‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 45 sur 131 · LIVRE NEUVIiÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIiÈME. l

« plus expérimentés le soin de le pouAuivre (i). « Mais qu'il ne pouvait dissimuler, qu'ayant au- « trefois jugé nécessaire de confier aux majors- •c généraux l'autorité qu'ils avaient en efifet « exercée , la continuation de leur pouvoir lui « paraissait maintenant incompatible avec les « lois de l'Angleterre et la liberté du peuple. » Dans la discussion qui suivit , le colonel Henri Cromwell, neveu du Protecteur, énonça des opinions semblables. Un des majors-généraux demanda , que l'on désignât ceux de ses col« lègues qui avaient commis d'injustes violences. Henri Cromwell répondit a que l'on trouvait n juste de frapper tous les Royalistes pour les « fautes de quelques-uns , et que par le même < argument les torts de quelques-uns des a majors-généraux suffisaient pour justifier la « punition de tous. » Ce jeune homme vint ensuite rendre compte de la séance au Protecteur, qui l'approuva fort, et lui fit présent d'un riche manteau d'écarlate , dont il se para le lendemain dans la chambre, en présence

(i) The Parliamentaiy history, y. xxi, p, 54*

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de ceux ^ui , la veille , avaient pu douter de sa mission. L'autorité de Cleypole avait enhardi tout le inonde ; et le pouvoir absolu des iSS'j. majors - généraux , étant ainsi manifestement abandonné par le Protecteur, tomba de luimême , à la joie de tous les partis.

Ici commence Tun des plus singuliers tableaux de la vie du Protecteur , et celui , peutêtre, qui fait mieux ressortir les ressources de son génie. En effet , si la plus forte épreuve du pouvoir est de produire impunément de grandes inconséquences, on ne saurait imaginer sous ce rapport , un plus étonnant problème , que Cromwell destructeur du trône, parvenant à réconcilier les esprits avec l'idée de la royauté rétablie dans sa personne, et se faisant offrir par un parlement la place et le titre du prince qu'il avait conduit à l'écfaafaud ; mais ce qui n'efst pas moins remarquable, c'est qu'une pareille entreprise ait pu ne réussir qu'à demi , et que Cromwell , en ne l'achevant pas, ait gardé tous ses avantages.

Jamais l'occasion n'avait été si belle de réaliser cette ambition qui le tourmentait '

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depuis long* temps I et dont il avait fait tant de confidences prématurées. Pour la première fois, il était assuré de la docilité du parlement, il réprouvait chaque jour. Reconnu de toute 1657. l'Europe, il était victorieux dans la seule guerre qu'il eût à soutenir; et cette guerre flattait les préjugés et Torgueil de l'Angleterre, en même temps qu'elle enrichissait le trésor du Protecteur. Le parti républicain repoussé des élections , exclus de la chambre , était tombé dans le discrédit et l'impuissance.

Les Bojalistes, protégés individuellement au milieu de l'oppression légale qui pesait encore sur eux , comme un reste de la repu* blique, préféraient Cromwell à tout ce qu'ils avaient souffert. Quekpiei^ hommes de ce parti, qui s'étaient attachés à son gouvernement , le poussaient à la royauté , soit pour donner cette mortification à leurs anciens ennemis, et s'assurer à eux - mêmes une saiive - garde dans le despotisme d'un maître commun ; soit par une ancienne habitude et un amour uniforme du pouvoir ; soit enfin par une arrièrepensée , qui leur montrait , dans le retour des

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institutions monarchiques , un gage infaillible du rappel des princes qu'ils avaient autrefois servis.

La première tentative de ce genre qui fut essayée dans le parlement, était sans autorité. Un colonel Jephson , qui s'était fiaiit nommer député de l'Irlande, proposa tout-à-coup de faire Cromwell RoL Cette demande n'eut pas de suite ; mais elle n'effaroucha personne.

Cromwell , à sa table , fit publiquement des reproches à Jephson , et lui demanda , où il avait pu prendre une pareille idée. Jephson répliqua , d'un air de liberté , que tant qu'il aurait l'honneur de siéger dans l'assemblée, il suivrait les mouvements de sa conscience, même en s'exposant à déplaire : réponse qui est (i) précisément celle que, dans une circonstance pareille , un sénateur avait adressée à Tibère ; comme s'il existait entre diverses époques une tradition , ou , si l'on veut , une

(i) laterrogatnsque a Tiberio, nnm se mandante sententiam promsisset, sponte dixisse, respondit, neque in iis qaae ad rempublicam périmèrent , consilio , nisi 8UO usurum , vel cum pericolo offensîonis. Tacite

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