LIVRE CINQtJliME. 29g
soldats, opposés à ceux de Cromwell, n'étaient que des bigots combattant des fanatiques. Les Écossais tremblaient devant leurs ministres, tandis que chaque soldat de la secte des Indépendants se croyait inspiré pour lui-même , et justifiait par sa valeur ce que son enthousiasme lui promettait. La présence de Charles aurait pu encourager Tarmée; mais la défiance des ministres ne laissait pas même à ce jeune prince le droit de combattre. Charles ayant voulu (i) charger en personne , le général Lesley le menaça de quitter le commandement s'il ne se retirait aussitôt.
Cependant Crom well , qui manquait de vivres et ne pouvait en recevoir quie par mer , tantôt se repliait vers Dunbar, tantôt revenait sur Édinbourg. Lorsqu'il paraissait reculer, les ministres triomphants célébraient (p) le bras de Dieu et qui jette l'épouvante au cœur des a ennemis, et les met en fuite, sans qu'ils soient et poursuivis. » Les généraux écossais demeu*
(i) Whitelocke's memorials, p. 45^.
(7) The Parliamentary histoiy, ▼. xix^ p. 33o.
raient inébranlables^dans leur résolution de ne point combattre. Ils eurent aussi Tari d'amuser Cromwell par des propositions de paix.
Cromwell, accoutumé à de rapides victoires s^irritait de l'inaction de cette campagne. Il provoquait lui-même les avant -gardes ennemies avec autant d'impatience que de courage. Un jour (i) un soldat ennemi qui le reconnut, ayant fait feu sur lui, sans l'atteindre; CromweU dit à ce maladroit : « Si tu étais un de mes sol- « dats, je te ferais punir pour m'avoir manqué c en tirant de si près. » Après beaucoup de marches et de coups de canon inutiles , Cromwell se retrouvait près d'Édinbourg sans avoir pu entraîner au combat l'ennemi, dont le nombre et la confiance augmentaient chaque jour. Vaay mée anglaise se ruinait par la disette et les maladies. Cromwell fit sa retraite sur Dunbar^ avec la résolution de se fortifier dans cette ville, et peut -être même de retourner en Angleterre. Il essuya dans cette marche deux
(i) Whitelocke*8 memorials, p. 453.
LIVRB CINQUIEME. 3oi
attaques de la cavalerie écossaise. Les généraux écossais, qui connaissaient Cromwell et son armée, se trouvaient heureux de lui faire abandonner l'Ecosse ; mais les ministres presbytériens x65o. voulaient lui couper le passage et anéantir son armée. Leur confiance était extrême. L'armée écossaise, fortifiée de trois régiments nouveaux, occupait toutes les hauteurs qui environnent Dunbar; et elle enfermait l'armée de Cromwell, réduite à dix mille hommes. Jamais la fortune de ce général ne fat en plus grand péril. Il faut l'entendre parler lui-même (i). «L'ennemi « ayant sur nous tout l'avantage, nous approcr châmes de lui , connaissant bien notre infé- « riorité et ne pouvant nous défendre des fai- « blesses de la chair, mais notre foi tirait « sa consolation de l'appui du Seigneur même ; « nous espérions à cause de leur multitude <t et de notre faiblesse. Il nous semblait que ^ nous étions sur la montagne et que le Seiçt gneur se ferait voir , et qu'il nous ouvrirait ce une voie de délivrance et de salut. Ainsi
(i) The. Parliamentary history, v. xix, p. 34 S*
3oa HISTOIRE DE CROHWSLL.
« nous avions nos consolations et nos espèce rances. » Il paraît , d'aprçs tous les récits , que si les Écossais s'étaient bornés à garder les hauteurs et à fermer tous les passages , ils auraient forcé Farmée de Cromwell à se rendre par famine , ou à les attaquer avec un désavantage insurmontable. C'était Fopinion du général Lesley; l'ardeur des ministres l'emporta. Burnet rapporte que Cromwell , apercevant une grande agitation dans le camp des Écossais , s'écria : « Dieu les livre dans nos « mains; les voilà qui descendent » Dans sa lettre au parlement, Cromwell (i) raconte luimême qu'ayant remarqué le mouvement des Écossais qui se portaient sur leur aile droite , et qui étendaient du côté de la mer une grande partie de leur cavalerie , il dit au général Lambert que cette disposition lui paraissait offrir une facilité pour attaquer l'ennemi. Lambert avait eu la même idée, et ils remercièrent le Seigneur de leur avoir communiqué à tous deux à -la -fois cette inspiration.
(i) The Parliamentary history, y. xix, p. 346.