‹ Histoire de Colbert et de son administrationChapitre 72 sur 110 · M. Rousset, loe. cit., t. II, passim · texte numérisé non relu

M. Rousset, loe. cit., t. II, passim

2. Voir mon ouvrage, Le gouvernement de Louis XIV de 1GS3 à 1689, p. 108.

qui volent le roi : perdant, par ses brutalités et ses exigences, les fruits de cette campagne de 1672, si glorieuse au début; plus tard, faisant exécrer le nom français par les horreurs ordonnées dans le Palatinat; plus tard encore, traitant 1rs protestants fidèles à leur culte comme il avail traité les Hollandais et les Allemands; enfin, partout et toujours, l'homme de la violence, des persécutions, et, suivant sa propre expression, des dernières extrérm

Qui pourrait dire 1rs beaux jours dont le règne de Louis \1\ eùl été témoin si Colbert avait conservé l'influence des premières années? Au lieu de cela, il fut, vers la fin de sa vie, une gêne, un obstacle, et l'heure vint où, grâce aux insinuai ions malveillantes, le ministre se vit soupçonné même dans son honneur. En veut-on la preuve ? Le 1 ï lévrier 1680, Louvois écrivait à Louis XI Y : « Les intérêts de votre majesté m'ont paru si Tort lésés dans ce qui se passoit à Toulon le mois de décembre dernier, que j'ai cru être de mon devoir de le notifier à voire majesté... » Puis, après quelques détails dont il résultait, suivant lui, qu'un père minime de Toulon avait des paris d'intérêt dans quelques travaux exécutés à l'entreprise, il terminai! en disant : « Personne n'ose avertir Mgr Colbert, ni Mgr Seignelày, de crainte de se faire des affai avec le susdit père. »

Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour!

avail dit .Molière quatorze ans auparavant. Au lieu de prévenir directement Colbert, qu'il voyait ions les jours, Louvois le dénonçait perfidement au roi. Au bout de quelque temps, ce fut la comparaison de la dépense pour les fortifications des places de Flandre avec celle des travaux de

Versailles. On verra bientôt les suites de toutes ces manœuvres. Il est vrai que huit ans après, victime à son tour des lassitudes royales, le secrétaire d'État de la guerre devait expier durement son incorrigible hauteur: mais, en ce qui touche Colbert, le mal était fait, le coup était porté, et il ne pouvait s'en relever.

Grande importance de Colberl après la mort de Mazarin. — Sa prédilection pour la propriété territoriale. — Énumération de ses terres. — Le marquisat de Seignelay, le château et la manufacture de draps. — Établissement d'une foire de bestiaux .1 Sceaux. —Goût de Colbert pour les livres et les collections.—Acquisitions de manuscrits. — Ordres donnés a Baluze par Colbert, pour la conservation de sa bibliothèque et de tous les Mites de son administration. — Recommandations abusives de Colbert aux magistrats. — Chronique contemporaine .-ur sa conduite privée. — Complaisa <•> pour Louis XIV .alternatives de laveur et de disgrâce. — Le roi va voir Colbert malade. — 1. p ess 0 de ses regrets i la mort de Mme de Seignelay. — Colbert. n'a pas eu d'amis. — Lettre spirituelle au duc d'Enghien. — Vive affection de Colberl pour -: i iférence pour Croissy. — Soins apportés à l'éducation de seils incessants a Seignelay et à son gendre, le dur de Morteraart. — Sa préoccupation constante pour la fortune de sa famille. — Un de ses fils, chevalier de l'ordre de Halte. — Un autre fils, d'Ormoy, surintendant >\f> bâtiments. — Reproches que Colbert lui fait sur sa négliîl est remplace â la mort de son prie— Intéressante lettre de Colbert

aux échevins de Reims, a l'occasion du mariage de ses filles. — Ses exiu :es

pour le mariage de d'Ormôy. — Son immense fortune. — Gratifications reçues par lui et le> siens. — Il sollicite a Rome des dispenses de bulle-.

