‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 55 sur 110 · Journal, t. II. p · texte numérisé non relu

Journal, t. II. p

::. Lettres (te Colbert, t. VI; Appendice, p.

4. Recueil de lettres choisies, i. III, p. 198. — On u une curieuse

Ledit draconien du 30 juillet 1666 contre les blasphémateurs fut-il une compensation donnée à ceux qui avaient blâmé la suppression des fêtes surabondantes ? On doit croire qu'il était conforme aux idées de l'époque, car les contemporains ne paraissent pas s'en être émus. Marqué au cachet des temps barbares, il débutait par l'amende, et, en cas de récidive, punissait du pilori, allait jusqu'à la lèvre ou la langue coupée, sans préjudice de plus grandes peines laissées à l'arbitrage des juges, suivant la gravi lé du fait. Il ne fut abrogé qu'au moment de la Révolution, et c'est sur lui, dit Voltaire, qu'on s'appuya pour condamner à mort le chevalier de La Barre (un enfant de dixneuf ans!), accusé de la mutilation d'un crucifix. Cela n'empêchait pas de poursuivre vigoureusement de sérieux abus, qui rencontraient dans les coteries coalisées d'ardents défenseurs. Par exemple , les maisons religieuses, fondées depuis près d'un demi-siècle sans permission, s'étaient accrues de telle sorte que, dans beaucoup de paroisses, elles possédaient la majeure partie des terres et des revenus. Un édit du 31 mars 1667 déclara

lettre de l'abbé Le Tellier à son père. Il se trouvait à Rome au mois de janvier 16G8, et il vit plusieurs fois le pape Clément IX. « Il est tombe sur le retranchement des fêtes fait par XI. de Paris , écrivit-il à la suite d'une de ces entrevues Je vous avoue que j'ai été fort surpris^ En substance, il prétend que XI. l'archevêque n'a pas pu le faire, el il dit que, quoiqu'il estime fort le clergé de France, il ne pourra paa s'empêcher de casser tout ce que les évêques ont fait, si d'eux-mêmes ils ne défont ce qu'il dit avoir été fait sans raison. Je me suis contenté de lui dire que M. de Paris n'avoit cru rien faire en cela qui blessai le respect dû au saint-siége, duquel j'étois bien assuré que le clergé de France ne se départiroit jamais... Il m'a dit qu'il désiroit que , quand je serais à Paris, je dis>c à M. l'archevêque ce qui' je venois d'entendre, afin de le porter à corriger son calendrier... » i Recherches historiques sur F Assemblée du 1682, par M. Gérin; 2e édit., p. 226*}

[u'à l'avenir on n'en autoriserai) aucune sans avoir iitt'iiiln les évoques, les curés, 1rs maires el les procureurs généraux du ressort '. Quatre ans après, deux autres • dits rétablissaienl l'ancienne discipline des couvents el interdisaient le commerce des cures el prébendes cédées moyennant pension à des sujets indignes. Croirait-on que des évêchés étaient chargés de pensions comme les places «le finances? La lettre suivante de L'évêque de Mirepoix àColberl 19 aoùl l°669 ne le prouve que trop: «Vous agréerez bien la très-humble prière que je vous fais de vouloir m'honorer de vus bons offices auprès de sa majesté pour m'obtenif la décharge de l'une de mes pensions. Mon évêché ne me vaut nue 18,000 livres, et il est chargé de pensions, l'une de 2,000 livres et l'autre de 3,000 livres, el île 3,000 livres de décimes 2. » Au mois d'août 1071, nu édit sévèrement motivé s'attaqua aux soi-disant pèlerins qui, sous prétexte de dévotion, abandonnaient parents, femmes et enfants, volaient leurs maîtres, et se livraient, de pèlerinage en pèlerinage, à une débauche continuelle. 11 exigeait la permission du diocésain, des maires et des procureurs généraux, outre l'agrément du père, du mari ou du pins proche paient, et condamnait les contrevenants au fouet, les récidivistes aux galères '. Enfin, un arrêt du

1. Les 'lu parlement déposés aux Archives Nationales font connaître toutes les communautés qui furent autorisées. M. Chérucl [Histoire de F administration monarchique, t. II , p. 290) en cite un Kiand nombre, de 1662 à 1667.

