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Histoire de lu Papauté, par Ranke, t. IV, p

que des professeurs seraienl nommés àcel effet, que leurs noms seraienl transmis aux procureurs généraux; qu'aucun bachelier ne pourrail être reçu licencié sans avi soutenu la doctrine ; enfin, que l'ordre seraîl donné aux évêques de la faire enseigner, et aux doyens et syndics d'y veiller. On reconnaîl à ces prescriptions la main du parlement, el c'esl vraisemblablemenl celte ingérence trop directe qui indisposa la Sorbonne. Quoi qu'il en soit, l'étonnemenl el la contrariété des ministres furent grands, lorsqu'on sut que, malgré les instances du premier président et du procureur général, assistés de six conseillers, la Faculté de théologie refusait l'enregistrement. Il fallut «[ne la cour intervînt encore. Vne lettre de Louis XIV au syndic de la Faculté, lettre écrite évidemment par Colbert, constate une prétention singulière. On est au 16 mai, et la difficulté ne fait que commencer.

Monsieur l'abbé Pirot, ayant été informé que, dans l'enregistrement qui se doit faire de l'édit donné sur la déclaration du clergé, quelques docteurs de la Faculté de théologie se sont disposés à parler sur cette matière, j'ai bien voulu vous faire cette lettre pour vous dire que, n'étant question que de l'enregistrement de cel édit, il n'est pas nécessaire qu'aucun des docteur- de la Faculté parlât sur des matières depuis si longtemps décidées; el jeveuxmême que, si quelqu'un se mettoit en état de le faire, vous ayez à l'empêcher, en lui déclarant l'ordre que vous avez reçu de ma part par la présente lettre, laquelle n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur l'abbé Pirot, en sa sainte garde.

Les ministres voulaienl donc un vote muel : mais les choses ne s'arrangèrenl pas aussi facilement qu'ils l'espéraient. Ine note de Colbert à Harlay, du :!<> mai, porte que l'expédient d'envoyer de nouveau le premier pré-

skient et le procureur général pour forcer la main à la Sorbonne, «faisoit paraître beaucoup d'autorité et ne remédiait pas à l'inconvénient de faire connoitre à la cour de Rome que les sentimens de la Faculté sur la déclaration du clergé n'étoient pas conformes au contenu de la déclaration. » Deux jours après, Colbert écrivait encore à Harlay que le roi avait reçu une lettre portant que tout était perdu et que la faute de ne pas faire aller le parlement à la Sorbonne était irréparable. Il lui signalait en même temps les dix docteurs les plus récalcitrants, qu'il était question d'exiler dans les provinces. La multiplicité des lettres qui se croisent à ce sujet prouve que l'embarras de la cour était extrême. Le lendemain, 2 juin, Harlay écrit à Colbert qu'à son avis ces rigueurs seraient des plus impolitiques. « Quand ils seront chassés, dit-il, cela marquera de l'autorité, et il faudra revenir à leur permettre de faire leur relation, avec les précautions que l'on peut prendre avec prudence et sans éclat, afin que les députés, parmi lesquels il y a bien des honnêtes gens, n'y mettent rien qui afïoiblisse, comme quelques-uns le désireraient, la validité et la force de l'enregistrement; et, s'il est nécessaire, on y pourra apporter de l'autorité dans la dernière nécessité. » Entraîné par la situation, Harlay fait même ce singulier aveu, que a la plupart des membres de l'assemblée du clergé changeraient demain de bon cœur, si on leur -permettait. » Suivant lui, il fallait laisser les docteurs libres de délibérer sur l'édit comme ils l'entendaient : ils étaient disposés à obéir, mais ils voulaient qu'on les laissât discuter et délibérer.

Au surplus, monsieur, ajoutait le procureur général, il ne m'appartient que d'obéir, et je ne suis pas capable de dire

AFFAIRES RELIGIEUSi S.

tvis sur li'- résolutions que l'on doit prendre. Pour mmi ion, elle est conforme à mon devoir; unis, comme la foiblesse «le mes lumières ne me permel pas de voir li séquences «le ces choses el de les voir dans toute l'étendue où

d'autres plus sages et plus éclairés les voient, je aurois

que désirer que l'autorité du roi n'éclate pas si souvent, lorsque les choses se peuvent faire par d'autres voies... J'espère que le roi aura la bonté d'excuser ma liberté et d'être persuadé que je me trompe au moins de lionne foi; el peut-être que si plusieurs personnes parloienl en su présence sur ces matières, il ne seroil pas impossible que l'on ne trouvât des rai?uns pour soutenir des avis si différons.

