‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 50 sur 131 · LIVRE ITEUVIÈME. l8l · texte numérisé non relu

LIVRE ITEUVIÈME. l8l

curieux d'entendre lord JBroghill , esprit supérieur, exempt de fanatisme, que la révolutioo entraîna sans le dominer; l'un de ces hommes que leur mérite personnel élève audessus des rôles équivoques qu'ils ont reçus des circonstances ; long-temps Royaliste fidèle, puis confident de Cromwell, puis ami de Charles II , mais cette fois guéri de l'ambition, et ne portant plus à la cour que les grâces de l'esprit , le goût et le talent des lettres.

Broghill avait alors lé langage d'un zélé partisan de la révolution et de Cromwell.

Mais parmi les motifs qu'il emploie pour appuyer l'ofire de la couronne , le principal est l'espérance de ramener les Rcyjraltstes , en leur 6tant le prétexte qu'ils tiraient de la fameuse loi d'Henri YII, pour ne reconnaître d'autre autorité que celle du Boi; disposition qui tournerait en faveur de Cromwell , s'il prenait le même titre» « Enfin , dit assez ingénuement « lord BroghiU , il n'y a maintenant qu'un «c divorce entre le Roi prétendu et la cou- « ronne ; et nous savons que les personnes « divorcées peuvent se réunir ; mais si l'une

l8a HISTOIRE DS CROBIWCLL.

ce d'elles se marie à un tiers , il n'y a plo» de «c retour. 3^

CrofBwell, sans s'explnpier, demanda do temps pour réfléchir sur la force de ees »guments. Une indisposition (i) réelle ou feinfe lui senrit à éluder quelques jours la pMirsiiife du comité, qui revint à la charge arrec de nouveaux ordres de la chambre;

Dans cette nouvelle conférence , on discuta Tobjection que ftûsail; modestement Cromweli. Tous les bons effets du gouvernement peuvent être aussi fecilemenl; assurés par le titre de Protecteur. Les légistes du eomité s'évertuèrent pour dânontrer FexceHenoe et la supériorité du titrç de Boî; ils la prouvèrent ex necessitéUe cmmsœ , eê ex nécessUMe' conséquentes. En raf^^MiochanV ces dîscuSMons de celles qui avaient amené la chiite des Stuarts, on est frappé de voir les mêmes hommes occupés, sans le savoir, à reconstru^e à petit bruit l'édifice de fanoiepue monarchie, qu'ils avaient abattu avec tant d'efforts. Lenlliail {p) ,

(i) The parliamenUry hiatorj, y. xxx, p« 8^.

(a) Idem^ p. 7a,

LIVRX JfBUViilIE. iW

pressant Cromwell d'accepter la coiuonne , lui

apf^iquaiit Faûôme moaaFchîque , le Roi ne

Meurt pas y et faisait de ce nom de B4h usée

abstractiott inséparable de» loi& aaglaises*, et

réalisée indifféremment par un pouvoir de

fait ou pnr xxvk pouvoir de étcilL Oa.compreve

dia: cpxi Cro»well Int inquiet de» ctoséqu^n-

ect» d'uQ pareil ai^gument lait en A favi^ur ,

et qu?ik héflila siaeèrement à reeevoir u^ titre

«pi'oa lui ^firait pair de^ motàS» qui auraient

pv, servit pour le rendre à Charles Q.Hu»

ee litre de Rei était poussant, j^w^.iit.éta^

dan^tveUK de! le ressuBoiter au profit d^ l'ataH

den poâsea^uix Aussi k Pre^eteur aUé*^

gnaift peiiiMtri^ de bontie fe^, ^^e. ce^ mot

n'étant que! te* signe ^e/fe tafréwe.199^

«ratsure, Fauliorifé tégiilati^e pofuvate: attacher

le mémo >sett» k\^m& jmtre WN», qjiur .pre«K

dmit pui-lofut lar plaoé^, dmJnoC de Rc^iv. H

ne dtswmiktt pà% iMU'iphifr 1^ métontei^

temenC de Jbeaucoiipr»db ge«s^ de. bijen,^']!

ne fidkit fa^. «éieaâierffaw-to}]^ de»

«ho(Ka iaéffiiÉrantea; 11^ allégeait k:.vçd0«téd^

la Prcyridenee 4 eb les >aiet00- du • long' pa^lemcviit.

l84 HISTOIRE DS GROXWCLL.

Il observait qiie Ton avait joui des lois sous les divei^s gotiverneinenls, et que la justice avait été administrée au nom des gardiens de la liberté, comme au nom du I^otecteur.

Le colonel Philippe Jones insista sur la nécessité de préférer les formes anciennes :

« Toute chose nouvelle, dit-il, est incertaine, « non-seulement dans ses résultats, mais dans <r sa dorée; car elle est nécessairement créée 4c pàk^ un pouvoir contemporain , qui peut la « détruire. » Il réfuta les diverses objections de Cromvrell avec beaucoup de vigueur et de subtilité. Les actes du long parlement étaient dirigés contre le pouvoir d'un seul, autant que contre le nom de Roi; la Providence, en écartant un Itoi, n'a pas éau^té la royauté.

