L. de Maleden, Rèfle.Tions\ <•!<•.. p
AGRICULTURE, b'ORÈTS, HARAS.
ministre lui décisive, el le succès fui réel, sinon aussi populaire el aussi durable que sur d'autres points.
La première lettre relative aux haras rei de au mojs
de juin 1663. Le but que Colberl se proposait, el qu'il ne perdil jamais de vue. y est, dès l'abord, uettemen! déterminé.
Sa majesté, écrit-il aux intendants, ayanl estimé que le rétablissement des haras dan- les provinces de son royaume es) l'nrt important à son service el forl avantageux à ses sujets. lant pour avoir en temps de guerre le nombre de chevaux nécessaire pour monter sa cavalerie, que pour n'être pas nécessité de transporter tous les ans des sommes considérables dans les pays étrangers pour en achètera résolu d'y appbiquerune partie des soms qu'elle donne à la conduite de son État et à .huit ce qui peut le pendre florissant '.
Un des écuyers du roi, le. sieur de Gafsault, étail envoyé dans les provinces pour reconnaître l'étal des haras el presser la noblesse d'en établir de nouveaux. Au mois de juillel suivant, Colberl l'informai! qu'il
!. Colberl a bien souvent formulé ses idées à ce sujet , el toujours île la même manière. Dix-sept ans après le 1er juin 1680, il précisail encore mieux sa pensée dans la circulaire suivante aux intendants •
■ Entre les moyens que les peuples peuvent avoir d'attirer de l'argent puni- leur subsistance et le payement de leurs impositions, celui du ■■établissement des haras est très-considérable, fton-seulemenl par les ivantages que les peuple- en peuvent retirer, mais même paire que, dans les temps de paix et de guerre, il faut tirer un très-grand nom lire de chevaux des pays étrangers, el par conséquent faire sortir l'arguent du royaume, qui demeurerait entre les mains des peuples, si une fois ces haras étoient suffisamment établis, en sorte que l'on pût trouver dans le royaume le nombre de chevaux qui soûl nécessaires. C'est pourquoi sa majesté désire que vous vous appliquiez à excitei les gentilshommes, les principaux habitansdes villes et les paysans ii jivoir des cavales el à faire loul ce qui esl nécessaire pour ce rétablissement... i
avait donné ordre en Provence de se procurer des chevaux barbes destinés à servir d'étalons. « Mais, auparavant que sa majesté en fasse distribuer aux gentilshommes, ajoutait-il, elle sera bien aise de voir quelque progrès dans son dessein, c'est-à-dire que, tout de bon, ils nourrissent une quantité considérable de cavales. Néanmoins, si vous estimez qu'il seroit bon de donner, dès à présent, des étalons à quelques-uns d'entre eux, vous pourrez les leur promettre et me faire savoir leurs noms... » Deux ans après, le 1" octobre 1663, le roi signait un arrêt pour le rétablissement des haras, et Colbert l'adressait aux intendants, avec une instruction trèsdéveloppée. 11 autorisait Garsault à distribuer des chevaux entiers de Frise, Hollande et Danemark, propres au carrosse, sur le littoral, depuis la Bretagne jusqu'à la Garonne, à cause des cavales de belle taille qu'il > avait là, et recommandait de réserver les barbes pour le Poitou, la Saintonge et l'Auvergne. Il dispensait de plusieurs charges les dépositaires d'étalons, les exemptait de 30 livres sur le montant des tailles et leur permettait de percevoir 100 sous par cavale. L'instruction, qui entrait dans les détails les plus minutieux, s'ouvrait par un préambule, évidemment émané de Colbert. Il y était dit que la rareté des beaux et bons chevaux obligeait les sujets du roi à de grandes dépenses et causait un transport notable d'argent dans les pays étrangers, que cela provenait du désordre des guerres et de la négligence des propriétaires de haras. Pour organiser un service aussi important, le roi avait fait venir de l'étranger, à ses frais et dépens, un grand nombre d'excellents chevaux, qu'il se proposait de distribuer gratuitement et sans condition à quiconque serait en mesure de favoriser
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• - vues. L'intention du roi, annonçai I le ministre en terminant, esl que les chevaux qu'il donne et qu'il a fait liercher exprès el avec des soins très-particuliers, daiîs tous les pays de l'Europe où il s'en trouve des plus rares, ne servent à autre usage qu'à" couvrir les cavales; qu'on ne leur coupe ni la queue ni les crins, el que personne, -le quelque condition el qualité qu'il soit, ne s'en serve de monture, à peine d'encourir la disgrâce de sa majesté... » I Mu s tard, le II avril lot;!), un nouvel arrêt lu conseil revint sur la nécessite d'empêcher l'écoulement de numéraire qu'occasionnaient les achats de éhevauxà l'étranger et de procurer aux éleveurs de meilleurs étalons. Il était enjoint en conséquence aux intendants de taire le relevé îles mauvais étalons qui se trouvaient, dans les provinces el de les remplacer par ceux que le roi > envoyait : ils avaient même l'ordre (abus de pouvoir excessif! de contraindre les possesseurs de petits chevaux à les mettre horsd'étàl de reproduire, sous peine d'amende arbitraire.
Les faits répondirent-ils aux espérances ? Une lettre de l'intendant de Caeu septembre 1667 nous fournil sur ce point, quant à la Normandie, *\rs détails précieux. Connaissant, disait-il. le désir du roi île rétablir les haras de la province, il s'étail fail rendre compte d'une foire «le Saint-Floxel, proche Valognes, eu l'on avait compté près de deux mille chevaux, dont il s'étail très-peu vendu, ce qui pourrait décourager ceux qui avaient commencé d'en élever. L'intendant s'était informé en outre si les chevaux barbes que le roi avait envoyés dans la province, et dont tous les é-levenrs s'étaient empressés de se procurer des poulains, .avaient réussi: mais on lui avait répondu qu'ils étaient |rop petits, el il recommandait, si le roi daignait en en-
voyer encore, de les choisir d'une taille plus élevée l.Nous savons enfin, par une lettre de Golbprt du -2o juillet 1G70. qu'à celte époque plus de cinq cents étalons avaient été distribués à des gentilshommes, à des bourgeois, à des paysans. Le rétablissement des haras restait donc uiif affaire de premier ordre, de laquelle rien ne détournait, « Tout le monde commence à connoître; écrivait le ministre à l'intendant d'Orléans, que le général et les particuliers du royaume qui s'y sont appliqués en retireront de l'utilité. Mais, comme vous ne m'avez point écrit sur celle matière, et qu'il n'y a encore aucun étalon distribué dans votre généralité, je ne sais si vous y avez pensé. Ne manquez [tas de me le faire savoir: et, dans les visites que vous ferez, excite/, les gentilshommes à s'y porter, et, en ce cas, je vous enverrai des étalons. » Quelques-uns de ces gentilshommes auraient voulu avoir des primes pour leurs juments; il s'y refusa. Résistant aux demandes qui lui étaient adressées, et plutôt que d'augmenter le nombre des haras en Bretagne, il préféra développer ceux qui existaient déjà. Il écrivit au gouverneur de la province, en prévision de la guerre de Hollande. : « Comme sa majesté va faire mettre sur pied un grand nombre de troupes de cavalerie, la province tireroit assurément un très-grand avantage si les haras avoient été rétablis plus tôt. Ainsi, je ne crois pas qu'il puisse y avoir rien de plus important et de plus nécessaire que de travailler continuellement à ce grand
1. Depping, Corresp. admin. du règne <l<j Louis A/1 , t. III, p. 778. — Colbert eut égard à ces observations, et l'un a une lettre de lui, adressai le 13 février 1670 à l'intendant de la marine à Toulon, dans laquelle -1 dit, en recommandant de faire venir dé Tunis des chevaux barbes pour servir d'étalons, « de bien observer que ce soient des plus grands, En plupart des petits chevaux barbes' n'ayant poinl réussi...»
