LIVRE PREMIER
leur approche et de leurs progrès , et une résolution énergique suffirait pour les arrêter. Mais la mollesse publique , et Tempressement des ambitions serviles, leur fraient la route; et l'esclavage se réserve ensuite pour excuse la rapidité de leur élévation , qui semble avoir surpris les courages, et prévenu la résistance.
Whitelocke et Maynard » consultés sur le sens légal de ce mot incendiaire , et sur l'application qui pouvait en être faite à Cromwell^ discutèrent la question en légistes et en hommes prudents. Après avoir fait sentir la difficulté de recueillir des preuves suffisantes, et le danger d'une poursuite inutile , ils ne dissimulèrent pas le grand crédit de Cromwell sur la chambre , son talent, sa popularité, et toutes les ressources qu'il trouverait dans luimême et dans ses amis, pour repousser avec avantage une attaque à-la-fois si violente et si vague. HoUes, Stapleton, et quelques autres députés moins formalistes, et plus sincères amis dé la liberté, nièrent cette popularité prétendue qui n'eût été d'ailleurs qu'un motif
^O HISTOIRE DE CBOMWELL.
de plus pour se hâter de perdre Taiplntieux qui voulait en abuser. Mais le comte d'Essex, timide, comme tout homme qui consulte dans un moment de péril, se détermina pour l'opinion de Whitelocke, malgré les prières de ses amis , et sur* tout celles de Holles , qui pénétrait toute Fambîtion de Cromwell , et qui rappelait plusieurs de ses actions et de ses paroles propres à justifier l'accusation proposée.
• Cette vaine consultation, qui ne resta pas ignorée de Cromwell , ne fut pour lui qu'un (i) avertissement de pousser sa fortune en proportion de la haine de ses ennemis, et de leur impuissance avouée d'eux-mêmes.
Il était d'ailleurs pressé par la situation générale des événements; les négociations avec le Roi n'étaient pas ralenties (a), et menaçaient de finir par un traité qui , fôt*il injurieux à la couronne, aurait arrêté la révolution au moins
(i) Whitelocke'6 memonals of the english affaire > p. xi4*
(a) Idem^ p. 114.