2. Depping, Correspondance administrative, t. IV", j>. 87. — Les décimes constituaient la contribution ordinaire offerte au roi pai le

i titre de don gratuit, ponr Bauver le principe de la non-obligation de participer aux charges de l'État. Il y avait , dans certaines ■ireonstance-, dee subsides ou décimes extraordinaires.

3. iBambert, Recueil des anciennes lois, t. XVIII, p. 94,435 et 136.

24 juillet 1674 défendit, sous peine de punitions corporelles, de faire aucune quête pour des confréries ou pèlerinages '.

Mais, parmi les événements qui ont fait époque dans le règne de Louis XIV, le plus considérable sans contredit dans la sphère des idées fut la déclaration du clergé du 19 mars 1682. Sujet de discussions sans cesse renouvelées, jamais épuisées, cet acte honorera toujours, quelles qu'aient été les nécessités et les rétractations ultérieures, ceux qui, par suite de circonstances sur lesquelles j'aurai à m'expliquer, furent amenés à l'accomplir. Il n'existe aucune instruction, aucun mémoire, aucune note de Colbert prouvant qu'il y ait pris une part directe, et pourtant on verra que son influence y fut prépondérante et décisive. On a d'ailleurs, à défaut de témoignages de sa main, celui de contemporains très au courant des incidents qui précédèrent et suivirent, l'abbé Fleury, précepteur des enfants de France, et l'abbé Ledieu, secrétaire de Bossuet. Enfin, de nombreuses lettres de Colbert à des intendants et à des évêques prouvent qu'il n'omit rien pour que la composition de l'assemblée du clergé répondît aux vues du roi.

Diverses causes provoquèrent la crise. J'ai indiqué les mauvaises relations de la France et de Rome sous les ministères de Richelieu et Mazarin. Le gouvernement

1. Bibl. Nat., mss. Mélanges Clairambault , t. 468, fol. 629. — Les bourgeois, marchands et artisans de Paris taisaient faire par leurs servantes la quête du pain bénit. Un arrêt (23 décembre 1672) les contraignit dé faire faire cette quête par leurs femmes ou leurs filles, et, à défaut, par des personnes de condition égale. (Isambert, t. XIX, p. 24.) — Toujours l'ingérence royale où elle n'avait que faire !

pontifical avait en outre gardé une légitime rancune de sou humiliation el des excuses solennelles exigées en 1662, dans l'affaire des gardes corses. Quanl à la France, les menaces du nonce au sujet des vœux religieux l'avaient forl indisposée ; elle prit sa revanche en retranchant les dix-sepl fêtes, en se montrant plus sévère pour la création des couvents el en attaquanl l'abus des pèlerinages. Les relations des deux gouvernements en étaient arrivées à ce point où les froissements les plus légers tournenl à mal et peuvent devenir des causes de rupture. Vers 1675, Louis XIV avant désiré <i1|r ^u|1 fils naturel el doublement adultérin, le comte de Vexin , fût cf Église, suivant l'expression consacrée, pria Innocent XI d'accorder au jeune prince une dispense pour être tonsuré et avoir des abbayes. Le pape fil des difficultés, et l'on ne peut que l'en louer; mais il accordait, dit-on. des grâces analojgues à d'autres rois, et même à des particuliers. On ajoute que son refus, fait avec dureté, aurait été d'autant plus sensihle. que le coup tombait en plein sur Mme de Montespan, au plus haut de la faveur '. Il finit cependant par se laisser toucher, el le comte île Vexin obtint plusieurs bénéfices, entre autres celui de Saint-Denis8. Sur ces entrefaites, un arrêt du conseil remit le roi en possession ilu droit de nom mer a toutes les abbayes, ci l'élection d'une ise des Àugustines de Charonne vint, quelques mois après, ajouter a la mésintelligence chaque jour croissante. D'après la règle du couvent, cette élection appartenait à

!. Mémoires de Fabbè Legendre, p. 39. — L'abbé Legendre pas l'époqne à laquelle le fait eut lieu. Le comte de Vexin, né en 1672-, mourut en :

Page 1