Que répondait Colbert à cette argumentation pressante? 11 s'étail l'ait renseigner sur les commissaires nommés pour examiner la relation du syndic, et il avait appris qu'à la réserve de deux ou trois honnêtes gens, le reste était choisi parmi les docteurs les plus véhéments. Une autre lettre du 8 juin engagea de Harlay à faire venir ces commissaires chez le premier président pour concerter la rédaction de leur procès-verbal. Écrivant encore à ce sujet à son fils, coadjuteur de Rouen, Colbert l'invite à faire en sorte qu'ils en retirent ces mots : nulla deliberatione habita, qui feraient fort mauvais effet. «Mais, si le syndic persiste dans son avis, ajoute-t-il, et que vous voyiez clairement qu'il faille les mettre, sa majesté veul bien y consentir pour le bien de la paix. »

Le coup d'autorité qu'on avail voulu éviter était devenu indispensable: un le crut du moins, et l'on s'y résigna. Le 16 juin, à six heures du matin, un huissier vint signifier au doyen de la Faculté un arrêl «lu parlement du même jour (il avait été minuté la veille au soir par l'archevêque de Paris, le premier président de Novion, le procureur général el le marquis de Seignelay, accouru

de Versailles à cet effet) qui l'assignait devant lui, à sept heures, avec les principaux opposants. Quand ils furent arrivés, le premier président leur dit d'une voix sévère qu'il voyait avec douleur que l'esprit de paix ne régnait plus parmi eux et que la cabale empêchait la soumission qu'ils devaient aux ordres de la cour ; qu'ils n'avaient plus la sage conduite de leurs prédécesseurs; que la cour n'aurait jamais cru qu'ils eussent osé différer l'enregistrement qu'elle avait ordonné; qu'ils ne méritaient plus sa confiance, et qu'elle leur défendait de s'assembler jusqu'à ce qu'elle leur eût fait connaître ses volontés. En même temps, il fit approcher le greffier porteur des registres de la Faculté et lui donna l'ordre d'y inscrire la déclaration du clergé, l'édit du roi y relatif et l'arrêt qui lui serait dicté par le greffier de la cour. Cela fait, les docteurs se retirèrent.

Au point de vue du prestige de la déclaration, de pareilles extrémités étaient certainement déplorables. Aussi, le lendemain, le procureur général mandait-il au chancelier qu'on avait été obligé d'employer des remèdes presque aussi fâcheux que le mal, et qiCon était encore exposé à beaucoup de choses désagréables. L'agitation continuant à la Sorbonne, on crut devoir envoyer le curé de Saint-Xicolas-du-Chardonnet en basse Bretagne, et son vicaire en Berri. Les jours suivants, six autres docteurs furent encore exilés en Béarn, à Brioude, à Bazas, à Tulle, à Yillefranche, à Fontenay-le-Comte l. C'étaient là d'ailleurs les procédés ordinaires du gouvernement; il ne s'en faisait pas faute à la moindre occasion, et le parle-

1. M. Gérin, toc. cit., p. 337 et suiv., d'après un manuscrit anonyme de Saint-Sulpice.

ment, qui celle fois en étail L'instigateur, les connaissait pour en avoir été souvent la victime.

