‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 51 sur 131 · LIVRE NEUVIÈME. I · texte numérisé non relu

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plume pour cette bonne œuvre. La requête fut souscrite par deux colonels, sept lieutenants-colonels, huit majors et seize capitaines ; et Ielendemain,à l'heure même où la chambre 1657. réunie attendait l'acceptation du Protecteur , les pétitionnaires vinrent à la porte du parlement, et firent avertir de leur présence le colonel Desboroug.

Si l'on en croit Ludlow(i), Cromwell et ses partisans furent tout-à-fait pris au dépourvu ; à la demande de Desboroug, on ordonne à l'unanimité d'introduire les pétitionnaires , dont l'intention était ignorée de tous ceux qui ne la partageaient pas. Les officiers sortirent après avoir déposé leur requête , dont le parlement prit aussitôt lecture.

C'était une réclamation véhémente , qui paraissait dictée par l'intérêt de Cromwell autant que par l'amour de la liberté. « Ils « avaient, disaient-ils , hasardé leur vie contre « la monarchie , et ils étaient prêts à l'exposer « encore pour défendre la liberté de leur

(1) LndloVs memoirs, p. 588.

1^ HISTOIRE BB CEOMWELL.

a, pays (i). Ayant observé que quelques hom- «c mes trayaillaient à ramener la nation sous a l'ancienne servitude en pressant leur général « de prendre le titre de Roi , et cela dans « rintention de le détruire lui-même, et de ce désarmar le bras de tous ceux qui étaient ce fidèles à la nation, ib suppliaient humblea ment la chambre de déconcerter de pareils « efforts , et de rester fortement attachée à la a vieille cause, que pour leur part ils seraient (c toujours prêts à maintenir aux dépens de «fr leur vie. »

Cromwell , averti de cet incident (a) , manda le lieutenant*général Fleetwood ; et changeant tout-à«coup avec lui d'intention et de langage, il se plaignit amèrement que Fleetwood eût souffert la lecture d'une semblaUe requête , sur-tout connaissant sa résolution de ne prâit . accepter la couronne sans le consentement de l'armée; en même temps il le pria de retourner à la chambre, et d'empêcher les choses

(i) Ludlow*s memoirSi p. 589.

(a) Idem • p. $90.

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d'aller plus loixi. Fleetwood satisfait revint dire à la chambre qu'il n'y avait pas lieu de dis-* cuter ]a pétition , puisqu'elle avait poior objet ane chose inktertaine , et sur laquelle ils attendaient encore la réponse du Protecteur.

Cette brusque révolution est attestée par les lettres de Thudoe, confident du Protec* teur. Le même jour^ Cromwell reçut le parlement; et, dans un discours d'une humilité assez maladroite, il exprima son refus, en regrettant d'avoir été pour la cdiambre l'occasion d'une si grande perte de temps. « J'ai eu le c malheur, dit-il, dans les conférences^ aveo « votre comité , et dans les réflexions que j'ai c pu faire , de n'être pas convaincu de la né^ « cessité d'une chose que vous m'avez si sou- « vent proposée , je veux dire le titre de Roi ; « et cependant je déclare qu'aucun jugement a particulier ne peut être mis en balance avec « le jugement du parlement ; mais , dans les ff choses qui regardent la conduite personnelle, c tout homme étant obligé de rendre un compte « à Dieu, doit pouvoir justifier ses actions, et « trouver dans sa propre conscience une ap«

a probation de ce qu'il fait, ou de ce qu'il oc évite; et lorsque vous accordez à tous les a autres leur, liberté , certainement vous . ne ic me refuserez pas celle-là ( d'ajol&nt plus que a ce n'est pas seulement une liberté , mais un a devoir, dont je ne puis m'abstenir.sans pé- « ché); vous me permettrez d'examiner mon ce cœur, mes. pensées, mon jugement, dans a toute œuvre où je dois mettre la main. »

Après deux ou tpois galimatias du même genre, et l'çiveu que le gouvernement qu'on lui propose renferme d'excellentes choses , excepté le titre de Roi , le Protecteur termine ^on pénible discours et cette longue comédie par . ces paroles expresses : a Je ne puis. me charger du « gouvernement. avec le titre de Roi. »

Vjïe si grande question , qui , dans l'origine, n'avait été qu'un incident de la discussion, étant écartée . sans retour , le parlement reprit l'examen de l'humble pétition , et décida que le titre de lord Protecteur remplacerait celui de Roi. Cromwell se rendit à Westminster, et reçut la députation de la chambre , qui lui présenta la rédaction définitive de cet huinble