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ouvrage. ■> Noble ardeur, que L'âge el le souci ne ralentisseul pas ! Forcé de se répéter, il écrit, au mois d'avril KiTi), il l'intendant de Limoges que le rétablissement «les haras
esl une des choses <|iii peuvent donner le pins de profil aux particuliers el le plus d'avantages à l'Etat. » Il le presse eu même temps, s'il trouve à la foire de Chalus o quelques jeunes chevaux d'une extraordinaire beauté, il'i'ii acheter une couple pour le roi et d'en donner le prix que L'on en demanderoit, pour exciter par Là tous ceux qui oni des cavales à chercher les expédiens d'avoir des chevaux extraordinaires.»
Avec sa persévérance ordinaire, le ministre renouvelait encore, l'année suivante, ses instructions au même intendant :
Le peu de poulains qui s'est trouvé à la foire de Chalus me l'ait appréhender que rétablissement ^> haras dans cette pro vince n'ait pas le succès que Le roi désire. Appliquez-vous toujours à y donner le plus de chaleur que vous pourrez; ri. comme cela dépeud en quelque sorte des étalons, il n'j a rien peut-être de plus nécessaire que d'acheter tous les ans une demi-douzaine de poulains des plus beaux et les faire nourrir jusqu'à 1 âge de six OU sept ans, dans quelque endroit de la généralité, pour s'en servir d'étalons lorsqu'ils auront l'âge. Examinez cette pensée, cl voyez s'il y au mit quelque expédient à la faire réussir.
I»e nombreuses lettres constatent qu'en même temps, pour remédier à L'insuffisance des races indigènes, il mettait à contribution l'Espagne, la Hollande, le Danemark, le Maroc, etc.
10 juillet 1679, au consul de Cadix. —Je désireroîs fort avoir trois OU quatre beaux chevaux d'Espagne, dont je sais que les meilleurs se trouvent dans la haute et basse Andalousie, aux
environs de Cadix... Prenez garde surtout qu'ils soient beaux, grands et bien traversés.
[■'juillet 1679, au sieur de Garsault. — M. de Marillac (l'intendant du Poitou) m'écrit qu'il seroit bien nécessaire d'avoir douze ou quinze gros roussins de Hollande, des plus beaux, pour mettre dans les marais du bas Poitou. Je vous recommande de penser toujours à l'achat de ces roussins. que l'on demande de tous côtés. . .
29 mm 1682, au même. — Il est nécessaire que nous envoyions dans peu de temps en Danemark et en Hollande pour y acheter des roussins, parce que je vois que ces sortes de chevaux manquent dans toutes les généralités. Il seroit môme bien néecssaire d'avertir les principaux marchands de Paris que j'en achèterai lorsqu'ils en auront de beaux. Je ne sais même si l'on ne pourroit pas faire marché avec eux pour en faire venir une certaine quantité à un tel prix que l'on conviendront à condition de ne pas prendre ceux qui ne seroient pas propres;..
23 juillet 1082, à l'intendant de marine de Toidon. — Le roi
ayant fait choix de M. de Garsault (fils de l'intendant des haras pour acheter dans les Etats du roi de Maroc des chevaux, ne manquez pas. aussitôt que vous aurez reçu cette lettre, de faire préparer promptement une flûte ou autre bâtiment propre pour contenir douze ou quinze chevaux...
Celle dernière mission fut infructueuse. Le roi de Maroc défendit à ses sujets de vendre des chevaux barbes au souverain que l'Europe n'osait attaquer qu'en réunissant toutes ses forces. Le sieur de Garsault reçut alors l'ordre d'aller en Espagne. Si désireux que fût Colbert d'améliorer nos races et de fortifier les haras, il savail trop, comme contrôleur général, à quel prix se remplissaient les coffres du Trésor, pour ne pas épargner un argent si péniblement recueilli. On s'en aperçoit à cette instruction du 5 avril 1083 : « Ne manquez pas de partir pour vous rendre en Espagne, et donnez-vous bien de
iiarde d'acheter les chevaux que L'on dil venir de race puisqu'ils sonl si chers. Le roi ne veul pas que vous en achetiez qui coûtent plus de 50 pistoles chacun... »
Cependant La décadence des haras, quand Colberl avail entrepris de les relever, était telle que ses efforts lurent Longtemps stériles. La province sur laquelle ii avail naturellement Le plus compté . Le Limousin, trompa ses espérances. Le 13 novembre L680, dans le luit d'obtenir îles chevaux de carrosse, il pressait L'intendant de se procurer de grands étalons du pays. Il > avail envoyé des reproducteurs ; s'ils n'avaienl pas réussi, on aurait recours aux chevaux de Hollande ou de Frise. Il insistait pour L'emploi de cavales proportionnées
parce qu'il seroit inutile d'avoir de grands chevaux. si les cavales u'étoienl aussi de grande taille. » Le 17 février suivant, il Taisait observer à l'intendant qu'il était difficile de trouver des sujets spécialement propres a chaque province, et que les chevaux du pays, bien choisis, seraient préférables aux étrangers. N'était-ce pas le parti le plus sensé? Son désappointement fui grand d'apprendre, quelques mois après, qu'il y avail eu très-peu de chevaux aux dernières foires du Limousin, < et que les haras étoienl diminués dans cette province, qui avoil autrefois produil de très-bons chevaux.» Colberl recommanda à L'intendant de s'appliquer particulièrement à les rétablir, et, puisqu'il croyait les chevaux épais meilleurs, de les employer de préférence aux chevaux fins. Il L'engageait doue à se procurer, soit dans le pays, soit dans les provinces voisines, une douzaine de chevaux entiers, à les distribuer dans les endroits les plus propices, et à presser gentilshommes et paysans d'avoir de bonnes cavales. "Quoiqu'il soit très-bon, disail-il en terminant, que
les paysans s'appliquent à la nourriture des boeufs^ je crois que ce seroit un double avantage qu'ils s'appliquassent aussi à élever des chevaux. »
Soit apathie naturelle, soit par suite de difficultés locales, quelques intendants ne secondaient pas le ministre comme il l'aurait voulu; tel fut celui d'Auvergne. Un avertissement bienveillant réveilla sou zèle. « Appliquez-vous plus que vous n'avez fait jusqu'à présent, lui écrivit-un en octobre 1681, à ce qui concerne le rétablissement el l'augmentation des haras, et pensez que c'est une matière qui peut être d'un grand avantage aux peuples el que vous avez un peu trop négligée... » Xous savons par une autre lettre de la même année (19 août), à l'intendant de Rouen, que le sieur de Garsault passa trois mois à visiter les haras de la plupart des provinces. Le même intendant devait exciter les gentilshommes el les principaux habitants à se procurer de belles cavales ei à rejeter le> petits étalons. Possesseur de vastes domaines dans le Berry, Colbert s'intéressait particulièrement à cette contrée; il donna des ordres pour la création d'un haras dans sa propriété de Haulerive, près Bourges, el pria liarsaull de régler la dépense des jeunes chevaux qu'il y avatl envoyés.
