre 1681) que c'était là une usurpation véritable (\t^ grands contre les petits,

des riches contre les pauvres, « n'y ayanl point de charge si grande aux peuples que celle d'un colombier, qui vit aux dépens de la semence de huis les grains. » L'usurpation lui paraissait d'autant plus flagrante, que le pays, régi par le droit écrit, ne comportait aucune servitude, à l'exception de celles attribuées aux fiefs régulièrement constitués.

Si les juges et le parlement nid maintenu ces servitudes, ajoutait Colbert le 6 février suivant, c'est une violence qu'ils ont exercée sur les peuples par leurs intérêts particuliers, ci qui doit être fortement réprimée. Je vous prie d'examiner cette affaire dans ce sens, et mm pas dans celui d'une taxe à recouvrer par un traitant, parce que vous devez tenir pour certain que ce n'est point là le principe qui m'oblige de vous en écrire aussi fortement que je fais... Il est nécessaire, pour te bien des peuples et pour la protection singulière que le roi leur donne en toutes occasions, de taxer fortement ceux qui ont établi cette servitude sur eux sans droit, et donner eu même temps une déclaration précise et formelle pour les défendre à l'avenir.

L'intendant ayant insisté, Colbert lui répliqua que soir mémoire, lu en conseil, n'y avait pas été approuvé : (pie jusqu'alors il n'avait fait qu'exprimer son opinion, personnelle, mais qu'il écrivait maintenant au nom du roi, persuadé, lui aussi, que l'établissement des colombiers en Provence était une pure oppression. « Sa majesté veut, donc, ajoutait-il, non-seulement que ceux qui en onl payent une taxe, pour l'injuste usurpation qu'ils oui l'aile, mais même que vous examiniez à fond cette matière dans son sens, voulant ensuite donner une déclaration pour abolir tous les colombiers, et n'eu donner la faculté qu'à ceux auxquels elle pourra l'accorder sans faire torl aux babitans qui ont des terres aux environs. »

nu devait croire que les faibles seraienl soulagés el isurpations réprimées. 11 n'en fui rien. Colbert, nous l'avons dit, ne savail pas résister à la tentation d'accjtpir tre les revenus publics. L'intendanl lui persuada que la province ne demandait aucun changement à la législation existante, el que les paysans, qui étaienl les plus intéressés dans l'affaire, ne réclamaient pas: il proposai! doue d'établir une taxe annuelle sur chaque colombier. L'offre était trop séduisante pour être écartée. Aussi Colbert, tout en protestant pour l'honneur des principes, répondit, le 29 juillet UM-2 : « Pour ces taxes (à raison du [tassé], sa majesté pourra facilement prendre nue somme de la province : mais, à l'égard de la faculté de pouvoir tenir des colombiers à l'avenir, elle est disposi àen ordonner la suppression par une déclaration, excepté ceux des seigneurs de liet's qui ont justice; et, pour maintenir la province dans la liberté qu'elle a eue jusqu'à présent, établir une redevance annuelle pour tous ceux qui eu voudront avoir, avec une entière liberté à tous ceux qui en ont de les abattre; et tant plus il y en aura d'abattus, tant [dus les peuples en seront soulagés, > Quelque temps après, il renonçait à la taxe annuelle, moyennant une imposition générale de 100,0001ivres. Mais, eu cas que la Provence voulût imposer cette somme sur les colombiers, le roi entendait en l'aire opérer lui-même le recouvrement, convaincu qu'il y aurait moins de vexations qu'en le laissant aux mains de l'assemblée. L'assertion était singulière, les pays d'états a\ant précisément à coeur d'écarter les agents du roi, dont la fiscalité était justement redoutée. lie nouvelles lettres font voir qu'il y eut dans cette affaire bien des bésilations et des changements de direction. Ce qui

