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époque, Penautier avait avancé au clergé 800,000 livres pour le don gratuit de l'année. Comment se passer d'un pareil homme au moment où les exigences de la guerre de Hollande obligeaient le contrôleur général à écraser la Fiance d'impôts? Il semble résulter en outre d'une pièce du procès qu'un commis de Colbert était en rapport avec Penautier, qui l'avait gagné en lui promettant la moitié du produit de sa charge de trésorier des Etats de Languedoc. La même pièce porte que ce commis aurait ensuite préféré une somme de 100,000 francs une fois payée.

Rien dans la correspondance de Colbert n'indique qu'il intervint au procès; mais les manœuvres les moins avouables sont celles qui restent d'ordinaire les plus obscures. Nous savons d'ailleurs par Mme de Sévigné qu'on croyait que le riche financier, grâce à ses largesses et à ses amis, sortirait du procès un peu plus blanc que de laneiçje. Une fois même, elle nomme Colbert : « Penautier, écrit-elle le Ier juillet 1676, a été neuf jours dans le cachot de Ravaillac ; il y mouroit; on l'a ôté; son affaire est désagréable; il a dé grands protecteurs : M. Colbert et M. de Paris (Harlay de Champvallon) le soutiennent; mais, si la liri milliers l'embarrasse davantage, rien ne pourra le urir. » Elle écrivait encore, le 29 juillet: « Le maréchal de Villeroi disoit l'autre jour : Penautier sera ruiné ilt- cette affaire; le maréchal de Gramont répondit : Il faudra qu'il supprime sa table. Voilà bien des épigrammes. Je suppose que vous savez qu'on croit qu'il y a cent mille écus répandus pour faciliter toutes choses : l'innocence ue fait guère de telles profusions. On ne peut écrire tout ce qu'on sait; ce sera pour une soirée. » Réticences significatives ! Quoi qu'il en soit, la marquise de Brinvilliers

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avail été exécutée, sans charger davantage Penautier, qui lui acquitté onze mois après. « Il esl incroyable, dit Saint-Simon, qui l'avaitconnu, car il mourut âgé, combien degensel des plus considérables se remuèrenl pour lui. le cardinal de Bonzi à la tête c'était L'archevêque de Toulouse . forl en faveur alors, qui le tirèrenl d'affaire. Il conserva longtemps depuis ses emplois ci ses amis, quoique sa réputation eût forl souffert. » On peut, même sans preuve directe, croire que l'appui tout-puissant de Colbert fut singulièrement utile à Penautier, ri que le ministre était parmi les personnages considérables m1" parvinrent à le sauver.

Complètement ignorée pendant deux siècles, son intervention au procès de la Voisin est aujourd'hui constatée par un grand nombre de pièces officielles. On sait comnieiii cette célèbre affaire s'engagea. Au mois de septembre 1G77, un billet sans signature, parlant d'un projet d'empoisonner le roi et le dauphin, fut trouvé dans une église de Paris. Diverses arrestations secondaires mirent sur la voie et amenèrent l'emprisonnement de la Voisin. Tue commission spéciale, dirigée par La Reynie, ci qui prit le nom île chambre <!<■ FArsenal, lui chargée d'instruire et de juger l'affaire. Bientôt le bruit courut dans Paris que des princes, des princesse^. M Polignac, le c le du Roure, le duc de Luxembourg, la

duchesse de Bouillon, la comtesse de Soissons, ancienne amie du roi, avaient eu di'^ accointances avec la Voisin. Convaincue de débit de poisons ci île sortilèges, celle-ci lui condamnée à être brûléevive le 22 lévrier. Mais tout n'était pas fini. Elle laissait des complices qui, dans l'espoir de gagner Au temps et d'intéresser à leur sort par des aveux, allèrent encore plus haut que la duehesse

de Bouillon et la comtesse de Soissons. Les noms de Mme de Montespan et de Mme de Vivonne, sa belle-sœur, furent prononcés. Au début du procès, Louis XIV avait l'ait venir à Saint-Germain les principaux membres de la chambre de l'Arsenal et leur avait ordonné d'être impartiaux et sévères.

