Principes et observations économiques^ [IIe partie
AGRICULTURE, FORÈTS3 HARAS. oi
lés depuis les expériences malheureuses de Colberl sur le conunerce des grains, el que le déVeloppemenl inouï des moyens de transport a définitivemenl résolu le problème en laveur de la liberté, voyons s'il est vrai que le grand ministre ait fait à l'agriculture, en interdisant trop fré-^ quemmenl l'exportation di s blés, tout le mal qu'on lui a imputé, el si d'autres mesures, dont l'honneur lui revient* n'ont pas atténué, jusqu'à un certain point, 1rs funestes conséquences de ces interdictions.
La plus ancienne lettre de Golbert où il soit question du commerce des grains est favorable à la liberté. Les magistrats de Bordeaux croyaient avoir le droit de retenir le tiers des Ides qui descendaient la Garonne; ils s'appuyaient sur une déclaration de Henri 11 et sur un arrêt du 12 juin ltiiii. Le ministre aurait volontiers admis cette prétention en temps de disette: mais les habitants du Languedoc el de la haute Gùienne se plaignaient : de leur coté, les fermiers des traites réclamaient ; ils furent écoutés. On craignait d'ailleurs que, si les blés se vendaient mal, les tailles ne fussent mal payées. Une lettre du -2:* septembre 1663 constate que, nonobstant les doléances des bordelais, les blés du Languedoc étaient librement transportés sur la rivière, et que les prix avaient augmenté en ville. Une circulaire adressée vers la même époque aux intendants témoigne des inquiétudes de Golbert. Le> années 1664 el 100:2 avaient été désolées par une famine dont les horreurs laissèrent dans son esprit une impression qui ne s'effaça jamais : il fallut faire des achats de grains à l'étranger et des distributions de blé, de pain et d'argent à Paris et dans les provinces1.
{. J'ai donné, daiv> ma première Histoire de Coibert, de navrants
(Jue de, fois depuis, poursuivi par ce souvenir, il écrivit aux intendants pour s'enquérir de l'état des récultes ' ! (Jue de craintes à chaque bouleversement des saisons, et, par suite, il faut bien le dire, quelle mobilité funeste dans les ordres transmis à ce sujet !
Cette mobilité se manifeste vers l'année IG70-. Un arrêt du conseil du 20 mai 1069 avait autorisé l'exportation jusqu'au 1er octobre3. Le 13 septembre, Colbert informa l'ambassadeur de France en Hollande que, les blés n'ayant aucun débit, les propriétaires ne retiraient rien de leurs biens, « ce qui, par un enchaînement certain, empêchoit la
détails sur cette famine et sur la misère des campagnes à cette époque, d'après les documents contemporains. Voir aussi l'intéressant volume de M. Feillet : La misère <m temps de lu Fronde et saint Vinrent île Paul, ou le paupérisme nu dix-septième siècle.
1. Voici la circulaire du 15 juillet 1663, modèle à peu près invariable de celles qui suivirent :
« La saison, qui a été jusqu'à présenl assez déréglée, et les pluies fréquentes qui sont arrivées dans le milieu de l'été, diminuant en quelque façon l'espérance qu'on avoit conçue de la fertilité de l'année, soit pour l'abondance de toutes sortes de blés, soit pour la grande quantité de vin qu'il y avoit lieu de se promettre de la beauté de la vigne, je vous écris ces lignes pour vous prier de m'informer en détail de l'état auquel sont à présent les biens de la terre dans votre généra* lité, et si, suivant les apparences, la récolte sera bonne; me marquant, s'il vous plaît, les endroits du pays qui auront été affligés de la grêle ou d'autres accidens, et ceux qui n'auront rien souffert, afin que j'en puisse rendre compte au roi. »
2. Elle est peut-être antérieure. La perte de plusieurs volumes de In correspondance de Colbert nous laisse dans le doute.
