‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 78 sur 131 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

eut soin d'appeler à lui ce qu'il y avait d'autorités démocratiques dans Londres , le lord maire et le conseil commun. Les ayant réunis avec les principaux officiers de l'armée , il fit à cette assemblée un discours sur les dangers de l'état, les efforts du parti royaliste; il parla du voyage d'Qrmonde à Londres, il exagéra le danger de l'invasion de Charles Stuart , il annonça les préparatifs dç son expédition , et finit par exhorter vivement l'administration municipale de Londres , à placer le command^nent de la milice, dans les mains d'hommes pieux et réguliers, éloignés de tout esprit de faction et dévoués au gouvernement. Mais le moment était déjà passé pour Charles d'essayer une entreprise dont Cromwell donnait ainsi le plan détaillé, et qui dans toute circonstance était pleine de périls et d'incertitudes. Les flottes anglaises auraient arrêté sans peine ce coup d'audace, qui ne pouvait réussir que par surprise. Charles , spirituel et brave, manquait d'ailleurs de toutes les qualités, dont la réunion même n'aurait pas suffi pour un dessein si hasardeux. Il attendit toujours

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quelque circonstance favorable, un retour de la nation , la mort du Protecteur. Il se flattait à la vue des agitations du gouvernement si 1657. variable de Cromwell; et comptant parmi ses chances de succès l'instabilité même de TAjigletérre, il ne désespérait pas assez de la couronne pour en tenter la conquête aussi témérairement, que le fit dans la suite le plus digne et le dernier des Stuarts.

Tous les projets de Charles étaient d'ailleurs déconcertés par la surveillance dont le Protecteur l'entourait. En vain un des officiai de Charles, Manning, convaincu d'être l'espion de Cromwell , avait péri du dernier supplice : Willis était toujours le confident de Cla^^ rendon et le correspondant de Thurloe. L'or de Cromwell trouvait d'autres traîtres dans cette cour errante et pauvre. Le Protecteur était instruit des circonstances les plus secrètes de la vie du jeune Roi. On raconte à ce sujet, qu'un noble anglais , ayant obtenu la permis* sion de voyager , sous la condition de ne pas aller voir le Prétendant, avait pris les plus singulières précautions, pour manquer impu-

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nément à cette promesse. De retour à Londres , il est interrogé par le Protecteur, qui sur sa i^éponse , lui dit : a II est vrai que pour tenir ce votre parole vous avez été introduit sans lu-» « mîères, et que votre entrevue a eu lieu dans oc l'obscurité 9 » et en même temps il lui rapporta toutes les circonstances de l'entretien. Satisfait d'effrayer le jeune Roi par cette présence invisiUe au milieu de ses conseils, Cromwell n'abusait pas des revotions qu'il obtenait pour exercer des vengeances. Il aimait mieux savoir les complots que les punir. On a pensé même que cette politique était une des conditions de son traité avec Tinâme Willi3 , et qu'elle servit à en assurer le succès et la durée. Il est certain que le Protecteur, instruit de la présence d'Ormonde à Londres ^ évita l'occasion de le faire arrêter. Il se contenta d'annoncer (i) en plaisantant cette nouvelle à lord Broghill. a Un de vos anciens amis, lui dit - il , vient d'arriver à Londres , » et il nomma le marquis d'Ormonde ; tandis que

(i) Badgell's memoirs of the bojles, p. 5g.

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Broghilt efirayé protestait qu'il n'avait aucane connaissance de son voyage. « Je le sais , dit ce Cromwell , mais si vous avez envie de sauver x55^. «votre ancien ami^ faites -lui savoir que je « n'ignore pas où il est , et ce qu'il veut faire: » en même temps il lui indiqua le lieu où le marquis d'Ormonde était descendu; et de cette manière il jfavorisa lui - même la fuite de ce seigneur proscrit. Un trait d'indulgence non moins remarquable dans un système de pro* scription et de tyrannie , c'est que Cromwell, laissant vivre à Londres la femme du marquis d'Ormonde, dont tous les biens étaient confisqués, lui faisait exactement payer ime pension de deux mille livres sterling.

Pendant cette même guerre qui lui fit surveiller de plus près la cour de Charles II , Cromwell, portant par-tout sa vigilance et ses moyens de corruption , apprit que les Espagnols devaient envoyer par un vaisseau hollandais la solde des troupes de Flandres. Il le fit aussitôt poursuivre, et enleva l'argent espagnol , sous le pavillon ami qui le protégeait.

Cromwell s'occupait lui-même de tous les détails de cette inquisition qu'il étendait aux principales cours de l'Europe , et aux différents partis de l'Angleterre. Il communiquait avec des hommes inconnue, admis un moment jusqu'à lui , et qui rentraient dans la foule. Thurloe lui-même n'était associé qu'à demi dans ces confidences ; et recevait des ordres, dont il ne connaissait pas le mystère.

Les défiances de Cromwell , et le dangereux dépôt de ses secrets , menaçaient quelquefois la vie de ceux même qui le servaient avec le plus de zèle. Une nuit, étant venu (i) fort tard dans le cabinet de Thurloe , pour lui donner des instructions importantes, après la première chaleur de l'entretien , il s'aperçut de la présence d'un homme, qui paraissait endormi dans un coin de la chambre. C'était Moreland, le secrétaire intime de Thurloe, envoyé souvent par le Protecteur dan;» les cours étrangères. Cromwell tira aussitôt son poignard , et

(i) A critical view of tbe life of Cromwell , written by Banks, p. 207. ^

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