On désirerait connaître avecquelque détail le résultat du ne direction si habile et si persévérante. Par malheur, les statistiques officielles manquent '. On sait seulement, par la
1. Un inspecteur général des haras constata en 1690 qu'il y avail en France 200.000 cavales propres à porter de beaux poulains H? toutes les espèces, cl qu'il ne s'agissait que de les utiliser.
D'après cet inspecteur, il y avait, la même année, dans les li.i t ;idu roi, 1,636 étalons ei 376 chevaux approuvés. Le nombre «le-
correspondance de Colbert, que, sauf des mécomptes parliels, ce résultai fui heureux. Secondé par M. de Garsault, donl il disait, en prescrivanl d'obéir à tons ses ordres:
Vous savez que c'esl lui qui a commencé cel établissement dans tout Le royaume, » il put voir, avanl de mourir,
ses efforts cour es de succès. En annonçanl à cel
agent, le 7 septembre DiSi>, que Louis XIV irail visiter prochainement son haras de Saint-Léger, près Rambouillet, il put ajouter, avec une légitime satisfaction :
Il s'esl vendu à la foire de Guibray dix-huit cents chevaux, el le roi en a fail acheter douze pour sa personne, en sorte que, sa majesté voyant à présent que les haras «le France commencent à réussir, il faut vous appliquer plus que jamais à avoir de bous étalons. »
Le maréchal de Vauban a indirectement blâmé Colbert de n'avoir fait venir de l'étranger que des étalons, sans se préoccuper des juments, dont le concours eût encore mieux assuré la propagation des belles races. Après avoir l'ail remarquer que les chevaux des pays méridionaux dégénéraient eu France à la deuxième ou troisième reproduction, Vauban ajoute que, si Ton avait eu des cavales de même espèce, le type se serait conservé bien plus longtemps; mais on ne, s'en était pas inquiété, et celle négligence avait produit des races bâtardes. « Il en est
de cela, dit-il, comme des noirs qui époiisenl des femmes
blanches de père en lils. car il est certain qu'à la quatrième génération on nereconnoil plus le premier maure. » flans sou opinion, la France pouvait nourrir plus de
cavales couvertes avait été de 61,000, el celui des poulains de t2,353, [Dictionnaire <hi commerce (le Savary: édition de Copenhague, 1759; aux, Haras.) *
2,500,000 chevaux, produisant par an 250,000 poulains: il en concluait que, si Ton avait pris soin d'y établir des haras et des étalons de choix, elle aurait eu le nombre de chevaux nécessaire; mais ce soin avait été fort négligé dans le passé, et les dépositaires d'étalons s'étaient si mal acquittés de leur devoir, que, de l'avis de plusieurs gentilshommes normands ou limousins, les races si utiles de ces pays avaient été gâtées. Enfin, une autre raison occasionnait, selon Vauban, la rareté des bons ehevaux : c'était la misère des paysans, incapables de nourrir les poulains quatre ou cinq ans, et s'en servant à l'âge de dix-huit mois. Il aurait voulu que la noblesse de campagne se livrât à l'indu strie chevaline, se procurât de bons étalons, et n'exigeât îles paysans, pour les saillies. que des rétributions en blé, avoine, volailles, au lieu d'argent. « Qui voudrait rechercher ce que les chevaux de carrosses et de cavaliers font sortir d'argent du royaume, disait-il en terminant, j'estime qu'il se trouverait telles années qu'il y en a pour plus de 2 millions, qu'on pourrait fort bien éviter en se donnant un peu plus d'application à la nourriture de ces animaux '. »
1. Oisivetés de M. de Vnuban, 1. I , |>. !I0. — « Si on avoit eu soin, dit encore Vauban (et l'on voit bien que son objection se rapporte à Colbert, qu'il affecte de ne pas nommer), si on avoit eu soin d'établir en France des haras et des étalons de bonne race, on en auroil pu tirer autant de chevaux qu'elle en auroil eu besoin pour la guerre, te charroi, et au-delà... Il faut aussi avoir beaucoup d'égard (pour les races de chevaux) au soleil . car, où il est le meilleur, là sont le> bons chevaux, témoin ceux d'Espagne, de Naples et de Barbarie... On a donc manqué dans le choix des étalons et dans la distribution qu'on en a faite dans les provinces , où l'on a trouvé moyen de convertir cet établissement en une espèce de maltôle, qui est fort onéreuse à ceux à qui l'on donne la garde des étalons, que l'on en rend
L'extrait suivant d'une lettre de Colberl confirme îl explique le fait qui lui a été reproché. « II est plus difficile, écrivait-if le 17 septembre H\H2. de trouver de beaux étalons que îles cavales.» Le ministre jugeait donc les cavales indigènes suffisantes, à condition toutefois qu'elles fussenl choisies avec soin : ce qu'il recommandait fréquemment. On peul croire, d'après les appréciations de Vauban, qu'à la mort de Colbert, l'institution (1rs haras alla en déclinant. Vingt causes diverses > contribuèrent : la détresse des finances, l'épuisemenl des campagnes, les longues guerres, l'absence de direction. Plus lard. quand la France eul pansé ses plaies, les haras devinrent l'objel de soins intelligents. l>es écrivains spéciaux constatent leur état florissant au moment où la Révolution éclata1. On devine le sort que celle-ci leur réservait. «Si vous voulez de beaux chevaux el de beaux arbres, avait dit un orateur de l'Assemblée constituante, détruisez les haras el les pépinières. » In décret de 17(J() supprima brutalement les haras. Que leur reprochait-on? La tache originelle. « La majeure partie des étalons el des poulains encore eu bas âge, dil un contemporain, furent coupés, les juments pleines vidées, el les pouliches vendues 2. » L'Assemblée nationale comprit bientôt, il est vrai, la faute
responsables, après les avoir estimés au double <le ce qu'ils valent; ensuite de quoi, on exige un écu pour toutes les cavales qui en sonl couvertes, d'où il arrive que les paysans, chez qui un écu Béni lieu d'une somme considérable, aimenl mieux les faire couvrir par leurs mauvais petits roussins, que «le les mener dans un lieu où il en coûte si cber... »
\. Instruction sur T amélioration des chevaux en France, par Hazard. Paris, an X. p. 2S.
