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à Londres ; et Cromwell , qui , suivant Ludlow (i) , redoutait la vertu et le patriotbme de Blake, rendit de grands honneurs à sa mémoire. Il le fît enterrer dans la chapelle de Henri YI , parmi les monuments des Rois d'Angleterre : sépulture qu'il ne déshonorait pas , et dont Charles II eut tort de chasser les cendres de ce grand homme. Depuis quelque temps Cromwell lui avait opposé l'amiral Montagne, conuu dans la suite sous le titre de comte de Sandwich, qu'il reçut de Charles II. Blake était cependant peu dangereux pour Cromwell.
Républicain par caractère et par conscience » il était plus inquiet de la gloire que de la liberté de son pays. Dévoué à la mer, toujours occupé de son art , dont il h&ta les progrès , et qu'il anima d'une impulsion nouvelle ; du reste peu attentif aux révolutions de^pouvoir qui se passaient à Londres , pourvu que sa patrie fut grande et glorieuse. Il répétait souvent aux matelots : « Qu'ils ne devaient pas « se mèhdc dans les discussions intérieures, et
(i) Lmdlow's menom, t. vn^p, 6o3.
làôS HISTOIRE DE GROMWELL.
a que leur unique affaire était de maintenir c contre l'étranger la gloire et la puissance de « FAngleterrc. »
Blake était un des hommes qui avaient fait le plus respecter le nouveau gouvernement de l'Angleterre , et qui , par leurs triomphes , avaient donné les joies les plus vives à l'orgueil du Protecteur. L'amour qu'il avait pour son pays lui inspirait une hauteur de courage conforme aux grandes vues de Cromwell ; et le patriotisme de Yitn allait aussi loin que l'ambition de l'autre. Avant ses victoires , et même avant la guerre d'Espagne , Blake avait donné un exemple remarquable de cette fierté qui obtient à un peuple la considération de ses voisins et de ses ennemis. Un jour qu'il . relâchait dans un des ports d'Espagne, quelques matelots étant descendus sur la côte , rencontrèrent le saint Sacrement ; et dans leurs préjugés de croyance et la grossière licence de leurs moeurs , ils montrèrent à cet aspect un insolent mépris , qui souleva l'indignation du peuple , excité par un prêtre qu'ils avaient outragé. Les matelots , poursuivis et
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fort maltraités , regagnèrent la flotte , et se plaignirent à Tamiral. Blake envoya sur-lechamp un trompette au gouverneur delà ville, pour demander qu'on lui livrât le prêtre qui avait animé le peuple contre ses matelots. Le' gouverneur voulut alléguer, pour cause de refus, l'indépendance de l'ordre ecclésiastique. Blake insista, déclarant que, sans s'inquiéter de ce que pouvait faire l'autorité civile , il réduirait la ville en cendres , si le prêtre désigné n'était pas remis dans ses mains sous quelques heures. Il fallut céder, et envoyer à bord de l'amiral l'ecclésiastique espagnol , qui chercha son excuse dans la conduite insolente des matelots. Blake le renvoya libre , après lui avoir dit : « Si l'on m'avait adressé les pre- « tnièresplaintés, j'aurais puni rigoureusement ce les coupables , ne voulant pas qu'aucun de « mes matelots insulte la religion dominante (c dans les lieux où ils abordent. Ce que je «* trouve mauvais, c'est qu'un prêtre étranger « ait excité le peuple à se venger de leur faute, «c Je. veux que le monde sache qu'un Anglais « ne peut être puni que par un autre Anglais. »
Quand le Protecteur reçut les lettres où Blake l'instruisait de ce fait, U en parut singulièrement flatté , et les ayant lues dans son con- 1657, seil , il dit (i), avec un transport de joie, a qvCil espérait rendre le nom anglais aussi (c redoutable que l'aidait jamais été le nom « romain. » Blake avait presque rempli ce noble augure , lorsqu'il mourut > faiblement regretté par le maître dont il avait illustré le despotisme , en croyant ne servir que la gloire de son pays.
Blake avait tous les dehors de religion communs à son siècle ; mais il y joignait une foi « vive et désintéressée. La pureté de ses moeurs^ la modestie de son langage , égalaient sa rare valeur. C'était un homme de génie plein de simplicité , un sectaire sans intolérance , et un grand capitaine ami de la liberté.
Cependant Cromwell arrivait au but qu'il avait long - temps cherché , la pleine et libre reconnaissance de son pouvoir par le vote d'un parlement. Les articles que la chambre
(i) Bttniet*t higtory of his own time, p. x6$*
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s'empressa d'ajouter à Thumble pétition avaient pour objet d'écarter des élections tous ceux qui avaient pris part aux divers armements royalistes, et de les soumettre , non-seulement 1657. à rexdusion y mais à une peine , s'ils étaient élus. Par une autre disposition , le Protecteur et ses successeurs étaient investis du droit de nommer et de remplacer à leur gré les membres d^ la seconde chambre; enfin la chambre proposait au Protecteur le modèle du serment qu'il devait souscrire :
« £n la présence et au nom de Dieu tout-* « puissant , je promets et jure que de tout « mon pouvoir j'assisterai et maintiendrai la « véritable religion chrétienne réformée pro- « testante dans sa pureté y telle qu'elle est conte tenue dans les saintes Écritures de l'ancien « et du nouveau Testament ; que j'en favorite serai l'enseignement , et que , de tout mon « pouvoir 9 j'assurerai, comme premier magis- « trat de ces trois nations, le maintien et la < conservation des justes droits et privilèges « du peuple ; et qu'en toutes choses , de tout oc mon pouvoir et de toute mon intelligence ,
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« je gouvernerai le peuple de ces trois na- <c tions conformément aux lois. »
Un autre serment était destiné pour les ministres ou conseillers privés du Protecteur; enfin le Protecteur était supplié de pourvoir à la composition de Tautre chambre, avant la prochaine session du parlement.
Cette parfaite intelligence de Cromwell et de la chambre, telle qu'il Tavait réduite et disciplinée, était un prélude à la cérémonie de son installation dans le protectorat. Une pareille pompe , si étrangère à la jalouse égalité des Indépendants et à la simplicité du Puritanisme , présentait un contraste que Thistoire ne peut négliger.
Ce fiit le parlement qui disposa tout l'ordre de cette cérémonie , où le titré de Roi manqua seul au faste de Cromwell.
Le îx6 juin, Cromwell (i) se rendit, dans une barque, de White-Hall à Westminster, suivi de son conseil , de ses principaux officiers, et des douze juges de l'Angleterre. Il reçut d'abord le parlement, et donna sa sanc-
(i) The Parliamentarj histoiy, ¥. zxz, p. i53«.