LIVRE OKZIÈME
téger rassemblée , il s'occupa seulement d'y faire rentrer les députés exclus avant la mort du Roi, dont la présence devait changer la majorité , et vaincre la révolution par elle- ^^^ même.
Pendant qu'il conduisait cette mesure décisive , il répétait à Ludlow : Il faut vivre et mourir ensemble pour la république ; et, metr tant sa main dans celle de l'inflexible Haslerig, il jurait de s'opposer à l'élévation de Charles Stuart et de tout autre.
« Qu'ai-je fait, disait-il (i), en introduisant « les membres presbytériens dans la chambre ! or ne sont-ce pas les mêmes qui ont conduit «c le Roi à l'échafaud ; quoique d'autres lui «c aient fait. couper la tête; et cela avec jus- « tice ? »
Cependant le retour des membres exclus en 16489 ce premier triomphe de la justice sur les violences, qui s'étaient renversées l'une l'autre depuis cette époque , amenait sans secousse et sans effort le dénouement . désiré
(i) Lndlo'vr's mémoire, v. u ,' p. 847.
par la nation. La majorité nouvelle, usant du pouvoir absolu dont elle s'était plainte , nomma Monk général de toutes les forces du 1659. parlement , remplaça le conseil-d'état , changea les chefs de la milice , et enfin ordonna la dissolution de rassemblée , et la réunion d^un nouveau parlement. Â travers quelques contradictions, la marche de Monk devenait visible. Le chevalier Booth et les autres chefs royalistes sortaient de prison ; les grades de la milice , long-temps livrés aux factieux , se remplissaient de citoyens paisibles ; et l'étude de Monk était seulement de modérer cette rivalité de zèle et ces abjurations empressées qui précèdent le retour du pouvoir. C'en était assez pour avertir tous ceux qui pouvaient redouter le retour du Roi.
Monk , depuis son entrée dans Londres , s'était appliqué à rassurer par des proclamations les différentes sectes de FAngleterrè , et sur -tout les possesseurs des biens ecclésias* tiques. Au mopient où il abattait le parti des indépendants , il proclamait encore la République ; et ce mot , le seul dont il fît usage 1
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tenait tous les partis en paix, en laissant à chacun ses interprétations et ses espérances. Cette politique contribua sans doute , au milieu des incertitudes , augmentées par la distance des lieux , à maintenir dans le repos et l'obéissance l'Ecosse et l'Irlande, deux pays si pleins de toutes les passions et de tous les intérêts de la guerre civile. Monk , qui avait laissé en Ecosse le colonel Morgan, lui envoya de Londres des ordres et des forces nouvelles pour assurer la tranquillité du pays, qui ne fut pas un moment interrompue. Lord Bro* ghill , qui était retourné en Irlande, concourut à y préparer la révolution nouvelle ; et Ton croit qu'il en aurait donné le signal, si Monk avait tardé plus long -temps* La dissimulation de ce général se soutenait toujours ; elle résista même à la curiosité pénétrante et intéressée de Lockhart , qui , depuis sa dernière ambassade , avait repris le gouvernement de Dunkerque, et qui vint quelques jours à Londres , pour épier le secret de Monk , et tout prêt à le servir. TTayant remporté de ce voyage que des serments de fidélité à la ré-
3gik HlfiTOlUE DE CROMWELL.
publique , Lockhart resta fidèle , de peur de se trouver seul à changer de parti. Il refusa les o£Eres qui lui furent adressées par Charles II, sous la condition de faire reconnaître l'autorité royale dans Dunkerque; et il eut le déplaisir, assez amer pour un ambitieux , de voir son habileté surprise , et de ne connaître que par le retour de Charles II cette grande révolution dont il aurait pu partager le mérite. La soumission empressée qu'il montra dans ce dernier moment ne le sauva pas d'une disgrâce ; mais ses talents politiques le ramenèrent, quelques années après, ambassadeur du Roi d'Angleterre à la cour de France,
Monk, qui s'était ouvertement rapproché des principaux presbytériens , avait évité jusque-là de communiquer avec aucun chef royaliste. Williams Morrice , son parent , le détermina etiûa à recevoir Sir John Grenville, l'un des plus zélés serviteurs du Roi. Ce fut dans ces entretiens que l'on décida le sort de l'Angleterre. Monk autorisa Grenville à tout promettre en son nom ; mais il refusa d'écrire au Roi. Grenville, dépositaire de ce grand