' Ce fut dans cet esprit xp»c Ridiard Ondow et Fiennes combattirent successivement les diverses objections du Protecteur. Croanrell avait allégué que le titre de Roi avait été frappé d^anathéme:, détruit par le parlement a II est claii*^ répandit Fieniies, que la chose « a été frappée d'anathême aiissi*-bien que le « nom, et que Tau torité d'un seul , sous quelque

LIVKE KBUTlàME. l85

« nom que ce soit , est proscrite comme le « nom même ; mais , dans la vérité , Dieu ne a réprouve ni le nom, ni la chose; Dieu a « déclaré que toutes les formes particulières < de gouvernement dépendaient de la volonté c des hommes , suivant le besoin des a£Paires « et le bien du peuple ; car l'écriture les apa pelle Ouvrages de l'homme. I^es hommes les « ont*ils réprouvées? Dieu les réprouve aussi ; cr quand Dieu les relève de nouveau , il les cr honore , et commande qu'elles soient honoa rées. Un parlement avait pensé que l'état dés « affaires demandait la suppression du titre a et de l'office de Roi ; un nouveau parlement « juge que la situation actuelle en exige le « rétablissement. »

Lord BrogfaiU reproduisit les mêmes argu* ments , et son discours est remarquable , parce qu'il montre avec quelle facilité cet esprit supérieur se pliait aux manières de raisonner de son siècle. Nous avons déjà vu quel usage il faisait de la comparaison de la femme divorcée ; il répond par un moyen à-peu-près semblable à l'objection tirée du mécontente-

l86 HISTOIRE DE GROMWELL.

ment que le titre de Roi donnait à beaucoup de gens de bien et de piété.

(c La situation de ces gens de bien mécon- « tents , dtl41 , peut être comparée à celle de « ]>a^id, lorsque son eiiÊmti était BMdade ; pentf danA la durée de sa makdie ^ î\ j^aît aTec « instance le Seigneur dé rendre, son fila à la a santé ; Die» ne voulut pas l'exaucer ,, et ce Tenlast raonunit. Les swviteiies. de David a disaient alors : Si 4.€»n inquiétude et sa dou- « leur étaient si grandes lorsque Tenfant vivait «c «nooDe^ qiue sera-oc/ aujourd'hui <|u'il est ce mort? Maia Duvid s'écria : Tant qu'il y avait (f espérance., j/ai suppHé le Seigneur ; mais a puisque sa volonté est déckirée, je m'y « soumets. » Cette parabole étaiik . admina^le ponr coBSolnr desRëflttUâeains» dévcKs;i mais, sans être fondée suit des- meltfs- auasl ménw toires , la niétaie néaîgnaÉîon se: reltouve dans tous les temps dé tjisamiic.

Whitelocke, qui résnma cette coaféroice- ,< ne rougit pafr d'alléguer à Gvomwell l'exemple de Gustave Yasa , nommé Roi d'un* peuf>le dont il avait été le libérateur '^ mais non pas le successeur d'un Roi qu'il eût assassiné.

LI¥RJB WEUVIÀME, 187

Tous ces discours n étaient , au reste , que la par^e entérieure , et, pour ainsi dire , le cérémonial d une négociation phis secrète.

Souvent (i), au rapport de Whitelocke , admis 1657. à ces confidences , le Protecteur réumssail quelques-uns des caromîssatireft, et s'enfermait avec eux pendant plusieurs heures, se livrant à la familiarité la plus, gaie > et aux diversions» les plus étrafiges , desiandant de» p^>es et du» tdbac y fûranl des vers ^ et proposant à ses aiiiis des défis poétiques ; puis retombant aux choses les plus sérieuses , sur lesquelles il écoutait et suivait leur avis avec une entière déférence. Au nMtteu de ces. faux épanefae-* menis , destiaés à gagner les ectuvs et à faire moins redouter uaraoCfloîsscmenl de peuvcnr, la pensée de CIrcHiHiiett snr VoisjAt principal restait obseure et incertaikte ; . est ri^wà cir qu il voulait , rnaid on ne pouvait pas Ten oonvanacre. Quelquefois msme on dooterait deson faypoerisiiev lof sc^^'oufremairque lesnéme langage d'humilité dans la correspondance in-

ww-- • - ^

(i) Whitelocke^s memomU, p. 647.

l88 HISTOIRE DE CROMWELL.

time des hommes qui étaient le plus intéressés à sa fortune , et qui devaient avoir le secret de son ambition. Henri Cromwell écrivait à Thurloe ( i ) : a Je bénis Dieu d apprendre « que son altesse a pris la seule voie conve- « nable pour décider cette question, c'estflc à -dire, de consulter Dieu et son propre « cœur, et je me réjouis que lofifre d'une si ff grande élévation n'ait fait naître en lui que « crainte et abattement d'esprit. » Dans les réponses de Thurloe , c'est le même langage , le même doute sur la volonté du Protecteur , doute qui paraît d'autant plus sincère , que le secrétaire-d'état ne déguise pas d'ailleurs ses voeux personnels , et qu'il montre cette impatience et cette certitude d'ambition que les subalternes ont naturellement pour l'élévation de leurs maîtres, a Le Protecteur, écrite « il (a) , éprouve à ce sujet de grandes di£&- « cultes d'esprit , quoique jamais homme n'ait ce été appelé par une vocation plus manifeste ,

(i) Thurloe's state papers, ▼. vi, p. i8a.