2. Réflexions •*■> la réorganisation des haras ,par L. de Maleden, |..n;. *
(}u'elle avait commise ; elle essaya même de la réparer en faisant vendre ee qui restait d'étalons et de juments pleines et en accordant des indemnités à ceux qui les garderaient un temps déterminé: mais le moment de la restauration des haras n'était pas venu.
Le canal du Languedoc projeté depuis longtemps. — Plan de Rîquet. — Colberi l'approuve et le fait étudier. — Édit d'exécution et concession de l'entreprise. — Les états de Languedoc se prêtent peu volontiers à la dépense. — Riquei adjudicataire du canal et Fermier général des gabelles de la province. — Premiers essais. — Travaux do port de Cette adjugés à Riquet. — Pose de la première pierre de la première écluse du canal. — Rapports de Colberi avec Riquet; difficultés d'argent. — Révoltes causées parles gabelles. — Singu- [ustillcation de Riquet. — Ses sacrifices pécuniaires. — Colbertlùi impose mi surveillant. — Réprimandes .1 un agent <j ui avait critiqué le canal. — L'ingénieur Andréossy dispute a Riquet l'idée première de l'entreprise; Colberi lui donne tort. — Maladie île Riquet.— Mauvaise liumeur de Colberi contre Riquet pour ses retards ou ses dépenses; reproches violents et injustes. — Riquet meurt avant l'ouverture du canal; ingratitude de Colbert. — Inauguration: du prix îles transports. —Les fils de Riquet.— Éloge du canal môle iliques, par Vauban améliorations postérieures.
La construction du canal de Languedoc esl L'œuvre capitale el la plus justement populaire du règne de Louis \l\ . Versailles, que l'Europe admire depuis deux siècles, Mark. lonl les ruines mêmes onl disparu, n'onl pas manqué de létracteurs, trop justifiés, hélas! parla situation linaniière, les longues guerres et la misère des peuples. La onction des (Unix njersa fait contre-poids à ces coûteuses
magnificences. Deux, hommes, Paquet et Colbert, associés pour cette œuvre gigantesque, en vinrent à bout, malgré des jalousies et des entraves qu'on aurait peine à comprendre, si une entreprise analogue, le percement de l'isthme de Suez, n'en montrait de nos jours un nouvel exemple. Le canal du Languedoc fut, proportions gardées, pour la France de Louis XIV, ce que sera le canal de Suez pour le dix-neuvième siècle: Qui sait si l'œuvre de lliquet et de Colbert, transformée par les hardiesses de la science moderne, ne deviendra pas ce grand canal maritime qu'ils avaient rêvé, mais dont l'idée dut être abandonnée faute de capitaux et parce que les ingénieurs du temps n'avaient ni l'habileté ni l'audace nécessaires pour la faire réussir.
Le projet de réunir l'Océan à la Méditerranée par un canal était ancien ; on l'a même attribué au grand empereur qui avait fait un instant de la France la reine des nations, à Charlemagne ' . François Ier, Charles IX, Henri IV, Louis XIII, s'occupèrent de ce projet, dont les motifs les plus importants faisaient vivement souhaiter la réalisation. Tous ceux qui l'avaient étudié exposaient que les marchandises seraient transportées d'une mer à l'autre sans passer par le détroit de Gibraltar, très-dangereux pour la navigation : qu'en cas de disette en Languedoc 01 en Guienne, les grains arriveraient aisément dans la contrée dépourvue : que le haut Languedoc, où ils abondaient d'ordinaire, les verserait presque sans frais dans le bas
I. Mémoires sur le Languedoc, parBasville; Amsterdam (Marseillp), 1724. — L'auteur de l'excellent ouvrage sur les Canaux de navigation, de La Landefl vol. in-fol. 1778), conteste cette assertion. Il >' . . alors, suivant lui. d'un eanal pour relier l'Océan au Pont-Euxin.
Languedoc, bien moins favorisé, qui Lui enverrait en échange ses vins et tout ce qu'il tirait de Lyon; On ajoutai! que le transit des marchandises étrangères laisserait dès sommes considérables dans la province. A ces considérations, où les intérêts matériels seuls étaient en jeu, s'en joignait une autre, qui n'exerçait pas une moindre influence sur les esprits. On disait que les Romains, si vantés pour leurs travaux, n'avaient rien fait de comparable, et qu'il en reviendrait autant d'honneur que de profil à la nation qui les aurait surpassés aux lieux mémo OÙ ils avaient laissé la plus forte empreinte de leur grandeur.
Jamais, en effet, entreprise plus magnifique el plus séduisante. Quatorze lieues seulement séparent l'Aude et la Garonne, qui se jettent, l'une dans la .Méditerranée, l'autre dans l'Océan, et il semblait, au premier abord, qu'il n'y eut qu'à les mettre en communication. Mais, L'Aude n'élant pas navigable, L'union des deux rivières ne menait à rien: D'un autre côté, la nature du sol, la disette apparente' des eaux, et surtout la difficulté de les conduire au point culminant du tracé, avaient toujours paru des obstacles sérieux. Cependant, toutes les fois que le projet avait été examiné, soit par les gens des étals, soit par ceux du gouverneur, on L'avait déclaré praticable: mais l'exécution restait problématique, et, malgré les avantages qu'on s'en promettait, le canal du Languedoc attendait encore en L662 la volonté puissante, énergique, la fermeté de conviction qui devait entraîner les esprits et faire tomber tous les empêchements.
