‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 54 sur 110 · Mémoires, t. III. p · texte numérisé non relu

Mémoires, t. III. p

2. Mémoires de Louis XIV, etc., publiés par Ch. Drcyss. t. II, p. M .— Louis XIV ne s'arrêtait pas d'ailleurs, en fait de possession, aux biens

des biens ecclésiastiques resta à L'étal de projet, el les dons gratuits accordés de bonne grâce par le clergé détournèrent le coup. Une lettre de Colberl à Baluze prouve qu'il s'élaii aussi occupé de la question des conciles provinciaux ' .

Cependant, si le projel sur les vœux religieux échoua, s'il ut' fut pas donné suite à l'affaire des biens ecclésiastiques, d'autres réformes d'uue réelle importance eurent un meilleur sort. La principale fut le retranchement de dix-sept fêtes l"r décembre 1666 . Qui ne connaît les vers si sensés, si justes, de La Fontaine dans une de ses plus charmantes fables - ?

Le mal est que toujours

(Et sans cela les gain? seroient assez honnêtes), Le mal est que dans l'an s'entremêlent des jours

Qu'il faut chômer. On nom ruine en fêtes : L'une fait tort à l'autre, et monsieur le curé De quelque nouveau saint charge toujours son prône.

Si les fêtes étaient ruineuses en 1679, combien la remarque du fabuliste eût porté [dus juste encore douze ans auparavant ! Dans l'opinion du roi lui-même, elles

du clergé, et il ajoutai! : Vous devez être persuadé qui' les rois oni naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés, aussi bi d Église que par lesséculiers, pour

en toûl temps comme il'1 tomes, c'est-à-dire sui-

vant le 1"'-- de leur État, i {Œuvres de Louis XIV, t. II,

C'était lu doctrine du temps: il suffli de l'expose'1: inutile de la combat lie.

1. Bibl. Nat.. mss. Baluze, /' ■//,/,■/■.< ,/,■■> armoires, vol. 362, fol. 143.

2. h- Savetier et /<■ Financier. — Le huitième livre , dont cette fable fait partie, paqjt en 1679.

étaient funestes aux ouvriers , qui , ces jours-là , ne gagnaient rien et dépensaient plus que le gain de la semaine. Leur intérêt et celui de la religion voulaient qu'un en diminuât le nombre, et c'est ce qui le détermina à inviter L'archevêque de Paris à donner l'exemple à ses confrères '. Harlay de Champvallon a été justement flétri pour le relâchement de ses mœurs ; rendons-lui du moins, avec Saint-Simon, la justice à laquelle il adroit2. Doué du sens politique, habile, exercé aux affaires, il comprit l'utilité des grandes réformes de Louis XIV et le seconda activement. Dans son mandement du 20 octobre 1666, il rappelait que bien des gens passaient les jours de fête dans les jeux et la débauche, perdant leur âme et ruinant leur famille. Il attribuait le mal à l'oisiveté, au dérèglement, suite de la multiplicité des fêtes, dont il supprimait dix-sept du coup. Par compensation, il exigeait qu'on observât d'autant mieux les autres. Il en restait encore vingt-sept, sans compter les dimanches, les lendemains de Pâques, de la Pentecôte, etc. Une mesure si sage, si favorahle au développement du travail et de l'aisance, fit encore des "mécontents, et le parlement l'ut de la partie. Sauvai prétend qu'il désapprouva le mandement, que le peuple même en murmura, et qu'on en faisait des chansons. « On vient de me dire, ajoute-t-il. que ce matin (15 novembre 1P66) divers commissaires alloient par les rues, les uns, de la part de l'archevêque, pour faire ouvrir les portes, les autres, de la part du parle -

J. Œuvres de Louis XIV, t. II, p. 238

2. Mémoires de Saint-Simon, édit. Chéruel, t. Ier, p. 289. — Le socrëtaire du prélat, l'abbé Legendre, dont on a les Mémoires publiés récemment, essaye de le disculper, mais par convenance et bien faiblement.

ment, pour les faire fermer'.» D'Ormesson raconte en outre qu'on avail demandé au premier présidenl si le parlement tiendrai! séance le jour de Sainte-Catherine, l'une •1rs fêtes retranchées : « 11 <lii que non, parce que le parlement n'avait pas été informé régulièrement de cette ordonnance2. » Mais, quelques jours après, la cour, sur l'ordre formel du roi, signifia le mandement de l'archevêque àtous 1rs tribunaux du ressort, en stipulanl néanmoins qu'elle continuerait à chômer lés juins de Sainf- Barthélemy et de Saint-Nicolas, de la fête des Innocents et de la dernière fête de la Pentecôte, qui étaient fêtes du Palais . C'était, on le voit, quatre jours de gagnés par la compagnie, mais cela [trouvait son mauvais vouloir et n'honorait pas le premier président, qui en aurait eu facilement raison. Quant à Colbert, il n'admèttail pas, fût-ce dans les arsenaux, qu'on travaillât les jours de fête, sans la permission de l'évêque. « El même, mandait-il en H)S:2 à l'intendant des galères, vous ne devez jamais la demander pour travailler les dimanches, sa majesté ne voulant pas que les ouvriers soient occupés ce jour-là. A l'égard des fêtes, il faut ne le faire que dans le cas d'une nécessité très-pressante. » De son côté, le mécontent par excellence. Gui Patin, approuva la mesure. « Cela est fort raisonnable, écrivit-il, car le petil peuple et les artisans abusent de ces fêtes, et ne font que débaucher en jouant à la boule »jt allant au cabaret, au lieu de prier Dieu et d'aller au sermon '•... »

1. Histo&e <■/ recherches sur les antiquités "'<• In ville de Paris, par Henri Sauvai, t. H, p. liJi.

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