est certain, c'est que le roi exigea d'abord une contribution de 100,000 livres pour le passé. Mais cela ne suffisait pas, et l'on avait chargé l'intendant de dresser, conformément à la proposition qu'il avait faite d'abord, un projet de déclaration soumettant à une redevance annuelle les propriétaires des colombiers conservés. Tout en constatant que la Provence, jalouse à l'excès de ses anciennes franchises, eût préféré une contribution une fois payée, l'intendant avait obéi, et celte déclaration planait comme une menace sur le pays. Quant à Colberl, il persistait à dire qu'il fallait consulter « les paysans possesseurs de terre dont la semence étoit mangée par les pigeons, mais qui n'étoient guère entendus ni considérés dans l'assemblée des communautés. » S'ils se plaignaient de cette servitude, on expédierait la déclaration sans balancer. « Ce sera, ajoutait-il, un avantage au roi que tous ceux qui ont des colombiers les abattent pour être exempts du payement de cette redevance, attendu que sa majesté parviendra à la fin qu'elle se propose, ou, s'ils veulent s'y maintenir, il en arrivera au moins cet avantage que le roi puisse retirer quelque augmentation de revenu qui lui donne moyen de soulager d'ailleurs ses sujets. » Si au contraire les paysans ne réclamaient pas, et que la province demandât le maintien de ses usages, le ministre voulait qu'on examinât s'il ne conviendrait pas de doubler purement et simplement un impôt de 16 livres par feu, qui rapportait 16,206 livres.

Mais ce projet n'eut pas de suite. Une déclaration du mois de février 1683 permit à toutes personnes d'avoir des colombiers , moyennant une redevance annuelle de 10 francs, dont les seigneurs hauts-justiciers étaient seuls

exempts. <'.t'ii\ qui ne voulaient pas la subir devaient démolir leurs colombiers. La même déclaration maintenait L'imposition de 100,000 livres pour le passé. En se

séparant, au mois d'avril, l'assemblée des communautés résolut de députer vers le roi pour lui demander, entre autres grâces, l'exemption, ou tout au moins une réduction considérable de cette redevance. Le ministre inclinait vers un accommodemenl : mais il n'eut lieu que l'année suivante, sons son successeur: les esprits s'étanl calmés, l'intendant reprit l'affaire, demanda la révocation pure et simple de la redevance de 10 francs sur les colombiers, et vit sa proposition accueillie '.

lie nombreux détails puisés çà et là dans la correspondance initient mieux que ne pourraient faire de longs traités, aux pratiques de l'ancienne administration, montrent à nu ses formes, ses procédés: on voit en même temps se dessiner les opinions de l'époque sur quelques points importants. Celle de Colbert sur les octrois mérite délie signalée. Suivant lui, ils devaient être principalement affectés aux travaux coi uiiaux d'intérêl général:

hors de là, il ne leur était pas favorable. Celle opinion n'avait pourtant rien d'absolu, et elle se modifiai! avec les circonstances. Un arrêt du 1<> mai 1070 autorisa le maintien îles octrois de Bordeaux, à la condition de construire un quai, du Chapeau-Rouge aux Ghartrons. Allant plus loin dans celle voie, un autre arrêt du conseil •> août

i. Arch. Nat., Papiers du contrôle général des finances. — - Intendance de Provence. — Il y a dans ces papiers (indépendamment des lettres nombreuses que j'ai publiées dans le texte el à l'Appendice dpsLettres de Colbert) bien des documents sur cette affaire; dont '.•s histoires loaales ne parlent même pas.

1676) permit aux habitants de Melun «le lever, pendant neuf aimées, un droit sur chaque maison, pour la réparation des fontaines et divers travaux communaux. Six ans après ~ février 1679), le ministre se plaignait que les octrois d'Orléans fussent employés à payer les dettes, les pavés, alors qu'ils avaient été accordés pour l'entretien du pontet d'autres ouvrages publics; il ordonnait donc de les affecter à leur destination première. Le 19 août 1682. il prévenait l'intendant d'Auvergne que les villes seules ■ levaient être soumises aux octrois. Or, ce principe, longtemps en vigueur, restreignait singulièrement la portée de l'impôt. Enfin, quelques mois plus tard, Colbert eût voulu en exonérer Dieppe et Marseille, pour y rendre la vie [dus facile et attirer les étrangers.