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avis, si longr temps débattu. C'était une -constitution toute favorable au pouvoir d'un seuL Liudlow dit avec raison : a La xhambre n'était « alors composée que de ceux qui voulaient 1657. « le Protecteur Cromwell avec une armée, ou « le Roi Cromwell avec une armée. »

Après la lecture de cet acte , le greffier de la chambre prononça ces mots. : Le lord Protecteur consent : et Cromwell prit la parole pour remercier la chambre. Il exagéra la grandeur du fardeau qui lui était imposé , et demanda le secours de tous ceux qui xrraignent Dieu 9 afin qu'if eût assistance de la .main du Seigneur. « C'est la vérité , dit -il, et je puis « le dire, en présence de Dieu, aucun motif « n'aurait pu me déterminer à recevoir ce fer-" a deau , insupportable à la chair et au sang , « si je' n'avais toujours vu dans ce pai^lement ce un soin particulier de faire toutes les choses <c qui pouvaient réellement conduire au, but « que nous sommes obligés d'atteindre* <

(c En vérité, dit*il encore, j'ai un témoin en. « Dieu que rien n'aurait été pour moi ' une « raison décisive. Quelque désirable» que lés=

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a grandes places paraissent aux autres hommes^ <r je le répète , rien n'aurait été pour moi une « raison de me charger de celle-ci ; mais j'ai to a les choses déterminées par vous dans Tintée € rét évident des Ubertés de la nation , pour « la liberté , la sûreté de tous ceux qui crai- <K gnent Dieu , de tous ceux qui le craignent « sous des formes diverses; et si Dieu ne rend c pas ces nations reconnaissantes envers vous ce pour les soins que vous avez pris , cela re- « tombera comme un feu sur leurs têtes; voilà a quel a été mon principal motif.

« J'avoue qu'il y a d'autres choses que je «désire, la réforme des moeurs, la répression « du vice, l'encouragement des hommes de ff bien et de vertu, j»

Ces expressions vagues et mystiques avertirent la chambre d'ajouter à Thumble avis quelques dispositions aouveBes.

Suivant un récit de Burnet,CromweU, s'a eût accepté la couronne, devait marquer cette nouveUe époque de son pouvoir par une grande institution en faveur de la religion protestante; * C'était une espèce de conseil pour la direction

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des intérêts généraux du Protestantisme, sem* blable à cette congrégation de la Foi, que Rome avait fondée pour rétablissement et le maintien du culte catholique. U projetait de séparer en quatre départements fat surveillance de ce conseil, dirigé tout entœr vers la poli* tique extérîeQK. L'un de ces départements se composait de la France , de la Suisse , et de ces vaUëes du Piémont, où €rom^wdl avait déjà porté son interventHMB tnlélaire. Le Falatinat et les pays calvinistes auraient fonné kseconde division ; la troisième devait embrasser l'Allemagne et le Nord. Les colonies des deux Indes formaient ime dernière attribution. Ce conseil aurait entretenu des correspondances dans toutes les paities du monde; et les progrès, les pérfls , les' besoins des sectes protestantes par - tout répandues , auraient incessamment attiré son attention et ses secours. Gromwell destinait à cette însirttrtûm un revenu con* sidérable; et les bigtoriens vont même jusqu'à ^signer le ^u qui «devait servir aux séances de ce conseil.

Si Ton songe aux combats de la religion

âOO HISTOIRE D£ GROMWELL.

protestante contre la foi catholique, et dans l'Europe, et dans l'intérieur de plusieurs États, c'était-là sans doute une noble et vaste. pensée , de s'arroger la protection de toutes les sectes dissidentes , et de régler d'une manière fixe et durable Fappui que l'Angleterre leur avait plus d'une fois accordé. S'il n'eut été interrompu par la mort, Gromwell aurait sans doute repris ce dessein , qui s'accordait avec son génie, et que sa puissance lui permettait de tenter avec avantage. Tout son zèle religieux se concentrait dans la haine de la cour de Rome; c'était le point de réunion qu'il proposait à toutes les sectes de l'Angleterre. Il paraissait d'ailleurs assez indifférent à la forme du schisme ; il accueillait . avec la même faveur les Indépendants, les Presbytériens ^ les Anabaptistes; dans les derniers temps il paraissait même assez favorable aux Épiscopaux ; et il leur rendit la liberté d'ouvrir leurs églises. Les chapelains , dont il était entouré , étaient pris dans toutes ces sectes différentes; et cette neutralité sur la forme du culte , comparée à la ferveur qu'il affectait toujjours, suffirait seule

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