‹ Histoire de Cromwell (volume 2)Chapitre 2 sur 160 · VI OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

VI OBSERVATIONS

autre côté, Voltaire, dans Tune des parties les plus belles et les plus animées de son Essai sur les Mœurs ^ dans l'esquisse qu'il a tracée de la révolution d'Angleterre et du protectorat, a su renfermer en un petit nombre de pages les vues les plus profondes, quoique naturelles, et prodiguer avec choix ces touches vives et sures qui peignent à nu les intérêts, les convictions , et les singularités des partis ; mais ces deux grands hommes, supérieurs aux célèbres historiens de F Angleterre, paraissent sur plusieurs points avoir rencontré le vrai, moins par l'exactitude des recherches . que par cette première vue du génie, qui ne trompe pas. En effet, il y a dans la sagacité d'une haute intelligence quelque chose qui supplée souvent à l'exacte investigation des faits , et qui devine la vérité , en attendant qu'on la prouve ; et ce ne sera pas le moindre intérêt de notre travail, de voir plusieurs observations que ces grands écrivains avaient sabies d'un

PB^LIKIITAIKES. VU

coup-d'œil , lentement justifiées par des autorités dont ils ne connaissaient pas l'existence. Voltaire a ridiculisé les sectes que Bossuet a frappées d'anathéme. Ces deux dispositions de l'esprit ne sont pas sans inconvénient pour l'histoire. L'emploi du ridicule, lors même qu'il parait tenir à une raison supérieure qui s'élève au-dessus de ce qu'elle raconte, peut altérer les faits, en ne laissant plus concevoir l'importance qu'ils ont eue dans l'opinion des contemporains. Les superstitions et les bizarreries des sectes formant le caractère de la révolution anglaise, et expliquant seules le pouvoir des hommes qui ont dominé à cette époque, tous les détails de ce genre doivent être conservés avec une sérieuse exactitude. On le conçoit d'ailleurs ; dans un sujet qui, traité de nos jours, semble trop favoriser le puéril intérêt des allusions contemporaines, l'écrivain impartial était naturellement conduit à brouiller les ressemblances et à déconcerter les souve-

VUI OBSERYATIOirS

airs pair ces gratides diversités de religion^ de mœurs, de coutumes, de traditions natio* nales, qui font que les mêmes événements, reproduits à une autre époque, ne sont pas la Hiéme chose. Ces conformités extérieures, que paraissaient o£Bnr les Ëdts principaux, s'évanouissent dans la foule des circonstances particulières et locales ; ou si quelquefois une certaine force de ressemblance dans les évé* nements et dans les passions , prédomine sur tous . ces accidents de mœurs , de pays , de religion, soigneusement conservés, U en résulte alors un intérêt purement historique, qu'il n'eût pas été plus permis de sup|mmer que de chercher avec effort. Ainsi, une bienséance nécessaire exigeait avant tout, dans le sujet que je traite , le soin curieux des détails et la scrupuleuse copie des mœurs ; et pour être toujours fidèle, il a fallu souvent que le récit devînt trop exact et presque minutieux, La religion et la liberté, ces deux sources

FRililBCIITAIBES. IX

des grandes choses panni les homines, o&t également contribué à la révolution anglaise. Car ce serait une erreur de croire cette ré*volution uniquement religieuse , et de cher*cher toutes ses causes dans ce qui fit son car ractère. En jetant les yeux sur l'histoire du peuple anglais , en voyant que cette nation , si fière de ses lois , porta les jougs les plus humiliants et les phis durs ; que long-temps , abusant contre sa liberté de la forme même de son gouvernement, elle mit dans les lois la tyrannie qui naissait ailleurs de l'absence des lois , et fiit esclave par ses représentants. Lorsque Ton parcourt les règnes de Henri YIII , de Marie et d'Elisabeth, et qu'on voit la réforme amener d'abord un excès de tyrannie morale, et une usurpation des lois sur la con*science, dont l'histoire n'offife aucun exemple ; on aperçoit sans peine , dans cette longue contradiction entre les institutions et l'usage qu'on en faisait, les causes des troubles civils,

X OBSERTATIOirS

qui 9 préparés sous tant de règnes, éclatèrent sous le prince le plus juste et le moins intolérant. Mais, si les efforts et les excès de la liberté devaient sortir de ce long amas de lois arbitraires qui avaient pesé sur les Anglais, en leur donnant par les formes l'idée du droit qu'elles violaient par le fait, on conçoit également que cette réforme religieuse , établie et combattue tour-à-tour par des échafauds , et que les Rois avaient cru livrer aux peuples à la place de la liberté , devait rentrer dans tous les débats politiques, les envenimer de ses haines, et leur communiquer la violence de son origine , et l'obstination de ses longs combats. Ainsi, dans ce mélange de la religion et de la liberté , chacune d'elles agissant avec une force égale , les idées les plus hardies se trouvèrent unies aux plus misérables superstitions, les mœurs les plus austères aux plus grands crimes ; c'étaient les hommes pieux qui déclamaient contre les évéques. La sévérité , la

PRÉLIMIirAlRVS. XI

morale , Tesprit religieux , étaient du côté des novateurs ; et le droit divin n'était presque défendu que par des incrédules. Ce singulier contraste , que Ton ne peut trop étudier dans les mémoires du temps, et qui est marqué par les aveux de Clarendon et de Warwick , forme le trait principal de cette époque, et se retrouve dans tous les détails. Le républicain Ludlow , esprit violent , mais plein de force et de sagacité, accuse (i), dans la même I • page de ses Mémoires , et avec des termes également amers, Charles I^' d'avoir abandonné les Protestants de La Rochelle aux vengeances du cardinal de Richelieu , et d'avoir toléré la publication d'un petit livre sur les Délasse'^ tnents permis le dimanche. C'est que, pour une partie de la nation, la liberté religieuse^ que les Rois avaient tjrranniquement donnée, en détruisant l'ancienne religion de l'état, était

(i) Lndlow's memoin» v. i, p. S.

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