La plupart de nos villes assistent depuis un quart de siècle à des travaux de reconstruction et d'embellisseme.nl imposés par la civilisation moderne. Le même mouvement se manifesta vers la fin du dix-septième siècle, et alors, comme de nos jouis, des protestations mesquines s'élevèrent. L'agrandissement de Marseille, nous l'avons déjà vu, rencontra de la part du corps municipal une opposition sérieuse, et, si Colbert n'eût forcé les obstacles, la routine locale aurait tout entravé. La ville de Toars lit de même1. Il s'agissait d'y percer une rue qui devait enrichir tout un quartier. Suivant ce qui se pratiquait à Paris-, on obligea (était-ce juste ?) les propriétaires voisins à rembourser, en proportion de l'utilité qu'ils pourraient tirer de ce percement, ceux dont la ville prendrait

1. Vuir tome IV des Lettres, Administration provinciale, pièce u° 128 et notes.

1. Voir notre ouvrage : I." police sous Louis XIV, chap. vp. - 1 i i .

i terrain. Le surplus de la dépense el les frais de construction d'un établissemenl charitable devaiem" être fournis par une augmentation de l'octroi. Des réclamations s'étanl élevées, Colberl prévint L'intendani qu'il n'était pas d'usage d'imposer 1rs villes, pour des ■iruvrcs de charité ou des embellissements, sans l'adhésion unanime des habitants. Cette unanimité ayanl l'ail défaut, l'intendani passa nuire, et les mécontents se plaignirent; niais le temps n'étail plus où le gouveriiemenl s'inquiétail pour si peu. Averti par l'intendant, Colberl lui répondil que ces discours séditieux n'avaient rien d'effrayant, les sujets du roi n'ignorant pas que tous les mouvements de ce genre étaient fortement réprimés; mais il ajoutait : a Cela vous doit confirmer qu'en matière d'ouvrages publics et d'ornement des villes, il n'\ faut rien faire que du consentement universel el de tous •■eux qui peuvent y avoir intérêt... » C'étail beaucoup demander, et, quelque part qu'on doive faire à l'opinion, la justice ne saurait aller jusqu'à exiger une condition qui paralyserait les meilleurs projets.

Peu de ministres ont, autant que Colbert, nais leur personnalité dans les lettres qu'ils ont écrites, el nul, même parmi les plus travailleurs, n'a autant écril que lui. Entraîné par la passion des réformes, il brisait volontiers le cadre des phrases banales et se donnait tout •ulier. dans l'espoir de communiquer aux agents ses subordonnés un peu de ce feu, de cette ardeur, qui étaienl sa vie, el qui hâtèrenl sa mort. Les lettres sur les finances l'industrie, le commerce, la marine, renferment beaucoup de maximes dignes d'être sans cesse présentes à la mémoire des hommes publics; nous en avons déjà cité quelques-unes. La correspondance sur l'administration

provinciale en contient aussi un certain nombre, parmi lesquelles nous choisissons les suivantes :

26 août 1603. — Les personnes qui ontle«èleet la prudence nécessaire se chargent elles-mêmes du chagrin et du mécontentement des particuliers, pour laisser au roi les moyens de s'acquérir leur bienveillance, en leur faisant des grâces, s'il l'estime à propos.

S juin 167 k — Tous les grands États, et particulièrement ce royaume, ne se soutiennent que par la guerre. La quantité d'ennemis que le roi a contre lui doit faire concourir à fortifier les armées, et il ne faut jamais que ceux qui ont l'autorité publique en main fassent paroître quelque prévention sur la levée des troupes. Au contraire, il faut y- être favorable et ne pourvoir à ces violences, en cas qu'il s'en fasse, que sur des faits particuliers 1.

2 janvier 1679. — Les hôpitaux généraux devroient être des œuvres de charité et volonté des peuples, et non pas d'impositions forcées. Et ainsi, ce devroit être l'ouvrage des évèques, des confesseurs, des prédicateurs et des directeurs ; et, lorsque ces moyens ne sont pas suffisans, il seroit au moins nécessaire de ne se servir de la voie de l'assemblée des peuples que pour se cotiser volontairement sur des rôles qui seroient faits dans l'hôtel de ville.

