‹ Histoire de Corot et de ses uvresChapitre 29 sur 48 · KL · texte numérisé non relu

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(Fig. 162). — Souvenir du lac d'Albano.

douce hospitalité ». Par la suite de cette lettre on voit qu'il abandonnait libéralement une partie de ses études derrière lui, entre les mains de confrères ou d'amateurs jaloux de s'assimiler un peu de son talent. Il termine, en effet, par ces mots : « Voilà le moment des visites à l'atelier pour voir les études. Si vous pouviez faire dire à Menn qu'il serait bien aimable de redemander à M"c Tintine les études, ainsi qu'à Berthoud de Lausanne, qui en a une, et à Scheffer... ».

Avant de reprendre tout à fait ses quartiers d'hiver, il fait une apparition à Fontainebleau. Une lettre à Dutilleux (10 novembre 1859) nous l'apprend et nous instruit aussi d'une nouvelle pointe vers Arras. « Ce sera vers la fin novembre. Au surplus, je vous écrirai vers l'époque pour vous dire le jour, pour que la compagnie du génie soit là, musique en tête. » Il a toujours le mot pour rire.

Par exemple, il recouvre son sérieux quand l'art est en jeu. Sa

plume rencontre les plus touchantes expressions pour exhorter de loin ses élèves. « Courage! Avec un travail persévérant, assaisonné d'amour, on triomphe. » Ce conseil est pour Brandon (i). Le suivant s'adresse à Auguin : « Je me permettrai de vous recommander la plus grande naïveté à l'étude. Et faites bien comme vous verrez. Confiance en vous ; et la devise : Conscience et confiance » (2). Un journaliste lui ayant un jour demandé un résumé de sa doctrine, Corot lui envoya cette profession de foi succincte : « Dans la carrière d'artiste, il faut conscience, confiance en soi et persévérance. Ainsi armé, les deux choses, à mes yeux, de la première importance sont l'étude sévère du dessin et des valeurs » (3).

La forme et les valeurs : voilà donc l'essentiel. La couleur et l'exécution sont, pour Corot, des qualités secondaires et tout à fait subjectives. Chacun voit la couleur à sa manière et exécute selon ses moyens. Qu'importe, pourvu que le dessin soit établi avec exactitude et les rapports de valeurs scrupuleusement observés. C'est le Credo du maître que nous livre un feuillet d'album {F/g. 166) sous la forme suivante :

« Réflexions sur la Peinture. »

« Les deux premières choses à étudier, c'est la forme, puis les valeurs. Ces deux choses sont pour moi les points d'appui sérieux dans l'art. La couleur et l'exécution mettent le charme dans l'œuvre. »

Au point de vue de la pratique, Corot croit préférable de commencer un tableau par les masses les plus vigoureuses et de détailler progressivement les valeurs depuis la plus foncée jusqu'à la plus claire. Il a développé cette idée en ces termes :

« Il m'a paru très sérieux de préparer une étude ou tableau en commençant par indiquer les valeurs les plus vigoureuses (en supposant que la toile est blanche) et continuer en suivant avec ordre jusqu'à la valeur la plus claire. J'établirais depuis la valeur la plus vigoureuse jusqu'à la plus claire 20 numéros. Ainsi votre étude ou tableau serait établi avec ordre. Cet ordre ne doit nulle-

(1) Lettre du 27 novembre 1858.

(2) Lettre du 20 août 1859.

(3) Victor Frond. Panthéon des illustrations françaises au XIX" siècle.

(Fig. 163). — Orphée. Salon de 1861.

Fig. 164. — Le lac. Salon de 1861.

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(Fig. 165). — Croquis avec notation des valeurs par des cercles et des carrés.

ment gêner ni le dessinateur, ni le coloriste. Toujours la masse, l'ensemble, ce qui nous a frappés. Ne jamais perdre la première impression qui nous a émus. Le dessin est la première chose à chercher. Ensuite, les valeurs, — les rapports des formes et des valeurs. Voilà les points d'appui. Après, la couleur; enfin, l'exécution. - - Voulez-vous faire une étude ou tableau : i° appliquez-vous à chercher la forme en conscience. Après avoir fait tous efforts d'application, passez aux valeurs. Cherchez-les avec la masse. Conscience. Un bon moyen à suivre : si votre toile est blanche, commencez par le ton le plus vigoureux. Suivez l'ordre jusqu'au ton le plus clair. 11 est très peu logique de commencer par le ciel. »

Le moindre croquis de Corot révèle la préoccupation simultanée de la forme et des valeurs. Comme il est malaisé d'obtenir en quelques coups de crayon les oppositions nécessaires, il a adopté une notation conventionnelle. Un cercle indique un clair et un carré un noir. La dimension de ces signes est proportionnée à la progression des valeurs {Fig. 165). L'intelligence de cette sténogra-

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