LIVRE DIXIÈME
Mazario affectait de le reconduire jusqu'à sa voiture , déférence que le cardinal, dit-il (i), n'avait pas même pour le Roi.
Du reste cette ambassade de la part de i65B.
Cromwéll , cachait son inquiet empressement pour hâter et surveiller la prise de Dunkerque. Ces précautions n'étaient pas superflues ; et la fermeté impérieuse des agents de Cromwéll servit beaucoup à donner à la politique et aux armes de France cette activité , que Ton: ne porte guère dans une entreprise, dont on ne doit pas profiter. Dans les premiers conseils , on avait résolu d'interrompre le siège si l'ennemi se présentait ; mais Lockhart, et le colonel Morgant qui commandait sous lui, revinrent avec force contre cette résolution , alléguant : (c qu'il y aurait déshonneur pour la couronne «c de France; et finissant par déclarer : que si c( les Français levaient le siège, l'alliance avec <c TAngleterre serait immédiatement rompue. » Le siège fut poussé plus vivement ; et lorsque don Juan, qui, parti trop tard, s'était avancé à
' (1) Thurloe's state pape» | y. vu, p. i58.
grandes journées et ^m son artUlem, parut près de Duqkerque, le généra (rançaiî^ ( i ) , saus interrompre le$ tn^vaui^ du siège , vînt offrir Isi i658. bataille. Les deui^ anof^e^ étaient f<«t^s ; ^ les deui: plus habiles généraux dp V^yrope qtô s'étaient ex^oés ensemble , et l'un of>ntf ^ Xmr tre , se trouvaient dana deu]( camps oppe^és ; mais le prince de Coudé, objet de dé&tnae et d'envie , n'aYait d'autre autqrité dans V^vr-^ mée espagnole que de f^oteater cimtfe lea fautes et de prédire les revers. Dè$ qu'il eut examiné la position des deux armées y «Avesr « vous jamais vu i^ne bataille perdue? dit-* il « au duc d'Yorck ; eh bien , vous allea en voir «une. 9,
Turenne justifia la f»'évayance de son illustre adversaire : et ce^e journée oonnue sous le nom de bataille des Dunes, devint un des tilres de sa gloire, particulièrement pour ayoir vaincu Condé. Lockhart , qui formait Faile gauche avec la colonne anglaise et troi^ mille Français, défit après un rude çombaf l^ile droite des. enne-*
(x) ThurlofiTs stale paper^, ^ ¥X| , p. xS&«
mis OÙ commandaient don Juan d'Autriche , et le duc d^orck. La vanité anglaise a touIu xném^ s^tlribuer tout Fhcmneur de cette victoire; et suivant les récits des officiers > de i658» Cromwell, Turenne pressé par Faile gauche espagi^ple , sous les ordres de Condé ^ reçut à propos le secours des Anglais déjà viîii-4 queurs. Il paraît phitot pw le témoâ^iage de Coaéé, que tout le succès de la journée était du àPhaMeté du génésal français ; son buma-:
Bité honora cette victoire» Les Angfaûs nourris «lans le &natîsme , et la ftireur des guerres âr^ viles y s'acharnaient sur les Esqfiagnols vaincu» avec une harharie que Turenne eut besoin de réprimer , en parcourant le champ de bataïKe pour leur arracher les armes des mains. Us avment d'ailleiirs montré dans ce combat une rave valeur. L'asahassadeur Lockhart qui commanda durant tonte l'actioii, vit tuer autour de lui (i) lapkipartdes ofBciers de son régiment- Pendant cette batailie qui détruisit pour les assiégea toute espérance de secours , la gar--
(1) Thintee's slate pspers, x. Tn, p* iSS, 1S6.
Uga HISTOIRE DE GROMWELL.
nison de Dunkerque fit une sojrtie , renversa les lignes et pilla les bagages des vainqueurs. Mais Turenne, délivré de l'armée espagnole, ,553, reprit le siège avec vigueur; et le brave marquis de Leyde ayant été mortellement blessé dans une sortie y la ville se rendit au général français.
Un historien anglais a raconté que le cardinal avait eu alors une forte tentation de garder pour la France une si belle conquête., et que les ordres qu'il avait donnés à ce sujet ayant été livrés à Cromwell par l'infidélité d'un secrétaire (i), le Protecteur fit exécuter par menace une promesse, que Mazarin eut l'humiliation d'avoir voulu inutilement violer: et ce récit est appuyé de ces circonstances exactes qui donnent à l'histoire un air de vraisemblance; et qui souvent attestent bien plutôt la fiction , par l'impossibilité de connaître tant de détails minutieux et domestiques.
Smolett a même cité une lettre outrageuse qu'il suppose écrite par Cromwell au cardinsd
(i) ▲ critical review of the life of Cromwell , p. 14$.