:{. " Le roi étant informé de l'abondance des blés et autres grains qui sonl dans son royaume , provenant du labour de ses sujets qu'il a plu à Dieu de bénir, et delà paix et liberté du commerce dont ils ont. joui depuis plusieurs années, sa majesté a résolu de leur en permettre la sortie et le transport, sans payer aucuns droits, afin que l'abondance desdits blés leur soit d'autant plus utile et avantageuse.»
consommation el diminuoil sensiblemenl le commerce, n Allant plus loin, il écrivit le 1:2 décembre à l'intendant de Bordeaux : «Le défaut du débit des blés est général, nonseulement dans le royaume, mais dans toute l'Europe, en sorte que c'est un mal sans remède, el il n'est pas même permis d'en souhaiter la stérilité... » Huit jours après, prévenu que la récolte avait été excellente en Bourgogne et très-mauvaise en Provence, en Languedoc el même en Halie, il invitait l'intendant de Dijon à favoriser le transport des mains de la province aux lieux où l'on en manquait, par la raison que le débit pourrait apporter beaucoup d'argent*. L'autorisation d'exporter à l'étranger avail dû cesser au mois d'octobre 1669; niais, le 8 mars 1670, un nouvel arrêt leva l'interdiction jusqu'au mois de septembre. Ce terme approchant, Colbert demanda au roi de le proroger, si la récolte était bonne. Trois ans après, il reconnaissait encore que la faculté d'exportation, sans droits de sortie, attirait l'argent des étrangers. En lt'>7ï, les circonstances changèrent. Les prix ayant augmenté en Champagne et en Picardie, le ministre prit l'alarme. Il hésitait pourtant, dans l'espoir de meilleures nouvelles, à refermer les barrières. Le roi. selon lui. ne croyait pas que le blé eût
t. 20 décembre 1669. — « Ayant appris qu'il y a, cette, année, une grande abondance de blés en Bourgogne, cl que lu disette que lespro-
vinces de Languedoc, Provence et môme d'Italie en mil, les obligera de s'en pourvoir d'une quantité considérable en ladite province de Bourgogne,je vous prie de me faire savoir ~i ['on commence a en tirer et s'il n'y a aucun empêchement dans la voiture, soità Lyon ou ailleurs; et comme cela est fort important, el que ce débit pourra apporter beaucoup d'argent, vous me ferez plaisir de vous informer de (nul ce qui se passera sur cette traite des blés et de me faire pari de toul ce que vou^ en apprendrez. »
assez renchéri pour priver ses sujets des avantages que l'exportation leur procurait. Il voulait donc être tenu au courant des prix, pour se décider d'après les avis qui viendraient des diverses provinces. Sans doute le quartier d'hiver serait à charge aux peuples ; niais, dans l'état des affaires, ils devaient souffrir quelque chose pour permettre aux troupes de repousser des frontières les armées ennemies et les empêcher de porter la guerre dans le royaume. Cependant les prix s'élevèrent encore, et, vers les derniers jours de décembre, l'exportation fut décidément interdite.
Quelques années après , l'Espagne et l'Italie craignirent une disette. C'était une belle occasion pour venir en aide à l'agriculture ; les appréhensions l'emportèrent, et l'intendant de Rouen reçut l'ordre (3 septembre 1677) de s'informer si les magasins étaient bien fournis. On l'invitait même à faire connaître la situation de l'Italie et de l'Espagne, afin que, les marchands élevant leurs prétentions, le but qu'on se proposait fût atteint naturellement. Il devait pourtant se garder d'exagérer la stérilité de l'année et la cherté des blés, les peuples y étant assez disposés par eux-mêmes. Les premiers mois de 1679 amenèrent de nouvelles difficultés. Le Languedoc regorgeait de blé, et la Provence en manquait. Quoi qu'en dise Colbert, libre en principe, la circulation à l'intérieur était fréquemment suspendue par arrêts du conseil. Le Languedoc put néanmoins envoyer ses blés en Provence. Quant à l'exportation au dehors, l'intendant ne put l'obtenir, « le roi ne voulant pas changer si souvent une matière de cette conséquence. » Que faisait-on pourtant ? Le ministre, qui comptait sur la prochaine récolte pour revenir au régime libre, vit son espoir trompé, et la liberté fut
