Voir les Lettres, t. VI, Appendice, p. 490, noie
l'État. Et enfin, le roi aura la gloire d'ôter cette fâcheuse vénalité des charges que les étrangers et que les François ont toujours comptée comme un des plus grands maux de l'Etat. » A la vérité, quarante mille familles tomberaient de tout à rien, ce qui est inconciliable avec la bonté du roi. Cependant, ajoute Colbert, « il est certain que les grands coups sont aussitôt exécutés en France que les petits, et qu'incontinent après l'on n'y pense plus. Il est de plus certain que les grands coups ne doivent point être remis, crainte des accidens ordinaires d'un grand État, qui ùtent souvent les moyens de les pouvoir exécuter. Et, dès lors que l'on remet, l'on peut tenir pour certain que les guerres et autres grands accidens en empêcheront l'exécution. » On n'a pas, et c'est dommage, la fin de la note, mais ne peut-on conclure des considérations exposées au début et du caractère bien connu de Colbert qu'il se prononçait pour le coup d'autorité ? Ce ne fut, dans tous les cas, qu'un projet, et, comme tant d'autres, il échoua.
Vingt fois , surtout dans les premiers temps de son ministère, on le voit donner à Louis XIV des avertissements et des conseils sévères. Le plus hardi de ses mémoires est du mois de juillet 1666. Déjà, l'année précédente, il avait fait des observations très-vives au sujet des dépenses de Versailles, qui, à son grand regret, faisaient négliger le Louvre, et il avait dit : « Oh ! quelle pitié que le plus grand roi et le plus vertueux, de la véritable vertu qui fait les plus grands princes, fût mesuré à l'aune de Versailles ! Et toutefois, il y a lieu de craindre ce malheur. Et pour moi, j'ajoute à votre majesté que, nonobstant la répugnance qu'elle a d'augmenter les comptans, si j'avois pu prévoir que cette dépense eût été si grande,
j'aurois été d'avis de l'employer en îles ordonnances de comptant, afin d'en nier la connoissance. » Le mémoire
de IG«J0 ' laisse bien loin ces hardiesses :
Je fais auprès de votre majesté le métier, sans comparaison, le plus difficile de tous; il faul de nécessité que je me charge des choses les plus difficiles et de quelque nature qu'elles soient. Je me confie en la bonté de votre majesté, en sa haute vertu, en l'ordre qu'elle nous a souvent donné et réitéré de l'avertir au cas qu'elle allai trop vite, et en la liberté q m'a souvent donnée de lui dire mes sentimens....
Elle a tellement mêlé ses divertissemens avec la guerre de terre, qu'il est bien difficile de les diviser; et si votre majesté veut bien examiner en détail combien de dépenses inutiles elle a faites, elle verra bien que si elles étoient toutes retranchées, elle ne seroit point réduite à la nécessité où elle est... Si votre majesté étoit bien informée de tous les désordres que ces marches perpétuelles de troupes causent dans les provinces, combien vos peuples en sont dégoûtés, combien de paysans de Champagne et des autres frontières ont déjà passé et se disposent de passer dans les pays étrangers, elle verroit bien de quelle importance il lui est de remédier à un si grand mal. . .
Il est encore bon que votre majesté sache deux choses dont on n'a osé demeurer d'accord quand elle l'a demandé : l'une, qu'il a été affiché dans Paris un libelle portant ces mots : Louis XIV donnera les grandes marionnettes dans la plaine di ■. l'autre, qu'il en a été distribué un autre dans les maisons, portant ces mots : Parallèle des sièges de la Rochelle et d( Moret faitspar les rois Louis Mil et LouisXIV.
Je sais bien, sire, que ces sortes d'écrits ne doivent entrer pour rien dans les résolutions des grands princes, mais je crois qu'ils doivenl être considérés dans les actions qui requièrent l'approbation publique.
Cette franchise, ces courageuses vérités font pardonner