In des accidents heureux dans la vie de Colbert, ce qui fit sa fortune et lui permit de jouer un si grand rôle, ce fut la mort précoce de Mazarin. Tant que celui-ci vivait, impossible de monter plus haut; mais, à sa mort, son ancien intendant devint, avec les apparences de la subor-

dination la plus complète, une sorte de premier ministre. Pendant dix ans, rien ne se fit et personne n'arriva que par lui. a Les jours qu'il donnoit audience, dit un contemporain, les maisons des autres ministres ressembloient à des solitudes 1 . » Successivement intendant et membre du conseil royal des finances, surintendant des bâtiments, contrôleur général, commandeur et grand trésorier de l'ordre du Saint-Esprit, secrétaire d'État de la marine, il eut, sauf la guerre, l'administration tout entière dans la main. On raconte enfin, sans aucune preuve d'ailleurs, qu'il avait rêvé la simarre, et qu'en 1677, à la mort du chancelier d'Aligre, il prétendit le remplacer ; mais déjà la faveur avait tourné, et c'est Le Tellier qui fut nommé. Qu'on ajoute à cela une fortune immense, de grandes et belles terres dans plusieurs provinces, ses enfants, ses frères, ses amis, ses créatures dans les postes les plus importants.

Un de ses frères lui écrivait un jour pour avoir son avis au sujet d'un placement projeté sur la ferme des gabelles. « Comme les familles ne se peuvent bien maintenir que par des établissemens solides en fonds de terre, lui répondit Colbert, je vous conseillerai toujours de pli votre argent en cette nature de biens. » Et il ajoutait, avec sa prudence habituelle : « Mais vous savez qu'en ces sortes d'occasions , le meilleur conseil qu'on puisse prendre est de soi-même. » Or, ce que Colbert conseillait, il le faisait pour son compte. On a l'inventaire de sa fortune, et la propriété territoriale y tient une très-grande place. Outre le marquisat de Seignelay et la terre d'Ormoy

1. Mémoires pour servir à l'histoire. D. M. R. Imprime l'an 10(18. p. 142.

AFFAIRES ÎT.IVKI'.S ET DE FAMILLE. 419

-il Bourgogne, donl deux de ses fils prirent les noms, il possédai! le marquisat de Chàteauneuf-sur-Cher et la baronnie de Lanières dans le Berri , les terres de Pezcoux et de Chanceaux dans le Maine ; de Sceaux, Châtilloh et Plessis-Piquet, près Paris ; d'Hérouville et de Blainville en Normandie, de Saint-Julien-sur-Sarthe, une infinité d'autres terres de moindre importance, plusieurs maisons, soit à Paris, soit à Bourges, où il avait acquis l'hôtel de Jacques Gœur, qu'il revendit ensuite àla ville. Les constitutions de rentes énumérées dans le même inventaire sont aussi fort nombreuses. L'administration de tanl de biens fut nue lies principales distractions de sa vie. Diverses lettres au bailli de Seignelay, le sieur Poursin, en sont la preuve. On se plail à voir le ministre chargé de si grands intérêts descendre <lrs hauteurs et entrer, propriétaire vigilant, dans ions les détails que comporte la reconstitution d'un grand domaine. Situé sur un coteau d'où la vue embrassait la vallée du Serain, le château de Seignelay, remontant à Charles VI et auquel était annexée une chapelle desservie par quatre chapelains à la collation du seigneur, avait maint: s fois, pendant les guerres civiles, servi de refuge aux habitants du village. Ses moyens de défense étaient tels qu'ils permettaient de soutenir un siège. Du haut des tours, on distinguait par un temps clair la cathédrale de Sens, ce phare splendide élevé par la piété du moyen âge dans la contrée dont il est l'orgueil. Quand, en 1657, Colberl lit l'acquisition de cette baronnie, la plus importante du comté d'Auxerre et qui donnail entrée aux Étatâ de la province, les vieux murs féodaux étaient bieu délabrés et les terres pitoyablement tenues. Quelle ardeur il mita reconstruire «on château, à endiguer sa rivière, à {•eupler ses bois de gibier, à restaurer ses fours, à rétablir