Celui à qui cet lionneur était réservé, Pierre-Paul lliquet de Bonrepos, était ne à Béziers, eu 1604, d'une famille de magistrature ipie* les guerres civiles avaient fort amoin-
(Me. Intéressé à la ferme des gabelles de la province, U possédait quelques terres aux environs de la Moutagne- Noire, où gisaient précisément les grandes difficultés. Géomètre par instinct, il chercha longtemps le moyen de les résoudre, le trouva, fit en petit, dans sa propriété, dej| essais qui réussirent, et, le 26 novembre 1662, adressa à f-olbert, du village, de Bonrepos, une lettre, point de depart de l'entreprise, dans laquelle perce la naïve confiance du génie :
Monseigneur, je vous écris de ce village sur le sujel <fun canal quipourroit se faire dans cette province de Languedoc pour la communication des deux mers. Vous vous étonnerez que j'entreprenne de parler d'une chose qu'apparemment je ne connois pas, et qu'un homme de gabelle se mêle de nivclage: mais vous excuserez mon entreprise, lorsque vous saurez que c'est de l'ordre de monseigneur de Toulouse que je vous écris.
•Jusqu'à ce jour, on n'avoit pas pensé aux rivières propres fi servir, ni su trouver «les routes aisées pour ce canal, car celles qu'on s'étoit imaginées étoient avec des ebstacles insurmontables de rétrogradations de rivières et de machines pour élever les eaux. Aussi croyez que ces difficultés ont toujours causé le dégoût et reculé l'exécution de l'ouvrage; mais aujourd'hui, monseigneur, qu'on trouve des routes aisées et îles rivières qui peuvent être aisément détournées de leurs anciens Lite e1 conduites dans ce nouveau canal par pente naturelle et de leur propre inclination, toutes difficultés cessent, excepté celte de trouver un fonds pour subvenir aux frais du travail.
Vous avez pour cela mille moyens, monseigneur, et je vous* en présente encore deux, dans mon mémoire ci-joint . afin de vous ports? plus facilement à cet ouvrage, que vous jugerez trèsvavahtageux au roi et à son peuple, quand il vous plaira de considérer que la facilité et l'assurance de cette navigation fera que le détroit de Gibraltar cessera d'être un passage né* cessaire, que les revenus du roi d'Espagne à Cacbx en seront diminués, et que ceux de notre roi augmenteront d'autant, par les fermes des trésoriers et îles entrées des marchandises en
LE CANAL Dl" LANGUEDOC. mi
. , 1 1 1 1 1 h ■ . outre les droits qui se prendronl sur ledil canal el qui se monteront à des sommes immenses, el que les sujets de sa majesté profiteront de mille nouveaux commerces et tirer. »iit de grands avantages de cette navigation. Que si j'appren Ilin- ce dessein vous doive plaire, je vous '.'enverrai figuré, avec le nombre des écluses qu'il conviendra faire, et des calculs exac s des toises dudit canal, soil en longueur, soit en largeur.
Ainsi, le projel «le jonction des deux mers n'était pas hou veau, el divers moyens d'exécution avaienl été indiqués. Le mérite de Riquet consista à combiner el perfectionner les idées de ses devanciers, à convaincre les esprits du succès, à obtenir les édits el les fonds nécessaires, enfin à réaliser ce qui jusqu'alors avail passé pour chimérique. Au lieu d'alimenter le canal avec les eaux des Pyrénées, il > amenait celles de la Montagne-Noire, silure à l'extrémité méridionale des Cévennes, et, pour eu grossir le volume, il recueillait, par d'ingénieux travaux. divers ruisseaux tombani dans la Méditerranée, el qui devaient suivre, ;i son choix, l'un ou l'autre versanl '. Là était le traii de génie, l'originalité du projet.
Nul n'eiaii mieux l'ail que Colbert pour en comprendre la grandeur el l'utilité. On n'a pas sa réponse à la proposition de Riquet, mais i! l'approuva pleinement. Vn mémoire de sa main prouve qu'il aurait voulu l'aire le canal assez grand pour recevoir les galères el autres bâtiments de guerre. Ce lui aussi, plus tard, l'opinion de Vauban. L'ingénieur chargé île vérifier les plans de Riquet, le chevalier de l'.lerville, lui d'un avis contraire, pour trois motifs : la dépense, le développement démesuré des portes
I. Histoire du rorns impérial fiu génie, par le capitaine Allenl Jf partie, p. 66.
d'écluses, l'insuffisance du lit de la Garonne. On résolut donc que le canal serait restreint. Un an après, Colbert écrivait à Riquet : « Il n'y a plus personne qui ne soit persuadé de la possibilité du grand dessein, dont j'a beaucoup de joie. » Les années 1663 à 1663 se passèrent à préparer les arrêts du conseil, les plans définitifs, les expertises, les devis, les projets d'adjudication. Le 4 novembre 1664, Riquet écrivit à Colbert : « Enfin, l'archevêque de Toulouse arrive en cette ville, et moi aussi. Je dis enfin, car la longueur de notre voyage commençoit à m'ennuyer... Nous commençons à marquer par des piquets les endroits par où le canal doit passer... Je travaillerai avec application et vous donnerai des nouvelles trèsexactes et fidèles, sans espoir d'autre avantage que celui de l'honneur de votre protection et justice dans nos affaires des gabelles. Je vous le demande par grâce. » Sur de ses calculs, mais désireux de convaincre les autres par une expérience décisive, Riquet avait proposé une rigole d'essai, qui réussit à merveille. « Je suis très-aise, lui manda Colbert (14 août 1665), de voir l'espérance où vous êtes du succès du grand dessein de la jonction des mers; et. comme vous avez été celui qui l'avez fait renaître de notre temps et qui y avez donné les premières dispositions, vous ne devez pas douter que, outre la gloire que vous en acquerrez, le roi ne vous en sache beaucoup de gré, sa majesté ayant résolu de le faire exécuter par vos soins, par préférence à tous autres... » Les devis dressés par Clerville à cette époque ne s'élevaient guère qu'à 5 millions de livres ; de nouveaux devis excédèrent 8 millions, et finalement ce chiffre fut plus que doublé. Un édit du mois d'octobre 1666 ordonna l'établissement du canal et la création d'un porta Cette. Dans les considérations qui y
sont invoquées, le langage que le ministre tait tenir à Louis XIV est à la hauteur de l'entreprise.
