‹ Histoire de Cromwell (volume 2)Chapitre 91 sur 160 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Haimlton ne mourut pas avec moins de courage , victime d'une fidélité méconnue jusqu'au moment où elle (ut attestée par son supplice. Voltaire raconte que la vengeance 1648. de Cromwell, animée par ime jalousie d'amour, détermina la perte de lord HoUand, qui , malgré sa désertion récente , conservait de nombreux amis dans le parlement. Suivant ce récit, Cromvrell, amoureux de la femme du colonel Lambert, et sachant qu'elle le trahissait pour lord HoUand , se plut à faire couler le sang d'un rival sous les yeux d'une maîtresse infidèle.

(i) Mistriss Lambert était en effet jeune et belle , versée dans la connaissance des saintes écritures, chantant les psaumes avec beaucoup de grâce , et fort occupée de méditations pieuses. Les visites fréquentes que lui faisait Cromwell pendant son séjour à Londres , ont donné prétexte à l'anecdote dont s'est amusé Voltaire , et qui paraît peu vraisemblable.

(i) Memoirs of iht protectoral-honie of Cromwell, ▼. I, p. lat

l3o niSTOlllt: DE CROltWELL.

Dans l'âge de la maturité, dans une vie inquiété et sérieuse, dahs une extrême circonspeclian de conduite , les faibles^s ou les ag-îtatious de Famôur avaient peu de prise sur Cfomwell(r).Clarendon êicplique soh empres- ^ sèment à perdre lord HoUand par des motifs de haine politique, et par le souvenir de queh)t!res propos injurtfe'iïx échappés à ce seigneur.

Là éhaïnbre des communes, qui i^tàiissâit âtors tous tes pouvoirs , se voyant réduite à un n^iAbre très-bbmé , et formant une intolérable oligarchie, rendit plusieurs bilts pôtir feivoriser le retour des membre* exclus par les cRverses éptorations. Cette facuhé, souïàfec ila condition de souscrire les actes (Juî ataienf précédé ht, mort du Roi , ne rameria qu'un petit nombre de âé|(mtés. II y eut aussi quelques élections nouvelles. La chambre, par une exception sans exetnple, se èhargea d'assurer elle-même nu choix qui devait lui être fort précieux. Elle ordomia(a) queBradshaw, ancien

(i) Clarendon's history, p. 57a.

(a) "Whitelocke'fi memorials, p. 37a.

LIVRK QUATRIÈME. l'il

yaçe à Guidehall , siégerait comme député de cette ville , en eoonîdéFation des fonctions ija'û Tenait de remplir dans la Raute-Coiir. Parmi quelques autres députés , nommés par Fétec* ^5^^^ tMMu des comtés, on vit reparaître deux mem* fares de la pairie supprimée.

Cette pèmisnence de la dbamiiire des cornmunes était lem de remplir les espérances du parti démocratique. Toutes les doctrines des mrdeurs, tous tes principes d'uhe représen- . tation ^ale, indépendante et fréquemment renouvelée, se reproduisirent avec fureur, et rânrent assiéger ce parlement perpétuel qui avait tué le Roi , et qui gardait pour lui la royauté. Des pamphlets républicains dénonçaient au peuple les secondes chaines de la Grande-Bretagne. En même temps, la douleur des Royalistes , les regrets et la pitié du grand nombre , s'animaient par la lecture du fiyre &menx attribué à Charles, et qui exprimait les voeux les phis purs potir le bonheur du peuple anglais. Ce livre éloquent inspirait l'horreur contre les meurtriers d'un tel Roi : c'était le testament et la robe sanglante de César.

a3l HISTOIRE DS CROKWELL.

Le nom de rimmortel Milton parut alors dans le monde pour la première fois , et (ut attaché à Tune des plus déplorables prostitutions du génie. Long-temps inconnu , malgré son immense savoir et Tardeur de ses opinions, Milton avait obscurément publié divers pamphlets théologiques, animés de la plus fougueuse démocratie , et quelques poésies charmantes, oubtiées et perdues dans le fanatisme du temps. Aussitôt après le supplice de Charles, il avait justifié ce grand crime par une dissertation sur la responsabilité des Rois. Nommé, près le nouveau conseil d'état, secrétaire-interprète pour la langue latine , qu'il écrivait avec une i-H« rare élégance, cet emploi le jeta plus que jamais dans les passions furieuses des Indépen* dants. Lorsque le livre pubUé sous le nom du Roi , comme une révélation de ses vertus et une image de sa vie, vint soulever la pitié dans tous les cœurs, Milton, réduit à l'odieuse tâche de combattre des sentiments généreux , fit pa* raitre Y Iconoclaste , ou le briseur d'images , annonçant par cette expression les violentes atteintes qu'il portait à la mémoire de Charles.

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