ses fourches patibulaires, les quelques lettres adressées au bailli de Seignelay nous l'apprennent. Un architecte renommé, Le Vau, fut chargé de la restauration des. bâtiments, et le fameux Le Nôtre des jardins. Deux parcs, le grand et le petit, contenant huit cents arpents clos de murs, furent percés de superbes allées. Mais écoutons le maître même sur ces divers travaux qu'il suit et active de son cabinet. « Je vous prie de presser toujours les entrepreneurs, tant pour les ouvrages de mon château que pour ceux de mon moulin, écrit-il le 4 septembre 1658... Lorsque. M. Le Vau ira sur les lieux, il résoudra toutes choses avec vous pour la chapelle, moulin à draps, colombier... Puisque vous trouvez quelque difficulté, à faire choix du lieu pour le rétablissement de mes fourches patibulaires, nous le résoudrons ensemble lorsque je serai sur les lieux.. . Je suis bien aise que vous ayez fait marché de la couverture de mes fours et que vous ayez fait remettre ma rivière dans son ancien canal. » Puis, à diverses dates : « Je vous prie de dire aux fermiers généraux que j'ai été fort surpris d'apprendre le procédé de leurs fermiers particuliers, et que je ferai donner des coups de bâton à ceux qui enverront des pêcheurs dans ma rivière... La première fois que je pourrai être huit ou dix jours à ma terre, il me faudra faire rendre son foi et hommage des fiefs qui relèvent de moi... Je ne doute point que vous n'ayez l'œil ouvert pour découvrir ce que sont devenus les i dont vous n'aviez point connoissance lorsque nous les avons examinés ensemble; vous savez assez combien cela est important pour remettre ma terre en son ancienne beauté... » Dans d'autres lettres, Colbert commande de veiller à ce que les travaux d'une écluse soient faits de manière à durer éternellement, d'acheter, d'échan-

ger, de planter. Mais parfois la dépense le rebute, el il voudrait bien rire au bout. Cependant il autorise son régisseur à prêter de l'argenl à ceux <|ui témoigneront le désir de l'employer pour quelque trafic el qui paraîtronl aptes à le faire utilement. Il voudrait aussi qu'on les poussât à s'instruire, à travailler. « Que \1. le curé fasse bien son devoir, qu'il excite, comme il y est obligé, mes habitans à être gens de bien, et prenne garde que les enfans soient bien instruits, e1 j'aurai soin de lui. • On a là l'honnête homme faisanl iè bien pour le bien : voici le ministre : «Ce qui me réjouil le plusesl l'assurance que vous me donnez que la manufacture des draps commence à s'établir dans mon bourg. 11 faut, sur toutes choses, que vous appuyiez ceux qui j travaillent el que vous excitiez mes habitans à envoyer leurs enfans apprendre à filer les laines, leur Faisanl comprendre qu'il n'y a rien de si avantageux pour eux et qui puisse mieux contribuer à les mettre à leuraise. » Efforts éreux, dont les résultats ne répondirent pourtant guère

à ses désirs el qui lui occasi èrenl bien des mécomp1

.Mai- la terre de Seignelay devint, grâce à tanl de dépenses et de soins, la plus belle d'une contrée qui en possédait de magnifiques. Au mois de janvier 1661, le roi avait joint au titre de baronnie le droit de justice e pêche sur l'Yonne1; en 1668, il érigea la baronnie en marquisat, i res délivrées à cet effet constatenl

d'une main ante la faveur dont jouissail alors

Colbert2. On peu plus lard, son fils aîné devenait le pos-

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