Sa majesté, dit La Reynic, nous a recommandé la justice et notre devoir en termes extrêmement forts et précis, en nous marquant qu'elle désiroit de nous, pour le bien public, que nous pénétrassions le plus avant qu'il seroit possible dans ce malheureux commerce du poi.son, afin d'en couper la racine, s'il étoit possible. Elle nous a recommandé de faire une justice exacte, sans aucune distinction de personne, de condition et de sexe, et sa majesté nous l'a dit en termes si clairs et si vifs, et en même temps avec tant de bonté, qu'il est impossi1 ble de douter de ses intentions à cet égard, et de ne pas entendre avec quel esprit de justice elle veut que cette recherche soit faite.

C'est d'après ces ordres qu'on avait impliqué dans les poursuites la duchesse de Bouillon et le duc de Luxembourg ; la comtesse de Soissons avait pris le parti de se dérober par la fuite à l'emprisonnement. Quelle ne dut pas être la surprise de La Reynie et du chancelier, quand, après l'exécution de la Voisin, plusieurs prévenus déclarèrent que la vie du roi, du dauphin, de Coibert, des duchesses de La Vallière et de Fontanges avait été successivement en danger par le fait de Mmes de Vivonne et de Montespan ! Triste influence des préventions et des courants d'opinion : la première impression de La Reynie fut que ces accusations pouvaient être vraies. A force d'entendre parler d'empoisonnements et de sortilèges, tout lui paraissait possible. Sans Coibert, dont une des filles avait épousé le duc de

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Mortemart, fils de M1"' de Vivonne el neveu de Mme de Montespan, on ne sail pas si, dans le premier moment, celle-ci el su belle-sœur n'auraienl pas été arrêtées. <ni contenta de l'aire écrire les interrogatoires qui 1rs conuaifiii sur des feuilles volantes, qui n'étaienl montrées qu'à un très-petil nombre de juges ; il j eul ainsi une commission dans la commission. \ quoi bon reproduire ces dénonciations, la pluparl bientôt rétractées? Qu'il suffise de dire que ,rs deux grandes dames étaient accusées d'avoir voulu capter ou conserver les bonnes grâces du roi par des poudres dites pour Famour, et d'avoir cherché tour à tour à se défaire des maîtresses qui les gênaient '. Quelle part prit Colbert à ces tristes aliaires? Recevant chaque jour de La Reynie le procès-verbal des interrogatoires, il en faisait pour le roi des résumés dont les minutés existent encore. En même temps, il consultait un célèbre avocal nommé Duplessis sur les incidents et la marche de la procédure. On a également les lettres qu'il lui adressait el les réponses. Au mois de février 1681, Duplessis, désapprouvanl nettemeril l'extension que la chambre de l'Arsenal avait donnée au procès, faisait observer que. si on voulait rechercher tous ceux qui avaient été au devin, sans qu'il > eut eu consommation de crimes, le rote du siècle n'y sufflrail pas: qu'il faudrait établir un tribunal perpétuel, ce qui serait une espèce d'inquisition «pie les [ois de l'Étal n'avaienl poinl admise. « Il est d règle, ajoutait-il, que les crimes dont il n'y a eu que la pensée et l'intention, san> exécution, ne se recherchent pas; cela esl remis au tribunal secret. » Entrant dans le détail des dénonciations, Duplessis prou-

!. Voir la Police sous Louis XIV, ch. vu.

