‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 33 sur 110 · Mé lit- sur les membres de l'Académie de peinture · texte numérisé non relu

Mé lit- sur les membres de l'Académie de peinture

et de sculpture finùiliès par MM. Dussieux, Soulié, etc., i. II, p. 48'

■2'6't CHAPITRE XX VIL

marine et le ministre, qui finit par écrire que Puget ne devait pas prendre la direction des constructions, que c'était à lui de s'assujettir pour la sculpture à ce qui serait résolu par les officiers et les charpentiers du port, et que, sïl se mettait de pareilles chimères dans l'esprit, il faudrait bientôt le remercier. « Il vaudroit mieux , écrivait un chef d'escadre, que le roi lui donnât 10,000 écus tous les ans pour ne jamais mettre les pieds dans l'arsenal. » Les vaisseaux de l'État n'étaient-ils, comme les églises pour beaucoup d'artistes, que des sujets de décoration, et devait-on tout subordonner à l'effet ? Poser la question, c'est la résoudre. Puget eut le tort de se débattre trop longtemps contre des nécessités ; il finit cependant par se corriger, comme le prouve une lettre de l'intendant de la marine, du o septembre 1670 : « Le défaut qu'ont les maîtres sculpteurs à l'égard des poupes et des galeries dont ils nous donnent les dessins, est qu'ils s'attachent plus aux règles de leur art et à la démangeaison de faire de belles figures, qu'aux besoins, commodité et service du navire. Nous pouvons désormais éviter cet inconvénient. Le sieur Puget même en convient, et qu'il faut dorénavant employer en ces ornemens le moins qu'on pourra de ces grandes figures et pesantes machines qui ne font qu'embarrasser le derrière des navires et souvent nuire à leur navigation * . » L'injustice reprochée à Colbert 2 se

1. Voir, à l'Appendice du t. V des Lettres, pièce xliii, p. 529, une autre lettre de cet intendant (26 juin 1671), au sujet de reproches adressés à Puget par le même chef d'escadre (M. d'Almeras). « Puget, disait-il, s'étoit bien corrigé, et depuis longtemps, il n'étoit sorti de sa main aucun dessin qui eût pu mériter aucune censure. » La lettre est fort curieuse. Voir aussi les notes qui s'y rattachent.

2. Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte, décorateur de vaisseaux, par Léon Lagrange : 3e partie, p. 79.

BIBLIOTHÈQUES ET MUSÉES. 2Éfô

trouve ainsi pleinemenl motivée. Il faul reconnaître en* Cm que les chefs d'escadre, Yivonne en tête '. s'élevaienl fortement contre ces lourds ornements bien avant que Puget eût travaillé à l'arsenal de Toulon, el qu'ils continuèrent à se plaindre tant que cet abus n'eUl pas été réformé. Enfin, l'opposition de Colberl au grand artiste provençal fui si peu systématique, qu'à L'époque où il lii procéder à l'agrandissemenl de Marseille, malgré la résistance des éehevins et des habitants, il recommanda sui toutes choses de suivre les plans et les idées de Puget 2. C'est, en effet, grâce aux ordres formels du ministre que la ville dont la prospérité lui paraissait si utile à l'intérêt général, eut, la première en France, des rues, des places, des quartiers magnifiques, restés longtemps sans rivaux. Quel dommage qu'il n'ait pas appelé l'auteur de ces plans grandioses à diriger, à la place des Le Vau et des Blondel, les embellissements de Paris!

Le vif intérêt que portait Colbert au progrès des lettres et des arts se traduisait sous mille formes. On pourrait en citer encore une foule d'exemples. Une des meilleures histoires locales, celle du Berri, par La Thaumassière, fui entreprise d'après ses conseils 3. Il ne tint pas à lui qu'un des esprits les plus fins et les plus ingénieux de ce temps-là, Saint- Kvren ioik 1, ne vil cesser son exil ': la

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