M. Rousset, Histoire de Louvois, t. Ier, p
M.ITK AVEC LOUVOIS. 439
elle constate que les questions d'influence et de personnes sont de Ions les pays et de tous 1rs temps. Ce qui l'ail l'intérêl des révélations de ce genre, c'esl la grandeur du théâtre, la gravité des dissentiments et les dommages qui en résultent. Une lettre autographe de Colberl prouve que des difficultés sérieuses avaient surgi dans la sphère ministérielle au mois d'avril L667, Était-il accusé de vouloir se faire, au détriment de ses collègues, des attributions trop grandes? Fut-il forcé de reculer? On le croirait, car il écrit à Le Tellier, qui depuis longtemps n'était plus de ses amis : « Je vous envoie un mémoire concernant les affaires de marine, sur lesquelles je vous prie de faire réflexion, vous protestant avec sincérité que je souhaiterois fort que le roi voulût m'en décharger, soit du tout, soit de telle partie qu'il lui plairoit; vous avouant que. quoique les affaires de finances soient à présent assez faciles, néanmoins, si j'y employois le temps que la marine me consomme, je pourrois encore y ajouter quelque perfection qui n'y est pas. » Il ne demande qu'une chose : de savoir au juste ce dont il doit être chargé, son plus vif désir étanl de ne rien faire de désagréable à M. de Lionne el qui puisse nécessiter *\r> éclaircissements.
Cependant; louies les fois que les affaires auraient pu souffrir <h'<> inimitiés des ministres, L'autorité modératrice du roi se faisait sentir, el alors tes mauvaises passions, étouffées pour un temps, couvaient sous la cendre. C'est durant ces apaisements, plus apparents que réels, que, le lo avril 1008, Louvois, alors à Tournai, écrivit à Colhert : « Par une lettre que je me donne l'honneur d'écrire au roi, je lui rends compte de tout ce qui se passe ici. .le ne vous répète point, monsieur, ce que je mande à sa majesté, de crainte de vous donner une peine inu-
tile, puisque je suis fort persuadé que le roi vous montrera ma lettre. Je vous dirai seulement que je fais ce que je puis pour ne vous point tomber sur les bras [que] pour les dépenses que la pure et absolue nécessité du service oblige de faire. »
Trois jours après, Colbert adressait au secrétaire d'État de la guerre la réponse ci-après, qui annonce des relations presque affectueuses : « Je vous remercie de tout mon cœur de l'avis que vous avez bien voulu me donner de votre arrivée à Tournai. J'ai vu par votre lettre au roi tout ce que vous avez fait pour le bon ménage de ses finances, dont je suis obligé de vous remercier. Sa majesté a témoigné beaucoup de satisfaction de ce que vous avez fait en ce pays-là. » Et, le 4 juillet 1673, à l'occasion de la prise de Maëstricht : « Il n'appartient qu'à vous de si bien exécuter les ordres du roi, qu'il ne lui manque rien pour une si grande entreprise l.n
Dans l'intervalle pourtant, Colbert avait amèrement désapprouvé diverses mesures ordonnées arbitrairement par Louvois2. C'était d'abord la défense aux courriers étrangers d'entrer dans le royaume sans passe-port, défense dont la France éprouverait, par les représailles des autres nations, une perte annuelle de 500,000 écus. « L'interdiction des courriers ordinaires incommodera assurément l'Espagne ; mais le grand commerce que les villes conquises et les principaux marchands du royaume font en Espagne en sera entièrement ruiné, c'est-à-dire que c'est volontairement faire une égratignure à son ennemi pour
i. M. Rousset, loc. cit., t. Ier, p. 153 et 464.