‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 53 sur 110 · Journal, etc., t. II, p. 490 et · texte numérisé non relu

Journal, etc., t. II, p. 490 et

Cossart, son émule en latinité, faisaient cause commune avec le premier président ël avec le nonce, donl l'irritation de\ n.iU chaque jour plus vive et de qui l'on citait des propos séditieux. Ecoutons encore, sur ces questions délicates, le scrupuleux d'Ormesson, sans oublier qu'il n'étail pasdes amis de Colbert. Le 30 janvier 1667, il avait vu le père Cossart, qui lui dit que « le uonce s'étoil entretenu avec le père Annal, ci qu'il étoit fort emporté sur la déclaration des vœux; qu'il étoit résolu de dire au roi que si, comme prince très-chrétien, il ne vbuloil pas déférer aux Conciles et à l'Église, au moins il suivit les exemples d'Angleterre, où le roi, qui se prétendoit chef de l'Église, consultoit néanmoins les évêques sur les affaires spirituelles : les Hollandois, leurs ministres; le Turc, le moufti; et qu'au moins le roi devoil considérer le pape comme le moufti; que l'on soutenoit en France que le concile étoit au-dessus du pape, mais qu'il falloil ajouter le roi au-dessus du concile; que, [tour une affaire purement spirituelle, le roi ne consultait que des personnes laïques; que l'on auroit le schisme, car assurément le pape le feroit, et lui se retirerait : qu'il l'avoil dit à M. l'archevêque, qui devoit en parler au roi ' . »

11 y avait à redouter un éclat dont les suites eussent été fâcheuses. Comme il arrive souvent dans les affaires.

1. .h, tintai, etc., t. II, p. t1''-1- — Le père Annat avaii invoqué un autre argument. Il avait dit à Colbert que la fixation des vœux à

inq ans détruirait son ordre, » n'y ayant que les jeum qui pussent être employés a faire [< lasses, et que, leurs no-

vices n'entrant qu'à vingt-cinq ans, Faisant deux ans de noviciat , et, après deux autres de philosophie, ils ne pouvoient commi ncer à régenter qu'après trente ans, ce qui ne se pouvoit plus. » {Journal, etc., p. 481.)

T. xi. 24

Louis XI Y était ébranlé par des motifs en dehors de la question. D'autre part, le président de Lamoignon prêtait l'appui de son nom et son concours actif aux mécontents. Colbert demanda à le voir pour essayer de le ramener. Peine inutile! « Il eut honte, dit le père Rapin, d'avoir entrepris une si mauvaise cause contre un homme d'un esprit qui étoit bien supérieur au sien ' . » Croyons plutôt qu'il dut se retirer peiné de n'avoir pu le convertir à ses idées. xXous savons par d'Ormesson qu'en effet, le 1er février, Colbert avait eu une entrevue avec Lamoignon, et qu'à la suite de leur conversation, la réforme des vœux religieux avait été abandonnée. Quelques mois après (23 mars 1667}, Chapelain l'informait qu'un célèbre avocat de ses amis, persuadé que le roi pouvait régler l'âge des professions religieuses, avait fait un mémoire « tout à fait solide, concluant et bien exécuté, soit pour la doctrine, soit pour l'ordre, soit pour le style. » Chapelain demandait s'il fallait l'inviter à le publier: mais, la question ayant fait du bruit, il ne voulait agir que par ordre. On n'a pas la réponse de Colbert : la décision était prise, il y persista. Je ne citerai que pour mémoire un projet relatif à la vente des biens du clergé, au sujet duquel Colbert écrivait, le 7 septembre 1662, à l'abbé Benedetti, à Rome : « Je vous supplie de vous souvenir de l'offre que vous m'avez faite autrefois de m'envoyer une copie des bulles par lesquelles le pape a donné pouvoir à la république de Venise de vendre les biens ecclésiastiques. » On a sur ce point important l'opinion très-nette de Louis XIV 2. Mais l'affaire

Page 1