‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 56 sur 110 · Souvenirs de ^l""^ de Caylus, édit. Techener, p. il · texte numérisé non relu

Souvenirs de ^l""^ de Caylus, édit. Techener, p. il

la communauté. Sur la recommandation de l'archevêque de Paris ', le roi nomma une religieuse d'un autre ordre et la fit installer ; mais les dames de Charonne se plaignirent au pape, qui, par un bref du 7 août 1680, leur prescrivit d'élire une nouvelle supérieure. Le conseil ayant prononcé la nullité du bref, le parlement rendit un arrêt conforme. Le procureur général de Harlay avait dit, le 7 août, en lui déférant le bref :

Nous reconnoîtrons toujours comme notre père commun le souverain pontife qui remplit le saint-siége ; mais il faut qu'il nous traite comme des enfans légitimes, et non pas comme des esclaves. Nous observerons religieusement tous ses droits établis par les lois canoniques; mais il faut qu'il nous laisse jouir de la liberté raisonnable qu'elles nous donnent. Que si le père commun, qui doit instruire ses enfans à suivre ces saintes règles, leur donnoit l'exemple de les violer, il y auroit grand sujet de craindre qu'ils n'oubliassent en peu de temps l'obéissance qu'ils lui doivent... Enfin, la cour de Rome peut s'assurer de trouver une résistance vigoureuse dans ce royaume, lorsqu'elle attaquera ainsi notre liberté '2.

.N'était-ce pas beaucoup trop hausser la voix pour la circonstance ? et de quel droit, après tout, le roi se mèlait-il de nommer des abbesses, contrairement à la règle des couvents '? Mais là, comme en toutes choses, le bon plaisir intervenait sans nécessité et sans excuse. Quoi qu'il en soit, le conflit éclata, et il amena les plus graves complications. « Ces chagrins, dit à ce sujet le

1. Nouveaux opuscules >/<> l'abbé Fleury, publiés par l'abbé Émery, édit. de 1807, p. 137, note.

2. Recherches Historiques sur P Assemblée du clergé de 1682 , par M. Gérin, p. 58.

AFFAIRES RELIGIE1 SES. 379

secrétaire de l'archevêque de Paris, el quantité d'autres que le pape et le roi, jmr pique />/n* que pur raison, s'étoient apprêtés l'un à l'autre, furent peut-être les véritables causes des fâcheuses extrémités où l'on en vint ,1 l'occasion de la régale el de l'affaire de Charonne1. i

Un vient de voir le peu d'importance de celle affaire. 11 r ùi été possible de s'entendre sur celle de la régale; il s'agissait de le vouloir sincèrement. Au contraire, les deux gouvernements ne s'attachèrent qu'aux difficultés.

Les discussions remontaient à plusieurs siècles, et elles auraient pu continuer sans diminution de l'autorité du roi ou du pape. La régale était un droit qu'avait le roi sur les fruits et revenus des évêchés et archevêchés pendant la vacance des sièges, avec faculté de conférer les bénéfices qui en dépendaient. Chaque époque a ses légistes ayant mission de justifier par le raisonnement et le droit les mesures devenues ou supposées nécessaires. Comme tous les rois qui l'avaient précédé, Louis XIV eut les siens, inspirés par Colbert. On peut dire qu'il n'est pas de sujet sur lequel leur érudition se soit autant exercée que sur la régale -'. Aux termes d'un arrêt du parlement de 4608, ce droit était un des plus anciens de la couronne. Cependant des évoques el des chapitres du Languedoc, de laGuienne, de la Provence et du Dauphiné refusaient de s'y soumettre. Une déclaration du H) lévrier K37:} le revendiqua énergiquement, comme inaliénable, imprescriptible, el appartenant universellement

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