vail que c'était un tissu de mensonges et de calomnies: qu'en ce qui concernait Mme de Montespan, aucun des dénonciateurs ne l'avait vue, el n'avait eu affaire à elle ni directement ni indirectement: qu'ils ne précisaient aucune date. Il ne contestait pas que quelques-uns d'entre eux n'eussent mis son nom en avant, pour se donner de l'importance; mais était-ce une raison pour lui imputer des faits ténébreux qui ne devaient jamais venir à sa connaissance? Au sujet d'une de ces accusatrices qui se rétracta après la torture, en criant que, sur le. point de paraître devant Dieu, elle ne voulait pas charger sa conscience d'un crime, l'avocat disait : « Après la question ordinaire, on lui donne, l'extraordinaire. Au premier coin, elle persiste; au deuxième coin, de même, quoiqu'elle fut dans des douleurs extrêmes; au troisième ••oin, elle parle contre Mme de Montespan pour se tirer des douleurs qu'elle ne pouvoit souffrir. Mais ensuite, étant libre, et entre les mains de son confesseur où elle rendoil compte du mensonge qu'elle avoit fait par la force des lourmens, elle fait sa déclaration par laquelle elle rétracte tout ce qu'elle avoit dit contre M1"0 de Montespan, de sorte que ce qu'elle avoit dit dans le procès-verbal de question contre elle se trouve absolument anéanti. »

Que dire de cette odieuse manière de faire parler les gens? On a la réponse de Colbertau mémoire de Duplessis. Visiblement préoccupé de la longueur du procès, de la multiplicité des interrogatoires, du grand nombre.de prisonniers, il lui demande (25 février 1681) si tant de lenieurs sont indispensables, et s'il n'eût pas mieux valu remettre l'affaire au lieutenant criminel. Mais la faute était faite; il s'agissait de sortir d'embarras. D'accord avec le roi, Colbert estime que le procédé le plus simple

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serail de faire juger 1rs trois ou quatre accusés les plus coupables, et évitant, chose bien difficile, toute confrontation avee les dé iciateurs, el d'envoyer les moins

chargés dans des prisons ou châteaux Torts peu éloignés de Paris. Importuné du brùil qui se faisait autour de certaines personnes dans ce malencontreux procès, Louis XIV voulail en finir, el c'est lui qui avait dû songer à cette suppression des confrontations que Colbert, malgré son désir de complaire, jugeait à peine possible. L'affaire étant des plus confidentielles, il recommandail à Duplessis de lui renvoyer son billet, et c'est grâce à cette précaution nue la pièce originalea été retrouvée dans >>■> papiers, avec les résumés des interrogatoires préparés pour le roi. Quant à Duplessis, il fut d'avis (le croirai-oii d'un avocat?) que les accusés chargés seulement par des dépositions, mais qui n'avaient rien avoué el donl la culpabilité était contestable, fussent jugés sans autres preuves, attendu, disait-il, qu'il y avait à leur égard une certaine notoriété résultant de l'air général de Faffàtre, el qu'on ne pouvait pas douter qu'ils ne fussent coupables. Il conclut enfin formellement à ce qu'on en retint un certain nombre en prison sans les juger, ajoutant qu'on ferai! bien « de garder pour le dernier un <W^ grands criminels, qui donnât lieu à ordonner que le procès seroil brûlé, à cause des impiétés exécrables el - ordures abominables qui s'y trouvoienl et donl il étoil important que la mémoire ne fût pas conservée '. » Heureusement, on ne pm brûler ni les papiers de La Revoie, ni reux de Colbert, ni ceux de Louyois, el c'esl par

l. Colberl disait n ce sujel : <• Sacrilèges, profanations, abominations, choses trop exécrables pour être mises sur le papier. »

eux qu'on sait enfin, à deux siècles de distanee, la vérité sur ce procès légendaire auquel la sottise du peuple, la croyance de la magistrature et des ministres à de st lipides sortilèges, la prétendue puissance de pratiques obscènes et impies, donnèrent des proportions et une importance qu'il n'aurait pas dû avoir.

