‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 25 sur 131 · LIVRE HUlTIÈMEr «yS · texte numérisé non relu

LIVRE HUlTIÈMEr «yS

a vemement , dit-il , a fait quelque chose de « plus; il a servi à la convocation d^un parce lement libre , celui que nous voyons aujour- (c d'iiui rassemblé , Dieu soit béai. La réunion a de ce parlement était pour moi plus préa cieuse que la vie. Je désire plus que la vie « de le conserver. »

Il dénombre ensuite les traités qu'il a conclus , les alliances qu il a faites avec le Danemarck , la Suède , la Hollande , le Portugal ; et il annonce qu il est en négociation avec la France. Toujours attentif à l'intérêt religieux, il compte pour beaucoup d'avoir stipulé dans le traité avec le Portugal la liberté de conscience pour les Anglais qui commerceront dans ce pays , ce qu'on n'a jamais vu , dit - il , depuis rétablissement de l'inquisition. Ce zèle pour la réforme lui inspirait un plus grand dessein , déjà tenté , sous d'autres auspices , dans la fameuse ligue de Smalcade. C'était la pensée de réunir les États luthériens et calvinistes par une ligue politique et religieuse, et de placer l'Angleterre à la tête de ce qu'il appelait îintérêi protestant, Cromwell exprime

clairement cette intention, en pariant de la paix qu'il vient de conclure avec les États protestants, et des persécutions que l'empereur d'Autriche faisait éprouver à ceux de ses sujets qui avaient embrassé la réforme.

Malgré tous ces avantages qu'il relève avec force, Cromwell insiste sur les difficultés qui restent à vaincre , et , comparant les Apglais au peuple juif errant dans le 'désert : « Vous « éte$^, dit -il, sur le seuil et sur la porte de a l'espérance. Par-là vous pouvez entrer dans ff la demeure du repos de la paix; mais vous « n'y êtes pas encore. » Cette crainte, développée avec beaucoup d'expressions mystiques', est un motif qu'il emploie pour inviter le parlement à la concorde , à l'union , à une sainte intelligence d'eux-mêmes et de leur devoir. Il leur promet à cet égard le secours de ses prièr.es ; et , après avoir excusé sur la

faiblesse de sa mémoire les graves omissions qui lui sont échappées dans ce discours , « Je « vous déclare avec franchise, dit -il, que je a n'ai point parlé de toutes ces choses en « homme qui affecte quelque autorité, mais

a plutôt en homme qui veut être votre colce lègue d'obéissance dans le service du peuple « de ces trois nations. » Il termina en invitant les députés à se rendre dans la salle des séances, pour exercer leur liberté par le choix d'un orateur.

D'après l'usage de la monarchie y le choix de Yorateur était soumis à l'approbation du souverain , mais le Protecteur ne réclama point cette prérogative; et Lenthall, qui avait été orateur du long parlement, fut nommé à l'una^ nimité. La chambre choisit également ses officiers parmi les hommes qui avaient rempli les mêmes fonctions dans le long parlement; attention qui semblait faire présager que l'esprit de cette chambre, peu favorable à l'autoTÎté de Cromwell , rappellerait les principes et le courage des premiers auteurs de la révolution. Cette résistance parut en effet dès le début , quoique puissamment balancée par le parti du Protecteur. Cromwell, sous prétexte de nullité dans les élections , fit écarter par son conseil -d'état quelques Républicains intraitables, d'autant plus furieux contre lui

qu'ils a\aient été ses instruments et ses dupes , entre autres le lord Grey de Groby.

Un des premiers soins de la chambre , dès qu'elle eut fixé un jour de séance et de prières , fut d'opposer quelque obstacle aux épurations dont elle était menacée. Elle vota que toute accusation contre les membres nommés devrait être présentée dans l'espace de trois jours. Ensuite elle nomma, pour le maintien de ses privilèges, un comité qui fut présidé par Has- , lerig , l'un de ces Républicains dont Cromwell ne pouvait rien obtenir, parce qu'eux-mêmes ne demandaient rien. Le lendemain, Hasle* rig fit une motion pour garantir la liberté des discussions, et proposa qu'aucune ordonnance relative à des délits de trahison ne pourrait s'étendre aux discours des membres de la chambre. C'était révéler à4a-fois et tout ce que l'on craignait du Protecteur, et tout ce que l'on voulait oser contre lui. Cette proposition agita vivement la chambre. Les membres dévoués au Protecteur, Laurence, président de son conseil -d'état, et le colonel Fiennes, la repoussèrent avec force j elle fut

rejeiée; mais la produire et la défendre était un coup hardL

Rien ne fut si rapide que le progrès de l'opposition. A la troisième séance y on s'occupa d'examiner X instrument d'état ^ c'est-à-dire la i654. puissance même du Protecteur. Le parti (i) de la Cour , car c'était le nom que déjà l'on donnait aux créatures de Cromwell, demandait que l'acte fut adopté généralement et sans discussion. Les Républicains voulaient un débat sur les articles. Un député inconnu se leva pour déclarer a que Dieu , après avoir « coupé Ja (joannie dans la personne d'un « homme , ne souffrirait pas que les libertés flc de la nation fussent enchaînées par un autre ff homme , dont le droit au gouvernement ne « pouvait se mesiu^er que sur la longueur de a son épée. » Les défenseurs du protectorat s'embarrassaient eux-mêmes dans un langage de liberté qu'ils ne pouvaient abjurer, et qui ne convenait plus à leur cause.

Tous les principes qui avaient commencé la

(i) Ludloiv's mémoire, t. ii, p. 498.

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guerre civile reparaissaient avec une force insurmontable. Les vieux partisans de la liberté , Bradshaw , Scott , Haslerig , attaquaient le protectorat du même air dont ils avaient renversé le trône. Ils parlaient avec l'autorité du grand rôle qu'ils avaient joué dans une révolution , sur laquelle s'appuyait encore le pouvoir même du Protecteur. « Ils servirent puissam- « ment, dit Ludlow, pour ouvrir les yeux à « beaucoup de jeunes députés , qui n'avaient « jamais entendu leurs intérêts si fortement a et si clairement défendus. » On proposa de former la chambre en comité général, pour examiner une première question ainsi posée :

« Est- il vrai que le pouvoir réside dans une a seule personne et un parlement? » Cette proposition ne fut emportée qu'après plusieurs jours de débats, et par une faible majorité de cinq voix. Mais elle était si menaçante pour le Protecteur, qu'il sentit le besoin de ne pas se laisser prévenir; il en usa militairement selon sa coutume. Ayant averti le

(i) Ludlow's nemoirs, y. ii, p» 5oo.

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