Au milieu de ces incidents, qui troublaient la conscience des uns ei fournissaienl matière à la malignité des autres1, l'assemblée du clergé faisait, on s'en doute bien, une triste figure. Si le dernier bref du pape sur la régale l'avait blessée au vif, les résistances de la Faculté de théologie lui allèrent an cœur. Désespéra-t-on d'y maintenir le calme au milieu des passions qui l'entouraient? Vouluton lui en épargner le spectacle? Ce qui est certain, c'est que, le 30 juin, le roi la congédia brusquement. Dix jours après, il invitait les évêques à s'entendre avec les intendants à Teffet de profiler de la déclaration pour amener les protestants à reconnaître leur erreur et à rentrer dans le sein de l'Église. « Je vous recommande surtout, disait Louis XIV aux intendants, de ménager avec douceur 1rs esprits de ceux de ladite religion, et d'empêcher qu'il

I . M. Gérin cite avec complaisance linéiques couplets du temps à ce . Je lui emprunte les meilleurs :

La Sorbonne défend la foi , F.i le clergé, I 'édit du roi.

On ne sait qui l'emportera.

Alléluia.

Ihr'ay, La Chaise, Champvallon El le président Novion N'ont voulu que le roi cédât.

Alléluia.

Qu'on nous tienne pour insensés

canonisés .

A moins d'un bon mea culpa.

Alléluia.

On a une lettre de Seignelay à La Reynie, qu'il invile à faire toutes sortes de diligences pour découvrir les auteurs de ces chansons. La

cour était bien prompte à s'émouvoir !

ne soit rien fait qui puisse donner atteinte à ce qui leur a été accordé par les édits et les déclarations en leur faveur. » ( les lettres , contre-signées par Colbert , prouvent que la haine du protestantisme ne fut pas étrangère à la déclaration de 1682. Quant aux embarras suscités par la Faculté de théologie, on en vint à bout, mais non sans peine, moyennant des concessions réciproques. Une décision qui, sans impliquer une adhésion formelle des docteurs, parlait de leur respect pour la déclaration et l'édit explicatif, fut acceptée par les plus ultramontains. Vers la fin de l'année, cette grande émotion se calmait '.

Une autre question plus redoutable encore, la conversion des protestants, s'était imposée aux méditations de Colbert ; mais ici, loin d'épouser les passions régnantes, il soutint contre elles, tant que la force du courant le permit, une lutte pénible où il ne céda que pour n'être pas lui-même emporté. Désirant avant tout la prospérité publique, il aurait toléré jusqu'aux Juifs, qui tenaient tout le grand commerce -. A plus forte raison se fùt-il accommodé des protestants, dont les richesses et l'activité vivifiaient les manufactures et l'industrie. Les premiers actes de persécution contre eux ne datent guère que de 1679. Tant que Louis XIV fut jeune et chercha dans

1. La correspondance de 1683 contient pourtant la trace de quelques difficultés nouvelles provenant de l'interruption des assemblées de la Faculté, interruption dont le ministre craignait que les malintentionnés ne profitassent pour fortifier leur cabale.

2. Le 23 juin 1G63, il proposa au roi d'autoriser douze cents anabaptistes, la plupart pêcheurs de morues et de harengs, à s'établir à Dunkerque. « Sa majesté, disait-il, ordonnera, s'il lui plait, si on écoutera cette proposition. »

les fêtes »'i les plaisirs des distractions aux grandes réformes qui illustrèrent l^s premiers temps de son règne, il oe songea pas à châtier des crimes imaginaires. En 1663, dans une noble lettre qu'on dirait dictée par Colbi rt, il se faisait gloire auprès de Charles II de la douceur et de la modération avec laquelle il traitai ses sujets non catholiques. Trois ans après, il disait dans ses instructions au Dauphin : « Ceux qui vouloienl employer des remèdes violens, ne connoissoienl pas la nature de ce

mal Je 'Mus que le meilleur moyen pour réduire peu

à peu 1rs huguenots de mon royaume, étoit de ne les point presser du toul par aucune rigueur nouvelle contre eux, et de faire observer ce qu'ils avoient obtenu de mes prédécesseurs '. » Dans la même année, l'intendant Pellol proposai! à Colbert de gagner par des pensions les ministres protestants de la Guienne et de les amener à déclarer dans un synode, ce que la plupart admettaient d'ailleurs, qu'on pouvait faire son salut dans l'Église romaine; il n'eu coûterait que 20,000 livres: l'expérience pourrait être faite en cinq mois, et si elle échouait, on en resterai! là. L'attention donnée à ce projet est attestée par ces motsde la main de Colbert : « A garder soigneusement el faire réponse. » .Mais Turenne, non encore converti, ayant dit « que le trop de zèle et le désir que : sent comme on le souhaitoit, pouvoient

causer de l'aigreur el attirer une réputation de violence parmi li s ers, sans amener de conversion, » le

projet fui écai

!. Œuvres de Louis XIV, t. I", p. 84 et 86.