10 octobre 16*0. — Il n'y a que l'excès du travail qui distingue les hommes et qui leur donne des lumières et des connaissances pour acquérir du mérite et de la considération pendant toute leur vie.

2 avril 1681. — La ville de Dieppe a toujours été une ville de grand commerce maritime, et il est impossible que ce commerce se rétablisse et s'augmente, tant que les denrées servant à la nourriture des hommes seront aussi chargées d'impositions. Il faut travailler par tous les moyens possibles à délivrer cette ville de ses impositions, le plus tôt qu'il se pourra.

1. Cette maxime semblerait plutôt être de Louvois ; mais il ne faut pas oublier qu'on était alors engagé dans cette funeste guerre de Hollande que Colbert avait conseillée concurremment avec son collègue. et dont la durée imprévue renversa tous ses plans.

m avril Hi*2. — A l'égard de l'incommodité que la ville de Gisors reçoit de rétablissement de trois couvensde religieuses, l'intention du roi n'a jamais été de souffrir ces établissemens sans le consentement des villes. Si elle s'y étoit opposée, ils n'auroient jamais été faits; mais il n'y a pas de remède quand une fois les maisons sonl établies. La ville, toutefois, pourroit s'opposer aux acquisitions nouvelles qu'elles ont faites.

ii novembre 1 1 ; S -2 . — Il n'y arien qui ruine tant les villes que les députatious qu'elles veulent toujours faire par des intérêts particuliers. L'application que le roi donne à ses affaires peut facilement régler toutes celles qui se présentent, sur les mémoires des intendans... Quoique je donne des audiences tous les jours et qu'il y ait plus de trois semaines ou un mois que le député de Marseille est à Paris, je ne l'ai poinl encore vu.

■il juillet Itis.'i. — Si nous pouvons diminuer considérablement les impôts excessifs que la ville de Marseille souffre, nous la mettrons en état de devenir la plus florissante ville pour le commerce qu'il y ait peut-être au monde, pourvu que la mauvaise foi et la mauvaise conduite de ses marchands n'y fassent point d'obstacle.

28 juillet 1683. —Toutes les choses grandes ont beaucoup de raisons pour qu'elles ne soient pas entreprises, mais elles ne laissent pas de produire de grands effets lorsqu'elles sonl soutenues. Si le roi avait voulu entendre tant de raisons contraire- aux grande- choses qu'il a faites, assurément il seroit demeuré en chemin, et il n'auroit guère exécuté.

Pourquoi faut-il que ces dernières réflexions eussenl pour objet d'exciter les. échevhïs de Marseille à s'exonérer par une sorte de banqueroute des dettes donl les intérêts obligeaient la ville à maintenir les tarifs d'octroi? L'utilité du but suffisait-elle pour racheter l'iniquité du moyen? Évidemmenl non. Ce n'est pas, dans ions les cas, en résistant sur ce point à la pression du ministre, que les négociants marseillais auraient encouru le reproche de mauvaise foi qu'il leur adressait. Mais Colbert avait, en h;6^, liquidé, par de pareils expédients, une partie

;s CHAPITRE XX.

des dettes de l'État, et comme cette opération par trop commode avait puissamment contribué à relever les finances publiques, il n'hésitait pas à la conseiller aux communes obérées. Or, la correspondance ne prouve pas que les créanciers des communes fussent dans le même cas que les porteurs des rentes crées par Fouquet ou ses prédécesseurs, et c'est ce qui explique les résistances que rencontra l'opération. On retrouve, dans la manière dont elle fut conduite, l'adversaire convaincu, excessif peutêtre, des emprunts, mais on y sent aussi le ministre eu qui se personnifiaient l'ordre, la régularité, l'économie, les sages réformes. On vient de voir quels furent son rôle et son action dans une des divisions principales de l'administration provinciale. Sa correspondance concernant l'agriculture, les forêts, les haras, les routes, les canaux, notamment celui du Languedoc, qui lut une des grandes affaires et th^ passions de sa vie. la justice, les affaires religieuses, nous fera connaître pensées et ses actes sur ces questions essentielles: elle nous montrera la part considérable qu'un siècle jadis trop loué, aujourd'hui trop dénigré, a prise aux améliorations relaies qui sont devenues le patrimoine de tous, et dont nous jouissons sans nous douter des luttes et des efforts persévérants qu'elles représentent dans l'histoire i\u passé.