encore ajournée, au grand déplaisir du Languedoc. Dans ette confusion d'arrêts contradictoires, toul le mondé étail mécontent; il n'est pas jusqu'à la Bourgogne qui ne se plaignît un jour d'approvisionner la Provence el de payer le blé plus cher qu'elle, ce que Goiberl refusa d'admettre. « Le main' de Chalon-sur-Saône, nianila-l-il a l'intendant, se plainl de la cherté du blé en Bourgogne, Comme il dU des choses absolumenl contraires et impossibles, savoir, que les blés sont à meilleur marché en Provence qu'en Bourgogne el qu'on ne laisse pas d'en tirer, cela n'oblige de vous écrire ces lignes pour vous dire qu'il es! nécessaire » ] ne vous vous informiez !u véritable prix du blé1 eu Bourgogne et s'il est beaueoup augmenté cette aimer, afin que, sur les avis que vous m'en donnerez, je puisse voir s'il y aura quelque remède à apporter- » Vers le même temps, les habitants <le Reims eurent recours à lui: il leur conseilla, pour empêcher les prix de trop s'élever, d'acheter quelques blés dans les villes voisines. ■ Peut-être, ajoutait-il, si l'année prochaine le blé est à lion marché, je pourrai prendre la résolution de l'aire faire des achats un peu considérables à Châlon et à Vitry; mais à présent, il ne faut pas penser à cela... » Triste régime que celui qui nécessitait tant de soins! Heureusement, la récolte fut meilleure qu'on ne l'espérait, el l'exportation put être rétablie. < Je vous envoie, écrivil Colberl aux intendants (13 juin KHI» . l'arrêt que le roi a donné pour permettre la sortie des blés du royaume, sa majesté' en ayant, pris la résolution sur ce qu'elle a en une assurance presque certaine de la fertilité île celle année. Elle désire donc que vous lassiez publier cet arrêt dans tous les lieux, maiii'unes de votre département, pourvu
que la fertilité vous paroisse si certaine qu'il n'y ait rieu à craindre pour la nourriture et subsistance des peuples, parce que, si vous trouviez le contraire, vous pourrie/ m'en donner avis, pour en rendre compte à sa majesté. » Ainsi, la main ne s'ouvrait qu'à demi et toutes les provinces n'étaient pas traitées également. Le Languedoc en fit l'épreuve, cette année même. La récolte ayant paru mauvaise, on lui défendit d'exporter ; les provinces de la Loire et de la Saône furent plus heureuses. Une sécheresse qui eut lieu Tannée suivante, ayant inspiré des inquiétudes, l'exportation fut de nouveau interdite, sinon partout, au moins partiellement. Une lettre de Colbert de Î682 prouve enfin que la sortie des blés du Languedoc lui autorisée dans le cours de cette année: mais, au mois d'avril 1683, un nouvel arrêt la défendit en Provence et en Languedoc ' .
En résumé, on a calculé que, dans une période de quatorze ans (1669-1683), l'exportation des blés avait été prohibée pendant cinquante-six mois.
Huit arrêts l'avaient autorisée, à charge de payer 22 li-
1. Veut-on savoir jusqu"où allèrent quelques-uns des successeurs de Colbert? En 1693, un arrêt du conseil prescrivit à tous les propriétaires et fermiers d'emblaver leurs terres, faute de quoi toutes personnes pourraient les cultiver sans redevance aucune. Un autre arrêt enjoint la vente des blés, sous peine de confiscation. Un éd If de 1698 renouvela la peine de mort prononcée en 1643 contre ceux qui exporteraient en temps prohibés des blés à l'étranger. Enfin, la loi du 31 août 1699 frappa de la confiscation et de .'»00 livres d'amende toute personne faisant trafic et marchandise de blé sans permission spéciale, et interdit en outre l'association entre les marchands autorisés. Voilà où peuvent mener des intentions excellentes et des errements faux ! — Voir, pour le détail des expédients suggérés au gouvernement par les disettes pendant tout le règne, l." police som Lottis XIV, chap. x et xv.
vres par muid \H.~-2 hect. , suivanl le tarif de 1664; cinq eu payanl la moitié ou le quart, el huit avec exemption de tous droits.
Huit autre arrêts étaient prohibitifs.
Enfin les permissions n'avaient jamais été accordées que pour trois ou six mois, et très-rarement pour un an '.
