LIVRE DIXIÈME. !À
vint sans succès. Il alla trouver le Protecteur, qui lui dit à la première vue : £h bien , Fami , avez -vous votre argent? sur sa réponse négative, Cromwell lui promit de se charger du reste; et négligeant toute communication diplomatique 9 sans même avertir l'ambassadeur français qui résidait à sa cour , il envoie deux vaisseaux de guerre saisir les navires jBrançais qu'ils trouveraient dans le détroit. Les vaisseaux revinrent avec quelques prises , que le Protectieur fit aussi-tôt vendre pour rembourser au marchand quaker la valeur de ce qu'il avait perdu; ensuite, le Protecteur avertit l'ambassadeur français que , cette restitution étant prélevée, il restait une somme à lui remettre sur la vente des prises.
Cette insolente justice n'excita ni réclamation ni guerre. Un siècle après, cette anecr dote (i) fut citée dans le parlement, comme un rare exemple du maintien de la dignité nationale. Elle sert l au moins à caractériser assez bien cette brusque et bizarre politique
(i) The parliamentary hiBtorj. A speech of Paltnej.
a38 HISTOIRE DE CROMWELL.
de Cromwell , qui &îsait dire (i) à Mazarin , tremblant sous son génie , que ce n* était qu^un heureux /bu. .
Qudques écrivains anglais ont vu dans la oondescendance habituelle de Mazarin un chef-d'œuvre de politique, pour se ménager l'intervention des troupes du Protecteur, à laquelle ils attribuent les succès de la France contre l'Espagne et la gloriease paix des Pyrénées. Ce n'en était pas moins une dange* reuse épreuve d'appeler sur le continent les armes ambitteuaes du Protecteur. U consentit volontibsrs à fournir à la France un secours , qui lui rouvrait à lui'<-méme l'ancienne route de Calais. Le traité qu'il avait conclu avec la France se changea en une ligue offensive contre l'Espagne. Lockart rédigea cette cou* ventioiL Six mille soldats anglais devaient passer au service .^t à la solde de la France qui, de son côté, Jbrmeiait une armée de ringt mille hommes pour porter la guerre dans la
(t) A collection of letters. — Publîshed by niotnas Carittt ▼. 11, p. 6»«
LITHE DIXIÈME. aSg
Flandre espagnole, et s'emparer de Dunkerque au profit du Protecteur.
Avant cette intime alliance du Protecteur et de Mazarin , le duc d'Yorck avait quitté la 1657. France , et était passé dans le camp des Espa^ gnols. Plusieurs régiments d'Irlandais et d'Anglais réfugiés s'étaient formés sous ses ordres , au nom du Roi son frère.
L'ouverture de la campagne , au mois d'avril t657 pi^sentait un spectacle remarquable par le nom seul des généraux opposés ou réunis , et les chances bizarres de leur situa- , tion. Turenne , sous lequel le jeune duc d'Yorck avait £ait ses premiè]:>és armes dans nos troubles civils ) marchait contre les alliés de Charles Sluart, avec deux généraux de CromwelU Reynolds et Moirgan ; tandis que le duc d'Yorck combattait contre la France à côté du prince de Condé^ qui> «iaas le camp espagnol, à la tête de eette vieille infanterie qus Iui-mén!ie avait écrasée dans la journée de Kocroi^ bi* sait en même temps la guerre en faveur des Stuarts , contre le &oi de France , son souverain légitime^ et contre l'usurpateur anglais >
a4o HISTOIRE l>£ CAOMWELL.
dont (i) il avait recherché Tassistance et Famitié. Si la valeur française et le génie de Turenne se montraient avec gloire dans cette guerre, l'ascendant de Cromwell et la défé* rence de Mazarin promettaient à TAngleterre tous les avantages d'une lutte dont elle, partageait le péril. Exercés par une longue guerre civile, commandés par des officiers. de fortune , mieux payés , mieux armés que le reste des troiq>es, les soldats de Cromwell étaient peut-être alors les meilleures troupes de l'Europe.
La première campagne se borna cependant à la prise de Saint-Venant, de Montmédy et de Mardyke, qui ftit remise aussitôt dans les mains des Anglais, en gage de la ville de Dunkerque, promise par le traité d'alliance.
Le mouvement de la guerre et peut-être la politique des généraux français ayant retardé l'époque de cette conquête ainsi sacrifiée d'avance , ce fut d'après les plaintes impérieuses et les menaces du Protecteur que l'on assiégea
(i) Thurloe't étale papen, ▼. zv» p. S9.