Les affaires criminelles que nous venons de résumer étaient de simples incidents au milieu de la vie si remplie de Colbert. Des questions d'un autre ordre le montrent sur la brèche, défendant les principes d'égalité et de justice que comportait alors la société. Dans l'intérêt de la noblesse elle-même, et sans doute dans un but fiscal, il avait activement poursuivi les faux nobles qui, parvenus par d'insolentes usurpations de titres à s'exempter des tailles, croyaient encore de leur dignité de vivre oisifs, c'est-à-dire inutiles, quand ils n'étaient pas nuisibles. Reprenant du même coup une des idées favorites de Richelieu, son constant modèle, il protégea aussi la noblesse contre la manie des duels sans motifs, qui la décimaient au détriment des familles et de l'État. D'après les considérants de l'édit d'août 1679, certainement rédigés par lui, car le sujet était trop important pour qu'il s'en remit à un autre, une des grâces principales dont Dieu avait gratifié le roi, c'était l'autorité et la force nécessaires pour faire respecter la loi contre le duel, loi éminemment juste et utile pour la conservation de la noblesse. Pourtant, l'œuvre n'étant pas achevée au gré de ses désirs, il était bien décidé à ne rien négliger pour triompher d'un lléau qui avait résisté aux efforts de ses prédécesseurs. Une circonstance donnera l'idée des détails où descendait Colbert afin d'assurer le succès des

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mesures auxquelles il s'intéressail sérieusement. Dès que l'i'-ilii fui signé, il chargea le procureur général de

Karlay de 1»' remettre à l'imprimeur Cra isy, el le pria

« de voir avec lui le caractère donl il seroil bon de se servir pour l'imprimer, étanl nécessaire qui) lïïi imprimé en caractères el volume propres à être débité partout, pour le rendre plus public. » D'autres lettres constatenl que le sévère ministre tinl la main, autanl qu'il dépendait de lui, à l'exécution du nouvel édit; mais Louis XIV n'avail pas la fermeté de Richelieu, et, dans ers affaires où la n< >l il*jsst- étail presque toujours eu cause, les sollicitations étaienl telles, que la loi dut être éludée bien i\v> fois. J'en citerai un seul exemple. Une rencontre suivie de morl avail eu lieu au bois de Boulogne. «En casque If duel soil prouvé ci (pic l'accusé soil condamné pour ce crime, écril Colberl au procureur général, sa majesté ne veul rien changer à l'arrêl qui interviendra. Mais, si ce crime n'éioii pas prouvé, el qu'il fût condamné seulemenl /><>"< avoir tué, eu ce cas, «die désire que vous le lui fassiez savoir. » C'étail dire clairemenl que le roi ne voulait pas qu'il > fil' m duel, el que l'accusé dévail être condamné pour assassinat; cria dispensait d'appliquer la peine de

ri au duelliste, et, quanl à l'assassin, on trouverait

bien un moyen de le sauver '. ■

!. L'édil <lu mois d'aoûl el la déclaration royale du li noA

lienl établi pour la répression des duel- un tribunal d'honneur présidé par des maréchaux «le France. Le duel étail puni de mort, outre la dégradation pour les gentilshommes. D'après laju isprudence qui fui adoptée, il n'y avail duel qu'à la suite d'une provocation on d'un appel; or, il était facile aux j irconstances.

L'affaire se qualifiai! alors de meurtre ou coups, el le tribunal d'honneur était dessaisi. Onu fait remarquer avec raison que celte jurispru-

Des repaires, comme la Cour des Miracles, des lieux d'asile, comme le Luxembourg, existaient encore dans Paris, vestiges abusifs et insolemment prolongés de la barbarie ancienne. A peine nommé lieutenant général de police, La Reynie dirigea en personne une expédition contre les hôtes de la Cour des Miracles, et l'abus cessa. Quatre ans après, Colbert apprend que les auteurs des désordres qui arrivent dans la capitale se retirent au Luxembourg ; il obtient leur expulsion du palais, et donne l'ordre au prévôt des marchands de chasser de Paris tous les filous, voleurs et autres garnements. Le curieux de l'affaire, c'est qu'à cette époque même le gouvernement français refusait de se soumettre aux lois qui interdisaient les lieux d'asile à Rome.

Une seule lettre de Colbert est relative aux usuriers, et elle répond aux idées modernes. Sans approuver l'usure, il est convaincu que les poursuites auraient des mites fâcheuses pour le commerce, et il écrit au premier président que le roi n'est pas d'avis de faire aucunes recherches à ce sujet.

