‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 67 sur 110 · Action, acte enSorbonne, soutenance d'une thèse · texte numérisé non relu

Action, acte enSorbonne, soutenance d'une thèse

assurer voire érainence que toutes les personnes les plus qualifiées du royaume jugèrent qu'Use rendoil digne fils de succéder à son père et très-capable de bien servir le roi.» Un mois après ce triomphe, le jeune Louvois étant tombé dangereusement malade, Colberl écrivait encore à Mazarin : ((Cette nuit, grâce à Dieu, la petite vérolea paru en abondance, ce qui fait beaucoup mieux espérer; et, en effet, les médecins l'estiment hors de péril. Celle maladie cachée jusqu'à présent à M. Le Tellier.» Ce témoilifîcatif, la sincérité vis-à-vis (l'un tiers • irait être suspectée. Le Tellier eut-il, vers celte époque, à se plaindre de Colbert1? Avait-il regret à le voir monter si haut .' La lettre suivante (18 juin 1658 , où le futur contrôleur général exprime la crainte d'avoir perdu sa confiance et se confond en protestations de dévouement, autorise ces suppositions :

Monseigneur, il y avoit si longtemps que je n'avois reçu

aucun de vos commandemens, que j'en avois conçu une ap-

sii h qui me donnoit beaucoup d'inquiétude d'être

tombé par inadvertance <la:is quelque faute qui eût diminué

dans votre esprit l'opinion de ma gratitude et de ma recon-

. Le petit ordre que vous m'avez l'ait donner par la

bouehe de M. Darbon m'a relevé «le cette inquiétude. Je me

servirai .le - pour vous protester, monseigneur,

et pour vous conjurer de croire que -je cônnois fort bien et que

jours la différence 'le ce que je suis à ce que

je devrais être par le peu d avantage des biens de fortune que

la naissance m'a donné, et que cette différence n'a pour

cause el pour principe que votre protection et votre bonté.

Je souhaite avec toute la passion dont je suis capable que vous n'ayez jamais besoin d'aucun de vos serviteurs, et que la connoiss e votre vertu et .le votre mérite vous motte

toujours à couvert des coups de la fortunej mai- si cela arrivoit, je prétends, monseigneur, et j'en suis bien assuré, que,

•le tous ceux à qui vous avez fait du bien, il n'y en a point qui me pût égaler dans les marques de reconnoissance que je m'efforcerois de vous donner, ni qui fût avec plus de passion et de respect que moi votre très-humble, très-obéissant et très-obligé serviteur.

Fragilité des promesses humaines ! On sait ce que devinrent dans la suite ces beaux projets; mais ce que Ton ignore encore, c'est le point précis de l'antagonisme des deux familles et de quel côté fut le premier tort.

Quoi qu'il en soit, la lettre qu'on vient de lire n'est certes pas d'un homme à qui la reconnaissance semble peser. A la mort de Mazarin, lorsque Colbert fut devenu une sorte de ministre prépondérant, Le Tellier aurait dit, c'est un collègue, Loménie de Brienne, qui le rapporte : « Vous voyez sur quel ton le prend le sieur Colbert : il faudra compter avec lui. » Mais on n'a là qu'un simple propos, et rien ne prouve que Le Tellier ne fit pas dès ce moment même une opposition sourde et systématique au nouveau ministre. S'il est vrai, ce dont on aime à douter, que l'ingratitude soit le plus commun de tous les vices, l'homme sur qui elle ferait rejaillir une déconsidération dangereuse doit se garder de tous actes qui pourraient être mal interprétés. L'intérêt personnel sert, en pareil cas, de correctif à la malice humaine. Or, en ne mettant pas tous les procédés de son côté, et en se donnant des torts à l'égard du fils après les services notoires reçus du père, Colbert aurait évidemment travaillé contre lui-même. Tout lui faisait donc une loi d'accueillir Louvois avec sympathie quand, n'ayant encore que vingt et un ans, celui-ci obtint, avec son entrée au conseil, la survivance de son père. On peut imaginer, d'après le caractère du nouveau secré-

taire d'Étal de la guerre, tel qu'il se dessina plus tard, ee qui se passa. Colbert, alors âgé de quarante-trois ans, La.il toute la laveur du roi. Violent el dédaigneux, jaloux, selon toutes les apparences, de cette faveur, le jeune Louvois aspira sans doute à supplanter l'ancien commis de son père, el dès lors la lutte entre ces deux personnalités puissantes commença, pour ne jamais finir. On la voit poindre dès IF62. Pour embarrasser Colbert, Louvois avait, dit-on, conseillé à Louis XFV de donner un magnifique carrousel. Le roi reculait devant la dépense. Colbert, loin de le dissuader, leva tous les obstacles el lui demanda seulemenl le secret pendant huit jours, dont il profita pour reprendre temporairement, au compte du Trésor, L'octroi de Paris. Le carrousel eut lieu, et il fut d'une magnificence extraordinaire, qui annonçait toutes celles du règne. Qu'on juge de la satisfaction du 'roi et de la surprise de Louvois '. Loin d'avoir été onéreuse au Trésor, la fêteavail rapporté plus d'un million, toutes dépenses ■-'.

M tis ce n'était là qu'un prélude à armes courtoises entre les deux ministres. Le passage suivant d'un mémoire de Colberl à Louis XIV, au sujet d'une affaire dans laquelle Louvois aurait empiété sur ses attributions, [trouve que la haine ne tarda pas à se mettre de la partie.

A L'égard île l'assemblée il»- troupes el de leurs marches, j n'ai pus cru qu'une affaire si impor - rit confiée à un

homme de vingt-quatre ans >;ms expérience sur cette matière, fort emporté, el qui croit qu'il est .le l'autorité île sa

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