‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 44 sur 110 · Mémoires, p · texte numérisé non relu

Mémoires, p

JUSTICE ET POLICE

l'Ain, iiii\ i ii prendre garde que lit sûreté publique lui

aussi bien établie dans l'étendue de s essorl qu'aux

environs de Paris. > Mais n'exagérait-il pas, pour avoir droil d'exiger davantage? Le procédé lui était familier. Une autre fois mars 1679 , il se plaignait à l'intendant du Languedoc qu'il n'y eût aucune police dans sa province, ajoutanl que c'étail un mal commun à toul le royaume, à l'exception de Paris. Pouvait-il en rire autrement, quand les corps religieux, an lieu de donner l'exemnt aller aux plus étranges écarts? La fille tl'ui! présidenl au parlement de Dijon mourul dans cette ville, en 1669. Sa mère voulut la faire enterrer aux Minimes; mais les chanoines de Saint-Etienne s'j opposèrent par jalousie. « Étant à la porte des Pères, écrivit un anonyme à Colbert, ils commencèrent à les insulter si fort, qu'ils en vinrent jusqu'aux coups, en battirenl plusieurs, el l'un des pères Minimes demeura mort sur place, en présence de deux mille personnes. »> Et, il faut le dire-, la violence et te désordre n'étaient pas seulement dans les esprits; en bien des cas, la loi faussail les idées, sanctionnait le crime, bouleversait les notions du juste et il»' llnjuste. Nous n'en donnerons (prune preuve, mais elle est navrante. Au mois de juillet l»i7o, le parlement de I! uit'ii avait condamné un homme et deux femmes à être pendus, puis brûlés, pour crime de sortilège. A ce sujet, le premier présidenl Pellol adressa à Colbert un véritable acte d'accusation contre ses collègues. Ces femmes avaient été condamnées sur la déposition de quelques jeunes garçons de quinze à seize ans qui disaienl les avoir vues au sabbat, sans qu'il j eût accusation d'empoisonnement, sortilège ou maléfice. L'homme n'était pas moins innocent : on l'accusait d'avoir donné des maladies à «les gens

qu'il n'aimait pas. Sur quatorze juges, huit l'avaient condamné. « L'on doit juger un autre sorcier demain, poursuivait Pellot; outre cela, il en doit venir vingt-un ou vingt-deux d'une bande, et huit ou dix d'une autre, dans un jour ou deux, du même endroit d'où sont venus ceux-ci, qui est entre Coutances et Carentan... L'on dit que, dans ce pays-là, l'on découvre tous les jours des personnes que l'on accuse de sortilège, et l'on appréhende que plus on en condamnera, plus on en découvrira. De sorte que, si sa majesté trouve à propos de donner sur cela quelques ordres, ils viendront assez à temps, car ces trois que Ton a condamnés aujourd'hui, on ne les conduira de trois ou quatre jours au supplice, pour attendre ceux qui doivent être condamnés et les mener tous ensemble. » Le président Pellot ajoutait qu'il lui paraissait bien dangereux de condamner des personnes à mort sur la déposition de quatre ou cinq misérables qui ne savaient le plus souvent ce qu'ils disaient; que c'étaient des visionnaires qu'il fallait désabuser. « La matière, disait-il en terminant, est assez importante pour que sa majesté tasse quelque règlement là-dessus et que les juges sachent quelles preuves il faut pour condamner de pareilles gens. Car il y en a qui s'en moquent, d'autres qui ne s'en moquent pas (huit sur quatorze), et qui les font bien brûler; et il est fâcheux que Ion voie que Von se joue ainsi delà vie des hommes. » On voudrait savoir quelle suite fut donnée à cette généreuse protestation ; la correspondance ne le dit pas.

Faut-il parler des procès qui, même après les grandes ordonnances, s'éternisaient dans les greffes? « L'abbé et les religieuses de Saint-Antoine-de-Viennois en Dauphiné, écrit Colbert au procureur général du parlement

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de Paris, onl présenté une requête au roi pour se plaindre qu'ayant un procès contre le sieur de Chevrières, président au parlement de Grenoble, pendant en la première chambre des enquêtes, ils n'en oui pu obtenir le jugeai depuis vingt-trois années qu'ils le poursuivent, en ayant toujours été empêchés par le crédit du sieur de Chevrières. » Quelques années après, en 1676, mêmes plaintes au sujet d'un procès depuis seize ans en instance au parlement de Paris. .Mais c'étaienl affaires entre particuliers, et la cour était moins patiente quand il s'agissait i\r l'enrégistremenl d'édits intéressanl directement le service du roi. En 1(>72, à. la suite de retards qu'éprouvait cette formalité au parlement de Provence, le rapporteur dr l'affaire fut exilé. Sur l'observation qu'il • lait victime d'une erreur, ayant conclu à l'enregistrement, Colbert répondit que, si l'on avait su cela, on aurait distingué entre ceux qui avaient obéi et les malintentionnés; mais <[iie, dans l'ignorance de ces détails, on s'en était pris, suivant l'usage, au président et au rapp< rtenr.

Je crois vous pouvoir dire, ajoutait-il sententieusementy que nous avons un maître qui veut être obéi, et que nous n'avons point d'autre parti à prendre que celui-là, lequel nous doil être d'autant plus agréable qu'il sait lui-même, et lui seul si hautement, conduire ses entreprises et soutenir pour la gloire 1 État d'aussi grandes guerres que celle- où il est engag . Ainsi, je ne cloute pas que le parlement de Provence, connoissant ces vérités, ne donne à sa majesté la satisfaction d'enregistrer promptement ces édits.

-i là, en quelques lignes très-nettes, très-arrê-

s, la profession de foi politique de Colbert, et l'on voit qu'elle n'admettait à aucun degré ni contrôle, ni

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objections. Cette politique était aussi celle de Bossuet, et chez tous deux elle se justifie par la révolution d'Angleterre et les excès de la Fronde. Elle n'excluait pas d'ailleurs les représentations les plus fortes de la part de ceux que Louis XIY autorisait à lui parler ouvertement, restant libre de son côté de ne pas suivre leurs conseils.

La création, au mois de mars 1667, de la charge de lieutenant de police, et la nomination de La Reynie à ce posle important furent dues, ainsi que tant d'autres mesures analogues, à l'influence alors toute-puissante de Colbert. Jamais, on peut le dire, innovation plus opportune et choix plus heureux. La culture des esprits arrivée à un degré de perfection qu'attestent d'éclatants chefs-d'œuvre faisait un contraste frappant avec la multitude des crimes, et, il faut l'avouer, avec la rigueur excessive des châtiments. On s'étonne de la quantité de meurtres et de vols qui se commettent dans les sociétés modernes. Le journal de Pierre de l'Étoile sous Henri IV et les lettres de Gui Patin pendant la première moitié du règne de Louis XIV prouvent que l'étonnement de leurs contemporains n'était pas moindre. « Jour et nuit on vole et on tue ici, à l'entour de Paris, écrit le médecin, le 26 septembre 1664. On dit que ce sont les soldats du régiment des gardes et des mousquetaires. Vlais pourquoi tuer des gens qui vont et qui viennent, des boulangers, des paysans, des marchands et des gens qui s'en retournent clans leur pays :; Nous sommes arrivés à la lie de fous les siècles l. » Certes, la boutade est des plus injustes, et

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