‹ Histoire de Cromwell (volume 2)Chapitre 84 sur 160 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

par des &natiques qui, la plupart, croyaient faire une œuvre sainte. En lisant les détails de |a condamnation que subit, quelques années après , le solliciteur - général Coke , qui , chargé, de. porter la parole contre Charles, semble avoir plus de part dans le crime que les juges; on voit que cet homme était dominé par une imagination ardente et mystique. Milton, le plus éloquent des fanatiques, a tracé un magnifique portrait de Bradshaw, président de la Haute-Cour. L'histoire ne peut reconnaître en lui qu'un dur légiste, qu'un impitoyable sectaire , instrument d'une politique qu'il ne comprenait pas. On a répété plus d'une fois que Charles, ayant récusé la juridiction de la Cour, ne se défendit pas contre l'accusation même. Mais aucune réponse ne pouvait être plus forte et plus légale que ce seul mot du Roi (i) : Je ne 'vois pas ici de chambre des pairs ^ et à! ail" leurs je fais moi - même partie du parle^ ment. Ce fut le 20 janvier que Charles pa-

(i) Procès de Charles I", p. i5.

aïo HiSToms bs cromwell.

rut pour la première fois devant ses juges.

Le )eii()einaîii , Cromwell , Ifeton , et les autres canimissaires , observèrent un jeûne à White-Hall. Ils entendirent les prédications de trois ministres. Hugfa Peters, l'un de ces fanatiques', avait pris pour texte ces mots de récriture : « Enchaînez vos Rois, et mettes vos nobles dans les fers » ; et la véhémence avec laquelle il montrait' les Rois punissables, comme les autres hommes (i), fit plus d'une fois sourire Cromwell

Tandis qile les plus fiirieux prédicateurs étiaiient déchaînés contre le Roi , un comité , où se trouvaient Ireton et Cromwell , fut chaîné de faire saisir la réclamation des ministres presbytériens en faveur du Roi. La chambre des communes inspirait et secondait en tout la Haute- Cour. Pendant le procès, elle abrégeait sei séances, pour dbnner à ceux de ses membres qui étaient commissaires de la Haute -Cour, le temps d^assister aux deux assemblées.

(i) Kxact narrative of the trial of the régicides, p. i68.

LiTEE thoisisme* an

La 92 et le d3 janvier , le Hoi reparut en présence 4e ses juges. Il éprouva toutes ces humiliations haineuses > que l'esprit démocratique se plaît à verser sur la grandeur abattue. Le présidept Bradsbaw Tinterrogeait avec 1648. toute la dureté de son fanatisme. Cependant 1649. il affectait de lui conserver le titre de Boi. Contredit , interrompu , gêné dans sa défense^ Charles montra beaucoup de force d'ame e):

d'éloquence y et il étopoa fes juges par son inflexibilité à méconnaître l'autorité de leur iTÎbunal. «

Le Boi ue fut ramené devant la Haute-Cour, que pour entendre la lecWe du jugement On fit l'appel dm jugei, qui sa trouvèrent réduits au nombre de soixantendix. Lorsque le nom de Fair&x fut prouoncé 9 une y oh. répondit : // a trop d'esprit pour être ici, Ajx moment où Bradshaw parla de T^iccusation intentée au nom du peuple anglais , la ipéme voix , partie d'une tribune, s'écria ; Pas la dixième partie du peuple. On ordonna de faire feu sur cette tribune. Cette voix était celle de lady Fairlax.

2ia HISTOIRE DE CKOMWELL.

La volonté des Bois, au lit de la mort, i d'ordinaire peu d'autorité sur l'aTenir. Charles, qui touchait à récha£aud, Charles, au moment de recevoir sa sentence de mort, essaya d'assurer les droits héréditaires de son fils.

On voit (i) , par les mémoires de Ludlow, que ce projet présumé inquiéta beaucoup les Républicains; et l'on ne peut douter que le Roi n'ait essayé de l'accomplir dans cette dernière séance, lorsqu'il demanda la liberté de présenter, devant les lords et les communes , une proposition sur un objet qu'il ne désigna point, mais qui intéressait le repos du royaume. Malgré les insolentes répliques que Bradshaw fit à cette prière,* la Haute-Cour, par une certaine pudeur, n'osa point refuser de délibérer sur la dernière demande du Roi. Elle passa dans la salle des gardes, où l'un des membres, M. Brbwn, conjura ses collègues d'accorder au Roi la faculté qu'il demandait. Cromwell (a) repoussa cette opinion avec ou-

(i) Ludlow*8 memoirs, ▼. i, p. a8o.

(2) Exact narrative of the trial of the régicides, p^ 168.

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trage ; il pressa la Cour de faire son devoir , sans se tourmenter davantage. Durant le reste du débat , il témoigna son impatience par un sourire de pitié, et des gestes de dérision.

La demande du Roi ayant été promptement écartée , le président rentra dans la salle ; et après une longue harangue , il déclara Charles traître, tyran et meurtrier; il fit hrei la sentence , et tous les mçmbres se levèrent en signe d'adhésion. Lorsque l'on recueille les détail^ de cet affreux moment où Charles, déchu de sa dernière espérance, est entraîné loin du tribunal auquel il adresse encore des protestations entrecoupées, on a devant les yeux le plus triste exemple des catastrophes humaines. Pour les âmes un peu élevées , il n'est pas de plus intolérable image que cette dégradation de la puissance et de la vertu, tombées si bas que l'on craint de leur faire une dernière injure , en leur accordant toute la pitié qu'elles inspirent.

A la sortie de Westminster , le Roi fut pourr suivi par les cris insultants que poussaient des soldats apostés. « Pauvres gens» dit- il, pqur

Sl4 HISTOfKE Dt CROMWELL.

ir un pen cf argent, ils en femiefit autant à « leurs chefs. » Quelcjues-uns de ces misérables lui ayant craché à la figure, il tie répondit que par le noTti de son Dieu, qui avait subi le ittémc outrage. ATânt de se Séparer, la Haute-Cour avait fixé l'eiécution de la sentence au 3o janvier. Utt si coiU't délai he permettait aucune tentative Csivorable. Dans la stupeur où la nouveauté d'un tel attentat jetait tous les esprits, Tauibassadeur (i) de Hollande obtînt seul une audience extraordinaire , dans laquelle il % au parlémetit des représentations inutiles.

Ou a dit que d'autres efforts aVàiettt été tentés auprès de Cromwell. Un <îolonel, son parent, Sir John Cromivell, pénétra jusqu'à lui, le lendemain de la sentence, et retraça vivement à ses yeux l'horreur du crinie qui se préparait. CromweD , alléguant le vœu de l'armée, la volonté visible de la providence, et ayant ajouté qu'il avait lui-même prié et jeûné en faveur du Roi, mais que le ciel n'a-

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(i) The Parliamcntary hwtorj, v. xtjii, p. 5/i5.

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