(2) Idem', p. S119.

LITRE TKEVVïàWE. 189

« et bien que, pour ma part, je voie claire- « ment qu'on ne persuadera jamais au parle- « ment qu'il soit possible d'établir quelque « chose par un autre moyen. » Cependant 1657» Thurloe annonce , dans la même lettre , que deux généraux , parents du Protecteur, jusquelà ses plus habiles et ses plus fidèles soutiens , Fleetwood et Desboroug, se déclarent violemment contre le titre de Roi , tout en approuvant les autres dispositions en faveur de l'autorité de Cromwell. Cette résistance inattendue, qui était le sentiment d'une partie de l'armée , fit échouer l'entreprise , et rendit inutile la servilité du parlement. Cromwell sentit que c'était là son plus grand obstacle. Fleetwood . et Desboroug publiaient qu'ils étaient résolus de donner leur démission , et le même langage était répété par beaucoup d'offîders. Cromwell essaya de ramener ces deux honunes dont il ne pouvait se défier ; et c'est dans les démarches qu'il fit vers eux que l'on voit le plus clairement son désir d'être Roi. Il s'invita lui-même à dîner chez le colonel Desboroug , et s'y rendit avec Fleet-

igO HISTOIRE DE CROMWELL.

wood ; là , seul entre ses deux amis , il r evii^ au langage républicain , et plaisanta sur la rayante : « Ce n'était, dit -il, quune {^ume « attachée au chapeau d'un homme (?) ; mais (c par cela même , il était étonné que des (c hommes ne voulussenrt pas faire plaisir à n des enfants , en leur laissant cette babiole. » lies deux officiers n'entrèrent pas tout-à-4ait dans la plaisanterie, et ils répondirent fort sérieusement à Cromwell , que cela renfmnait plus de choses qu'il n'en voyait , que ceux qu) l'y poussaient n'étaient pas ennemis de Charles Stuart, que s'il consentait, il attirerait une ruine inévitable sur ses amis et sur lui-même. Après une discussion inutile , Cromwell les quitta , leur disant qu'ils étaient deux gaillards bien scrupuleux (2). /

On rapporte d'autres paroles qu'il leur tint à ce sujet, en faisant allusion à la sécurité que le titre de Roi donnerait à ses partisans : « C'est vouloir tenter Dieu , disait - il , que

(i) Ludlotv's memoirs, y. 11, p. 586.

(a) Idem, p. 587.

LIVRf ICEUVIÀMB. igi

« d'exposer tant de gens de bien à la mort et « à la pauwetë y tandis qu'il est une voie a pour les garantir, j» f leetwood et Desboroug alléguaient leur serment : c Mais ce serment, iSS?. flc répondait Cromwell , est dirigé coptre la c la tyrannie d'an Boi , et non pas contre les a trois lettres qui composent le mot de Roi. »

C^endant Cramwdl avait déjà laissé voir à plusieurs dépaiés l'intention d'accepter la couronne. Le lendemain .de soft inutile conférence avec Fleetwood et Desboroug , il convoqua la duunbre poiv le jour suivant ; tout le monde crut toucher au dénouement : et Croniwell, se promenant avec Desbcffoug , lui déclara nettement qu'à était déterminé à prendre le titre de Bm. Desboroug répondit , qu'U regardait alors la cause et la fiatmille de CromweU comme perdues sans retour ; que , pour sa part , il était bien résolu de ne pas agir contre lui , mais qu'il était également résolu de ne plus le servir (i).

Une autre opposition plus suspecte et non

(i) Lndlow'i ««moût, t. u, p. &87.

igsi HISTOIRE DE CROMWELL.

moins violente, venait du général Lambert Habile et hardi capitaine , servile seulement par excès d'ambition , Lambert avait plié sous Cromwell, au prix d'un grand pouvoir et d'une plus grande espérance; il avait secondé la tyrannie du protectorat, auquel il se flattait d'arriver lui-même; et maintenant il s'indignait de voir une nouvelle hérédité royale s'élever, non pas contre les libertés du peuple, mais contre les droits du plus brave.

Cependant les principaux che& murmuraient plus qu'ils n'osaient résister ; et peutêtre les incertitudes de Cromwell se seraient encore prolongées , sans un acte hardi qui le força de s'expliquer nettement. Desboroug s'étant retiré , sans avoir pu rien gagner sur Cromwell , rencontra le colonel Pride , et lui confia ce qu'il venait d'apprendre. « Il ne le « fera pas (i), répondit Pride, je l'en empé- <x cherai bien ; faisons dresser une requête au « parlement. »

Un docteur Owen , zélé Puritain , prêta sa

(i) Ludlow*8 memoirs, y. u , p. 687.

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