‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 24 sur 131 · LIVRE HUITIÈMIE · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈMIE

<îonscil-d'État. L'événement prouva que cette précaution était impuissante. Malgré rinfluence <Iu Protecteur, plus grande que celle d'aucun Roi , parce que la nouveauté de son pouvoir 1654. I avait obligé à mettre par-tout des hommes particulièrement destinés à la défendre, la liberté insurmontable d'une élection vraiment démocratique, ramena la plupart des noms que la révolution avait rendus célèbres. On vit reparaître beaucoup de membres du long parlement, laissés dans l'oppression et dans l'oubli depuis l'élévation du Protecteur.

Mais le fils de Cromwell, plusieurs de ses parents, de ses officiers les plus dévoués, et de ses conseillers - d'État , furent également nommés.

Le 3 septembre y un grand nombre de députés se réunirent dans l'église de Westminster, où ils entendirent un sermon. Ils passerent ensuite dans la salle des séances, et de là, dans la salle peinte ^ où le Protecteur les reçut , et leur annonça pour le lendemain un sermon qui serait suivi de communications importantes sur les affaires publiques. Le lende-

main ^ le Protecteur se rendit en grand appareil à l'église de Westminster, où se réunit encore le parlement. Son fils Henry et le général Lambert étaient seuls avec lui dans sa voiture. Un cortège nombreux rappelait la magnificence des cérémonies royales. Après le sermon , le Protecteur se rendit à la scUîe peinte^ et s'étant placé sur un siège élevé, il harangua les membres du parlement , qui prirent place sur des bancs autour de lui.

Ce discours est un monument remarquable de la politique et du siècle de Cromwell. On y voit que le péril alors le plus redouté du Protecteur, c'étaient les opinions anarchiques en apparence bornées à la religion. Après avoir désigné sous ce rapport les opinions des niveleurs et des gens de la cinquième monarchie, il se plaint que les deux plus nobles motifs de la révolution , la liberté politique et la liberté de conscience , soient alléguées pour excuse des plus coupables erreui::s (i). « Oui, « dit-il, ces abominations sont montées si haut.

(i) The parliamentary history, v. xz, p. 3a3.

tf que la hache a été mise à la racine du saint fc ministère comme d'une institution idolâtre a et anti-chrétienne; et de même qu'autrefois a un homme, ayant les meilleurs témoignages, « ne pouvait prêcher s'il n'était prêtre ; mainte tenant, par un autre excès, ils veulent que « le sacerdoce anéantisse la vocation. »

Dans les révolutions, qui sont toujours le combat des prétendants contre les possesseurs, l'attaque se fixe nécessairement sur les choses qui ont le plus de prix dans l'opinion et les mœurs du temps : Cromwell le savait bien. Il avait lui • même attaqué l'épiscopat pour détruire la monarchie ; et , par la même raison , il sentait que ceux qui détruisaient le sacerdoce ne supporteraient aucune autorité civile.

tt Les opinions spéculatives, dit-il, ne font fc de mal qu'à ceux qui les ont : mais quand a elles viennent à la pratique ; quand on nous ce dit que la Uberté et la propriété ne sont pas « les signes du royaume de Jésus - Christ ; «i quand on vient détruire les lois , au lieu de « les réformer, alors on mérite la vindicte du « magistrat. » On peut croire cependant que

«y4 HISTOIRE DE CROMWELL.

Cromwell exagérait à dessein l'influence de ces doctrines , pour justifier et rendre nécessaire Fintervention de son pouvoir. C'est ainsi que, dans le même discours, il fait grand bruit d'up prétendu coipité de Jésuites qui agite l'Angleterre. Les fausses alarmes sont le prétexte du pouvoir absolu.

A travers l'enveloppe mystique qui s'étend sur tous le discours, on découvre un sens politique et une véritable éloquence; car elle touche au but. Sans insulter les gouvernements qui l'ont précédé, Cromwell parle du sien avec une sorte de confiance et d'impartialité toutà-fait imposante. Il ne se désigne pas lui-même ; il parait étranger à son ouvrage. « A tant de <c maux qui nous menaçaient , dit - il , on a ce opposé un remède : c'est le gouvernement « actuel. Permettez - moi de le dire, car je « parle avec confiance devant un plus grand « que vous , devant Dieu. Ce gouvernement a « été calculé pour l'intérêt du peuple, pour « le bien seul du peuple , et sans égard à aua cun intérêt. » Alors il expose le tableau des réformes judiciaires et religieuses. « Ce gou-

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