Bien que la proposition qui noua a été faite pour joindre la mer Océane à La Méditerranée par un canal de transnavigation, ei d'ouvrir un nouveau port en la Méditerranée sur les cotes de notre province «le Languedoc, ait paru si extraordinaire aux ■ècles passés, que le> princes les plu»- courageux et les nations qui ont laissé à lapostérité le-- plus belles marques d'un infatigable travail aient été étonnés de la grandeur de l'entreprise et n'en aient pu concevoir la possibilité, néanmoins, comme les desseins élevés sonl les plus dignes des courages magnanimes, et qu'étant considérés avec prudence, ils sonl ordina'renient exécutés avec succès, aussi l;i réputation de l'entreprise et les avantages infinis que l'on niais a représenté pouvoir réussir au commerce de la jonction des deux mers nous ont persuadé que c'était un grand ouvrage de paix, bien digne de nn> soins, capable de perpétuer aux siècles à venir la mémoire •le son auteur, et d'y bien marquer la grandeur, l'abondance et la félicité de notre règne...
Une question importante se présenta. Le roi devait-il exécuter le canal à ses Irais el le faire exploiter soit en n -io. soil en ferme, ou bien valait-il mieux l'abandonner à des particuliers? A la suite d'une longue délibération, I»' dernier avis l'emporta. Le conseil estima avec raison qu'un ouvrage qui exigeait des soins continuels et des dépenses journalières ne pouvait cire confié sans inconvénienl à nue régie publique, qu'il était bien plus avantageux d'en laisser la conduite à un particulier, de l'intéresser fortement à La prospérité de l'exploitation en lui en donna»! la propriété, etde mettre ainsi l'intérêl publie sous la sauvegarde de l'intérêl personnel. De celte manière, ni un embarras momentané dans les finances, ni les malheurs de «l'État, si les circonstances devenaient
contraires, ne pouvaient faire craindre d'interruption dans les travaux, et l'on assurait en même temps la solidité, l'entretien et l'amélioration du canal \
Restaient les moyens d'exécution. On (il d'abord un< appel aux états de Languedoc, elle prince de Cdnti, gouverneur de la province, les engagea à s'associer à l'entreprise, leur promettant que « Louis XIV retrancheroii des dépenses nécessaires ailleurs, pour y contribuer de l'argent de son Trésor royal. » Les états eurent le tort dedéclarer qu'ils ne pouvaient, ni pour le présent, ni pour l'avenir, participer à la dépense. Plus tard, il est vrai, ils revinrent sur cette résolution, mais non sans peine, cl votèrent diverses sommes. Déçu de ce côté-, Riquet s'ingénia à trouver d'autres moyens. 11 proposa de se charger des travaux moyennant la cession de toutes les terres jugées indispensables. Le canal, avec ses rigoles et ses chaussées, depuis la Garonne jusqu'à la Méditerranée, \ compris le canal d'alimentation, de la Montagne-Noire aux. Pierres de Xaurouse, serait érigé en un fief dont les titulaires jouiraient à perpétuité. Cette offre ayant été acceptée, un arrêt du 14 octobre 1666 déclara Riquet adjudicataire d'une partie du canal moyennant 3,630,000 livres. A ce prix, il acquérait le nouveau fief, qu'un arrêt interprétatif déclara bientôt après insaisissable, et il prenait l'engagement d'en consacrer le produit à la construction du canal. En même temps, le roi fixa les droits à percevoir sur le transport des marchandises et ordonna, pour subvenir au complément des dépenses, la création dans la province d'un certain nombre d'offices de regral tiers
1. Histoire </<> canal de Languedoc, par tes descendants de Riquel d'après les archives du Canal, p. .">T.
el vendeurs de sel, ainsi que la vente de plusieurs petits droits. Quanl aux états, ils ne votèrent de subside que lorsqu'ils virenl les travaux commencés, I»' succès
sure, el ces fonds furent principalement destinés à racheter les charges, très-onéreuses à la contrée, doul Colberl avail abandonné le produit à l'entrepreneur.
Cependant, on s'était misa l'œûvre,et, dès le mois de juillet 1665, 1rs résultats obtenus dépassaient tellement les espérances, que Riquel manda à Colberl : « Mon travail s'avance, de sorte que sa lin ne sera guère éloigné* de son commencement, el que bien des gens seronl surpris du peu de temps que j'j aurai employée! du peu de dépense que j'y aurai fait. Quanl à la réussite, elle est infaillible, mais d'une manière toute nouvelle, et où jamais personne n'avoil pensé. Je me compte dans ce nombre, car je puis vous jurer, monseigneur, que le chemin pai on je passe maintenant m'avoil été toujours inconnu, quelque diligence que j'eusse faite pour le découvrir. La pensée m'en vint à Saint-Germain : ['en songeai les moyens-, et, quoique fort éloigné, ma rêverie s'est trouvée juste sur les lieux; le niveau m'a confirmé ce que mou imagination m'avoitdil à deux cents lieues loin d'ici...» Vers le même temps, Riquel appréhendait d'avoir des envieux.
Mais, écrivit-il à Golbert, je suis persuadé que les dieux sonl elairvoyans, el je m'assure que vous me ferez la grâce de juger tout en ma laveur, pour ce que vous connoitrez que j'aurai toujours raison1... » Cet appel aux