Quelles furent les conséquences de ces mesures? Les défenseurs de Colbert onl fait observer qu'jin système moins variable eûl sans doute produit de meilleurs résultats, mais qu'après toul ce ministre n'était pas, comme mi l'en a accusé, systématiquement hostile à l'exportation des grains, puisqu'elle fut permise neuf ans sur quatorze; qu'il était d'ailleurs bien obligé d'attendre l'apparence des récoltes [tour se décider.; enfin, qu'il y avait un motif tout-puissant pour ne pas autoriser trop facilement les exportations : c'était le grand nombre d'hommes que Louis XIV eut presque toujours sous les armes, el l'avantage que le gouvernement trouvait à les nourrir à bon marché. En effet, presque tous les édits de prohibition sonl motivés sur la nécessité « de maintenir L'abondance dans le royaume et faire subsister avec plus de facilité 1rs troupes pendant le quartier d'hiver. )>
Malheureusement, en n'accordant des autorisations
d'exporter que pour trois ou six mois, et en laissant sans
les propriétaires et fermiers sous la menace d'une
prohibition, fondée tantôt sur les apparences de la ré-
1. Lettre de M ' sur l'imputation faite à Colbert d'avoir interdit le commerce des grains; Paris, 1673. — Cette lettre, curieuse pour les recherches que l'auteur- ;i dû Paire, est signée d'Épresménil.
coite, tantôt sur la subsistance des troupes, tantôt enfin sur la nécessité d'empêcher les ennemis de venir chercher en France les blés dont ils avaient besoin, Colbert découragea les agriculteurs et anéantit le commerce des grains. Par suite, toutes les terres médiocres ayant été abandonnées, l'on n'exploita plus que les fonds de première qualité. Qu'importait la diminution des tailles, si, tandis que les impôts de consommation avaient subi une augmentation considérable, le prix des produits de la terre restait invariablement le même ? Un système, disaient les économistes, d'où il résultait que la France, avec sa population de vingt à vingt-deux millions d'habitants, avait à craindre une disette tous les trois ans, était radicalement vicieux.
La preuve que le sort des campagnes n'avait jamais été si misérable, c'est que la plupart des objets nécessaires à la vie avaient triplé de valeur depuis 1600, tandis que le prix moyen du blé restait le même. A ce sujet, Boisguilbert constatait qu'une paire de souliers vendue 15 sols au commencement du dix-septième siècle, valait cinq fois plus cent ans après ; et depuis, Forbonnais a démontré que les blés s'étaient vendus en moyenne, de IS06 à 1605, 10 livres le setier, absolument comme de 1676 à 1686. Les économistes ont opposé justement à ce système celui de Sully, qui, en favorisant l'exportation des blés, avait prévenu la triste apparition des disettes et donné à l'agriculture, sans efforts et sans dépense, le plus efficace des encouragements. L'excuse de Colbert, on vient de le voir, est dans le souvenir de la famine de 1661 et dans l'état de guerre presque constant qui l'obligeait •d'assurer, aux moindres frais possibles, la nourriture d'armées de trois à quatre cent mille hommes. N'oublions
pas enfui qu'il n'a fallu rien moins, indépendammenl de l'introduction de nouvelles cultures alimentaires, que l,i révoiuflon opérée par l'admirable invention des chemins de fer, pour l'aire accepter l'abandon de l'ancien système et son remplacemenl par un régime d'entière liberté1.
Mais si. par une erreur ancienne et qui n'est pas déracinée de ions les esprits, Golbert a causé de réel6 dommages à l'agriculture, quels services ne lui a-i-il pas rendus ! Comme Sully, il favorisa la plantation <lu mûrier- el la production de la soie. Un livre qui lui fut dédié en 1665 constate que, cette môme année il avait facilité à l'auteur l'achat de graines étrangères3. On dit même qu'il accorda aux cultivateurs une prime de 24 sols par mûrier de trois ans*. « J'ai vu, écrivait-il un jour à l'intendant de Gaen, les échantillons des soies me vous m'avez envoyés, et, bien qu'ils se soient
1. Vauban avait pour ainsi dire prévu cette solution de la question. \n sujet de la disette de 1661, il écrivait en 1691 : « J'ai vu deus manquemens de blé depuis, qui obligèrent d'en faire venir de Dant- /.ick, qui est ordinairement forf mauvais, et même de Barbarie, poui
les sommes considérables, qui ne seroient pas sorties du royaume, s'il v avetit eu un canal et des rivières navigables, parce qu'il s'en seroil trouvé suffisamment dans lesprovinces voisines ou plus éloignées. On pourrait proposer la même chose pour beaucoup d'autres endroits du royaume ou la navigation de plusieurs rivières et ruisseaux conviendrait parfaitement... » [Oisivetés; Canal du Languedoc, t. I. p. I,s-