Signalons rapidement quelques autres particularités éparses dans la correspondance. Une singulière associalion s'était formée vers 1660, sous un nom plus singulier encore; c'était la Compagnie des œuvres fortes, sorte de tribunal moral qui s'était donné la mission de censurer les actions déshonnêtes que la loi n'atteignait pas. Colbert en eut connaissance, s'en émut.

«lence, un peu subtile, avait pour but d'atténuer la rigueur de l'édit, en permettant aux tribunaux de droit commun de remplacer la peine île mort par la prison ou les galères. {Journal d'un lieutenant criminel au xvne siècle, par M. Henri Beaune.) — C'est précisément ce qui résulte du fait que nous citons.

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»>t, le 16 mars 1671, il écrivit au procureur général que, tout en étant animées de bonnes intentions, ces assemblées, contraires aux lois du royaume, pourraient servir de prétexte pour propager (1rs impressions opposées à l'esprit des fondateurs. Il désirail donc connaître ceux qui en faisaient partie, ajoutant que le roi leur défendait de se réunir sans sa permission. — D'après les règlements de l'hôpital général, les gueux et mendiants ramassés dans Paris devaient être enfermés dans cet établissement. Pressés de s'en débarrasser, les directeurs les rejetaient sur le pavé au bout de cinq ou six jours. « Le seul moyen de multiplier les gueux à l'infini, écrivit Colbert au procureur général le 27 juillet 1677, est de leur l'aire eonnoitre qu'ils peuvent sortir de l'hôpital. » Fallait-il donc les y gardera perpétuité ? Là encore, on retrouve l'intervention jpoussée à l'extrême, la réglementation dépassant les limites, et l'excès du bien devenant un défaut. — L'année suivante, un joueur blasphémateur est exilé, et Ton prévient ceux qui commettraient la même faute, qu'ils seront punis plus sévèrement. — Un peu plus lard, une lettre de Colbert à l'intendant de Châlons constate (21 février 1080) que, pendant le séjour du roi dans une ville, les denrées étaienl taxi es à un prix déterminé pour les officiers de sa maison. Combien d'autres exemples de maximum ne trouverait-on pas dans les ordonnances de l'ancienne monarchie! — On connaît enfin le jeu scandaleux du roi, du due d'Orléans, de M™ de Montespan surtout, qui perdait ou gagnait des

millions en i nuit '. Pourtant et malgré ces écarts,

Louis XIV avait la prétention d'interdire le jeu; parfois

:. Voir mon ouvrage, Madame de Montespan et Louis A7I', p. niT et lus.

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même, il grondait sa maîtresse, son frère et les courtisans de son intimité. La lettre suivante de Colbert à La Reynie (6 août 1682) dut être écrite dans un de ces moments de bonne résolution : « Le roi a parlé ici d'une manière si forte à ceux qui avoient joué à la bassette ', qu'il y a lieu de croire que personne ne se hasardera de faire une chose qu'on sait qui déplaît à sa majesté. Elle veut que, par un exemple de sévérité que vous ferez à Paris sur ceux que vous aurez fait assigner, on bannisse pour toujours un jeu capable de ruiner les familles et de causer beaucoup de désordres. » Ainsi, c'est Paris qui payait pour Versailles. On voit de fait, par une lettre écrite trois jours après, que deux dames venaient d'être condamnées à 3,000 livres d'amende, exemple dont le roi espérait merveille. « Si quelque femme de qualité encore plus distinguée, ajoutait Colbert, vouloit établir quelque bassette chez elle, sa majesté veut que vous m'en donniez avis, et elle donnera ordre de leur parler. »

La recherche des innombrables pamphlets et libelles qui circulèrent pendant la Fronde avait donné une importance politique à l'abbé Fouquet. Quand le surintendant tomba en disgrâce, ce fut le tour de ses amis de tromper la vigilance de la police et de répandre dans Paris les écrits qui devaient lui ramener l'opinion de jour en jour plus indignée des intrigues du gouvernement pour le perdre. C'était de bonne guerre, et le but fut pleinement atteint, car, tels qui avaient d'abord réclamé la condamnation la plus sévère, firent des vœux pour lui. Vœux

1. C'est le lansquenet actuel. La bassette, d'invention vénitienne, avait été introduite en France par Giustiniani., ambassadeur de Venise à Paris.

