‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 51 sur 110 · LA RÉGALE ET LA DÉCLARATION DE · texte numérisé non relu

LA RÉGALE ET LA DÉCLARATION DE

Anciens dissentiments entre l.i France et Rome. — La cabale des dévols, enneiii c >le Colbert. — Se- motifs pour diminuer le nombre des moines et îles religieuses. — Louis XIV songe à faire vendre les biens ecclésiastiques. — Suppression de dix-sept fêtes. — Mauvais vouloir du parlement. — Édit cruel contre les blasphémateurs. — Évêcués chargés de pensions.— Les soi-disant pèlerins. — Le pape refuse certi nés d spenses au comte de Vexiu, ûls naturel du roi.— Conflit a propos du couvent de Charonue. — La régale. — Quelques évêques ne veulent pas s'y soumettre.— Elle est vivement soutenue par Colbert. — Le clergé invoque des ordonnances de Louis xn et de Henri iv. — Résistance île l'évêque de Pamiers. — Les députés du clergé approuvent la conduite du roi.— Ils sont blâmés par les contemporains.— Le pape excommunie les grands vi aires et le clergé de Pamirrs. — La petite assemblée de ; Élections du clergé pour l'assemblée de 11582. — Les quatre articles. — Part Ibert a prise a la Déclaration. — Lutte ave la Sorbonne i r l'enregistrement de l'édit, — Suites fâcheuses de la déclaration. — I

de Co'bert. — Un bon forçat. — Pellisson propi ■ l l un plan de conversion. — Colbert devient intolérant.— La déclaration de 1682 et la ition de 1 édit île Nantes.

De graves dissentiments onl divisé la France ci le saint-siége pendanl une moitié du règne de Louis XIV. Examinés par Le détail, a l'aide des documents officiels, ils fourniraient le sujel d'une histoire intéressante ; nous

ne ferons qu'y toucher pour expliquer l'action de Colberl dans quelques affaires spéciales où, en sa qualité de ministre dirigeant, il fut amené à intervenir. Les germes de mésintelligence dataient de loin, car déjà sous Richelieu les deux cours avaient eu maintes difficultés. Un des griefs de Rome était que, contrairement à des stipulations formelles, la France n'eût pas assuré à l'épouse de Charles Ier le libre exercice de son culte '. Le successeur de Richelieu ne s'entendit pas mieux avec les papes élus pendant son ministère 2. Quand, en 1645, il faillit périr victime d'un assassinat, le comte de Beaupuis, principal agent de la conspiration, se réfugia à Rome, et toutes les démarches tentées pour obtenir son extradition échouèrent. Que n'eurent pas à souffrir Anne d'Autriche et Mazarin de la guerre que leur fît, sous le masque de la religion et avec le concours des curés de Paris, le cardinal de Retz ! Plus tard , lorsque le héros de la Fronde s'évada du château de Nantes, c'est à Rome aussi qu'il alla chercher asile, et c'est de là que, par ses pamphlets et ses émissaires, il agita Paris et la France. En 1658, Louis XIV tomba gravement malade à Calais. On le crut perdu, et les mécontents se réjouirent. Colbert épie leurs mouvements et écrit au cardinal : « Le prince de Coudé, Retz et Ions les malintentionnés et dévots ont bien fait connoitre en

1. C'est ce qui résulte de la correspondance inédite du cardinal de Bérulle.

2. Ce que nous avançons se trouve confirmé par un précieux morceau historique de la main de Colbert, intitulé Mémoires du roi pom l'instruction du Dauphin, portant notamment que l'aversion d'Alexandre VII contre Mazarin était telle, qu'elle rejaillissait en toute occasion sur les affaires. J'ai reproduit à l'Appendice du tome VI des Lettre* de Colbert, p. 483, l'explication donnée par lui de la mésintelligence qui régnait entre Mazarin et le pape.

occasion leurs mauvaises intentions.» Leur correspondance à cette époque revienl sans cesse sur ce qu'ils appelaienl la cabale des dévots. La morl de Mazarin ne désarma pas les opposants. G'esl que les rois disparaissent, les ministres fonl plaee aux ministres, mais les systèmes, les ambitions el les intérêts restenl en présence, intriguanl dans l'ombre ou Combattanl à ciel ouvert, suivant la forme des gouvernements. Quand Colbert, arrivant aux affaires, établi! la chambre de justice qui rançonna si bien les financiers, quand il retrancha d'un trait de plume 1rs rentes de l'hôtel de ville, et força tout ce qu'il y avait en France de magistrats et de fonctionnaires à souscrire de grosses sommes pour la création des compagnies orientale et occidentale, une sourde opposition se forma dans la société, et la cabale ne fut pas moins hostile '. Un peu plus lard, le bruit s'étant répandu qu'il prétendail toucher à la constitution des couvents et réduire le nombre des l'êtes, le mécontentement grandil encore, él l'on vil le parti religieux, les couvents, les curés de Paris taire cause commune avec les parlementaires, destitués désormais de toul rôle politique, avec les financiers el leurs croupiers, les rentiers spoliés el leurs familles. Opposition heureuse en définitive! car c'est, elle qui, par la pression exereée sur la chambre de justice, l'empêcha de prononcer la peine de mort contre Fouquet, épargnant ainsi à Louis XIV ei à Colberl un acte donl huile leur gloire ne les aurait jamais absous.

t. Le 1" janvier 1664, l'abbé Montgaillard recommandait à Colberl

nu curé de Paris qui s'étail exposé â la persécution de la cabale des

dévois, surtoul dangereuse en ce qui -appelle réputation, aussi bien

Ile qui favorise Rome... (Bibl. Nat., mss. Baluze, Papiers des

armoires, vol. 363, fol. L00.)

Le père Rapin, qui avait connu Colbert, a dit, au sujet de son intervention dans les afl'aires religieuses, qu'il était d'un caractère à se mêler de tout, que c'est le ministre qui remua le plus de choses, et que, rien ne lui ayant échappé dam ce vaste projet de réforme universelle, il donna en quelque sorte une autre face à l'Etat ' . L'exposé qui va suivre confirmera ce jugement. Les informations statistiques recueillies au dix-septième siècle manquent ordinairement de précision ; on prétend néanmoins, et ces chiffres n'ont rien d'exagéré, qu'il se trouvait alors en France 87,000 moines et 80,000 religieuses, sans parler de plus de 100,000 prêtres"2. Convaincu qu'il y avait là bien des forces vives perdues, Colbert proposait dès 166 i au roi « de diminuer doucement et insensiblement les moines de l'un et l'autre sexe. » L'année suivante, il revint sur le «trop grand nombre de prêtres, moines et religieuses.» Pour remédier à cet inconvénient, il proposait d'entourer de plus d'obstacles les vœux de religion , de reculer l'âge où ils seraient valables, de réduire les dots et les pensions que payaient les religieuses pour entrer au couvent ; il parlait même de régler, on va voir pourquoi, les dots données aux filles en les mariant. Au mois de septembre 1665, il posa la question de droit en ces termes au sieur de Gomont, avocat habile, qui figura plus lard dans les conférences des codes, et qu'il consultait sur les affaires importantes.

Pour rendre les vœux de religion plus difficiles, remettre l'âgé

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