‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 63 sur 110 · Bibl. nat., Mss. Portefeuilles Fontoniev · texte numérisé non relu

Bibl. nat., Mss. Portefeuilles Fontoniev

moyen, d'une efficacité douteuse au poinl de vue des conversions, ne pouvait satisfaire l'impatience des zélés, el ils' en cherchaient de plus expéditifs. Nous avons vu que la proposition de l'intendant Pellot pour capter les ministres de laGuienne avec nue vingtaine de mille livres avail échoué devant les dangers signalés par Turenne. On y revint. Ce fut l'ancien favori de Fouquet qui la reprit, Pellisson, que d'éloquentes plaidoiries en faveur de son patron avaient honoré, el qui, sa dette payée, adroitement faufilé auprès de Colbert, de Louis XIV, et avait été chargé de mettre en prose académique les Instructions au Dauphin. Nouveau converti, habile, disert, lettré, propre à (mis les rôles et capable de réussir dans les affaires les plus délicates, il sollicita de Colbert la faveur de lui soumettre son plan de conversions. C'était au mois d'aoûl 1677. On faisait déjà quelques largesses aux convertis sur le fonds des économats; il s'agissait de trouver d'autres ressources. « J'ai donné aujourd'hui à sa majesté, écrivit Pellisson, leê propositions dont j'ai eu l'honneur de vous entretenir sur celte matière des conversions, lui disant même que vous ne les aviez pas prouvées l'hiver passé, el qu'il était temps d'y penser plus que jamais, à cause des grandes et fréquentes occasions qu'elle voit bien qui se présentent d'en faire un bon usage. Peut-être ne seroit-il pas inutile, monseigneur, que je pusse vous remettre les mêmes choses devant les yeux avant que sa majesté vous en parlât, comme j'espère qu'elle le fera. J'avoue même qu'à suivre mes souhaits, ce seroit plutôt dans vos allées de Sceaux que dans la foule de vos audiences; mais, sachant qu'il faut révérer votre retraite, je n'y penserai pas, à moins que vous eussiez la bonté de me faire dire par

l'abbé Gallois que je le puis, ce que je tiendrois à une très-grande faveur \ »

On a là le tentateur pris sur le fait, et c'est un ancien religionnaire. C'est encore une nouvelle convertie , Mme de Maintenon, qui écrira plus tard (30 janvier 1683) au marquis de Villette, après lui avoir enlevé par ruse deux de ses enfants : « Convertissez-vous, de quelque manière que ce soit -. » La situation du ministre devenait difficile. S'il faut en juger par ses dispositions bien connues jusqu'à cette époque, la communication de Pellisson dut être médiocrement de son goût. Et pourtant, il n'osa la désapprouver. C'est que l'ancien commis de Fouquet, en flattant habilement les idées dominantes, était devenu une puissance qu'il fallait ménager. On a vu les premières lettres de Colbert à l'intendant et à l'évêque d'Amiens au sujet de Van Robais. En 1663, il se contentait de promettre quelque argent à celui qui achèterait la charge de procureur du roi à Uzès, pour éviter qu'elle ne tombât entre les mains d"un huguenot. Six ans après, en 1669, il faisait encore nommer procureur au parlement, malgré sa religion, un client de l'ambassadeur de France à Londres. Dix ans se passent, les idées du roi subissent le changement que nous avons signalé : Le Tellier est nommé chancelier, Louvois l'emporte, IVllisson intervient, et tout est changé. Le 26 juillet 1678, c'est un concierge calviniste du jardin de Blois qu'il faut congédier, (( le roi ne voulant plus qu'aucun de ses officiers fasse profession de cette religion. » Un concierge calviniste,

1. Histoire de la détention dès philosophes et yens de lettres, par Delort, t. I, p. 259.

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