2. Ibid., . VI, pièces historiques, p. 300. — L'abjuration de Turenne est du 23 octobre 1668.

Si l'on veut mesurer le progrès qu'ont fait les esprits dans la voie de la tolérance religieuse depuis deux siècles, on n'a qu'à lire une triste lettre que Colbert écrivit à l'intendant des galères au sujet d'un renégat breton : « Comme ce scélérat mérite une punition exemplaire, je vous prie de vous informer au parlement d'Aix s'il n'y a point quelque ordonnance qui établisse une peine de mort contre ces sortes de gens, parce qu'en ce cas, il faudroit faire faire le procès à ce renégat, duquel on ne sauroit punir le crime avec trop de sévérité. » — «Si vous pouvez le convaincre de vols et pirateries, mande-t-il une autre fois, il y aura encore plus de facilité à le condamner. Informez-moi souvent de ce que vous ferez dans cette procédure. » Rendons justice au parlement d'Aix ; il trouva le breton Jean-Antoine, autrement dit Soliman- Rays, coupable de tous les crimes qu'on voulut (reniement de la foi et du baptême, vols, pirateries, violation de la foi publique, infidélité) et le condamna à être pendu ; ce qui eut lieu le 15 juin 1672, « après, dit le procèsverbal d'exécution, que ledit Soliman-Rays eut abjuré son apostasie, étant mort catholique romain. »

Un pareil trait fait tache dans la vie d'un grand ministre. Croit-on l'excuser suffisamment par la raison que ce renégat n'avait rien de bien intéressant, et que le châtiment qui lui fut infligé était conforme à l'esprit du temps"? C'est aux hommes d'État vraiment supérieurs à rechercher et à réformer dans le présent ce qui doit être flétri par l'avenir. Que dire ensuite de cette lettre adressée à Colbert le 28 janvier 1662, par un chevalier de Goût, agent du roi à Orange, bien assuré de faire sa cour en l'écrivant'? « J'ai vu un bon forçat (c'est-à-dire un homme solidement bâti), que j'ai fait condamner à ce

AFFAIRES RELIGIE1 SES. lui

parlement, el que j'enverrai à Toulon. Si je puis attraper encore deux huguenots qui ont fail les insolens à la procession de la Fête-Dieu, je les enverrai de compa§ Touchante sollicitude pour les intérêts maritimes!

La protection soutenue, effective, accordée aux Van Robais contraste heureusement avec ces violences. En butte à la jalousie des fabricants, mal venus des catholiques, c'est à Colbert qu'ils durent de u'être pas expulsés du royaume. Le 16 octobre 1671 (on était encore dans l'ère de la tolérance , le ministre écrivît à l'évêque d'Amiens que le père Marcel, capucin, les pressait par trop. « Je suis bien aise de vous en donner avis, ajoutait-il, afin qu'il vous plaise de modérer le zèle de ce bon religieux, et qu'il se contente d'agir à l'égard de ces gens-là ainsi que tous les religieux de ce royaume à l'égard des huguenots. » L'année suivante, les tracasseries continuant, il s'adresse à l'intendant : « L'une des plus considérables manufactures qui ait été attirée dans le royaume est celle îles draps fins de Hollande, qui a été établie à Abbeville par le sieur Van Robais. Gomme il est llollandois et de la dviniste, il a été continuellement traverse eu cette ville-là. à cause qu'elle n'a .jamais presque reçu aucun huguenot. Et, comme c'esl un avantage pour le général et pour le particulier de celte ville de protégi homme et de lui donner moyen d'augmenter sa manufacture, le roi m'ordonne de vous dire que vous vous appliquiez à vous informer soigneusement de tout ce qui se -"ii égard, et à lui donner toute la protection dont il aura besoin dans l'ordre et dans la justice. » 11 y a viii.t lettres remplies des mêmes recommandations. L'u-

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