ulberl et les phvsiocrates. — Colberl est d'abord favorable au commerce des grains.

— Effets d'une Législation indécise sur l'abondance et le prix du blé.— Plantalion de< mûriers favorisée. — Efforts pour multiplier les bestiaux et défense de es saisir. — Réduction des droits de sortie des vins. — Consommation insigni-

Oante du vin. — Situation précaire des campagnes. - Exclamation philanthropique de Colbert. — Ordonnances et règlements sur les forêts avant Louis XIV.

— Juridiction de la Table de marbre. — Réformes de Colbert. — Maîtres des requêtes envoyés en mission. — Faveurs abusives accordées aux instances du

m. Exemples de rigueur. — Exploitation des forets. — Industrie du goudron.

— Ordonnance de 1669; Pussorl et Lamoignon en présence. —Emotions en Bourgogne et en Normandie. — Forêts des Pyrénées, du Béarn, de Provence, etc. — Aug ntation des produits. — Critiques de Vauban. — État des

haras avant 1661. — Colbert les l'ait rétablir. —Instruction pour la distribution des chevaux achetés a l'étranger. — Haras de Normandie, de Limousine! de Bretagne. — Chevaux du Maroc. — Achats en Espagne. — Haras établi par Colbert dans sa terre de Hauterive. — Destinée des haras après Colbert.

One école célèbre a vivement critiqué, il y a environ un siècle. L'administration de Colbert au point de vue des produits du s<>1, de l'industrie manufacturière et du commerce. Faut-il s'en étonner? Ceux qui prétendaient avec le docteur Quesnay que la terre est l'unique source des richesses, et que l'impôt ne doit porter ni sur le salaire, ni sur les denrée*, mais sur le produit des biens-fonds;

T. il. i

que l'augmentation de la population importe beaucoup moins que l'accroissement des revenus, et que les campagnes ont par conséquent beaucoup plus besoin d'argent que d'hommes ; que l'exportation des denrées esl particulièrement profitable à la communauté; ceux enfin qui demandaient l'entière liberté du commerce, rien n'étant, selon eux, comparable aux avantages de la concurrence illimitée; ceux-là ne pouvaient que se montrer sévères à l'égard du ministre qui lit tant de sacrifices de toutes sortes pour le développement de l'industrie, et sous lequel l'exportation des denrées alimentaires fut si souvent interdite. Cependant le docteur Quesnay se rapprochait des idées de Colbert sur un point important, car il recommandait d'éviter les emprunts, qui, suivant lui, <i augmentoient de plus en plus les fortunes pécuniaires stériles, séparoient les finances de l'agriculture, et privoient les campagnes de l'argent indispensable pour l'amélioration des biens-fonds '. » Mais, hors de là, les dissidences étaient fondamentales. Les principes économiques de Colbert, poussés à outrance par plusieurs de ses successeurs, avaient fini par faire école : obéissant aux inspirations du maître, les exagérant à leur tour, les disciples de Quesnay et les encyclopédistes n'épargnèrent pas l'illustre ministre de Louis XIV. La vivacité des attaques fut même portée si loin, que des écrivains qui s'étaient d'abord mêlés aux accusateurs, voyant la juste limite dépassée, revinrent en arrière et prirent la défense de celui qu'ils avaient combattu. Forbonnais fut du nombre-. Aujourd'hui que deux siècles se soid presque écou-

i* Maximes générales du gouvernement économique iPun royaume agricole, par F. Quesnay.

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