‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 50 sur 110 · Mémoires de Foucault, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Foucault, p

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uns d'entre eux se trouvent avoir à la fois quatre chambres en divers quartiers de la ville, et être connus chacun en ces lieux -..us des noms différens.

Parmi ces écrivains, il y a quelques gazetiers remarquables par li* nombre de leurs correspondances el par l'insolence avec laquelle ils ont encore écrit ces dernières gazettes qui sonl entre nos mains.

CoTbert à La Reynie. — 12octobre 1677. — M. l'archevêque de Paris ayant dit au roi que l'on recommençât à débiter un livre imprimé chez Léonard qui a déjà été défendu, sa majesté veut que vous alliez chez mondit sieur archevêque pour en savoir le titre, et que vous en empêchiez le débit.

Colbert à Louvoie. — 8 juin 1681. —Suivant le mémoire que vous avez pris la peine de m'envoyer, on a fait perquisition

exacte de l'abbé Bonde fil était accusé « d'avoir distribué dans Paris des libelles scandaleux et diffamatoires »); mais on ne l'a pu trouver. Comme il y a apparence qu'il s'en ira à Bruxelles "ii en quelque autre ville de Flandre, sa majesté m'a ordonné de vous en envoyer le portrait (le signalement), afin qu'il vous plaise l'envoyer dan- les villes frontières pour le faire arrêter, en cas qu'il s'y rencontre.

Colbert à La Reynie. — o juillet 1681. — Le roi me demande souvent des nouvelles de l'affaire dont vous vais êtes chargé contre ceux qui ont été arrêtés pour les libelles; et, comme vous ne m'en avez rien mandé depuis longtemps, et que sa majesté témoigne de l'impatience de savoir en quel état esl eette affaire, je VOUS prie d<- me le faire savoir, afin que je puisse lui en rendre compte.

S ignêlay à L< Reynie. — 13 décembre 1684. — Sa majesté esl informée qu'on a t'ait plusieurs chansons sur le fait de la régale et de l'assemblée du clergé. Elle m'ordonne de voui écrire que vous fassiez toutes sortes de diligences pour en découvrir les auteur-, et que vous m'en informiez aussitôt, en i as que vous en appreniez quelque chose.

Louis XIV à La Reynie. — Juillet 16821 — Le nommé Primi-

Visconti, qui a écrit mon histoire en langue italienne, l'ayant remplie de plusieurs faussetés, je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous vous transportiez incessamment en la maison du libraire qui l'a imprimée et en celle dudit Primi-Visconti, et cpie vous vous saisissiez de tous les exemplaires que vous en trouverez, voulant qu'ils soient supprimés.

Colbert à Ln Réunie. — -M juillet 1682. — Vous trouverez ci-joint l'arrêt pour la suppression de l'Histoire de la gut rr> '/- Hollande, composée par Primi-Visconti. Je vous prie 'le m'envoyer les manuscrits que vous avez trouvés chez lui.

Colbert à l'intendant de Rouen. — 28 octobre 1682. — l'ai rendu compte au roi de tout ce que vous avez fait dans l'affaire du commerce des livres défendus dont sa majesté vous a renvoyé la connoissance, et elle a été satisfaite de ce commencement de procédure. Elle ne doute point que vous n'approfondissiez cette matière autant qu'il conviendra au bien de la justice, pour rompre entièrement ce commerce, qui ne peut être que très-préjudiciable au bien de l'État. Continuez, s'il vous plaît, cette instruction, et exécutez ponctuellement les mémoires qui vous seront envoyés par M. de La Ueynie.

Colbert à l'intendant de Soissons. — o novembre i 0 8 J . — Il est arrivé depuis quelque temps à Paris un nombre considérable de libelles et autres mémoires imprimés en Flandre, fort contraires au service du roi. Comme on a su certainement qu'il en étoit passé quatre ballots à Soissons, suivant le mémoire que vous trouverez ci-joint, sa majesté m'ordonne de vous l'envoyer et de vous dire qu'il est très-important pour son service que vous éclairassiez, par le moyen de ceux qui sont nommés dans ledit mémoire, de quelle manière ces ballots ont passé, et qui sont ceux de la ville de Soissons qui se mêlent de ce commerce.

Si les registres de ia Bastille n'avaient pas été détruits dans un jour de colère fatal pour l'histoire, on y trouverait certainement la preuve que les recommandations et

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les ordres qu'on vienl de lire né restèrenl pas sans effet. Cependant, quelle que fùl la sévérité déployée, les auteurs 5 distributeurs de pamphlets ue se rebutaienl pas. Us finirent même par avoir accès jusque dans 1rs couvents de femmes, non-seulemenl à Paris, mais dans des provinces éloignées. Une lettre de l'abbesse de Fontevraull à Daniel lluet, évêque d'Avranches, en fail foi. «Ces livres de Hollande, lui écrivait-elle, qui «ait inondé le monde depuis quelques années, el qui se sonl glissés dans les cloîtres comme ailleurs, onl répandu des doutes el des demiconnoissances, donl les petits esprits n'ont pu tirerd'autre fruit que de se croire capables de juger de tout, et de

regarder la soumission aux lois c ue un eflfel de la

(biblesse et de l'ignorance où ils vivoienl avant ces belles découvertes '. » Parlerons-nous des rigueurs inouïes, des condamnations aux galères e1 à la mort ? Exaspéré par la violence et la mauvaise foi des attaques, le gouvernement ne gardai) plus aucune mesure. Une fois entre autres, deux malheureux turent mis à la question et pendus, sur le jugement de La Reynie, « pour avoir imprimé, relié, vendu el débité » un libelle contre le roi, intitulé : VOmbre de M. Scarron. L'arrêl envoyait deux autres individus aux galères. Enfin, un mois après, nu garçon libraire était condamné à être pendu pour le même pamphlet. On était alors en 1694 et ces atrocités ne peuvent être imputées a Colbert. Elles étaient, sinon imposées, toul au moins inspirées par ce mfcme Pontchartrain dont Saint-Simon a laissé un portrait des

