‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 119 sur 131 · LIVRE ONZIÈME. 38l · texte numérisé non relu

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même de l'anarchie. Les soldats en faisaient un cri d'indiscipline. De ce chaos sortaient chaque jour des articles constitutionnels , toujours fondés sur l'exclusion d'une chambre des pairs et d'un Roi. Tous les moyens de gouverner étaient tellement épuisés , que l'on en revint à prononcer le nom de Richard , et que les ofiËiciers songèrent un moment à le rétablir (i). Cette impuissance de fonder l'ordre ou la liberté , paraissant présager le terme prochain de la révolution , quelques esprits adroits , qui devinaient la marche de Monk, pensèrent à la devancer pour l'intérêt de leur parti.

Whitelocke, qui se retrouvait dans les changements divers toujours employé et toujours servant avec modération , vint proposer à Fleetwood de négocier le retour inévitable du Roi, et d'en tirer les meilleures conditions pour lui-même et pour ses amis. A travers les fumées du fanatisme (2), Fleetwood entrevit la sagesse de ce conseil ; il

(i) Lndlow*s memoirs, v. 11 , p. 755.

(a) Whitelocke*» memorialsy p. 69a*

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voulait en profiter ; mais , entraîné par les discours de Vanes et de Desboroug , qui prenaien^ l'excès de leur haine pour une preuve de l'étemelle destruction du trône, il changea d'avis , sous le prétexte qu'il ne pouvait rien faire sans l'assentiment du général Lambert

Pendant les irrésolutions de Fleetwood et l'absence de Lambert, l'indestructible parle* ment reprit ses séances. C'est une chose remarquable que la confiance et la fierté de ces hommes, dans l'exercice du pouvoir qui leur revenait par hasard, et qu'ils avaient perdu tant de fois, sans que jamais la conviction de leur souveraineté parût s'affaiblir dans leur esprit.

Tandis qu'ils rendaient des lois , Monk entrait enfin ^ sur le territoire anglais , et leur écrivait : « J'amène votre armée ; j'ai disposé « de la plupart des places vacantes en faveur « d'honnêtes citoyens , qui sont prêts à périr « pour votre service , et à quitter leurs rangs « à vos ordres. »

Monk ne commandait que 6000 hommes, mais sûrs et fidèles. Lambert se vit abandonné

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par ses troupes, et s'enfuit du champ de bataille pour revenir à Londres, où il fut arrêté par ordre du parlement , avec Desboroug et quelques autres officiers. Monk avança sans obstacle , appelé par les vœux de TAngleterre et les ordres du parlement. Lord Fairfax, désormais favorable à l'intérêt royal , avait pris les armes au nom du parlement, et vint accueillir Monk sur son passage. La noblesse, une grande partie des pairs , qui vivaient obscurément dans leurs terres, le reçurent avec joie , comme celui qui devait détruire la puissance qu'ils craignaient le plus. Les villes lui envoyaient des députations , pour demander la convocation d'une nouvelle chambre des communes. Tel était le mélange et la vicissitude bizarre des intérêts que le long parlement , tout -à- l'heure asservi par l'armée d'Angleterre, aurait voulu maintenant la conserver contre l'armée d'Ecosse, qu'il appelait à son secours. Mais à peine arrivé à St.-Albaus, Monk demanda l'éloignement des troupes qui avaient pris part à la dernière révolte. Le parlement fut obligé de céder , et de se laisser

venger au-delà de ses vœux; et Mpnk, désormais seul maître de Londres , vint prendre ses quartiers à White-Hall. Il aurait pu dans ce 1659. moment se laisser tenter d'une grande ambi* tion. Beaucoup de Républicains , qui avaient plus peur de la contre - révolution que de Fesclavage , s'empressèrent de lui offrir la place de Cromwell. Monk jurait n'en pas vouloir par amour de la liberté. Le spectacle de Londres devait encourager le général dans le dessein qu'il avait formé. La cité inclinait ouvertement au retour du Roi; c'est l'aveu même des Républicains. Ils attribuent dans leurs ouvrages k l'intolérable usurpation de l'armée ce mouvement qui ramenait le triomphe d'une cause si long-temps malheureuse, ce La nation toute entière , dit mistriss Hutte chinson, commençait à jeter les yeux sur le « Roi au-delà des mers(i).» Les Presbytériens,

(1) For this insolent nsurpation of Lambert had so tnmed the hearts of ail men , that the whole nation commenced to set the eyes npon the king ))eyond the sea. Memoirs of the life of colonel Hatchinson, y. u, p. 245.

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