LIVRE HUITIÈME. Ia
le Roi d'Espagne. La destination de la flotte qu'a prépara pour cette expédition , était même ignorée , et fit naître les plus étranges conjectures. Comme les prédicants du Protecteur répétaient souvent dans les chaires, que si les divisions intérieures étaient appaisées , il irait assiéger Babylone , le fanatisme du temps imagina que cette flotte était destinée contre Rome. On parla aussi d'un projet de piller les riches offrandes de Notre-Dame de Lorette ; et ce bruit même alla si loin , que la cour de Rome se hâta de faire élever autour de cette église un mur de défense , qui probablement ne l'aurait pas sauvée d'une invasion.
Le Protecteur, sans faire attention à ces vaines rumeurs , et sans s'expliquer avec aucune des puissances alliées , se bornait à dire qu'a envoyait une flotte (i)pour garder les mers , et rétablir rjéngleterre dans sa domination naturelle sur cet élément.
Cette flotte, composée d'environ dix-sept vaisseaux de guerre, sous les ordres du vice-
Ci) The life of Gromwell , p. 3a5.
ia6 HISTOIRE DE CROMWELL.
amiral Penn , portait quatre mille hommes de troupes 9 commandés par Yenables, officier habile et républicain ardent , que Cromwell i656. n'était pas fèché d'éloigner en l'employant. Elle se dirigea sur les iles Barbades , où les deux commandants devaient ouvrir les instructions scellées qui leur avaient été remises. Us y trouvèrent l'ordre de s'emparer de Cuba et d'Hispaniola.
La cour d'Espagne, malgré son indolence et sa faiblesse , n'avait pu voir le départ d'une flotte anglaise pour les Indes occidentales , sans adresser de vives représentations au Protecteur ; l'ambassadeur, don Alonzo de Cardenas , lui demanda s'il voulait la guerre , s'il avait quelque sujet de plainte , et quelle satisfaction il exigeait Cromvrell répondit en réclamant la liberté du commerce des Anglais dans Ftnde occidentale , et la destruction de l'inquisition en Espagne; car il savait a£Fecter habilement le zèle du protestantisme , et quelquefois même de la tolérance. L'ambassadeur, à cette demande (i), s'écria que le Roi son maître n'a-
(t) Thurloe*8 state papers, t. i, p. 759. >