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superflus! Mais, ces embarras sur ntés, d'autres survinrent. Plus le pouvoir affectail des allures arbitraires, plus les pamphlets el libelles se multipliaient. In arrêl de 1666, rendu seulemenl pour une année, avail autorisé « les officiers ordinaires à jfuger en dernier ressort ceux qui écrivoient des nouvelles el des gazettes. Quatre ans après, l'arrêl l'ut maintenu, par le motif, disait La Reynie, « qu'il seroil d'une très-fàcheuse conséquence de traduire les coupables du premier tribunal au tribunal supérieur, el d'exposer à la vue d'un grand nombre déjuges îles libelles qu'on ne sauroil tenir trop secrets. > Par suite, l'ordre fut donné au procureur général « de réprimer par les voies les plus rigoureuses la licence que l'on continuoil de se donner de semer dans le royaume el d'envoyer dans les pays étrangers des libelles manuscrits. » Un des meilleurs moyens de prévenir ces distributions parut être d'organiser le commerce de la librairie, resté libre jusque-là, et de n'accorder la permission de vendre des livres qu'à quelques personnes autorisées: « J'ai dressé, écrivil à ce sujet La Reynie au chancelier, le 24 juin 1677, un projel d'arrêl du conseil sur Le l'ait de l'imprimerie el librairie, que j'ai estimé très-nécessaire de vous proposer, pour des raisons marquées à la marge. J'en enverrai autant à M. Colbert, afin que, s'il a quelque pensée particulière, je puisse vous en rendre compte. J'ai recouvré depuis un livre intitulé Réponses chrestiennes, du sieur de Vernant, contre les évêques, qui se vend chez les Carmes des Billettes. (le nouvel abus m'a confirmé dans l'opinion où j'étois sur l'article qui défend à toutes personnes autres que les libraires de vendre des livres. » Lamême lettre informai! M. d'Aligre qu'on venait de saisir un ajitre factum de huit pages, imprimé à

Bruxelles, « le plus séditieux du monde ; » que, selon toutes les apparences, quelque mauvais Français y avait travaillé, et que du reste, on l'envoyait à la cour. Il va sans dire que Golbert approuva les propositions de La Reynie, et il y eut une nouvelle industrie privilégiée.

Les extraits suivants de la correspondance relative à la recherche des libelles, gazettes et nouvelles à la main donneront une idée des difficultés, de tout temps les mêmes, inhérentes à cette branche de la police. Mentionnons d'abord un évêque d'Agde, frère des Fouquet, qui, exilé à Yillefranehe-de-Rouergue , « composoit , dit l'intendant de la province, des gazettes qu'il faisoit distribuer par ses émissaires. » Un changement de résidence fut sa punition ' . Que d'autres ne s'en tiraient pas à si bon compte ! Les documents qu'on va lire sont officiels.

La Beynie à Colbert. — 23 avril t(>70. — J'ai levé le scellé qui avoit été mis sur les papiers des écrivains qui furent arrêtés la nuit de vendredi dernier, et il s'est trouvé, particulièrement dans ceux des nommés Thubeuf et Pigeon, un très-grand nombre de pièces manuscrites, et en général tout ce qui a été fait sans exception d'infâme et de méchant depuis quelques années. Il seroii difficile de juger présentement s'ils en sont les auteurs ou non, ou de quelque partie; mais, comme ils uni de l'esprit et quelque étude, et qu'entre leurs manuscrits il y en a qui ressemblent extrêmement à des minutes originales, et qu'avec cela les malheureux demeurent d'accord d'en avoir vendu plusieurs copies, le soupçon qu'on peut aussi avoir iï cet égard contre eux n'est pas sans fondement.

Quoi qu'il en soit, ce sont des gens d'un grand commercej car, outre le temps qu'il y a qu'ils y sont engagés, quelques-

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