1. Depping, Correspondance administrative sous Louis XIV, I. IV.
p. l\. — Une autre fois, le :;t juillel 1665, Riquel écrivait à Colberl :
ii Je conviens que l'on peui tout ayanl la grâce, étant vrai que celles
gue je reçus un jour -de vous à Saint-Germain produisirent la pensée
nie tant de facilité n mon ouvrage. Une étincelle de votre
dieux sent bien un peu le terroir: mais, à cette époque, les œuvres répondaient aux paroles, et l'accord entre les deux volontés était complet. Au mois de février 1667, deux mille ouvriers étaient sur le terrain. Il y en eut plus lard jusqu'à douze mille. Charmé de l'activité, de l'intelligence, de la confiance inébranlable de Riquet, Colbert le secondait de son mieux, lui promettant de. l'appuyer dans ses affaires particulières et de l'aider à faire nommer son fils aîné procureur général au parlement de Toulouse. « Lorsque j'ai parlé au roi de la charge pour votre fils, lui écrit-il, j'ai trouvé que sa majesté étoit déjà engagée. Ainsi, il ne m'a pas été possible de contribuer en cela à votre satisfaction ; mais vous pouvez être persuadé que, continuant à bien travailler à l'exécution de ce grand et important dessein, vous recevrez des marques de sa bonté, tant en votre personne qu'en votre famille1. » Colbert toutefois ne lui sacrifiait pas les intérêts du Trésor. Pour tirer parti de quelques nouveaux droits affectés à la construction du canal, Riquet était devenu fermier général des gabelles du Languedoc. Il devait donc tenir compte à l'État du montant de sa ferme. Le 20 mai 1667, Colbert le blâma d'être en retard dans ses payements, et se montra d'autant plus surpris, qu'il avait été jusque-là fort ponctuel. « Regardez, lui dit-il, de ne pas perdre cette bonne qualité à l'avenir, parce que vous voyez bien qu'il seroit tort inutile d'entreprendre et d'exécuter la construction du
grand génie passa dans le mien petit -.j'en lus échauffé, et j'entrai dans un enthousiasme qui causa cette heureuse production par laquelle je puis dire, parlant hyperbole, qu'à peu de frais j'ai comblé les vallons, aplani les montagnes et contraint les eaux à m'obéir. » (Ibid., p. 21.) 1. Le fds aîné de Riquet obtint, après la mort de Colbert, une charge de président à mortier au parlement de Toulouse.
canal, si d'ailleurs vus payemens n'étoienl faits aussi ponctuellement que vous le devez. » Riquel ;i\ant acquitté les 100,000 livres qu'il devait au Trésor, le ministre l'en félicita, tout en lui recommandant de faire en sorte « qu'il ii s eùl aucune connexité de la gabelle au canal. » Le 20 septembre suivant, Riquel s'applaudissait de ne plus rien devoir au Trésor et promettait que désormais il n'y aurail rien de commun entre les deux caisses. Il proposait en outre, si l'état desaflaires le permettait, de continuer les travaux du port de Cette, « en sorte que le roi ne fût obligé de bailler que papier, parchemin et cire. » L'imprévu des devis, le manque de ressources, les embarras d'argent où il se trouva dans la suite, rendirent par malheur cette séparation des caisses impossible, et leur confusion, que Colbert voulait prévenir à tout prix/occasionna des soupçons et des aigreurs que ces commencements n'annonçaient pas.
Pour le moment, tout marchait à souhait. Riquel soumissionnait les travaux de Cette, et Colbert se réjouissait à l'idée que le canal pourrai I être terminé en moins de temps qu'on ne l'avait cru d'abord. Quand la première pierre de la première écluse dut être posée, Riquel désira une grande solennité, avec le concours «le l'église; Colbert, qui aimait à agir sur les esprits, y consentit sans peine. La cérémonie eut lieu le 17 novembre 1667. Les capitouls, le parlement, l'archevêque de Toulouse et plusieurs évêques y assistèrent. Six mille ouvriers étaient aux portes de la ville, tambours en tête, el le canon mêla ses salves pacifiques au bruil des cloches sonnant à toute volée. Une médaille île bronze, frappée pour la fête et distribuée à profusion, représentait, d'un côté, Louis XIV avec cette devise, dans le goût du temps
Undayum tetTseque potens, atque arùiter orbis.
On voyail au revers la ville de Toulouse et un canal s jetant dans la rivière par une écluse. La devise était :
Expectata diu populis commercia pandit.
VA au-dessus :
Tolosa utriusque maris emporium.
!>eux lames du même métal encastrées dans la pierre contenaient les noms du roi, de Colbert, du premier président du parlement, des capitouls, de l'archevêque. L'auleur du canal y était désigné comme il suit :
! ira clarissimô, Petro de Rîqueto, tanti operis inventofo
Six mois après, l'intendant et l'archevêque de Toulousi remontèrent en bateau le canal de dérivation jusqu'au poinl de partage des eaux, et furent accueillis par des vivat qui retentirent à Versailles. Entraînés par le peuph les états, qui avaient déjà voté 2,400,000 livres, en accordèrent encore 300,000. Quant aux accusations queRiqut avait prévues et dénoncées d'avance, elles se produisirent en effet, mais sans l'effleurer. « Ne vous mêliez pas en peine, lui écrivait Colbert, de tout ce qu'on a pu vous dire des méchans offices que l'on prétend vous avoir été rendus auprès de moi, car ceux qui l'entreprendraient u>
1. Des Canaux de navigation, p. 16. — Une autre médaille (rappel lussi en 1667, à l'occasion des travaux du port de Cette, reçu! pour légende, d'un côté : Internum ixare Oceano junctum fossaa Gqrumnû ni portum Setium; de l'autre, le port el les môles de Cette, avec eôê mots •. Portus Seiius. (Histoire du canal du Midi, par le général An- Iréossy, t. I, p. 22.;
réussiroienl pas, et, en continuanl à faire régulièrement vus payemens au Trésor royal et à bien diriger vos travaux, vous pouvez être assuré que vous ne manquerez ni dp protection, ni d'appui... » La régularité des payements, telle était, on le voit, la condition première, Une
autre rec nandation revenait souvent, sons une forme
en quelque sorte cornélienne : c'était <lc faire des travaux
'l'uni' éternelle durée. Cependant, les l Is manquaient
toujours. En 1669, l'intendanl décida les états à un nouvel emprunt de 700,000 livres; cela ne suffit pas. Ëffray< de la dépense, le ministre discutait les prix, comparait ifs tarifs du Languedoc à ceux du Havre, et trouvait <'<ju\ de Riquel excessifs. Des troubles graves causés dans le Valespir et le ftoussillon par l'impôt des gabelles. pi'on y avait introduit pour en appliquer 1rs revenus au canal, el dont Riquel s'était rendu adjudicataire.
lirenl voir son caractère sous un j ■ fâcheux. Le
fesoin d'argent dominant tout, les récalcitrants furent poursuivis avec la dernière rigueur. D'après Colbert, la I ure té des subalternes était pour beaucoup dans 1 1 s troubles.
Je m' suis pas satisfait de vos commis en Roussillon, lui privait-il le lo octobre 1669, étant impossible que leur mauvaise conduite ne contribue considérablement aux désordres jui y arrivent tous les jours. Il esl 3 propos que vous vous y •h alliez, et que vous y mettiez l'ordre une fois pour tout) . -'il est possible; sinon, le roi sera obligé d'y envoyer des roupes pour punir sévèremenl les coupables, ce qui ne feroit tas de bien à votre ferme.
