LIVRE NEUVIEME
JLiES épreuves successives que Cromwell avait Élites de l'indocilité du parlement, et la manière toujours violente et impopulaire dont il avait été forcé de le dissoudre , devaient lui Êûre singulièrement redouter Tusage d'un pouvoir si difficile à manier, et si dangereux à détruire. Mais l'existence des parlements était si enracinée dans les mœurs des Anglais, et avait paru, à toutes les époques de leur histoire, tellement inséparable de la liberté, et même' de la tyrannie , que l'impossibilité de
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s'en passer ne permettait pas de compter le danger de s'en servir.
C'était une conviction nationale que l'argent du peuple ne pouvait être levé sans le vote d'un parlement. Cette vérité, qui avait servi de commencement aux derniers troubles, survivait à tout ; et la procédure du marchand Cony avait montré le danger des taxes imposées par la seule autorité du Protecteur. Un parlement était donc inévitable. Cromwell pouvait espérer de le trouver plus docile, après des victoires qui portaient si haut sa puissance. Et si une fois il obtenait, par le vœu libre d'un parlement , ces apparences légales qui lui avaient toujours manqué jusqu'alors , à peine pouvait-on calculer tous lès appuis qu'il y trouverait pour sa sûreté, sa puissance, et sa famille. Un coup -d'oeil sur les trois royaumes montrera quels obstacles et quels secours devait rencontrer le projet de Cromwell.
L'Ecosse traitée presque en province conquise, ayant perdu son parlement national, assujétie à l'autorité militaire d'un gouverne*
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ment anglais, et à un conseil composé en
majorité de commissaires anglais, était à-Iafois plus soumise et plus florissante qu'elle ne l'avait jamais été. Par la fermeté de Monk, i656. et la sagesse de lord Broghill, ce pays longtemps si désordonné et si malheureux, avait £ait des progrès dans l'industrie, et jouissait d'un repos civil et religieux qu'il n'avait pas connu depuis longues années. La conquête, s'exerçait par un peuple , pour ainsi dire , compatriote du peuple vaincu , ayant la même langue, les mêmes mœurs, et plus avancé dans une civilisation semblable ; ainsi elle humiliait moins l'Ecosse qu'elle ne servait à l'associer aux prospérités de l'Angleterre, et à préparer cette unité politique, résultat nécessaire de la situation des deux peuples. L'Ecosse devait, suivant la constitution de Cromwell, envoyer trente membres au parlement d'Angleterre : mais par l'influence de la conquête et la force de l'administration anglaise, le choix de ce petit nombre de députés dépendait entièrement du Protecteur, et ne pouvait tomber qpie sur les créatures et les agents de * son pouvoir.
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L'Irlande qui , après avoir épuisé toutes les horreurs de la guerre civile et de la proscription, subissait depuis trois ans une paix violente, fondée sur les plus atroces injustices, et cependant nécessaire pour prévenir le massacre mutuel des habitants, l'Irlande, où la conquête était affermie par la spoliation individuelle, ne pouvait réellement user d'aucun droit politique ; et la part qu'on lui donnait à l'élection des députés , n'était qu'un moyen de faire arriver dans le parlement britannique ceux des officiers de Cromwell qui servaient à la subjuguer. Cromwell tenait ce royaume par son gendre, Fleetwôod, et son fils Henri. Ce jeune homme, qu'il avait associé d'abord à l'autorité de Fleetwôod, et qui bientôt le remplaça, montrait des lumières et du courage. N'ayant rien des passions républicaines de Fleetwôod , il était pour Cromwell un instrument plus souple et plus sûr : et d'ailleurs cette espèce de vice - royauté , transmise au second fils du Protecteur, convenait à sa politique y et s'accordait avec l'intention de laisser k son fils aîné l'héritage du protectorat. Les