1. Voir mon ouvrage, Une abbesse de Fontewault "" xvn* siècle, Gabrielle de Hochechouart de Morfemart; lettré au i août 1690, à sa

date.

plus sympathiques pour son esprit vif et gracieux, aisé et brillant, mais que sa correspondance, miroir plus fidèle encore, nous montre sec et léger, tranchant et dur, tel enfin qu'on se le figure en lisant les jugements rendus contre les pamphlétaires de son temps ' . Il serait d'ailleurs injuste de ne pas tenir compte en pareille matière des opinions courantes et de l'état des esprits. Or, le contemporain (notons qu'il était avocat) par qui nous savons ces condamnations, les appréciait à sa manière. Après avoir dit que l'Ombre de Scàrron était accompagnée d'une gravure représentant la statue de la place des Victoires et qu'aux angles du piédestal, quatre femmes, Mmes de La Vallière, deMontespan, de Fontanges et de Maintenon, tenaient le roi enchaîné, il ajoute : « J'estime qu'on ne peut assez punir ces insolences contre le souverain, puisque , par les ordonnances , le moindre particulier esl en droit de demander réparation des libelles diffamatoires qui seroient faits contre lui 2. » Cette approbation donnée de bonne foi, par un homme éclairé et désintéressé, à des actes qui nous paraissent monstrueux , ne doit-elle pas rendre indulgent pour ceux qui les jugeaient nécessaires? Reste à savoir ce qu'aurait dit notre avocat des condamnations prononcées au commencement du dix-huitième siècle contre les livres de Fénelon, de Yauban, de r.oisguilbert, ces illustres chimériques. Mais les fragments de son journal ne vont pas jusque-là ; nous n'ignorons pas.

!. Mémoires de Saint-Simon, t. II, p. 30.j. — Depping. Correspondance administrative, t. Il, passim. — La Police sous Louis XIV, let- I ils et rapports de police.

2. Journal de F avocat Bruneau , dans le Bulletin d" Bibliophile, 2e série, p. 381. — La Police sous Louis XIV, p. 76.

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m revanche, ce qu'en pensail Saint-Simon el comment il les qualifiait.

Terminons par un sujet moins triste. Dans un pays où

une administration ombrageuse étendait en Ions sens ses racines, la police, on le croira sans peine, touchait à tout, intervenait partout. En 1670, un sieur Quentin, perruquier ordinaire du roi, avait obtenu un privilège

pour la vente de perruques de son invention. C me de

juste, les perruquiers protestèrent. 11 fallut un ordre du ministre pour les mettre à la raison; encore voyons-nous que, l'année suivante, l'affaire n'était pas finie, delà rappelle la laineuse querelle des poulaillers et des rôtisseurs sur la question de savoir si ces derniers avaient droit de vendre de la volaille et du gibier cuits, querelle qui ne dura pas moins de cent vingt ans et fit couler des (lois d'encre. « Cette mésintelligence, dit un grave écrivain, causa beaucoup de troubles à l'ordre public: la volaille et le gibier s'en vendoienl plus cher1. » Les arrêts somptuaires contre l'emploi de l'or dans la décoration des carrosses, contre les boutons d'étoffe, les habits galonnés d'or et d'argent, rentraient également dans les attributions de La Reynie et donnaient lieu à mille poursuites ruineuses pour les ouvriers, pour le commerce, mais dont la police vivait. Le ±1 uovembre 1678, Colbert le prévint que les étrangers de passage riaient autorisés à l'aire taire des habits lirodes d'or ou d'argent, à condition de les transporter hors du royaume. Quant ;i ceux qui résidaient en France, ils devaient se conformer strictement aux règlements, à moins d'une dispense expresse, les dames de la cour devant seules

1, Traité <>• la police, par Delamarre, t. IL, liv. III. p. 783.

paraître devant le roi avec des habits d'or et d'argent. Quelle misère de voir la vie d'un grand ministre envahie par ces minuties ! Un dernier mot. Il n'y avait pas en 1683 d'ordonnance interdisant d'aller masqué à l'église. La femme du procureur général des monnaies étant entrée dans une église avec un masque sur le visage, La Reynie proposa de lui infliger une amende. Le marquis de Seignelay prit les ordres de son père, et l'on décida qu'il n'y avait pas lieu de punir cette irrévérence. Seulement, La Reynie fut invité à rendre, pour l'avenir, une ordonnance prononçant la peine de l'amende. Tout était donc pour le mieux : la femme du procureur général des monnaies fut mise hors de cause, et les cartons de la police comptèrent une ordonnance de plus.

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