Comment se justifia Riquel ? En alléguant la nécessité, fout ce que je pujS en ce pays-là, répondit-il, c\ si opposeï
le meurtre au meurtre et y vendre autant de sel qu'il me sera possible... Les meurtres en Roussillon sont familiers comme le pain et le vin. Le voisin tue le voisin, et le frère le frère. Enfin, toutes les puissances humaines ne sauraient empêcher que ces sortes de gens s'entre-tuent ; et de là vous pouvez inférer que les gardes des gabelles sont sujets au même sort... Les employés en ce pays-là sont toujours sur leurs gardes : ils tuent comme on les tue, et c'est seulement de cette manière que la gabelle y peut être exercée '.
Après plusieurs années de troubles, d'assassinats, d'exé- I ridions sanglantes, les miqueletsdu Valespir et du Roussillon finirent cependant par se soumettre, et la gabelle, cet impôt inique qui fixait aux populations le sel qu'elles devaient acheter, triompha.
L'intendant du Languedoc écrivait, le 26 juin 1669, à Colbert que les modifications onéreuses apportées par lîiquet à son premier plan devaient donner confiance en lui et prouvaient son désintéressement. Comment en douter en lisant ces lignes empreintes de tant de bonhomie et d'enthousiasme ? « Mon entreprise est le plus cher de mes enf'ans ; j'y regarde la gloire, votre satisfaction, et non pas le profit. Je souhaite de laisser de l'honneur à mes enfans, et je n'affecte point de leur laisser de grands |j biens...» Dans une autre lettre, exprimant la même idéej| d'une manière plus louchante encore : « Je regarde. " disait-il, mon ouvrage comme le plus cher de mes enfans : ce qui est si vrai, qu'ayant deux filles à établir, j'aime mieux les garder encore chez moi quelque temps et employer aux frais de mes travaux ce que je leur avois des-
1. Archives du canal du Midi, citées par M. Guibal dans l'/rm- Paulde Hiquet , étude historique [l<<'ri/>" tic Toulouse, d'avril lSfifi).
tiué pour dot. i II fallut cependanl chercher de nouvelles ressources, el les alternatives d'angoisse et d'espérance, 1rs tribulations ne manquèrent pas.
Les exorbitantes dépenses que j'ai faite- en mes travaux, écrit Riquet en 1(560, m'ont mis dans un étal de disette d'argent inconcevable; mais je me vois hors de toute misère au moyen des 500,000 li\ res prêtées par les états), et je ne doute point de sortir heureusement de mou entreprise dans le temps que je vous l'ai promis, c'est-à-dire l'année prochaine; ou du moins en ce temps-là il y aura fort peu de choses à faire, el ce ne sauroit être que quelques bâtimens reculés, faute de matériaux. Par un mot, monseigneur, mon travail est toute ma passion, j'en dois souhaiter l'achèvement parfait pour me satisfaire moi-même et pour fermer la bouche à l'envie, qui ne sauroit s'empêcher de s'en prendre à la moindre apparence de vertu1.
Justement désireux de voir achever l'œuvre qu'il considérait comme « la plus grande du règne et la plus avantageuse au public, » Colbert avait envoyé en Languedoc un ingénieur de confiance, de La Feuille, charge de hâter l'exécution des travaux. « Encore que je me fie entièrement à vous, înauda-l-il alors à Riquet, il sera toujours bon et avantageux pour vous d'avoir une personne de la part du roi sur les lieux, pour être témoin oculaire de la chaleur et du zèle avec lequel vous exécutez celte grande
1. Deppin,^ . Correspondance administrative sous Louis XIV; t. IV, p. 28. — Depping a publié huit lettres de Riquet à Colbert. La première est du 20 décembre 1664, la dernière du laï mars 1669. D'autre part, le livre des Canaux de navigation de La Lande contient neuf lettres île Colbert. que j'ai reproduites dans le tome IV des Lettres ilr Colbert. Enfin, on trouve quelques lettres de Colbert et de Riquet dans Y Histoire du canal du Languedoc, par les descendants de Riquet.
entreprise. » Riquet se, sérail bien passé de ce surveillant, au sujet duquel il écrivil à Coîbert :
J'en reçois tant de caresses, tant d'assurances du bon étal de mes travaux, que je le croirois mon ami, si l'on ne m'assuroit du contraire. Je l'ai toujours prié de me dire s'ilconnoissoit quelques défauts, à mes travaux, que j'étois homme sans contradiction, et que je n'avois nulle répugnance à faire ce qu'il me diroit... En vérité, il a grand tort s'il est mon ennemi; je ne lui en ai donné nul sujet, et peut-être jamais homme n'a été porté à bien faire comme je le suis dans mon entreprise- J'en ai donné d'assez grands témoignages par ce que j'ai fait et ce que je fais journellement au delà de mes obligations, qui monte à des sommes immenses; ce qui obligea le sieur de La Feuille de me dire un jour qu'il avoit été envoyé pour <'lrr mon espion, et qu'il et oit obligé d'être ma bride pour couper chemin aux inventions que je trouvois et qui me coûtoient de l'argent. Le souvenir de ce discours me persuade qu'il ne me nuit en rien auprès de vous. Vous devez le savoir, monseigneur.
11 s'agissait, on le voit, d'empêcher les changements deplan qui ralentissaient les travaux, en reculaient l'achèvement et obéraient l'entrepreneur. En même Bfemps, dé La Feuille était chargé de tenir la main à la solidité des ouvrages et à l'exactitude des hauteurs et longueurs déterminées. Une lettre de Colbert du 15 novembre 1668 constate qu'il y avait alors sur les chantiers six mille cinq cents hommes el cinq cents femmes, payés en moyenne 12 sous par jour, c'est-à-dire environ 3 francs d'à présent '. • "est à cette époque qu'un sieur Delafond, visitant h-s travaux, se permit de les critiquer en dénigrant ouverte!
]. En Picardie. à la même époque; on donnait aux hommes chargé de travaux analogues, m sous, et aux femmes 6 sous par joue.
LE CANAL DU LANG1 EDOC. m
ment l'idée du canal: le ministre l'apprit, le blâma sévèrement « (l'avoir agi de la sorte dans une affaire d'aussi grande conséquence que (•••Ile-là, » el l'obligea c\ tait sans doute quelque officier de finances) de retourner sur les lieux pour proclamer lé contraire de ce qu'il avait dit '.
Sur ces entrefaites, un agenl de Riquet, François Aniliï'ossy, publia une carte du canal du Languedoc qui était précédée d'une épitre à Louis XIV, se terminanl par ces mets : « Voire majesté me permettra que je nielle à ses pieds le plan que j'ai tracé de ce prodigieux ou-