‹ Histoire de Cromwell (volume 3)Chapitre 82 sur 131 · LIVRE DIXIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME. l

cain Ludlow(i) nous indique assez pourquoi, dans le jugement de la dernière conspiration royaliste, Cromwell n'osait se confier qu'à la servilité de la haute cour, a Le chevalier Slings^ « by , dit-il , était ennemi déclaré ^ par consë^ « quent autorisé par toutes les lois de la a guerre, à tout entreprendre. »

Cette doctrine , devenue commune aux deux partis opprimés, aurait absous les Royalistes par k suffrage de leurs plus grands ennonis.

Slingsby, amené le premier devant la hautecour, soutint jusqu'au dernier moment sa pro* testation. «Mylords(a), s'écriait-il, je demande a himiblement à être jugé par un jury; car « je dois dire que vous êtes mes ennemis ; parce donnez-moi cette expression. S'il en est au- « trement, pourquoi avez-vous confisqué et «c vendu mes biens? Personne ne choisit vooc lontairement ses adversaires pour juges* « J'en vois parmi vous qui ont participé à <c la confiscation et à la vente de mes biens. »

(i) liudlow's memoirs, v. ii, p. 6o5.

(a) State'8 Trials, v. i, p. 27^.

a84 HISTOIRE DE CROMWfeLL.

Le président répondit par la lecture de la sentence.

Le docteur He wet , qui s'était retranché dans la discussion de Tincompétence , et avait traité de point avec une sagacité et une érudition embarrassante pour les commissaires , fut également condamné. Sir Mordant, mieux conseillé, abandonna une protestation inutile, et trouva grâce devant les juges, en reconnaissant l'autorité de leur tribunal. Suivant le récit de Clarendon (i), les sollicitations et les présents arrachèrent cette indulgence; et le IVotecteur mécontent prolongea de quelques mois la captivité de Mordant.

Cromwell fîit inflexible pour les autres condamnés, et particulièrement pour le docteur Hewet. Il redoutait cet ecclésiastique, qui avait beaucoup de crédit , d'ardeur, et d'éloquence : c'était, disait -il (2), une torche .brûlante au ^milieu d'une gerbe de £/é, caractérisant ainsi dans un autre la puissance qu'il avait exercée lui-même, et qu'il devait sur -tout craindre

(i) Clarendon*8 history, p. 688.

(a) State's Trials, ▼• i, p. 1182.

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cette rapide contagion de l'enthousiasme parmi des imaginations inflammables. Vainement sa fiUe chérie, lady Cleypole, employa les plus instantes prières pour obtenir la grâce de cet ecclésiastique, dont elle vénérait la vertu et le dévouement à la cause royale (i).Cromwell (ut inexorable; et la douleur qu'éprouva lady Cleypole de ce refus, et du supplice d'Hewet, aggravant une maladie de langueur, prépara bientôt à Cromwell le plus cruel de ses chagrins.

La- vigilance du Protecteur ne se borna point à réprimer par des supplices les efforts et les entreprises que le bruit des projets de CharlesII avait excités parmi les Royalistes d'Angleterre. Malgré Féloignement et Tinvraisemblance du péril , Cromwell fit bloquer par ses vaisseaux le port d'Ostende, et menaça toutes les côtes de la Flandre espagnole, tandis que Lockart, son ambassadeur, pressait la marche de Farmée française sur Dunkerque, et réclamait le siège et la prise de cette place ^

(i) Ludlow's memoin, v. n, p. 607.

a86 HISTOIRE D£ CROMWELL.

comme une dette qu'avait laissée ]a dernière campagne. Les cons^s du cabinet français , subordonnés à la politique et à l'intérêt du x658. Protecteur^ ne réussirent pas égakment sur tous les points* Cromwell s'était ménagé dans Ostende quelques intelligences , qui lui faisaient espérer d'emporter cette ville par surprise. Il obtint du cardinal que des troupes françaises serviraient à cette expédition , dont il devait recueillir le fruit. La flotte de Cromwell fîit seulement chargée de transporter un corps de troupes françaises ; mais , après que le débarquement eut été favorisé par l'infidélité apparente du gouverneifip , qui même avait arboré le drapeau blatic , cet ofiScier tourna tout-à-coup l'artillerie des forts contre la flotte anglaise. Près de i5oo Fl*atiçais^, descendus sur le rivage , furent tués ou prî^. La flotte anglaise s'éliotgna.

Cette entreprise malheureuse et mal conçue , qui ouvrit k seconde campagne de Flandre», n'eut d'ailleurs aucune influence sur le reste des événements, et fut oubliée dans le spectacle que présentaient Turenne et Condé

combattant l'un contre l'autre , et Louid XIY paraissant pour la première fois au milieu de son armée. Ce jeune prince, sous la tuteUe de Mazarin , venait assister à la prise de Dun- ^^^' kerque , pour voir ensuite cette ville passer dans les mains de Fusurpateur, qui avait conduit k l'échafaud le gendre de Henri IV, et proscrit la reine, sa fiUe.

Le maréchal de Turenne , auquel était confiée la omduite de la guerre , avait pour anxiliaire l'ambassadeur anglais, devenu générai, et quatre mille soldats du Protecteur.

Dunkerque était défendu par une nom* breuse garnison , que commandait l'un des meilleurs officiers de l'Ei^agne, le marquiis de Leyde, vieux guerrier, qui comptait, à la fin de la campagne, ef>trer dans les ordres sacrés. Le Proiiteeteuir (i) avait fixé le commëticemenl du $iége au %o mai ; avant ce terme sa flotte était devant Dunkerque. Dès que la tranchée fut ouverte , il envoya , sur la, prière de Tu* reime ^ ua nouveau secoiits de deux mille

(i) Thorloe^s state papen , y. ti, p. 499.

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hommes, toujours à la solde de la France, et jouissant d'une paie deux fois plus élevée que celle des troupes françaises , avantage rigoureusement exigé par le Protecteur.

Les Espagnols qui avaient 'trop long-temps négligé de fortifier Dunkerque, attachant un vif intérêt à la conservation de cette place , rassemblaient toutes leurs forces pour la secourir. Don Juan, leur général, s'avançait avec 3o,ooo hommes, le prince de Condé que la haine de Mazarin retenait encore dans les rangs ennemis , le duc dTorck , et le duc de Glocester, chassés de France par les ordres de Cromwell. Cependant le Protecteur instruit de la présence de Louis XIY dans Calais , lui avait d'abord envoyé son gendre lord Falccmibridge , qui , par l'accueil et les honneurs qu'il reçut, éprouva l'ascendant qu'avait le nom de Cromwell sur la cour de France. Cet ambassadeur rapporte avec ostentation (i) dans ses lettres, que le jeune Roi se tenait la tête découverte en lui parlant ; et que le cardinal de

(i) Tharloe*ft «ute papen, v. tx, p. x58.

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