LIVRE BIXIÈME. ^qS
Mazarin. La timidité que Ton remarque dans toutes les relations de Màzarin avec Cromwell , laisse douter qu'il ait jamais conçu le projet d'une infidélité si hardie. Il est vrai que Màzarin , après la bataille des Dunes, envoya le duc de Créqui , l'im des hommes les plus illustres de la cour et de l'armée , en ambassade solennelle auprès du Protecteur ; mais il n'est pas possible de voir une réparation et une excuse dans cette ambassade qui précéda la prise de Dunkerque. C'était un honneur, que le Roi de France devait rendre , en retour de la mission de "lord Falconbridge. .
L'exagération italienne des compliments de Mazarin donna seule à cette ambassade un caractère peu digne de la couronne de France. Son. neveu Mancini était chargé d'une lettre potu* le Protecteur , dans laquelle Mazarin. re-^^ grettait d'être retenu par l'indisposition du Roi, ailors malade à Calais, et de n'avoir pas eu la liberté de passer en Angleterre, pour rendre ses respects à l'un des plus grands hommes qui aient jamais existé , et à celui qu'il eût ' le plus ambitionné de servir après son
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maître. « Piivé de cet honneur , disait-il , j'en- € voie la personne qui me touche de plus près « par les liens du sang, pour exprimer k votre « altesse , toute la vénération que j'ai pour sa « personne , et combien je suis résolu d'entre-^ <c tenir entre elle et le Hoi mon mailre une « perpétuelle amitié. ^
A cette condescendance se mêlait une sorte de fierté y qui annonçait le ministreHroi.
En transmettant au Protecteur tme épée qui lui était offerte par le Roi, Mazarin y joignit en son nom, un présent non moins précieux. C'était une riche tapisserie des Oobelins , ouvrage de l'industrie firamçoise encouragée par Mazarin.
Le Protecteur accneiliit cette ambassade ex-^ trsK>rdi»aire avec beaucoup de pompe et de joie. Il envoya jusqu'à Douvres, au-devant du duc de Créqui , fleetwood et une nombreuse escorte.
Le duc de Créqui ne resta que six jours à Londres , et repaitil cowiblé d'honneurs et de présents, après^ avoir épuisé le cérémonial de la cour , et fait une visite d'étiquette à lady
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Riefa et à lady Falcônbridge ^ filles du Protecteur.
Gepeudatit la redditiou de Dunkerque ne i658. souffrit pad de délai; etLockhart u'àperçut dans Maaarin aticuue hésitdticm sur le point principal , quoiqu'il âe plaignit d'atoir atee lui beaucoup de déb^âs parti($uliers$ et qu'il rit ëdater dans toute l'atmée frduçaise 1« dëpit de petdre
ime si belle pfoie* Le l4 jttifi> le Rol de France
fit sou etitifée daus Dunkerque ) et lèJeudemaiû il remit lui-itiénie les cle/s de la ville à Lockhart (i), qui eii prit pôssek^ii avec les troupes àuglaises.
Le Roi avait Mipulé pour les vaincus la con* servdtion de leurs privilèges, et l'entière liberté de leur culte. L'armée anglaise ne s'en livi^a pas moins à des violences qui furent proftiptement réparées : mais , dans l'espfit du temps , on re« procba beaucoup à M a2&M*in dWoir ainsi livré à des seetaires une ville ôatholique. Ce minisire n'en recueillit pas moins les fruits d'une politique, dont l'aVenk* auf^ait peut-être découvert la faiUesse et le danger^ si Cromwell avait
(i) Thiirloe*s state papers, v. tu, p. 192.
^9^ HISTOIRE DE CROMWEtL.
vécu. La France , aidée par les armes du Protecteur, poursuivait la conquête de la Flandre et affaiblissait, en s'agrandissant, la monarchie espagnole. Mais il fallait compter pour beaucoup, dans les mains ambitieuses de Cromv^eU, la possession de Dunkerque, et ce commencement de pouvoir sur le continent. La joie qu'ilen ressentit, l'activité de ses ordres (i), pour assurer et fortifier cette conquête, attestent qu'il ne voulait pas s'y renfermer. L'Espagne était maintenant assez humiliée, pour qu'il consentit à traiter avec elle ; et l'on peut trouver vraisemblable la conjecture d'un historien qui croit que Cromwell , après avoir pris Dunkerque par les mains des Français, aurait conquis Calais avec ou sans le secours des Espagnols. Mais ces conséquences n'eurent pas le temps de paraître. Les événements changèrent. L'oisive prodigalité de Charles II rendit à la cour de France ce qu'avait conquis la politique de Cromwell.
Jamais les prospérités et l'ascendant du
(i) TfaarIoe*s state papers, v. m, p. 71a, 714.