LIVRE DIXIÈME
«c nous dire : Venez, bons serviteurs, entrez « dans les joies de votre maître. »
Malgré la différence des temps, on peut croire que ce langage, qui parait aujourd'hui 1657. si ridicule, devait commencer à le devenir pour une partie du parlement, éclairé par la longue hypocrisie du Protecteur, et par la haine qu'inspirait son joug. Les absurdités du fanatisme avaient fait des incrédules. L'orateur, dans ce même discours , parle amèrement de certains hommes, qui reniaient les saintes écritures , et se moquaient du Ciel , de l'Enfer , et des fondements de la foi. On peut juger quelle impression produisait sur de tels esprits cette mysticité banale, où beaucoup même de fanatiques ne voyaient plus que la ressource usée d'un ambitieux démasqué par son pouvoir.
Cependant cette nouvelle session s'ouvrit avec toutes les apparences légales. La garde fut ôtée, et Feutrée de la chambre des com« munes redevint libre pour tous ceux que le Protecteur en avait éloignés, à l'époque de la première convocation. Un article de l'humbl^i. //. 17
258^ HISTOIRE DE CAOMWELL.
avis accepté par Cromwell rendait la chambre seule juge de l'exclusion de ses membres. Cette disposition ramena dans son sein quatre-vingttreize députés, signataires de la protestation du 19 septembre, ennemis du Protecteur^ aigris par la persécution, et populaires comme tous les persécutés. Ils se soumirent sans peine au serment prescrit, et vinrent prendre place dans la chambre, où le parti du gouvernement était privé de ses plus fidèles soutiens^ que Cromwell avait élevés aux honneurs de la nouvelle pairie. Haslerig , qu'il avait voulu ,. non pas récompenser, mais éloigner par la même distinction, sentit que toute sa puissance était dans l'assemblée démocratique , et vint y siéger, sans daigner répondre à la désignation du Protecteur.
On ne saurait supposer que Cromwell n'ait pas prévu les dangers d'un pareil changement; mais il les jugea sans <loute inévitables, et moindres que les avantages. Quel que fût son ascendant sur la chambre , il avait été forcé
(i) LudloVs memoirs, T. n, p, 697.