2. Essai sur F histoire de F introduction du veràsoieen Europe, pai M. de Gaspaiin, p. 101.
:>. Mémoires et instructions pour le plant des meuriers blancs, nourriture des vers à soye et Fart de ///>■,■. mouliner et apprester les ioyet 'Inns Paris <■! lieux circonvoisins, etc., dédié à M. Colbert, par Christophe Isnard. Paris, 1665.
■>. Le Mûrier, pur Cabanis, p. .'>.
trouvés un peu gros, j'estime néanmoins que l'introduction des vers à soie dans l'élection d'Avranches ne
peut être que très-avantageuse aux sujets du roi. Mais. comme le succès dépend du plant des mûriers et de connoître si le climat est propre à faire venir ces arbres eu peu de temps, et qu'on ne le peut apprendre que par expérience, il est bon que vous portiez les peuples à planter... »
C'est surtout en s'efforçant de multiplier les bestiaux el d'acclimater les races étrangères que Colbert fut utile à l'agriculture. Sous ce rapport, quelle vigilance, cpiels soins incessants! Le 14 novembre 1670, il exprime à l'ambassadeur de France à Londres le désir d'avoir des béliers d'Angleterre ; une autre fois, il en fait venir de Ségovie. Mais il ne suffisait pas de créer de bons troupeaux, il fallait encore empêcher la dispersion de ceux qui existaient. La saisie des bestiaux et des animaux de labour avait été, d'après une ancienne loi romaine, fréquemment interdite, et toujours en vain. Colbert renouvela la défense et veilla, jusqu'à la fin de sa vie, à ce qu'elle ne fût pas illusoire. Un règlement sur les tailles, du 12 janvier 1663, défendit la saisie des bêtes de labour. L'année d'après, une autre ordonnance étendit celte protection aux quatre cinquièmes des bestiaux composant les cheptels. Enfin l'ordonnance sur la procédure civile prohiba définitivement la saisie des bêtes de labour et commanda de laisser sur le nombre des bestiaux saisissables une vache, trois brebis ou deux chèvres, précaution généreuseque uotre code de procédure s'est appropriée textuellement. Dans le but, qu'il ne perdait jamais de vue, « de rétablir la culture des terres et de les améliorer par les engrais, » Colbert fit plus encore; il défendit, vers la même épi >-
que, de saisir el de vendre aucuns bestiaux sur la poursuite des communes ou îles particuliers. L'interdiciinii n'était, il es! vrai, valable que pour quatre ans; niais il la renouvela exactement, el quelques-uns de ses successeurs l'imitèrent1. S'agissait-il de la taille el des deniers du roi : bien que la vente (les bestiaux (Vil permise, les huissiers avaienl ordre de menacer, plutôl que d'agir, el de n'exécuter qu'à la dernière extrémité. Le parlement de .Normandie avail pris sur lui (trisle résultai des exemples partis d'en liant !) de régler le nombre des moulons «pie chaque fermier pouvait entretenir. « Comme il n'y a rien, écrivit Colbert à l'intendant de Caen, de plus avantageux aux peuples que la nourriture des bestiaux, el rien de plus dommageable que les frais de justice, vous devez empêcher que les juges ordinaires ne se mêlent de faire de ces règlemens...» Quand, en 1678,1a paix de Nimègue fut enfin signée, Colbert se flatta que le commerce du bétail allait beaucoup augmenter.- Étonné qu'il en fût autrement, il chargea les intendants d'étudier les causes de la diminution, sans se fier aux marchands, intéressés à déguiser la vérité. « Il faut toujours travailler, écrit-il àl'inlendanl de lUom, à l'augmentation des bestiaux et au soulagement des peuples.» Revenant sans cesse sur les saisies, ce fléau des campagnes, il - cri! encore, peu de temps avant sa mort : « Je ne puis me persuader que, lorsque les receveurs feront leur devoir, ils ne puissent s'abstenir de saisir les bestiaux -. »